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CHAPITRE SEPTIÈME

grand chemin , noas y déposâmes tout ce qoi restait de ma mère, tout, excepté cette boucle de cheveux qui ne sera rendue à la poussière qu'atcc son fils.

«Gomme nous finissions de lui rendre ces tristes devoirs, l'enfant , qui , depuis quelques jours , n*avait trouvé qu'une nourriture insuffisante dans le sein desséché de sa mère, rendit aussi le dernier soupir, et nous rouvrîmes la fosse pour l'enfermer dans le môme tombeau , afin que la nK>rt ne séparât point ceux qui n'avaient pour ainsi dire fait qu'un seul être pendant leur vie.

» Après tout, me dit alors mon père , la mort n'a fait que guérir votre mère de ses souffrances et de ses chagrins; elle est maintenant plus heureuse que nous ne le sommes, et voire petit frère ne connaîtra jamais tes peines et les embarras du monde, a Ses larmes ne cessèrent pourtant pas de couler, malgré cette philosophie morale , jusqu'à ce que nous fussions arrivés à Yolo ^. Une dame de cette ville , qui venait de perdre son fils unique, se prit tout à coup de belle amitié pour moi, ^ et me demanda à mon père. Je ne me souciais guère de le quitter, car les tristes baisers d'une vieille mère adoptive contrastaient étrangement avec le souvenir de ceux de ma mère , et mon père était attaché à son Anagnosti , dont les regards et les paroles lui rappelaient sa chère Zoé ; mais il crut i^ que cette séparation me serait avantageuse ; il était pauvre ; il I^ se détermina donc à me laisser à cette dame , et continua sa )i^ route avec ses trois autres enfants.

^ » En arrivant à Salonique, mon père apprit que son parent , e(* si riche, était mort insolvable , suivant le pressentiment de ma ri mère. « Cet événement , dit-il, devait lui faire reprendre les ;ii^ travaux des champs, qui, d'ailleurs , étaient les meilleurs pour b£' la santé. » Mais ils lui furent funestes dans le climat humide et )1^^ malsain qu'il habitait alors. Ma mère avait prévu qu'il ne vivrait eî' pas long-temps, dès le jour où, quelques années auparavant, elle ûi' avait entendu un méchant voisin , dans une querelle qu'il eut avec mon père^ lui souhaiter une fièvre de sept ans *, Sa maord

^^ 1. Sur le golfe de ce nom, près delà pointe septentrionale de VEubée. B. d" 2. Souhait fort commun dans les pnyt oi"! existe le mal-art. B.

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ladte dura juste sept mois. Dès quMl en fut attaqué, il se rappela qu'en conduisant la charrue il y avait quelques jours , il avait vu, en se retournant tout à coup, un de ses compagnons de travail marcher sur son ombre. D'après cela , comment pouvait-il espérer de vivre ? Il rendit le dernier soupir , en souriant à ridée qu'il allait rejoindre sa chère Zoé. Des personnes charitables prirent soin de ses trois enfants orphelins.

» Ma bonne fortune ne fut pas de longue durée. L'amitié subite que ma mère adoptive de Yolo avait conçue pour moi se changea en aversion tout aussi vite, dès qu'elle eut vu combien j'aimais à jouer hors de la maison et combien peu j'aimais qu'elle m'embrassât. Elle me reprochait sans cesse de n'être qu'un garçon, tandis que, si elle eût adopté une fille, celle-ci ne l'aurait jamais quittée. Si c'était là une de mes fautes , elle eût pu s'en apercevoir avant dé m'adopter. Quant à mes autres torts, je lui dis un beau jour que, s'il ne m'était pas possible de faire une chose, qui était de rester constamment auprès d'elle, j'en pouvais faire une autre, qui après celle-là était celle qui devait lui plaire le mieux, c'était de ne me plus jamais présenter devant elle. Il n'y eut à cette insinuation aucune réplique , et je m'enfuis de chez elle.

» Gomme j'avais toujours dévotement promis à la sainte Vierge de partager avec elle tout ce qu'il m'arriverait de gagner, je ne pouvais pas douter qu'elle ne me guidât bien dans la recherche d'une vocation. Je ne puis croire toutefois qu'elle m'ait bien conduit : c'était peut-être pour mon plus grand bien. £lle m'inspira de m'engager à bord d'un bâtiment hydriote, chargé de grains pour la mer Noire ^ Une seule famille en composait l'équipage, depuis le capitaine jusqu'au dernier des mousses : mais le pauvre Anagnosti n'appartenait pas à cette famille; et quand, dans les temps de calme, ou s'amusait à danser sur le tillac , on me laissait à fond de cale écouter le bruit des instruments et des chants. Hélas ! j'ai eu assez de

1. L'île d'Hydra est principalement liabitée par des matelots et des armateurs. Au commenceni' nt de la révolution française, lorsque la Baltique fut fermée aux liâiiments marchands de Frakice, ce furent surtout les Hydriotes qui apportèrent à Marseille les {;rains de la Méditerranée, et ce com-

iiierve Jevini la source de la prospérité de l'île d'Hydra. Celle île C8l à Yen."

tréc ilu golfe de ^faiiplie. B.

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