‹ Anastasie et sa besaceChapitre 21 sur 45 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

ou LE LECTEUR APPREND QU'aNASTASIE RETROUVE SES PARENTS QUELLE AVAIT lERDUS DEPUIS LA RESTAURATION. — LOUIS XVllI LUI REND SES TITRES DE NOBLESSE ET SES ARMOIRIES RES- TAURÉES A NEUF.

Avant de reprendre notre sujet, nous nous permettrons une petite digression, qui en réalité n'en est pas une.

En effet, il nous semble qu'il serait urgent de se demander, pour bien comprendre le rôle de la Censure sous la Restauration, quelle était la situation de la France en 1815. Oui, quelle était cette situation? M. Lacretelle a eu soin d'en parler avant nous dans son His'oire liepuis la Restauration. C'est son avis que nous allons donner.

« L'oppression, dit-il, cessait, mais la liberté restait encore incomplète. T^es jouissances les plus positives, le bienfait de la sécurité individuelle et celui de la liberté de la presse subissaient un triste ajournement. On voyait encore un mélange adultère de l'institution par le jury et les cours prévôtales. Les traces des Cent-Jours n'étaient point effacées.

» Un exil prononcé sans jugement, et qui pesait au cœur du roi, privait la France de plusieurs hommes qui aAaient ajouté à sa gloire. Le régime électif restait voué <à l'arbitraire et la liberté politiciuc, gardienne de toutes les autres, manquait de garanties légales, car une loi d'élection restait à faire. L'état des partis accusait celte loi périlleuse et pouvait renou\eler la chaleur du combat entre une démocratie habituée à une longue domination et une aristocratie dépouillée tout à l'heure d'un empire violent. »

Voilà l'état de la politique à Fax ènement do Louis XVIII, après les Cent-Jours.

Quant aux partis, on en distinguait trois, nous dit encore le même historien, c'étaient :

« Le parti libéral qui se recrutait chez les jeunes gens et

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mémo chez les jounes femmes. Le parti royaliste ultramonlain, qui Taisait des conqucles dans un autre âge. Le parti modéré seul restait stationnaire, sauf les auxiliaii^es mobiles et peu sûrs que lui amenait l'amliition puis({u'il possédait le pouvoir. »

C'est donc du parti modéré, comme l'appelle M. Lacrctellc, que nous viendra dans un instant la Censure, toujours immodérée dans ses acies. L'antithèse est tout ce qu'il y a de plus exact, et la forme du style de l'auteur ne •saurait y chansjcr l'ombre d'une vir^-ule.

Quel était maintenant l'état des esprits, non au point de vue politique (nous venons de le voir), mais au point de vue littéraire?

Lamartine, l'honmie de la libei'té. le 2:énie de l'émancipation de la pensée, vient cette fois à notre aide et va nous tirer de ce mauvais pas.

Il dit donc, en parlant de la Restauration :

« C'était l'heure de l'enthousiasme. Elle était poétique comme le passé, miraculeuse comme une résurrection. Les vieillards rajeunissaient, les femmes ))leuraient, les prêtres priaient, les lyres chantaient, les enfants s'émerveillaient. L'Empire avait opprimé les âmes ; le ressort de tout un peuple se redressait au mot de liberté, dix ans proscrit. Les républicains, vengés par la chute du destructeur de républi(|ucs, embrassaient les royalistes, comme dans une réconciliation dont la liberté constitutionnelle devait être le gage ; ce retour paraissait être celui de la monarchie, corrigée par l'exil, de la liberté purifiée par l'expiation. C'était une épo(juo de renais.sance pacifi(iue, intellectuelle et libérale pour la France.

i> La poésie, le.s lettres, les arts oubliés, asservis ou disciplinés sous la police de l'Emiiire, paraissaient sortir du sol sous les lias des Bourbons. Il semblait qu'on ait rendu l'air au monde, asphyxié dix ans par la tyrannie. On respirait à la fois ù jdoine [joitrine pour le passé, jiour le présent, pour l'avenir. Jamais le siècle ne reverra une pareille époque. On oubliait, à force d'espérance, les malheurs et les humiliations de la jiatrie. Les soldats seuls de Napoléon baissaient la tête en déposant leurs armes brisées, car les courtisans étaient déjà passés au parti vain([ueur. »

Anastasie était de ceux-là, et la bonne matrone veillait déjà sur ce réveil de la pensée, sur tous ces jeunes hommes, tels que Lamartine, qui croyaient encore à ce mot de

liberté, jeté par tous les gouvernements pour préparer leur entrée en scène. Hélas ! la suite a bien prouvé que a c'était l'heure de l'enthousiasme » et qu'il n'y avait qu'un gros orage derrière ce ciel si bleu de la Restauration.

