CHAPITRE XIII
LES RISETTES DU PREMIER CONSUL A ANASTASIE. l'aUTEUR NE LES FAIT PAS COUCHER ENSEMBLE; MAIS c'eST TOUT COMME.
« La Censure théâtrale, dit M. Hallays-Dabot déjà connu, pendant le XVIIP siècle, a tl•a^ersé les plus dilTiciles épreuves. »
Nous vous raccordons, cher maitre.
« Instituée pour protéger l'ordre établi, elle a lutté énergiquement contre le flot révolutionnaire. Autant qu'il a été en son pouvoir, elle a défendu la religion et ses ministres, l'autorité gouvernementale et ses chefs, la famille et son organisation, les moeurs publiques, enfin tout ce qui formait la base et la force de l'ancienne Monarchie. »
Allons donc, elle n'a fait que cela votre Censure adorée ? Cherchez bien, mon cher Censeur, vous devez trouverautre chose ou, le diable m'emporte ! vous n'y voyez pas bien clair. . . Moi, je crois tout simplement qu'au lieu de « protéger l'ordre établi, » elle l'a troublé toutes les fois qu'elle a mis son nez dans les coulisses d'un théâtre. Elle a lutté contre la Révolution, dites-vous, et pourtant elle s'est faite révolutionnaire et même sans culottes, sauf le respect que je vous dois.
Comment expliquez vous cela, cher Anastasius?... Elle a encore, selon vous, défendu la religion et ses ministres. Moi, je crois encore tout le contraire : elle n'a fait que leur jeter la pierre et lui susciter des ennemis en favorisant un archevêque qui se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Elle protège le gouvernement et ses chefs?... Pour cela, je suis de votre avis ; c'est même tout ce que vous avez dit de \ rai depuis que je vous écoute. Vous parlez aussi de la famille et des mœurs publiques? Mais vous n'y pensez pas. M, Da-
— \il'2 —
bot! Pour défendre les nmcurs, les bonnes (vous avez oublié de le dire), il faudrait d'abord qu'Anaslasio fût rosière et voire Censure n'est qu'une vieille courtisane, vendu<' à tous les rois de France, (jui sur le retour s'est faite tireuse de cartes pour combler le ilélicit des mauvais jours.
« Sous le régime républicain, la Censure, continue M. Dabot le Censeur, a été l'esclave du pouvoir et non la tutrice de la société. »
Eh ! que diable ! Elle a été honteuse, comme elle l'a été toujours, même du temps où l'arbitraire s'étalait aux pieds de vos rois les plus libéraux. Il ne faut i)as croire (juc la Censure de Louis XIV ou de Louis XV vaut mieux que celle de Robespierre. Toutes les trois n'ont jamais protégé personne, elles n'ont fait ((ue couper les manuscrits et dénoncer les auteurs à la police qui se charge du reste.
Notre homme cependant continue et, parlant toujours de la Révolution, dit :
« Alors, dans les écrivains dramatiques, le pouvoir ne voyait que des ennemis qui devaient chanter sa cause ou briser leur plume, des esclaves qui devaient la servir, sinon sacrilier leur liberté, tout en risquant leur tète. »
A la bonne heure ! Je suis de votre avis cette fois... Mais je vous demanderai encore, cher défenseur d'une cause pourrie, quelle différence vous pouvez bien faire entre le pouvoir et la Censure. A notre idée, la Censure ou le pouvoir; c'est bonnet blanc ou blanc bonnet L'un commande et l'autre obéit et tous les deux s'entendent comme de vieilles connaissances. Après cette petite rcctilication à votre opinion sur Anastasic, nous dirons, cher avocat, que vous êtes dans le vrai. Donc au lieu de « pouvoir, » mettez Censure, et touchez-là, nous sommes d'accord. Anastasic ne vaut pas une (jueue de poireau!... C'est \ous (jui l'avez dit. Je m'en la\e les mams.
