‹ AnastaseChapitre 43 sur 407 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

îr, je commençai à acquérir de l'importance et à recevoir mon tribut d'adulation. Ceux qui étaient sourds quand je leur parlais devinrent les premiers à m*adresser la parole, et une plaisanterie qui n'aurait pas fait mouvoir auparavant un seul muscle de la figure de ceux qui Fenlendaient faisait retentir un café d'éclats de rire prolongés. £n changeant de situation j'avais aussi totalement changé de manières. \u milieu des kaliondgis * du capitan-pacha, mon extérieur grossier d'insulaire grec avait fait place à un air impertinent et rodomoiit, et depuis à cet air martial avait succédé le sourire flatteur du courtisan. Au lieu de parler avec volubilité , comme si j'eusse craint que les mots entassés dans mon gosier n'en pussent sortir, je ne laissais échapper de temps en temps, et avec nonchalance, qu'un monosyllabe, dont le sens était si profond que personne ne pouvait y atteindre. Quant à ma langue naturelle, l'idiome romaîque ^ , je ne l'employais qu'en y cousant des lambeaux de français , d'italien et de turc , qui la rendaient presque inintelligible au commun de mes auditeurs. Cependant , au milieu de cette affectation de mollesse et de langueur, la vigueur naturelle du sol se faisait sentir quelquefois, et cela avec une énergie qui causait autant de plaisir que de surprise aux belles Fanariotes. Mes fiers hommages formaient, avec la tendresse doucereuse de leurs adorateurs ordinaires , un contraste qui ne leur déplaisait pas. Ma liberté passait pour naïveté ; mon mépris pour les formes prouvait ma franchise , et mon air décidé promettait une affection pins robuste et plus durable que celle des naturels efféminés d'une grande capitale. Aussi, me voyant flatté par les hommes, bien accueilli par les femmes, je commençai à dire : « Stamboul est une ville charmante. »

Ua vogue devint telle que , si j'eusse été plus ambitieux de bonnes fortunes, j'aurais pu avoir autant de maîtresses que nos grands hommes ont de pelisses, et en changer à chaque saison de l'année. Tant que l'automne continua à répandre ses dons avec profusion, l'aimable épouse d'un bacal *, image vivante de l'abndance et de la maturité, m'offrit de nourrir mon affection

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