CHAPITRE SEPTIÈME
nœud qui allait nous unir, et nous fît jurer à genoux , en face du ciel, de partager en frères, pendant toute notre vie, la bonne et la mauvaise fortune.
Ce vœu solennel ayant été prononcé , il adressa au ciel une courte prière pour le supplier de bénir notre union fraternelle , et nous nous relevâmes. Je pris la main d'Anagnosti : « Nous voici donc frères-faits, » luidis-je, etje ne pus m*em pêcher d'ajouter en souriant « : et toujours amis , j'espère. »
Ce mot fit renaître toutes les craintes d'Anagnosti ; il tressaillit înYolontairement. Lorsque le papas détacha le voile sacré dont il nous avait enveloppes , nous y remarquâmes une tache de sang qui paraissait toute fraîche. Comment cette tache se trouvait là , aucun de nous n'en savait rien. Nous cherchâmes Il en découvrir la cause , mais il nous fut impossible de la trouver. J'oubliai bientôt ce fâcheux présage , j'ignore s'il en fut de même d'Anagnosti.
L'époque qui vit sceller notre intimité de nœuds indissolubles était destinée à être celle de notre séparation. Soit qu'au moment de mon emprisonnement la durée de ma détention eût été fixée, soit que Mavroyeni, comme je l'ai soupçonné- depuis ce temps, tout en paraissant rejeter mes prières , eût véritablement travaillé à ma délivrance , un matin , quand je m'y attendais le looins , on m'ordonna de sortir du bagne. Je dis qu'on m'ordonna ; car, conformément à mon engagement sacré, je déclarai d'abord que je n'en pouvais sortir tant que mon ami serait prisonnier. Je m'aperçus bientôt que je n'étais pas plus libre de ne pas sortir que je ne l'avais été de ne pas entrer, et je fus sur le point d'être chassé de prison par force, circonstance peu ordinaire. Anagnosti tâcha d'adoucir l'amertume de ma liberté, eo me faisant observer que je pourrais travailler â obtenir la sienne. « Souvenez-vous, me dit-il, qu'en vous perdant je perds tout. O Anasiase , ô mon... ami , souvenez- vous «
Des pleurs l'interrompirent, et les gardes, ennuyés de ce dialogue, nous forcèrent à nous séparer. Après avoir fait quelques pas, je me retournai pour jeter un dernier regard sur mon compagnon ; je ne pus satisfaire ce désir, les portes du bagne étaient déjà fermées, et je m'éloignai, secouant à la vérité la çou^sv^t^ <ie ma prison , ayaoi tout Conslantinopk ouvert de\ant mov %
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mais sans éprouver an seul mouvement de celte joie tomulloeuse que j'avais toujours cru qu'on devait ressentir en recouvrant sa
liberté.