LÉON V.M.BERT
TOUTE L'ÉDITION 26 Novembre 1938
rien do toutes ces haines sociales qui montent du lias peuple des prolétaires
Quelque temps après, l'auleur enleva une partie du titre de sa comédie, refit son Pinchard, l'atténua et la pièce fut représentée à Bruxelles. La Belgique n'était pas si s-usceptible que Paris ; mais aussi, elle n'avait pas le bonheur de posséder et d'entretenir une Anastasie comme la nôtre...
Vers la même époque que M. Pincha.rd parut Claudie, de Georges Sand. La grande scène de la Gerbaude réveilla la Censure qui ne dormait que d'un oeil, comme Pandore. Le passage fut modifié et la pièce suivit son cours ; ce sont des choses que l'on voit à chaque pas lorsqu'on parcourt la vie d'Anastasie-la-belliqueuse.
Tenez, voici encore deux drames qui indisposèrent la belle guerrière qui porte des ciseaux en eruise de sabre. Nous voulons parler de Paillasse et de Jenny VOuvrière. D'abord qui était-ce que Paillasse ? Cette pièce montrait l'enfant du pauvre marchant à une mort certaine, faute d'un peu d'or qui permît d'exécuter les prescriptions du médecin, le désespoir de la mère, la famille détruite par la misère. La Censure fit adoucir la situation de ce drame, atténua la vérité de l'image, sacrifia le vrai pour introduire l'a peu près et l'œuvre ainsi affublée passa sans cncomhve.
Quant à Jenny VOuvrière, les Censeurs n'admirent ni le point de départ du drame, ni les détails de la misère et de la faim. Dame ! quand Anastasie est repue, tout le monde doit avoir diné ! Quelle grandeur d'àme et quelle profondeur de jugement.
Donc il est avéré maintenant que, sous lEmpire, Anastasie était impitoyable pour tout ce qui touchait aux pauvres et réclamait pour eux un avenir meilleur. Toutes les plaies de la société étaient défendues aux auteurs dramatiques. Toutes les injustices faites aux petits et aux crève-lafaim devaient rester sans écho.
Il n'était pas permis aux malheureux, aux rebutés, à l'ouvrière, aux exploités d'élever la voix contre les riches, contre les arrogants de la bourgeoisie, contre les patrons ou contre les exploiteurs. En un mot, tout ce qui avait à se plaindre devait se taire, tous ceux d'en bas devaient se contenter de regarder jouir des bienfaits de la vie ceux qui étaient en haut. Quiconque allait contre ces idées attaquait la sûreté de l'Etat et Anastasie, au nom do la politique à
suivre cl du socialisme à élcindre, s'apprêtait à coupci' tous les ouvrages t|ui étaient eni[)rcints d'un peu d'humanité. La belle institution, mesdames !... Le beau cadeau que nous a fait la Royauté !
Le Facteur ou la Justice des hommes h\t une nouvelle occasion pour la Censure de nous taire voir son adresse do couluricro à façon. Elle lutta, paraît-il, jusqu'au mois de niai 1870 pour empcoher la reprise de ce drame, où, après les scènes les plus cruelles de misère et d'iniquité, \c tout se termine [)ar le départ pour le bagne de l'honnête homme,'tandis ({ue le scélérat chante, rit et boit avec le magistrat qui s'est fait le complice de cette injustice. C'était une espèce d'erreur judiciaire, comme on en voit encore de nos jours, mais celle-là était consentie par un magistrat indigne. Or, Anastasie défend la magistrature quelle qu'elle soit. Donc ne touchez pas aux magistrats, la Censure vous en ferait passer l'envie.
En 18G2, apparaît à la Comédie-Française le Fils du Giboyer, d'Emile Augier ; cela soulève tout le parti clérical, y compris la Censure, qui marche derrière la calotte.
Voici la cause de l'intervention d'Anastasie dans cette pièce, elle n'est pas très noble; nous la donnons telle que nous l'avons lue quelque part.