Lamartine dit encore :

« Tout ce qui se taisait reprit la voix. Les esprits humiliés de compression, la société affamée d'idées, la jeunesse impatiente de gloire intellectuelle se vengeait du long silence par une éclosion soudaine et presque continue de philosophie, d'histoire, de poésie, de polémique, de mémoires, de drames, d'oeuvres d'art et d'imagination. Le siècle de François P' est plein d'originalité; le siècle de Louis XIV est plein de gloire. Ni l'un ni l'autre n'eurent plus d'enthousiasme et de mouvement que les premières années de la Restauration. La servitude avait tout accumulé pendant vingt ans dans les âmes. Elles étaient pleines, elles débordaient. »

Mais après, une fois cjue Louis XVIII eiit passé deux ou trois mois sur le trône de ses aïeux, Anastasie revenait, plus effrontée que jamais, mettre son nez dans cette nouvelle Renaissance de l'esprit humain et, de ses ciseaux hyperboliques, elle faisait des accrocs béants dans tout ce qui respirait la force, la jeunesse et le talent avide d'aventures. 0 l'ignoble mégère, qui venait jeter le trouble dans une aussi belle époque que la Restauration !

Les Bourbons, dès leur seconde rentrée aux Tuileries, ont à combattre le parti bonapartiste et le parti révolutionnaire; aussi, toutes les pièces jouées par ces deux partis-là trouvèrent-elles la Censure inexorable à leur égard.

Un vaudevilliste donnait à cette époque la Pie et le Drapeau, pc>ur fêter la rentrée de Louis XVIII. Le gouvernement trouva l'allusion de mauvais goût et défendit cette basse flatterie.

Toutçs les pièces jouées depuis 1789 furent soumises à un nouvel examen, et partout on substituait l'idée royaliste au patriotisme républicain.

La Mort de César fut retranchée du répertoire pour n'être pas royaliste.

Anastasie venait encore de changer de défroque ; elle s'habillait à la Bourbon, comme son roi, et ne trouvait rien de bien en dehors de la royauté constitutionnelle.

Quelfiuefois l'opinion publique donnait la réplique à la Censure. Les partis ne manquaient pas de manifester au

théâtre jiar toutes sortes do rapprochements des personnages ol de Ui polili(|ue. La Censure était impuissante à rétablir Tordre et aloro il arrivait ce qui arriva pour Ger~ manicus.

Arnault, lami de Bonaparte et poète, avait envoyé de l'exil une tragédie tirée de Tacite, Germanicus. La Censure trouva la pièce inoffensive. Le gouvernement pensa de môme et elle l'ut jouée au Théâtre-Français, le rendezvous des partis poliluiucs. Bonapartistes et royalistes en vinrent aux mains. Les cannes s'abaissèrent sur les échines, les ban(iuette.s volèrent dans la salle, on siffla, on vociféra, on reclama luateur; l'auteur ne j)arut pas. Entin ce fut un desordre complet; le public se sauvait, les uns envahissaient la scène pour se cacher, et les autres se frappaient, s'injuriaient et se battaient comme charretiers en ribote.

Il en est ainsi toutes les fois que le gouvernement el son Anaslasie veulent imposer au public ce que ce dernier ne veut pas voir figurer sur la scène. L'opinion publique se révolte et si elle ne triomphe pas toujours, il s'ensuit ordinau'cmcnt un désordie complet dans les théâtres, des menaces et des sifflets dans la rue; le tout se termine par des horions et des arrestations à tort et à travers. Jolie chose que la Censure! Kt c'est pour maintenir l'ordre public qu'on l'a inxenlée! "Vraiment! On dirait, ma foi, tout le contraire.

Pour en revenir à Germanicus, Talma parut en habit de ville et vint annoncer au public, qui rcclanuiit le nom et la présence de l'auteur, que ledit auteur avait jugé à propos de garder l'anonyme et qu'il ne pouvait aller confie. Le tapage recommence sur les derniers mots de l'acteur et la pièce, interrompue par le public, l'est également, jusqu'à nouvel ordre, par la Censure. La presse s'emjtara de la querelle, qui ne manqua pas de se produire aiics tout ce pétard de la première. M. Marainvillc, rédacteur au Drapeau blanc, eut un procès, un duel et fut blessé par le lils d'Arnault. Elle allait bien, Anastdsie et ses défenseurs!

Nous ajouterons à tout cela ([ue c'est à la suite de cotte représentation orageuse que les spectateurs du parterre durent déposer leurs armes et leurs cannes à l'entrée du théâtre. Le parterre àce'te épo(jue faisait la loi au spectacle et toutes los cabales partaient de ce foyer. Il fallait bien cela pour montrer à Anastasie (in'elle ne servait à rien.

Louis XVIII ne manqua pas, à cette occasion, d'engager

les Censeurs à devenir minutieux et pointilleux dans leurs jugements, qui l'étaient déjà passablement.

La Censure, obéissant au Monar([ue, intordit ^Esprit de Parti ou la. Réconciliation, que devait jouer rOJéon, Il n'y avait assurément pas de quoi fouetter un chat et pourtant Anastasie fouetta.

