‹ AnastaseChapitre 68 sur 407 · CHAPITRE S£Pl*iKM · texte numérisé non relu

CHAPITRE S£Pl*iKM

cuire en sa {riace ; le maître à danser skyrote , qui guérit mes plaies, qui me donna des talents» et qui me vola ensuite tout co que je gagnais légitimement; enfin les kaliondgisqui me proté* gèrent au point de se battre en mon honneur, et qui furent ^ cause que je me trouve dans celte infernale prison, n*ont-ils pas tous commencé par être mes amis, mes véritables amis, et celle amitié n'a-t-elle pas toujours eu des suites funestes pour moi 7 Telle est l'horreur que ce nom m'inspire à présent que si j'en* tendais la Panagie elle-même se déclarer mon amie, je craindrais, malgré les fN^euves que j'ai eues de sa protection , qu'elle ne finit par me jouer quelque mauvais tour. »

Là finit le récit de mon compagnon ; fidèle taUeau de son esprit, dans lequel l'affection et la reclitmde morale étaient étrai^ement combinées avec l'amour-propre, la crédulité et la superstition. Dans le monde , ce mélange bizarre n'aurail pas inspiré grand intérêt à mon cœur composé d'éléments plussolides, et je n'aurais pas été bien curieux de l'intimilé d'un danseur greffé sur un paysan ; mais dans un bagne on est moins difficile , et l'habitude d'être ensemble fait naître d'autres sentiments, et d'aulaut plus rapidement qu'à côté de cette facilité apparente et de celte tendresse de cœur d'Anagnosti , éclatait parfois sur cer- Uiins points une impétuosité vigoureuse que n'avait pu comprimer la mollesse de son éducation et de ses compagnons , et qui, malgré le sourire que faisait naître souvent son assurance tout étudiée, excitait une sorte de respect pour la trempe de son organisation morale. Il s'établit doue entre nous insensiblement un attachement qui , quoiqu'il augmentai tous les jours , n'inspirait aucune alarme à mon compagnon ; mais lui ayant dit un malin que nos maux avaient trouvé un adoucissement d;ins notre amitié , il s'écria vivement en pâlissant : « Notre amitié ! ne parlez pas ainsi! comme le reste de mes amis, vous lue porteriez mallicur assurément. »

« Les mots, lui dis-je en souriant, ne cliangent rien à la na < tiire des choses. Bien certainement nous sommes amis en ce n.omcnt , véritables amis*; car je crois f|iie chacun de nous risquerait volontiers sa vie pour l'autre. S'il était vrai, au surplus, (|ue notre amitié dûl vous inspirer de» crainte» , il serait trop lard pour les coiiccvon-, car le sort en est jeté. »

9(t MÉMOIRES D*UiN GREC.

« Alors, dit Anagnosti après quelques instants de réflexions, puisque nous ne pouvons être moins qu*aniis l'un pour Tautre, soyons davantage , devenons frères-faits S et que la religion, en sanctifiant notre intimité , la dépouille de tout danger. ♦ Il me proposa ensuite de nous soumettre à la cérémonie solennelle ' qui, dans notre église, unit deux amis de Tun ou de l'autre sexe, en face de l'autel , par des vœux sacrés, leur donne le nom de frère-fait ou de sœur-faite , et leur impose l'obligation de se secourir l'un l'autre au risque de la vie.

La teinte de mollesse qu'Anagnosti avait contractée dans son dernier genre de vie n'était qu'extérieure ; il était au fond brave et affectueux. Il avait plus d'une fois résisté courageusement aux ordres injustes de nos gardiens ; il m'avait même défendu, au péril de ses jours, contre un de nos compagnons de captivité qui , un jour que j'étais malade et hors d'état de me défendre moi-même, voulait m'enfoncer un poignard dans le sein pour s'emparer d'une vidlle capote que je portais ; il y avait donc tout lieu de croire que le fardeau de notre alliance et les fruits qu'elle produirait seraient également partagés. Nous parlâmes à un prêtre grec qui était , comme nous , détenu dans le bagne , sans qu'il eût jamais pu savoir quelle en était la raison, et nous priâmes cet homme vénérable d'accomplir l'union que nous projetions. D'abord le digne papas traita cette demande comme une plaisanterie. « Cette coutume , nous dit-il , ne s'observe phjs que parmi les tribus barbares des provinces les plus éloignées, chez les Épirotes ^ et d'autres peuplades sauvages qui vivent dans des querelles perpétuelles ; mais à Gonstantinopie on est assez occupé de ses propres affaires , sans s'imposer l'obligation de hasarder jusqu'à sa propre vie pour l'utilité d'un autre. « Cette remontrance indirecte n'ayant produit sur nous aucun effet , il nous invita à bien y réfléchir avant de nous lier irrévocablement par un engagement si sérieux. Nous insistâmes, et il se rendit; il nous couvrit du voile sacrée symbole du saint

1* C'est ce que les Grecs appellent adelpho-poiélos. (Voyez à ce sujet mon Voyage dans ta Grèce continentale et la Marée ^ p. 230, el noie l*"*.)

2. Celte cérémonie est encore, ainsi qne je l'ai dit, usitée dans la Tliessalie, dans l'Epire et sar toutes les côtes de la Dalmatie.

3. Les hommes prennent alors le nom de provratimù et les femmes celles ^e proscstrimû

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