Jipir/er
de figues et de raisins, de payer en miel et en conserves les douceurs de ma conversation , et de m'enflammer d'une nouvelle ardeur à force de rosoglio et d'épices. — Quand Thiver commença à rafraîchir mon sang, la maigre moitié d'un fourreur aurait volontiers dissipé ma froideur glaciale par des peaux de chats et de lapins , et aurait même essayé de faire naître dans mon cœur, aux dépens des plus belles hermines de son mari, ia chaleur qu'elle aurait voulu y trouver. — EnGn, lorsque le printemps para les champs de nouvelles fleurs, je vis à mes pieds un essaim tout entier de jeunes beautés, fraîches comme la violette et la perce-neige, mais, pour dire la vérité, d'un rang non moins humble parmi les fleiu's humaines. — Mais les conserves ne me paraissaient pouvoir tenter que des enfants ; l'hermine ne me semblait avoir d'attraits qu'autant qu'elle est la marque du souverain pouvoir , et la beauté même n'obtenait de moi qu'une attention passagère quand elle n'était pas accompagnée du rang et de la mode.
La première dame , possédant ces deux dernières qualités , qui daigna jeter sur moi un regard de bienveillance , fut une dévote , précisément celle dont il avait été parlé lors de ma première visite à Thérapia. Le digne archimandrite à qui ses intérêts spirituels étaient confiés avait été, à la requête du mari, exilé parle patriarche sur la Montagne-Sainte S afin qu'il pût s'y livrer sans interruption à la méditation \ La dame, voyant que la longue barbe d'un prêtre n'avait pu servir de préservatif à sa réputation , voulut voir si la figure imberbe d'un jeune homme serait une meilleure sauvegarde.
Un premier succès dû à une préférence réelle , et qui fait quelque bruit, conduit à d'autres que la vanité accorde ; mais plus je devenais à la mode, plus je me rendais difficile. Toutes les belles qui me tendaient leurs filets ne m'y prenaient pas ,
1. Le mont Athos ou Hagjon-oros (inoniagne sainte) , où il se trouve aujourd'hui vingt-deux couvents.
2. Aucune femme n'est admise dans les villqges de cette partie du mont Atlios;on n*y admet pas même les animaux domestiques du sexe féminin. Tout être femelle est maintenu à distance dans les villa{*es limitrophes, et les ouvriers employés par les moines qui habitent les nombreux couvents, sont autoriséii, à certaine époque de rannrc, .'i aller faire un séjour de quelques jours dans rcs villa{]C8. R,