Cette pièce fut autorisée plus tard, après corrections et sous le nouveau titre nouveau de la f'récention. Ne venaitelle pas d'en faire une? Le titre parle tout seul. Et la Censure, malgré ses hautes lumières, ne vit pas l'allusion.

Voulez-vous savoir |US([u'où pouvait bien aller le scepticisme fouinard de la Censure ? Ecoutez M. Dabot ; quand il attaque Anastasie, on peut le croire sur parole.

« La préoccupation la plus grande, dit-il, pendant toute la Restauration, est d'écai'ter de la scène ce qui peut rappeler le souvenir de Napoléon. La République, le Consulat, l'Empire n'ont pas existé. II n'est pas permis de nommer dans une pièce Arcole ou Marengo. »

Napoléon I" ne faisait pas autrement pour Henri IV et tout ce qui touchait à la fleur de lis. Donc, œil pour œil, dent pour dent ; Anastasie le veut et le pouvoir le commande.

Quant à nous, peu intéressés que nous sommes par les petites querelles politiques, nous ne voyons qu'une chose; c'est (jue l'art draniatitjue en souffrait et qu'il servait de tête à massacre à tout ce joli monde de grincheux.

Voyons les preuves. Anastasie la complaisante est toujours empressée à nous les donner. Nous n'avons qu'à choisir les plus concluantes.

En 1818, apparaît Bélisaire, tragédie de Jouy. Elle allait être jouée sans encombre, quand certains journalistes qui pensaient bien et surtout voyaient bien, trouvèrent par l'intermédiaire de la Censure une similitude apparente entre Béli.saire et Napoléon. Ces messieurs avaient sans doute vu cela à la loupe. Nous sommes portés à le croire, Que fit le gouvernement? Le ministre refuse de signer l'approbation de la Censure. Elle avait approuvé!... Comment a-t-elle fait? Mais voilà tout à coup que le ministre revient sur sa détermination, SaGrandeuraduremordsd'avoir contredit Anastasie la clairvoyante, et le 25 octobre il autorise Béltsaire. Le mois d'octobre se passe, six jours après, le 1*=' novembre, notre ministre, ayant encore refléchi, retire son autorisation. Décidémer.t, je n'y comprends plus i-ien là-dedans. On dit d'ailleurs qu'il y avait des dessous poli-

tiques dans toute cette conduite contradictoire. Dame ! Jo conimence à le croire aussi.

Les anciennes pièces sont presque autant examinées que les nou\ elles.

L'opéra de Beaumarchais, Tarare, par un retour de la l)olitique, devint royaliste. Cet ouvrage fut arrangea toutes les sauces possibles, à toutes les modes età tous les partis. Révolutionnaire en 1787, à son début, il devient royaliste ; Constitutionnel en 17l)-2 ; républicain en 17!)5; puis du rouge passe au bleu et se trouve être Bonapartiste en 1802; nous le trouvons Impérialiste en 1808; et entin le voilà Royaliste sous Louis XVIII, en !818. A cette épo(|ue tout est bouleversé dans l'œuvre et, jusqu'au dénouement tout est changé. Pauvre Beaumarchais, la Censure le taisait dire ce que tu n'avais pas dit !

Tiens, que vois-je venir là-bas ? Ah ! c'est encore VAmi des Lois... En voilà un, morbleu, cjui n'était pas l'ami do lu Censure.

Comme nous venons de le voir. Waterloo venait d'écraser Bonaparte et pour la seconde fois l'Empereur reprenait le chemin de l'exil, faisant place à la seconde Restauration.

Laya pensa tout de suite, dans sa naïveté d'auteur, ({uc le retour de Louis XVIII serait favorable à sa |)icce, d'autant plus (iue les hommes politi([ues et administratifs avaient changé de fonctions. Eh bien! l'auteur se trompait encore.

Beugnot, il est vrai, avait bien disi)aru de la police générale, c'était alors Decazes. Le nou\eau surveillant des théâtres avait aussi choisi un autre directeur de la librairie; c'était M. Willemain, déjà professeur d'histoire à l'Université. Mais rien n'y fit, tous ces changements d'iiommes ou de titulaires n'avaient pas changé la vieille Censure et c'était à elle seule que Laya allait avoir affaire.

Laya court donc chez Anastasie, dépose sa ])icce entre les mains des Censeurs et laisse sa carte chez M. Willemain. Huit jours se passent, il demande une audience, (|ui lui est accordée. C'est déjà beaucouj). Mais voici de l'imprévu. Willemain se dérobe, impossil)Ie de le trouver chez lui, ni autre part. Les Censeurs conseillent à Laya d'attendre la répétition de Germaniciif^, d'Arnault. Attendre ! Y pensezvous, braves gens? Voilà un homme qui attend (jue la Censure se décide depuis 1793 !... Et vous lui dites! d'attendre encore? C'est se moquer du monde avec des paroles.

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Laya attend cependant de bonne gTàce. Quel homme ! Et quelle patience !... Mais, voici le plus beau. Germanicus, ayant eu la première représentation que vous savez déjà, les Censeurs supplièrent de nouveau Laya d'attendre encore. Une vraie salle d'attente que cette Censure dramatique !

