CHAPITRE SIXIÈME
ser, 900 bras, qui, cassé par la vkdeiice du coup, retomba saaa force à son côté.
Aussi tous les bommes de l'équipage du capitaine maniote ToyaieDk-ils toujours dans leur chef, quoique chargé de fers comme eux, noa-seulement un maître à qui ils continuaient de montrer toute l'obéissance compatible avec leur position , mais on protecteur qui leur procurait tout le soulagement dont elle était susceptible. Ses gardiens mêmes ne pouvaient se dé* ieodre d'une sorte de crainte en sa présence , et ils trouvaient à peine nn uiotif de sécurité dans les fers dont ils chargeaient ienr victime. En vain leur demandait-il lui-même^ avec nn son* rire amer et dédaigneux, ce qu'ils avaient à craindre d'unjioinme qu'ils pouvaient tourmenter avec impunité : le son seul de sa m scsnUait démentir le calme de ses paroles. C'était le rugis«< sèment d'un lion qui fait trembler ceux qui l'entendent à travers les barreaux de sa cagç; et, quand on le déchargeait d'une partie de ses fers, pour qu'il pût se livrer aux travaux qu'on exigeait de lui, quand il pouvait se tenir debout et relever la tête, c'était le cèdre du Uban qui , quoique frappé par il foudre , s'élève encore au-dessus de tous les ai^bres qui Tentourent.
N'étant pas doué du courage tranquille du pirate maniote, j'avais à peine passé une heure dans le bagne, que je commençai à mesurer des yeux la hauteur des murs , k examiner la force des portes et à compter le nombre des gardes. Un de mes compagnons de prison^ qui devina mes pensées, me prit k part et me dit à demi-voix : « Prenez-y garde; il est dangereux même de regarder ces murailles. Le simple soupçon d'un projet d'évasion suffit pour faire infliger un châtiment sévère, et Teiécution en est impossible. Quand vous auriez réussi à escalader les murs, à forcer les portes, à tromper la vigilance des sentinelles ; quand vous seriez arrivé dans le centre même de b capitale , vous n'auriez rien fait. Plusieurs détenus ont la permission illimitée de sortir du bagne quand bon leur semble, à condition qu'ils découvriront ceux de leurs camarades qui parviennent parfois à s'échapper, et il est sans exemple qu'un «ul ait jamais pu mettre leur surveillance en défaut. Les souffrances de ceux qui sont ramenés ainsi sont si cruellciuevvV
aggravées qu'il faut avoir perdu tout espoir de libération fKHur faire une tentative si téméraire afin de regagner sa liberté. »
Je ne croyais pas me trouver en pareil cas. Dès que, revenu ûe ma première consternation, j'avais jeté les yeux autour de moi; ils s'étaient arrêtés sur un petit dôme bien doré qui, s'élevant au-dessus des hautes murailles de la prison , m'avait frappé comme élant une aucienne connaissance. Cela n'était pas étonnant. Il couvrait un pavillon de l'arsenal dans lequel le drogman donnait ses audiences , où j'avais moi-même débuté avec succès sur le théâtre de la capitale. Je vis aussitôt saillir de ce dôme brillant un rayon d'espérance qui pénétra jusqu'à mon cœur. « Comment » pensai-je « iMavroyeni , mon ancien maître, passera toutes ses matinées à un jet de pierre de l'endroit où gémit Anastase; l'épaisseur d'un mur l'empêchera seule d'apercevoir son ancien favori , d'entendre les plaintes que lui arrachent ses souffrances, et il refuserait de le secourir s'il connaissait sa situation ? Impossible ! il n'a besoin que de savoir où je suis et quels maux j'y endure, non pas peut-être pour me rendre ses ix)nnes grâces, mais pour me faire remettre en liberté, et me laisser le droit de vivre ou du moins de mourir où bon me semblera. »
Il ne me restait qu'un seul doute, c'était de savoir si je m'abaisserais jusqu'à réclamer son intercession. Mais, tandis que je pesais le pour et le contre, un des satellites qui nous gardaient décida la question en m'appliquant quelques vigoureux coups de lanière, uniquement pour s'entretenir la main. En conséquence je conjurai, par tout ce qu'il y avait de plus sacré, le premier de mes compagnons de prison qui fût mis en liberté, d'aller trouver le drogman , de l'informer de ma détention , et de lui présenter ma pétition. Dans l'excès de sa joie, il n'y avait rien qu'il ne fût disposé à me promettre; mais je crois que sa générosité n'alla pas plus loin. Quoiqu'il m'eût juré que le soleil ne se coucherait pas qu'il n'eût fait ma commission, le soleil se coucha et se leva bien des fois sans que j'apprisse quel avait été le résultat de ma requête. Je fis la même demande à un second compagnon d'infortune qui allait quitter le bagne, à un troisième, à un quatrième, et toujours sans plus ih succès. Tous me faisaient les plus belles promesses; mais ou