CHAPITRE HUmfcMK
relie dans l'air et dans les manières était un passe-port suffisant pour arriver même jusqu'à un roi. Je marchai donc hai*diment vers le Fanar, et je frappai à la porte de Mavroyeni d'une main presque tremblante.
Elle s'ouvrit à l'instant , mais non pour me laisser entrer. Le portier ne Gt que l'cntr'ouvrir suffisamment pour pouvoir examiner celui qui se présentait chez son maître. Je reconnus en lui une ancienne connaissance , et il paraît qu'il me reconnut pareillement ; car» lorsque je demandai à parler à son maître, il me ferma la porte au nez sans me répondre. C'était ce que j'avais fait moi-même bien des fois pour le même Ma-* vroycni à Argos. Je pensai donc qu'il fallait remonter plus haut pour connaître la cause du mauvais accueil du portier. Les domestiques ne se conduisent ainsi que lorsqu'ils sentent leur conduite sanctionnée par leurs maîtres , dont ils connaissent les sentiments, soit d'afleciion , soit d'antipathie. «Va* l'eu, Anasiase, » m'écriai-je, « cette porte ne doit plus te re-* voir; » et, comme je me retirais , je l'entendis crier sur ses gonds.
Je me retournai, et j'en vis sortir Mavroyeni lui-même, en* touré d'un cortège nombreux. Convaincu qu'une tentative pour lui parler ne ferait que m'exposer à de nouvelles mortifications, je cherchai à me soustraire h ses regards, avec le même empressement ({uc j'aurais mis à m'y présenter quelques instants plus tôt. Je détournai la tête, et je passai, ou plutôt je courus, comme si j'eusse rougi d'être vu près de la demeure du drogman.
Épuisé de fatigue et de besoin, j'entrai dans le premier café que je trouvai ; et, voyant sur le comptoir un grand bol d'hoschab S je le bus à l'instant, sans réfléchir que je n'avais pas le moyen de le payer. Le ciel vint à mon secours. J'étais en nage, ce breuvage glacial engourdit mon sang, en arrêta le cours, et je tombai sur lo plancher privé de tout sentiment.
Je ne puis dire combien de temps je restai dans cet état ; tout ce que je sais, c'est que , lorsque je revins à moi , je me trouvai sur le dos d'un robuste hamal qui me faisait voyager