Ouf!... y\h ! C'est vous, amis lecteurs. Excusez-nous de vous avoir fait poser si longtemps. Nous avons rencontré un Monsieur (jui se vante de défendre la Censure et, tout en causant avec lui, nous venons de nous apercevoir qu'il l'a condamné aux travaux forcés à pcrj^étuité.,. Ah ! si c'était arri\é seulement ! (^uel bonheur !... Mais ce n'est ({u'une di.sseilation malheureuse et la Censure vit plus que jamais. On n'a pas envie de s'en défaire par la déportation et de son côté elle n'a pas envie de casser ses ciseaux. Donc, chers lecteurs, bonjf)Ui-! Je vous avais promis, je crois, de vous
parler du Consulat, des risettes d'Anastasie et que sais-je encore? C'est bien, je suis à vous. Je tiens parole et voilà...
Napoléon, premier consul, fit risette à la Censure en arrivant au pouAoir et voici comment.
Dix jours après le 18 brumaire, c'estàjjeine prendre le temps de s'asseoir en politique, Bonaparte, par l'entremise de Fouché, ministre de la police, adressait à tous les directeurs de théâtres une circulaire dont nous extrayons les lignes suivantes qui dépeignent déjà très clairement la volonté de Napoléon et les sentiments d'Anastasie pour ce nouveau maitre :
a Dans la succession des partis qui se sont tour à tour disputé le pouvoir, le théâtre a souvent retenti d'injures gratuites pour les vaincus et de lâches flatteries pour les vainqueurs. Le gouvernement actuel abjure et dédaigne les ressources des factions ; il ne veut rien par elle et fera tout par la République (En attendant qu'il l'étrangle, sousentendu ! ) Que tous les Français se rallient à cette volonté et que les théâtres en secondent l'influence ; que les sentiments de concorde, que les maximes de modération et de sagesse, fjue le langage des passions grandes et généreuses soient seules consacrées sur la scène; ( Et pourtant les temps héroïques étaient passés) que rien de ce qui peut, diviser les esprits, alimenter les haines, prolonger les souvenirs douloureux n'y soit toléré : ( "Voilà la Censure qui commence à poindre derrière le soleil d'Austerlitz ! ) il est temps enfin qu'il n'y ait plus que des Français dans la République française. (Belle parole à propos de bottes! ) Que celui-là soit flétri qui voudrait provoquer une réaction et oserait en donner le signal ! »
Ce n'est encore que la flétrissure, bientôt ce sera la Censure dans ce (ju'elle a de plus intime. Vous pourrez alors la contempler comme la Vénus de Milo, dans toute sa nudité et sans le manteau fourré des tours de phrases plus ou moins patrioticjues.
Napoléon se démasque et l'Empereur apparaît presque sous le premier Consul. r"est l'affaire de quei({ues mois de pouvoir et les risettes d'Anastasie commencent avec les Mariniers; de Saint-Cloud pour prétexte.
Cette pièce est tout bonnement arrêtée en cours de représentation, par une lettre du ministre Fouché au directeur de rOpéra-Comique, où on la jouait. Ceci se passait le 21 ou 22 brumaire, après le coup d Etat.
Au mois d'avril 1800, le premier Consul suj)primc les
— lL>i -
dilTércnts bureaux de Censure ; mais pour les remplacer! Vous croyiez déjà le contraire ? Naïf, va! Lucien Bonaparte, ministre de rinlcricur, est chargé par son frère de la surveillance des théâtres. Cela se passait comme qui dirait en famille. Anastasie renaissait de ses cendres, comme le premier phénix venu.
Les pièces allégoriques el de circonstances dcA icnncnt fort nombreuses. Mais la Censure veille à ce (|u'i] n'y anivc pas de quiproquos sur la personne auguste du consul I3onaparte.
On dit (ju'alors la Paix d'Amiens coûta une i)iècc à son auteur et que le drame historique d'Alexandre Duval, Struensée, fut interdit.
A propos de Duval, voilà un auteur f{ui n'avait pas de chance. l'robablemcntqucsa ligure ne revenait pas à y\nastasie. Nous ne ferons [)as injure à cette grande dame de supposer un seul instant que celte inimitié venait du style de l'auteur. Anastasie, vous de\ez déjà vous en être a|]erç;u, ne lit j.imais les manuscrits -qu'on lui apporte ou qui lui tombent sous la main. Donc, cherchez ailleurs que dans Edouard en Ecosse la disgrâce de Duval.