Quant à Willemain, il était déjà fatigué de voir un autour faire un si grand nombre de tentatives « indiscrètes ou ridicules « pour une miséral)le pièce de théâtre. Il fallut cependant bien avoir une entrevue avec Laya et en finir avec cet Ami des Lois. L'entrevue eut lieu, elle fut courte et quelque peu aigrelette. Willemain dit à Laya qu'il avait fait une comédie d'une action trop lente et qu'elle tomberait infailliblement pour ce défaut. Laya lui répondit sur le même ton, qu'il ne s'agissait point de critique littéraire, que cette remarque ne pouvait seule amener l'interdiction de la pièce et qu'il ne réclamait point au gouvernement de lui assurer le succès.

Willemain, voyant la tournure que prenait le débat, se mit dans une colère verte et clôtura net la discussion en renvoyant l'auteur « non pas aux calendes grecques; » mais à la commission d'examen, c'est tout comme. Laya tenta un nouvel assaut auprès des Censeurs, fit tout ce qui lui fut possible de faire, inventa des arguments tous plus probants les uns que les autres, enfin dépensa beaucoup de salive pour convaincre ces dieux Termes de la Censure ; mais ils furent sourds comme trente-six pots et plusieurs cuvettes.

Enfin, après de nombreuses démarches, les Censeurs touchés de la constance de Laya ou bien trouvant qu'il devenait trop ... crampon — prennent une décision impartiale. Ils ne trouvent plus aucun empêchement à ce que l'Ami des Lois soit joué et demandent à Willemain de parapher l'approbation de la Censure. W^illemain, paraît-il, s'était mal levé ce jour-là, il était de très mauvaise humeur, La veille, au théâtre des Variétés, des commis-marchands avaient sifflé une pièce qui leur déplaisait. On s'était interpellé dans la salle, jDuis battu à coups de cannes et de parapluies,

La police avait dû prêter main forte. Lorsque Laya se présenta, le directeur de la police était en train de lire les rapports de ses agents. En vain, Laya cssaya-t-il de mettre en batterie tous ses arguments cent fois énumérés, rien n'y fit. M. Willemain ne voulut point soumettre le rapport des

Censeurs ù l'approbation du ministre M. Dccazes, (jui parla2:eait les mômes vues (juc Willemain, refusa d'examiner l'artaire et r.4>ni des Lois, que la Révolution avait permis sur la scène en 171)3, fut interdit impitoyablement en 1816 par les Royalistes Constitutionnels. L'accusation portée contre la comédie de Lava fut l'œuvre personnelle de M. Willemain, bommo desprit pourtant et qui n'en lit pas preuve, en cet endroit du moins. On écrivit en marge du manuscrit : « pièce capable d'exciter à la révolte !... » Et l'atïaire fut bâclée.

Laya se vena:ca de M. Willemain dans un pampblet qu'il publia en 1810 et qu'il intitula : Abus de la Coisure Tliéâtrale. Four un abus, celui-là pouvait compter pour deux !...

Malgré son piquant pam|)blct, Laya n'était pas plus convaincu que les Censeurs et après avoir bien glose contre a les abus de la Censure, » il accei)ta quelques années ensuite, la cbarge de Censeur dramaticjue. Femme varie et homme aussi !...

En 1819, Tibère, de Chénier, essaya de revenir sur l'eau. Les Censeurs n'osent se prononcer et envoyent la pièce au ministre M Decazcs. Les journaux : la Renommée, le Constitutionnel, s'emparent de la pièce et l'épluchent avant même que l'autorisation soit donnée; le ministre, ce voyant, intima l'ordre d'arrêter les répétitions au Théâtre- Français, le 2 janvier 1820.

Arrive l'assasinat du duc de Berry en sortant du théâtre. La guerre des partis est un peu calmée ; mais elle reprend bientôt avec plus de force. Rien qu'à cause de cet événement, tous les théâtres de Paris furent fermés pendant huit jours. La Censure semblait accuser le théâtre delassasinat du duc. Etait-ce assez bête ?

A la réouverture, tous les répertoires furent examinés scrupuleusement et prcstiue tous les sj)ectacles du soir furent cbangés. Aux Français, on remplaça les Temj)llers par les Méneclnnes ; à l'Odéon, Coriolan par VEcole des Maris; à l'Opéra-Comitiue, la. Bergère châtelaine par trois actes insignifiants; après l'examen des répertoires, /es Petites Danaïdes furent interdites à la Porte-Saint-Martin et Calas, un drame, à la Gaité.

La Monarchie étant attaquée tous les jours, soit aux chambres ou dans les journaux ; une pièce où l'on exhibait la royauté n'était pas bien venue à ce moment.

Ainsi, en 1821, Lemercicr présenta à l'Odéon une tragédie, la Démence de Charles VI \ les Censeurs étaient per-

plcxcs, il fallut que le duc de Richelieu portât la question devant Louis XVIII, qui ordonna d'interrompre les répétitions.

