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CHAPITRE IX

AnaiUM veut acheter un bérath. — Ses amoars avec une femme turque/ — U achète son bérath. — 11 est surpris par le mari. — La belle Esmé est noyée dans la mer Noire. — Il échappe au mari, se réfugie dans une musquée et se déclare mabométau.

Mes différents petits métiers ne m*eurent pas plutôt procuré quelque aisance, que je songeai à acheter un bérath S c'est-à-dire une de ces patentes d'exemption de la rigueur du despotisme turc, que le sultan accordait dans Torigine aux ministres étrangers , seulement en faveur des rayas qu'ils engageaient à leur service immédiat, mais que ces ministres, excellents économistes, vendent maintenant à tous les sujets du grandseigneur qui sont disposés à en payer le prix courant. Rien n'était plus désirable pour un jeune homme tel que moi que de posséder un papier par la vertu magique duquel un sujet pouvait , dans la capitale même de son souverain naturel , braver sa juridiction et son autorité, être sur le même pied qu'un étranger, et, de Grec ou d'Arménien qu'il était, se métamorphoser tout à coup en Français, en Italien ou en Allemand, porter les couleurs les plus brillantes comme les TurCs eux-mêmes , et étaler dans les rues ce summum honum, y une paire de babouches jaunes.

Ce projet m'avait été suggéré par un missionnaire italien de la Propagande, qui désirait me faire passer du giron de l'église grecque dans celui de l'église romaine. Le père Ambroise avait beaucoup de connaissances à Péra , et par conséquent beaucoup d'occasions de me recommander à des voyageurs. Lorsque je me trouvais sans place , j'allais lui faire visite , je lui donnais le plaisir d'une discussion théologique, et chaque concession que je

1. les miuisircs étrangers , étant souvent ohli{>és d'cmoloyer des rayas pour domestiques, oblinreul pour eux, dans lori^jine» dis patentes d'exemp-

m aholf. B.

lui faisais aux dépens de l'église grrc que inc valait quelque recomniaudation utile, ^'os coorérences cessèrent pourtant , lorsqu'il eut disposé , en faveur d'un autre néophyte, d'une excellente place à Tespoir de laquelle j'avais Facrifié le point le plus important de la croyance grecque. Quand j''appris cet acte de mauvaise foi , je courus chez lui en colère, lui dis que je ne croyais plus rien de tout ce qu'il m'avait fait croire, et, le laissant tout interdit de ma rébellion inattendue , je cherchai à dissiper mon humeur en allant me promener sur la route de Dolma-Backtchc.

Le fraid , qui avait été très-vif pendant quelques jours , étant devenu plus supportable , je trouvai beaucoup de gens qui prenaient l'air comme moi ; mais ils me semblaient tous sortir aussi comme moi d'une conférence avec un moine ou un derviche. Enfui vint une femme turque d'un rang distingué, accompagnée d'un nombreux cortège de suivantes. Le chemin étant étroit, je me rangeai contre le mur pour la laisser passer. Sa main toucha la mienne en ce moment, et de manière à me faire croire que ce n'était pas sans intention. Jamais je ne reculais devant une aventure galante, quel que pût être le danger. Je laissai cette dame et sa suite s'avancer quelques pas; après quoi, me retournant tout à coup de l'air d'un homme qui se souvient qu'il a oublié quelque chose , je fis volte-face , et passai une seconde fois à côté d'elle, mais sans jeter ni à gauche ni à droite un regard qui pût révéler l'attention , le tout afin de tâcher de la confirmer dans les dispositions favorables qu'elle pouvait avoir conçues pour moi 9 en lui fournissant l'occasion de jeter un second coup d'œil sur celui qu'elle paraissait avoir distingué ; puis , passant bien vite de l'autre côté de la rue, je me dérobai dans une ruelle pour ne pas exciter les soupçons de sa suite.

Le lendemain toutefois , le surlendemain et le -jour suivant, je ne manquai pas d'aller me promener au même endroit , à la même heuie, dans l'espoir d'y trouver quelque fidèle Iris chargée de me donner des assurances verbales de ma bonne fortune.

Pendant toute une semaine ma ponctualité ne se dénieniit point. Tous les jours , dès qu'une heure sonnait , j'allais étaler mes grâces sur la route de Dolma-Backtché devant, toute femme jeune ou vieille , belle ou laide , que je m'imaginais pouvoir êtic

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