Cette tragédie, pour en venir au fait, fut interdite après sa deuxième représentation, à cause du mouvement royaliste qui se produisit autour de ce petit drame. Le premier Consul, selon son habitude, assistait à la représentation et prit peur de la couleur politi(jue que prenait le succès de cet ouvrage. Vite, Anastasie ! au feu !... Et voilà le médecin qui donne un coup de bistouri dans les décors, arrivent aussi les pompiers qui éteignent les lanternes et les lustres. Ainsi finit la jtièce de Duval et le lendemain même, sur un ordre de Cliuptal, Edouard est défendu : il retournées. Ecosse. C'est ce que l'histoire a oublié d'ajouter et ce que nous ne faisons que sujjposer.
Huit jours après Edouard en Ecosse^ c'est le tour de VAniichambre, opéra-comi({ue de Du])aty, qui fut sacrifié aux Scrupules de certains parasites trop zélés du pouvoir. D'ailleurs rien (jue le titre de VAntichambre devait faire rêver Anastasie. Elle eut un cauchemar en effet et. en apprenant la chose, elle sauta à bas du lit, j)rit juste le temi)S d'enliler un jupon et
diuis le simple appareil
D'une beauté rpi'on nnaclie au soiiunoil,
elle s'en fut trouver son ami Fouché. Fouclié consola Anastasie et lui promit (lu'il ferait tout pour ([uescniblablo
épigramme sur Son Altesse ne fût pas redite en scène. Il le fit et fit bien, comme disait le poète conteur Dupaty faillit aller en prison et il ne dut sa liberté qu'à la haute protection de la future impératrice Joséphine.
Le même système d'autrefois recommence ; tout le monde se mêle de faire de la Censure, et Anastasie, qui voit le travail se partager, se contente de contempler tous ses ouvriers du haut de son trône de pièces mutilées.
Le Censeur que nous avons coutume de citer nous raconte que :
« Il y avait parfois entre l'administration et le premier Consul de ces divergences d'opinions, en tous temps assez fréquentes. L'administration, voyant les choses à un point de vue plus étroit, signale un danger; mais si, mieux informé, le chef de l'Etat, qu'il soit Consul, empereur ou roi, ne veut pas voir ce danger, la pièce se jouera, et souvent sans inconvénient. En revanche, telle œuvre, jugée innocente par les Censeurs qui ne sont pas dans le secret de certaines vues, de certains renseignements, contrariera la politique du gouvernement et elle sera interdite. »
Peu à peu tout l'ancien répertoire réapparaissait. Seul, Polyeucte, de Corneille, restait proscrit par ordre du ministre de l'intérieur. Et pourquoi cette exception ? Parce que les Censeurs voyaient dans cette tragédie un dangereux exemple de fanatisme religieux ; on craignait quelques allusions à l'heure actuelle.
Le premier Consul ne fut pas de cet avis et leva l'interdit qui rendit un chef-d'cjeuvre de plus à tous nos théâtres qui le réclamaient depuis si longtemps. Napoléon, cette fois, oublia de faire risette à Anastasie; mais, hàtons-nous de dire qu'une fois n'est pas coutume. Il l'approuva nombre de fois pour remplacer ce petit acte d'autorité personnelle.
M. Lacretelle, historien et plus tard Censeur de l'Empire, nous donne le fin mot du caractère du premier Consul et le pourquoi d'une telle façon d'opérer à l'égard du théâtre.
« Il tendait, dit-il, à rendre l'art dramatique lui-même ministre de ses pensées et complice de son ambition. Le talent et la fierté en murmuraient quelquefois.-»
Dans l'affaire de Polyeacto, ce ne fut pas le cas; mais d'autre part, nous en verrons bientôt la preuve
Anastasie protégeait le premier Consul et la Républi(|ue. Pour nous le faire croire du moins, elle interdisait le 6
- Ji() —
juillet 1802, 1, 2, ',] et 4 ou les 4 Constitutions, parce que celle comédie teudait à avilir les premières autorités de la Républi^iue.
Lu Censure n'avait pas perdu l'habitude de voyager et de temps en tcinps elle Taisait SCS malles, prenait ses ciseaux et partait pour la province.
