Breuvage composé cln jus de différents fruits
par de petites rues boueuses à raison d'une lieue par heure. Mais où me portait-il, c'est ce que je ne pouvais deviner.
Je pris donc la liberté de lui en faire la question, et sa réponse ne fut pas de nature à me plaire. Le maître du café, persuadé, d'après l'attaque subite et violente que j'avais éprouvée chez lui, que j'étais malade de la peste, avait oublié le paiement de son hoschab pour ne songer qu'à se débarrasser d'une pratique si dangereuse, et il avait chargé un porteur de me transporter à l'hôpital des pestiférés. Telle était ma destination, et je m'y rendais aussi vite que les jambes d'un homme peuvent en porter un autre; car le hamal^ en me faisant part de ces circonstances, n'avait pas même ralenti son pas.
Je me permis de lui représenter qu'il y avait erreur de fait ; que je pouvais être malade, mais que bien certainement mon mal n'était pas contagieux. « Cela est très-possible , » me ré- |)ondit le hamal , « mais je suis payé pour vous porter à l'hôpital , et il faut que je gagne mon salaire. » Mon observation ne fit même que l'engager à me serrer davantage, de crainte qu'étant moins mal qu'il ne le pensait , je ne parvinsse à lui échapper. £n vaini le conjurai-je de me laisser libre et de ne pas me conduire à un endroit où , si je n'avais pas la peste, j'étais sûr de l'attraper, toutes mes prières furent inutiles : je me mis alors à frapper rudement sur l'homme qui me portait; mais mes faibles coups ne faisaient que le pousser à marcher d'un pas plus précipité. J'eus donc recours au dernier moyen de salut qui me restait , et je lui serrai le gosier des deux mains, de manière à Tétouffer. Trouvant enfin que j'étais un fardeau un peu trop lourd pour lui, le coquin me lâcha et me laissa tomber à terre, jurant que j'étais la marchandise la plus difficile ii ()orter qu'il eût jamais rencontrée , et if nie laissa le maître de décider moi-même de mon sort.
Ce dernier effort avait épuisé mon peu de forces. 11 me sembla que j'allais mourir; et, une rue étant aussi bonne que l'autre pour cela, je me traînai jusqu'à une grosse pierre que je vis le long de la muraille, et, y appuyant ma tête, j'attendis la mort avec une sorte de résignation.
Au fait, ma fin semblait si prochaine, qu'un tiers, écrivant won histoire, pourrait eu lermineT ici te i;)remier volume, me