Napoléon venait de mourir à Sainte-Hclcne; aussi la Censure permit Sylla, tragédie de Jouy. Sylla, c'était Napoléon, le dictateur romain qui jetait la guerre civile dans Rome et qui après avoir saisi le pouvoir, par abdication héroïque, rentrait dans la vie privée. Malgré l'allusion, la pièce fut jouée 70 fois de suite. Le gouvernement n'avait plus peur du retour de César ; voilà donc ce qui explique les yeux doux de la Censure pour une œuvre que cinq ans auparavant elle eût impitoyablement étouffée.

Cependant la vieille Anastasie s'émeut du succès de SyllcL et lorsque apparaît Régulus, du poète ArnauK, elle redoute que l'allusion au roi de Rome dans le jeune fils de Régulus n'amenât quelques complications politiques Où diable allait-elle chercher ces suppositions? Mais personne n'y pensait!... C'était de la pure invention et notre belle coupeuse peut se piquer d'avoir de l'imagination à défaut d'autre chose.

Régulus, la pièce qui nous occupe, ne fut donc autorisée qu'après de nombreuses ratures et avec une énorme sévérité.

Ce fut au même moment que le gouvernement des Bourbons mit un terme aux travestissements qu'avaient subi jusqu'à présent les pièces théâtrales sous les régimes qui s'étaient succédés depuis la Révolution. En bonne vérité, ce n'était pas même trop tôt.

Il fut, à ce sujet, adopté en principe de ne rien couper dans les pièces inprimées. C'est peut-être ce que la Censure de la Restauration a fait de mieux, et ce n'est encore pas a'elle, à ce que l'on m'a dit.

"Voici un passage que nous extrayons de VAlmamich des Spectacles de \H22 à 183(5, de Mervllle et Coupart, qui vous montrera que le public n'aimait pas ces gens qui (comme la Censure) se permettent de retrancher un simple couplet :

« Le 23 juin 1821, dit notre petit Mathieu de la Drôme, on jouait au Gymnase le Comédien d'Etampes, vaudeville en 1 acte de MM. Moreau et Sewrin. Le public s'étant aperçu, à un colloque qui s'établit entre l'orchestre et Perlct, que celui-ci voulait passer un air, le demanda ; Perlct s'obstina à ne le point chanter et quitta la scène à moitié de la représentation. On rendit l'argent au public

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qui, après beaucoup do tumalle, s'en alla mécontent. On mit Perlot en prison. Trois jours après, on lui l'cndit la liberté et il reparut au tiiéàti'c. Le public de ce jourdà, (jui assurément n'était pas celui auquel Perlet avait manciué, et qui, en bonne justice, n'avait pas autre cliosc à lui demander que la représentation fidèle du rôle pour lecjuel il était afficlié, le public exigea que Perlet lui lit des excuses. Perlet essaya d'entrer en pourparlcr, on ne voulut pas l'entendre ; on lui criait de toutes parts de se mettre à genoux et de demander excuse; il se trouva mal.

» Ses camarades l'emportèrent; il se remit; on vint réclamer pour lui un peu d'indulgence, et il se jjrésenta pour la seconde fois. Même tumulte, nouvelle défaillance do l'acteur. Il s'approclie des rampes, fait signe (ju'il désire parler et, d'une voix faible, à lacjuelle on prête le plus grand silence, il déclare qu'il n'a pas eu l'intention de mancjuer au public. Des cris : « — A genoux! Des excuses!... » l'interrompent de nouveau; il se redresse alors, regarde fièrement le parterre et, d'une voix ferme et très nettement articulée :

« Messieurs, dit-il, j'ai eu l'honneur de vous déclarer » que je n'avais pas eu l'intention de manquer au public; » je vous le répète pour la troisième fois, en ajoutant ([ue, » dès ce moment, je cesse d'être comédien. »

« Là-dessus, il se retira, laissant qucl({ues billets donnés, dans l'espérance {[u'on allait encore rendre l'argent, mais il ne tarda pas à reparaître ; il dit qu'il était fâché de ce qui était arrivé; on l'applaudit et il continua son rôle, c'était « le parrain ». Le surlendemain, il reparut dans la Comédien d'Elampcs, chanta d'une façon fort originale l'air qu'il avait voulu passer et fut couvert d'applaudissements. Pour la pièce, elle oblint un succès prodigieux et cela devait être, »

Les Quatre âges, comédie de Mervillc, trouva la Censure maussade, il fut obligé de repasser pour être autorisé, elle fut enfin représentée le 19 août 1822. « Le public a venge » l'auteur des offenses de la Censure, » nous dit un chroniqueur contemporain de Merville, « par des applaudisse- 1) ments l'iatteurs. >- Donc elle n'était pas si mauvaise que voulait nous le faire croire Anastasie.