Le 10 mars 1802, elle interdisait dans un de ses voyages en patache, sur le théâtre d'Amiens, Alhalie, de Racine.
Le 29 juillet, même année, Anastasie se trouvait à Calais. Elle donna l'ordre au thôâli-e de cette ville, ainsi qu'à tous les théâtres do France, de cesser de jouer l'opéra de Richard Co'ur-de-Lion. L'interdit de cette pièce ne fut levé ([uen 1806. On y mit le temps avant de se décider. Do retour à Paris, elle instrumente contre le Pachfide Suresnes ou l'Amitié des Femmes, comédie d'Etienne de Nanteuil. Apres quelques dilTicultés, la pièce fut néanmoins jouée avec succès le 31 mai 1802.
Le 10 décembre, même année, nous retrouvons encore la Censure en procès avec Alexandre Duval. Cet auteur avait fait représenter à la Comédie- Française le drame de Guillaume le Conquérant. l*ar malheur, au troisième acte, une chanson où l'on rappelait la mort de Roland excita la susceptibilité des Censeurs et des courtisans.
Comme pour Edouard en Ecosse, la pièce fut acceptée par Chaplal et lue devant le ministre de l'intérieur; le lendemain de la première, on remaniait le drame, quand un ordre de ne i)lus continuer arriva des bureaux de la Censure. Le premier Consul n'avair, pas assisté à la première représentation, c'était lors de l'expédition en Angleterre et ce fut probablement aussi la seule cause de l'interdicLion.
Le 17 juin 180'i, le tribun Carion-Nisas fait jouer aux Français une pièce de circonstance, Pierre le Grand. Comme nous l'avons déjà dit, la Censure n'aime pas l'actualité et [iréfère le rococo. Aussi, ne pouvant interdire complètement le drame de Nisas, elle prend son parti et se contente d'y couper (juatre vers en deux, ce qui faisait huit. Cependant le public, malgré la qualité de tribun de l'auteur, ce à quoi avait peut-être pensé Anastasie en permettant la mise en scène ; le public, dis-jc, n'accueillit i)hs la pièce avec autant d'enthousiasme et lorscjue l'acteur qui faisait Fierre-le- Grand vint débiter ces vers :
Charles mit son honneur à ravager le monde: Il <létruisit, jecrée; il renversa, je fonde !
le parterre et l'orchestre sifflèrent de telle façon que le
drame ne put être continué Pierre-le-Grand n'eut que deux représentations. Bourienne prétend que c'est l'Emporeur lui-môme qui arrêta la pièce, parce qu'on n'en avait pas saisi les allusions dans le sens qu'il aurait voulu et qu'espérait également l'auteur. Si cela est vrai ; ce n'est déjà pas mal pour un premier Consul.
Au mois d'octobre 1804, c'est la Partie de Chasse d'Henri IV, qui est interdite encore pour la dixième fois au moins. Qu'avait donc cette « Partie de chasse » pour soulever la colère d'Anastasie toutes les fois qa'e le la rencontrait sur son passager Après tout, il faut croire que la Censure n'aimait pas la <c chasse ; » mais qu'elle eût préféré une bonne « partie de table.» On est goinfre ou on ne l'est pas. Et Anastasie esif une femme qui ne vit plus d'amour et d'eau fraîche.
On ne se contentait pas sous le Consulat de défendre une tragédie à la scène, on allait plus loin ; on en défendait parfois la vente après représentation. C'est ce qui arriva, le 19 octobre 1804 ; la Censure défendit la vente de la tragédie du Conventionnel Laignelel ; « Ricnzi, » jouée jadfs en 1790 au Tliéatre-Français. L'arrêté de défense se terminait ainsi « parce qu'elle offre une intention odieuse d'allusions aux circonstances présentes. » Par ordre du préfet Dubois, on saisit les exemplaires, on arrêta la veuve Petit, qui avait réimprimé Rienzi, et on l'envoya aux Madclonnettes, sans égard pour sa qualité de femme. M"i* Petit resta en prison «jusqu'à ce qu'on eût empoisonné l'auteur. »
Anastasie, voilà de tes vengeances !.. Et quand on pense qu'il y a encore en ce monde des pauvres fous qui te défendent, au risque de se casser le cou ; cela fait frémir le bout de mes cheveux î...
