CHAPITRE DIXIÈME
Celle idée ne a'était jamais pr^seulcc à mon esprit; mais elle '!^ me parut assez-plausible, et, dans tous les cas, je résolus de ne 1^ pas allonger mon cours de quatre ans par des doutes inutiles. £n *' couséquence, dans les trois premières leçons, je me soumis ^ aveuglément à tout ce qu'il voulut me dire , même avant qu*il ^' ouvrît la bouche, et je ne témoignai d'autre surprise que de f^ voir que quelqu'un pût révoquer en doute des choses aussi faciles à croire, comme, par exemple le voyage du prophète au " troisième ciel sur le cheval Borak , cheval qui avait la queue ' d'un paon et le visage d'une femme. Malheureusement, - quand, dans la quatrième leçon, le mollah m'assura que l'isla- ^^ misme était destiné à être professé dans tout Punivers , j'eus la maladresse de vouloir faire parade de mes connaissances, et je ' lui demandai comment on pourrait observer le ramadan près "■': des pôles, où, comme me l'avait dit Eugène, il se trouvait un jour qui durait plusieurs mois. Cette difficulté, que le docteur ne put résoudre, le mit en colère : il rougit de dépit, se frotta ' la tête, répéta ma question , et , se levant tout en sueur , me dit '' que, si je mêlais à la théologie les contes des voyageurs, il renonçait à m'instruirc.
Je fus trop heureux de le prendre au mot, et de lui payer ' les leçons qu'il m'avait données. Alais, ne voulant point que '■ mon parrain me crût indifférent sur l'arlicle de la religion, j'allai le prier de me trouver un moilah qui fût raisonnable.
a Un mollah qui soit raisonnable ! » s'écria un vieux Turc qui était en ce moment avec lui et qui appartenait lui-même à cet ordre» r c*est demander une chose qui ne Test pas* Le koran dit que l'encre des savants est de même valeur que le sang des martyrs, et l'on n'eu userait pas uue seule goutte si tout le monde était raisonnable et qu'on ne disputât point. Venez avec moi, jeune homme, et je vous apprendrai en peu de mots, et sans honoraires, tout ce qu'il faut savoir pour être réputé bon musulman; et, si vous douiez de ma recette, vous pouvez, si vous le voulez, obtenir du mufti un fetva pour en déclarer l'infaillibilité. »
Charmé de pouvoir obtenir une instruction si prompte et à si bon marché, je le suivis«quand il sortit. « Pat-tout où vous rencontrerez un infidèle, » me dit-il alors, « accablez- le d'in-
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jures, et personne ne doutera que vous ne soyez un vrai croyant. Voilà tout Je secret. »
Je me promis de suivre cet avis.