En 1822 toujours, nous voyons Anastasie à Provins ; c'est au mois de novembre, le 4. Qu'y faisait-elle? Sans doute elle n'y venait |)as pour cultiver des roses? Tout au plus était-elle capable de les couper. Elle venait pour inter-

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dire, comme contraire aux bonnes moeurs, la Ma.rcha.nde de goujons!. . Et pourtant j'avais cru, jusqu'à ce jour, qu'Anastasiedescendait d'une ancienne vendeuse à la Halle aux poissons! Je me serai donc trompé! Mille excuses, ma toute méticuleuse Dame !

Le public était plus consciencieux ; il voulait voir, il voulait entendre avant de supprimer; chose que ne faisait pas toujours la Censure surmenée.

A une représentation du Mariage de Figaro, le public spectateur réclama certains passages politiques qui avaient été sautés à dessein ou faute de mémoire par un acteur, rien n'ayant motivé, à sa connaissance, l'interdiction de la Censure. Le bruit que l'on fit à cette pièce fut si grand que la police dût faire évacuer la salle du spectacle.

En 18"?2, à la Porte-Saint-Martin, le parterre fait le même tapage pour la première d'Othello ; à la seconde, les acteurs durent quitter la scène sous une grêle de pommes cuites. II faut remarquer que la troupe qui donnait Othello était une troupe anglaise ; là étail peut-être bien la seule cause de tout le charivari que Ton fit au parterre.

Le parterre était impitoyable; on l'a dit souvent, nous voulons bien le croire ; mais encore était-il plus rationnel dans ses écarts que la prude Censure dans ses lubies.

En politique, la lutle recommence ; on veut maintenant renverser la monarchie, on demande aux écrivains de propager l'agitation révolutionnaire et, aux théâtres, de discréditer auprès du peuple la royauté somnolente et trop paresseuse. Hélas! ce cri de ralliement, cet élan de liberté n'est pas entendu ! Les philosophes ne sont plus là pour entraîner la masse au bruit lumineux de leurs syllogismes. Voltaire et Rousseau oni disparu comme des météores une fois la grande Révolution accomplie. Il ne reste plus que la presse et, ma foi, il est bien difficile de renverser un trône avec une presse factice, inquiète et non convaincue, comme celle de 1822.

M. Hallays-Dabot nous donne, je crois, la note juste en parlant de l'état des esprits à cette époque de la Restauration.

« On s'empare, dit-il, de Voltaire et de Rousseau, on se saisit de Diderot et de d'.\lcm])crt, on évoque tous les ouvriers de la pensée révolutionnaire du XMII" siècle; on les exploite, on les commente, on fait de leurs œuvres le bréviaire du salut. Comme ces petites Bibles que le prosélytisme anglican va semant par l'univers, on jette leurs écrits

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SOUS toutes les formes en pâture au peuple. Un libraire fera tenir Voltaire tout entier dans quehjues feuilles, et, pour la ]ilus modiciue somme, les apjircntis citoyens pourront déchilTrer le spirituel railleur, s'ils ont de lions yeux. Cette prodigieuse émission des œuvres philosophiques du XMIP siècle est un des faits les plus curieux de cette période de la Restauration. »

Que faisait la Censure ])endant cette levée de baïonnettes? La Censure, elle, ne faisait rien ou presque rien ; elle cou pait. Que pouvait-elle faire de plus?

Elle biffait tout ce qui pouvait rappeler l'époque de Louis XV et la lutte de la philosophie contre le pouvoir autocratique. Justju'au nom de Voltaire la faisait tressaillir d'horreur et, ([uand elle voyait le nom du philosophe dans n'imjiorte quelle pièce, elle jjrenait aussitôt ses ciseaux jiour le retrancher.

Néanmoins on raconte (|u'cn 18"2n, dans une comédie de Lesguillon, les Nonveaux Adelphcs, un valet, parlant de la maison de Voltaire, soulève les applaudissements do toute la salle. Le parterre s'en donne à coeur joie contre la maladresse de la pauvre Anastasie, qui avait oublié de supprimer le passage où il était question du grand philosophe.

Ainsi tout portait à manifester et la plus petite futilité devenait un événement au théâtre, surtout lorsque Anastasie s'en mêlait. Le public tenait bon, et il avait pleinement raison.

Parlons un peu de l'administration censorialc.

En 1822, il s'était fait dans l'organisation administrative de la Censure une légère modification. Depuis 1805, les Censeurs présentaient au ministre un rapport collectif sur chacjue pièce. En marge du rapi)ort le ministre approuvait ou rejetait la décision proposée. M. de Lourdoueix, nommé chef de division de la presse et des théâtres, changea cette façon de procéder; au rapport collectif, il substitua un rapport individuel sur tous les ouvrages.

C'était le règlement ; mais l'observa-t-on toujours bien? Il est à croire que non, lorsqu'on lit des comi)tes-rcndus dans le genre suivant, oia la bêtise d'Anastasie fait éclater jus({u'à son corset :

« Le 21 février 1823. — Opéra-Comi(jue. — Représentation du Petit souper, opéra en un acte, paroles de M. V... d"E ... musique de M. D... Jamais ouvrage ne fut plus mu-

tilé par la Censure et exécuté avec plus de négligence par les comédiens. Les auteurs l'ont retiré après la première.