Nous sommes en 1804 pourtant, en plein dix-neuvième siècle. Et la Censure se permet encore de conspirer contre la vie des auteurs insoumis à ses lois, sans se contenter de mettre les manuscrits en papillottcs! Oui, nous sommes en 1804 !... Mais on ne le dirait pas...
A cette époque, dit encore M. Hallays-Dabot, dont on ne peut se défaire quand on l'a lu : « Il y a dans l'organisation nouvelle un changement radical et qui est excellent (Passe pour le mot excellent; nous savons trop nous ce que vaut la Censure. Nous ne discuterons donc pas à notre confrère son opinion pour cette fois; mais nous conseillons aux lecteurs de ne prendre à la lettre que l'histoire, le i-este chez
cet excellent Monsieur ne vaul pas la peine (lu'il a prise do nous le transmettre par voie de librairie).
Tontinuons la citation commencée :
« Une commission est substituée à une individualité. (Cela vaut mieux peut-être ; mais c'est loin d'être excellent !) Un avis isolé et sans contrôle sérieux i)eut être impunément passionné ; il peut et doit subir toutes les inliucnces ; il est sans défense contre les récruninations. (Vous le reconnaissez d(uic, grand Censeur cjuc vous êtes? Alors, pourquoi défendre la Censure et perdre votre temps?) Voltaire prendra Crébillon à ])artie, il aura le beau rôle'. Marin sera à bon droit soupçonné d'une entente trop intime avec les auteurs; (Nous le savons ; on lui glissait la pièce et l'autorisation était certaine ..) Suard deviendra l'objet des plus vives attaques.
«bans une Commission, les individus s'eiïaccnt pour laisser la place à une force anonyme contre lacjuelle s'émousse la colère de l'amour propre et de T intérêt froissé. Dans une commission, les divergences d'opinions, les influences, les petites passions se combattent, et, pour se mettre d'accord, sont forcées d'arriver à un moyen terme, qui est la vérité. Aussi ce système, une fois établi, survivra h toutes les perturbations. Chaque gouvernement qui se succédera en comprendra les avantages et l'adoptera sans hésitation. »
Ce système vaut mieux (pic l'ancien ; nous ne contredirons |)as M. Dabot là-dessus. I\Iais en quoi une Commission est-elle exempte des préjugés dont se repaissent encore nos gens satisfaits ? En quoi une Commission ne peut-elle se tromper ? N'est-elle pas plutôt, (juekiue soit son mode de formation, l'expression de la volonté du petit nombre? N'est-ce pas encore l'arbitraire sous une autre ligure? N estce pas toujours la Censure trantiforméc comme ce vieux Prêtée de Virgile, qui passe du feu à l'eau, glisse toujours des mains de l'opinion publique et redevient Censure?
Non, ce système n'est (ju'un cache-misère; il ne sert qu'à masquer les intentions du gouvernement, à donner un semblant de justice ou d'honnêteté à cette répression qui ne rap))orte rien, ni aux mœurs, ni à la famille, ni à quoi que ce soit. Donc, nous dirons, nous, que les Commissions de Censure ne sont pas encore cette perfection du genre que tout citoyen ou législateur doit souhaiter, autant qu'il est possible humainement parlant. C'est la Censure toujours, et la Censure n'a jamais su se conduire, même avec les conseils d'autrui.
Nous verrons peut être clans la suite ce que valent ces fameuses Commissions, tant prônées par la Censure et les Censeurs du grand monde. Alors vous pourrez juger qui de nous a raison, si c'est AI. Dabot ou bien votre serviteur; vous aurez les pièces en mains et l'histoire sous les yeux. Avec des preuves, pour moi, l'on ne peut plus douter. C'est pourquoi je suis et reste convaincu cju'il y a c[uclque chose de mieux que toutes les Commissions de l'univers et que l'éternelle Anastasie, pour protéger la Société des atteintes de l'esprit qui déraille ou du raisonnement qui s'aventure trop dans l'hypothèse.