Poignard turc
JiO MÉMOIRES D'UN GREC.
très-bien tracée, *et que je rendis indélébile en frottant la blessure avec de la poudre à canon que je pris dans son pistolet. « Nous n'avons pas ici, comme chez vous^ lui dis-je alors, ce qu'il faudrait pour écrire ; par conséquent je ne vous demande pas de reçu ; » et, lui faisant mes adieux, je m'éloignai.
Comme je m'en allais , une troupe de kaliondgis , sortant d'une taverne de Galata, le rencontrèrent et lui prirent tout ce qu'il avait sur lui. Le lendemain matin , le fabricant de boutons partit sans tambour ni trompette , et l'on n'en a pas eutendu parler depuis ce temps dans les domaines du grandseigneur.
Cette espièglerie faite à un boutiquier anglais me valut les bonnes grâces d'un chevalier français venu à Stamboul pour y voir l'ambassadeur de France, qui était son parent. Ce jeune homme, plein de vivacité et de feu, me jura que ce trait valait mieux pour lui que tous les certificats que je pourrais lui montrer. Sa grande affaire en Turquie paraissait être de jouer de la guitare et de composer des chansons d'amour. Deux fois par semaine un courrier d'ambassade était dépêché à Paris avec les effusions poétiques de M. de Yial, afin de faire voir à ses amis comment il employait son temps dans ses voyages ; mais , en revanche, il avait résolu, quand il aurait quelques instants de loisir, à son retour en France, d'écrire un ouvrage détaillé sur la Turquie » en la peignant plutôt comme elle devrait être que comme elle est : car, désapprouvant en masse son système de gouvernenjent ^ il aurait regardé comme du temps perdu d'en étudier les détails.
La seule chose qu'il aurait désirée, s'il n'eût été trop occupé h apprendre la langue romaïque , c'eût été d'avoir une affaire de cœur avec une sultane. Pendant long- temps il nourrit l'espoir de donner une fête sur la mer Noire aux dames du harem impérial; mais, en ayant reconnu l'impossibilité, il dit qu'il ne concevait pas quel goût on pouvait avoir pour ces grosses poupées de Constantinople , après avoir vu les Trois Sultanes à Paris. Ces barbares musulmans lui faisaient perdre patience ; leur langue était un jargon auquel on n'entendait rien , et ils savaient si peu vivre qu'ils se laissaient abattre la tête comme des choux. Voulant cependant les régaler de la vue de la der-