» Le 26 mars. — A la Gaîté. — Représentationde Pâoli, mélodrame en trois actes de M. Frédéric, ouvrage où la Censure a porté le fer et la flamme, mais qui, heureusement, n'en a pas moins réussi.

» Le 21 mars. — Au Panorama-Dramatique. — On joue les Enfants-Maîtres y \-)et\te pièce en un acte dont les auteurs ont gardé l'anonyme. Elle était d'abord intitulée le Pouvoir d'un jour, et la Censure, en retranchant ce titre, a encore bêtement insulté à quelque pouvoir dont l'existence ne tient assurément pas à la rédaction des affiches du Panorama-Dramatique.

» Le 2 novembre. — Toujours au Panorama-Dramatique. — On donne Bertram^ pièce à spectacle, en trois actes. L'ouvrage, dont l'auteur s'est fait connaître sous le nom de Raimond, obtint, à la première représentation, un succès éclatant; à la quatrième, l'autorité la fit suspendre sans faire connaître ses motifs. Elle reparut cependant quelques jours après ; mais, au lieu de figures de chérubins, qui étaient répandues dans la décoration du 3*^ acte, les spectateurs furent très étonnés de voir des espèces de poissons à face humaine, ce qui donna lieu à une foule de commentaires que n'avaient point fait naître les tètes de chérubins.

» Le 11 octobre 1824. — Aux Variétés.— Première repré" sentation des Personnalités ou le Bureau des cannes^ vaudeville épisodique, par MM. Francis et A. d'Artois et Gabriel ; les personnages que les auteurs ont mis en scène sont tous « susceptibles «, ils voient des « personnalités » partout. La scène se passe sous le péristyle du théâtre des Variétés, près du bureau des cannes.

« Des libraires, un tailleur, un vieux rentier nommé Rococo et une foule d'autres originaux y arrivent avec l'intention de siffler la pièce nouvelle, dans laquelle ils ont cru se reconnaître; le contrôleur parvient à tout concilier et épouse M"*" Beaujon, buraliste des cannes. Cette revue critique, où il est question du « Salon », de a l'Homme fossile », des « Comlîals de coqs «, etc., brille par de jolis couplets, dont quel([ues-uns ont été redemandés, notamment celui-ci, qui eut le don d'elïaroucher la Censure, et chanté par le Contrôleur :

T. a paix ! la paix ! je vous en prie, Mes amis, qui peut vous fâcher?

Pour 1:1 Tiioindru phiisantf lie Fivut-il aiti^i s'flVarouclier?

]\I;iiiitonaiit quand tout nous rassui'o, Pourquoi faire oucor le gromleui- ?

Montrant les grands ciseaux du tailleur :

Ah ! pour l'honneur de la littérature Ces aruies-là ne font plus peur.

Dès le lendemain la pièce était défendue par l'autorité.

» Le 15 décembre. — Au Théâtre Français. — Seconde représentation de Germanicus, tragédie en 5 actes et en vers de M. Arnault père. La première rej^résentation de cette pièce eut lieu le 22 mars 1817, et fut une cause de trouble. Depuis ce lemps, l'auteur n'avait pu obtenir (ju'cllc reparût, enfin justice lui a été rendue et il n'y a eu d'autre bruit que celui des applaudissements. »

Tel est ce compte-rendu. Est-il assez exj)ressifsur toutco qui touche à la (lensure? Mais (juand vous saurez (juc tout cela est tiré de VAlmanach dos Spcrtacles. de Merville et Coupart, vous vous demanderez comment elle a pu subsister jusqu'à nos jours. Non, la Censure condamnée par Coupart, pyr un Censeur de race et de nom, c'est jdus fort que la sardine (jui bouchait rentrée du port de Marseille !...

Nous trouvons encore cette note dans le précieux almanach, (juc nous donnons également, pour aider le lecteur à comprendre le mécanisme rouillé de la Censure dramatique.

« La Commission de Censure est dépendante de son Excellence le Ministre de l'Intérieur. Cette Commission se compose de cinq membres, ce sont :

M.VL Lacretelle jeune, rue Saint-llonoré, 339; Lcmonloy, rue (lu Mont-Blanc, 4 ; De Chazct, rue Neuve-des-l'etits-Champs, 30 ; Royon. rue Dauphino, 32 Quatremère de Quincy, rue de (îondé, 14.

