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CHAPITRE NEUVIÈME

seDl, ni sur l'avenir. Enfin nous convînmes de correspondre ensemble parle moyen de la juive, dont le cerveau fertile se chargea de nous ménager d'aulres entrevues.

« Que puis-je faire , » s'écria Ësmé au moment de nous séparer, « pour prouver toute ma tendresse à mon bien-aimé , à mon souverain , à mon dieu ? Quels dons puis-je lui présenter qai soient dignes de lui ? Prenez ceci , et ceci , et ceci , » et en même temps elle se dépouillait de ses joyaux les plus précieux , et jetait sur ma robe des perles , des rubis et des diamants.

, • Croyez-vous donc , » Ini dis-je , « que celui à qui vous avez daigné accorder un sourire ait besoin de semblables présents ? >»

• Qu'importe que vous en ayez besoin ? » répliqua-t-elle. « Vous n'aviez pas besoin de la pauvre Ësmé quand vous avez répondu à sa tendresse , même sans la connaître. C'est pour moi que je vous offre ces bagatelles, et c'est pour moi que vous devez lesaccepter. •

Je persistai à les refuser ; et ce second refus fit naître sur son front un nuage de tristesse; des éclairs de mécontentement jaiU lirent des yeux où n'éclatait auparavant qu'une tendrese sans mélange, a Je ne le vois que trop, » s'écria-t-elle : « vous ne m'ai* mez pas ; vous refusez de recevoir un gage d'amour, vous n'a- Tez pas dessein de me revoir ! »

« Pour l'amour du ciel, » me dit la juive, « laissez de côté cette délicatesse déplacée : vous ne songez pas que toutes ces cérémonies peuvent nous coûter la vie! » Je cédai , j'acceptai les présents magnifiques d'Esmé, et le plus doux regard fut la récompense de ma complaisance.

Mes pieds touchaient à peine la terre quand je sortis de cette maison ; je marchais au hasard , enivré de ma bonne fortune » et, dans mon enthousiasme , je me plaçais bien au-dessus de tous les monarques du monde. Constantinople ne me paraissait pas pouvoir contenir toutes mes^ sensations; je me trouvais trop resserré entre ses murs par la dilatation de mon bonheur, et il me fallut trois heures de promenade sans interriiption dans la campagne pour calmer un peu l'agitation et le tumulte de mes sens; après quoi je repassai par les mêmes rues qui avaient (ié témoins de mes inquiètes promenades, afin de bien consta* 1er aux yeux des habitants combien je devais maintenant me relèvera leurs yeux.

Qu'il me soit permis d'interrompre ici un moment mon récit pour faire observer que, quoique mes amours aient occupé jusqu'ici assez de place dans ma narration , ce n'est pas leur histoire que je me propose d'écrire, mais celle de ma vie. Je n'entrerai donc point ici dans le détail des moyens que nous employâmes pour nous procurer d'autres entrevues ; je me bornerai à dire que chacune d'elles semblait augmenter la tendresse d'Ësmé. Je lui avais confié la situation où je me trouvais, et cette circonstance ne fit qu'ajouter à sa joie. C'était un bonheur pour elle d'enrichir son amant, de le combler chaque jour de nouveaux présents , de savoir qu'il lui devait tout ce qu'il possédait.

Devenu riche, grâce à ses largesses, j'employai une partie de ses dons à me parer de manière à me faire honneur , à ses yeux, de sa libéralité, et je ne manquai pas d'acheter le bérath dont j'avais envie depuis long-temps. Sa trop grande générosité tendait souvent un piège à ma prudence ; mais si une opulence à laquelle je n'étais pas habitué mejetait quelquefois dans l'embarras , elle ne manquait jamais de m'en tirer , et , bien différente des amis d'aujourd'hui, elle ne me laissait jamais dans les embarras qu'elle avait pu m'attirer. A la suite d'une orgie nocturne, je fus mandé devant le vayvode. « J'allais précisément, lui dis-je, faire une visite à sa seigneurie pour m'acquitter d'une vieille dette. Je vous prie, messieurs, dis-je à ceux qui voulaient m'y conduire, prenez ces quelques sequins, mais ne vous gênez pas pour cela, et ne les payez que quand cela vous plaira. » £t aussitôt ma liberté me fut rendue, et tous partirent en me faisant les plus agréables salutations. Une autre fois, après avoir fait une partie de plaisir avec des amis, ma conduite sur le canal devint si bruyante que le bostangi-bachi me fit mettre les fers aux mains en dépit de mon bérath, sous le prétexte qu'il faisait trop obscur pour qu'il pût le lire. « On m'a toujours assuré, » lui dis-je, « qu'une escarboucle jette autant de lumière qu'une lampe. Veuillez en faire l'épreuve sur cette bague. » L'épreuve réussit. Il vit très-clairement que mon bérath était en bonne orme, et pour toute l'étendue du Bosphore, et il me remit en iberté.

Quelque incartade semblable était nécessaire de temps en

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