CHAPITRE PREIftlER
mari combien la protection du consul de France pondait être utile à quelques-unes de ses spéculations.
Ma mère , native de Naxie, avait passé dans son pays pour une riche héritière; elle y possédait un domaine qui rapportait trois cents piastres de revenu net. Un de ses parents, Marcopoliti *■ , était chargé de le faire valoir; il était lui-même trèsriche, primat de tous les villages grecs de Tile, et grand coquin.
Mes frères et sœurs, et j*en comptais justement trms de chaque sexe , s'arrangèrent tous pour prendre le pas sur moi lors de leur naissance , et par conséquent se crurent le droit de le conserver pendant Je reste de leur vie. Je n'aurais pas fait
i attention à cette bagatelle, si ce n'eût été que, parmi mes con-
. citoyens, un fol orgueil de famille épuise la fortune des parents pour faire des dots anx filles. Mes frères aînés se sauvèrent du pays emportant ce qui en restait, et le pauvre Anastase resta à l'arrière -garde avec une perspective fort médiocre; mais, pour me dédommager de me laisser sans ressources ë leur mort , mes bdns parents prirent la résolution de faire de mol un en-
1^ fant gàlé pendant leur vie.
Ma sa^ur aînée (je suis les convenances en commençant par
' les damas) épousa un médecin du pays, qui avait pris ses degrés à Padoufe ^. Robuste comme un hainal ' et n'ayant jamais connu un moment d'indisposition avant son mariage, Epiphanie semblait pouvoir braver la science médicale de son époux ; mais elle fot victime de sa propre imagination. r.e seigneur Sozimo montrait tant d'inquiétudes pour « la précieuse santé de sa chère épouse ; » il lui fit avaler tant de bouillon de vipère et
I d'autres drogues pour la conserver , qu'elle finit par se croire véritablement très-malade, et la crainte de mourir la conduisit lu tombeau.
1. Celte Famille existe encore à Naxie et y lient le premier rang parmi les familles grecque! en rivalité avec les fahiilles catholiques. B.
2. Il n'y avait alors d'autre carrière pour un homme indépendant que l'état de aiédecin, et c'était celui qu'embra&saienl les jeunes gens des familles les plus distinguées. Jean Capo-d'l9tria avait été médecin; Colettis a clé médecin, et plusieurs des ministres et envoyés du roi Olhon sont sortis de cette carrière, qu'on allait suivre dans les universités d'Italie, où les brevets de docteur s'acquéraient plus promptement et à meilleur marché. B.