« Toutes les ]Mèces jouées à Paris et dans les départe- 7) monts sont prcalal^lemcnt soumises à l'examen de la T) Commission, fjui est jjlacée dans les attributions de » M. Lourdoueix, chef de la seconde division au ministère, » et de i\L Coupart, chef de bureau des théâtres.

y> Par décision du l 'i mai 1''^2'(, il a été créé deux inspec-

» tcurs des théâtres. M. Laforôt a les théâtres royaux plus » celui de S. A. R. Madame. Les autres sont du domaine » de M. Jacquelin. Leurs fonctions consistent à assister » aux répétitions générales, afin de s'assurer si Ton s'est » conformé aux corrections de la Commission de Censure » dramatique, et h. rendre compte de l'effet de la représen- » tation des ouvrages. »

Ne dirait-on pas un petit tribunal de l'Inquisition ? Sup-' posez à la place de quatre ou cinq bonshommes en habits noirs et en gibus, autant de moines avec leurs cagoules, et vous aurez le véritable aspect de la Censure telle qu'elle est encore pratiquée en notre fin de siècle. Comment voulez-vous qu'avec un semblable attirail de répression et de mesquinerie, Ton puisse apercevoir le talent? On n'en voit jamais que l'ombre et l'ombre ne fait pas la proie, La Fontaine l'a prouvé avant nous.

Dans les derniers jours du règne de Louis XVIII, les tragédies républicaines et anti-monarchiques pullulent, par la seule raison que la Censure les défendaient. C'est ainsi que les hommes imitent parfois les enfants.

Le Cid (V Andalousie est accusé de conspiration anti-monarchique. Lebrun reprend son manuscrit.

Léonidas, de Pichat, poète né à Vienne, en Dauphiné, est rei'usé comme trop républicain.

Julien dans les Gaules, tragédie de Jouy, est ajournée pour ses déclamations contre le Roi et l'Egîif^e.

On fait de même pour un certain Laurent de Médicis, pièce d'ArnauIt.

La comédie ne devait pas être jalouse de la tragédie. C'est ce que la Censure avait compris dans sa sagesse administrative.

Alexandre Duval voit Anastasio sortir deux fois ses ciseaux de ses étuis pour deux de ses pièces. Ce sont : La Princesse des Ursins et Le Complot de Famille. Cette deuxième pièce fut interdite parce que l'auteur y attaquait le pouvoir dans l'abus qu'il faisait des lettres de cachet. La première, parce que la perspicace Anastasie y avait trouvé entre les lignes un portrait do la Cour et de la noblesse, vues du mauvais côté.

Jouy, qui attaquait le gouvernement dans son journal La Minerve et dans un autre. Le Miroir- des SperAacles, ' donnait encore une pièce : Les Intrigues de la Cour. Cette comédie, qui n'était qu'une satire de la royauté, fut interdite, comme vous le pensez.

La guerre d'Espagne ramène les pièces militaires, qui depuis huit ans étaient mal vues par la Censure. Cependant on ne les permettait pas toutes. Jean Sans-f^eur, de Liadères. fut suspendu. Les Vêpres Siciliennes, de Casimir Delavigne, furent remises aux calendes Grecques La campagne terminée, les pièces abondent. On joue aux théâtres ^royaux : Vendôme en Espagne, par Empis et Auber ; /a route de Bordeaux, de Gentil et Desaugiers ; le Comte d'Ançioulême, de Fulgencc et Ramond de la Croisette. Et la Censure ne disait rien. Pouriiuoi ? Parce que le règne de Louis XVIII y recevait l'encens pur de la louange. 0 M"'' Anastasie, vous êtes comme ce petit dieu Janus, vous avez deux visages et deux manières de lire les ouvrages !

Enfin, nous dit un Censeur : « La mort de Louis XVIII » amena une trêve, trêve bien courte entre la monarchie » et l'opposition. L'abolition de la Censure de la Presse, » queltjucs mots heureux prononcés par Charles X, et la )) tempête fut calmée pour une heure. »

Anastasie était encore en deuil d'un de ses bienfaiteurs. Elle prit le voile noir pour cacher sa douleur et peut-être aussi son visage, où les marcjues du temps avaient pres(|ue gravé le tour du cadran des heures. On dit même qu'elle pleura de vraies larmes de crocodile sur la mort du Roi qui lui donna le titre de Baronne aux lunettes bleues.

Nous avons retrouvé dans un vieux bouquin poussiéreux de l'époque les armoiries authentiques d'Anastasie. Nous vous les donnons sans rien y changer. Les voici :

Ciseaux montes sur la morale; A champs ; suaié de fleurs do lis, d'aigles et de cocardes

tricolores; Sur ionts ba[)tismaux doubles de purlibonderie.

Et pour devise la bonne dame disait tout doucereusement en parodiant les paroles du Christ :

Laissez venir à moi les petite chefs-fi'œuvre.

Pour les couper, oubliait-elle de dire, et en faire de plates médiocrités. C'est à peu jjrès tout ce (qu'elle savait faire.

Ai)rcs cela nous allons prendre l'omnibus pour une nouvelle destination. Le postdion, qui nous a l'a^r d'un brave homme, est là qui nous attend a\cc sa guimbarde. Montons, montez avec nous, chers lecteurs !.. Vous en apprendrez

peut-être de bonnes pendant le trajet et nous aurons le plaisir de vous les raconter.

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