M. Veuillot, le même qui, à propos du Gendre de M. Poirier, avait appelé Augier, un vaudevilliste sec et sans gaîté, put se reconnaître sous les traits de Déodat. Il fallait donc venger Veuillot-Déodat, et tous les porte-plumes du parti se mirent en guerre contre l'auteur, pour faire interdire sa pièce, dont l'autorisation paraissait déjà fort douteuse. M. Augier eut alors, disent les chroniqueurs de l'époque, une entrevue avec Napoléon III, ce cjui décida du sort du Fils de Gibo\)er\ cependant à peine a-t-on donné une première représentation de l'ouvrage (|ue le tumulte éclate de toute part dans la Presse ; certains journaux font un tel Aacarme (jue le Conseil des ministres s'en émeut et juge nécessaire de dégager la responsabilité de l'Empereur, au sujet delà prétendue autorisation.
Le Moniteur du 8 décembre 1862 reproduisait la note suivante :
'( Un journal du soir ijrétend cjuc la pièce de M. Augier
» aurait été défendue par la commission d'examen, et ({ue
h l'Empereur serait intervenu personnellement j)Our faire
)) lever l'interdit ; cette double accusation est dénuée de
'» fondement. La pièce de M. Augier n'a jamais été défen-
)) due, et la haute intervention de Sa Majesté ne s'est excr- )) cée en aucune façon au sujet de cet ouvrage. »
Mais nous, qui savons le contraire, nous croyons que Napoléon III aurait mieux fait, pour sa propre mémoire, de donner son sac à Anastasie que de la faire défendre par l'entremise du Moniteur ; cette femme-là perd tous ceux qui la fréquentent. Et Napoléon est tombé à Sedan !
D'après M. Hallays-Dabot, Ihomme qui parle de la Censure comme de sa dernière chemise de flanelle : « Le cynisme amusant du meurtrier et le badinage des héros de Cour d'assises ont toujours paru à la commission d'examen un spectacle d'un danger immédiat. Mettre le crime sur un piédestal en relevant le vol et l'assassinat par d'aimables facéties qui amusent et intéressent, c'est faire du théâtre populaire le pire enseignement pour toute cette race maladive de désœuvrés du ruisseau, qui ne vivent, ne s'instruisent que par le drame du jour. »
Donc, c'est pour toutes ces bonnes raisons que vous venez de lire, que la Censure de 1850, nouvelle débarquée, interdisait avant même de prendre ({uelque chose « un verre de coco, par exemple, « les deux pièces suivantes : Robert McLcaire et l'Auberge des Adrett;. 11 fallut la guerre de '1870 et cette ère de tolérance qui précède toutes les grandes catastrophes, pour rendre à la scène ces deux pièces, qui no firent jamais de révolutions sociales, ni politiques.
Pied de fer, le Courrier de Lyon, la Route de Brest, le Mangeur de fer, Lëo?7a)'d et plusieurs autres drames du même acabit ne furent autorisés qu.'après de larges coupures et modification complète du manuscrit.
Le Courrier de Lyon entre autres fut un des plus favorisés.
« Lorsque le théâtre de la Gaîté, dit M. Dabot en parlant de cette pièce, voulut reprendre ce drame, qui avait été joué en 1849. deux objections se produisirent. La première était relative à la réhabilitation de Lesurques. Celte façon de trancher au théâtre une question d'erreur judiciaire, controversée en somme, préoccupa l'administration qui en référa au ministère de la Justice. Celui-ci se montra assez ému des conclusions formelles du drame pour qu'une première fois la décision ait été favorable au Courrier de Lyon. La seconde objection reposait sur l'effroyable cyni£me de Schoppard, dit l'aimable, et de son compère Fouinard.Ces rôles dominent à ce point l'œuvre, que les côtés pathétiques du drame, si intéressants ({u'ils soient, s'effacent presque
coiuplèlcmcnt devant l'épisode comique. Sous le ministère de M. Fould, des protections paissantes firent autoriser la reprise du drame. Néanmoins, par égard pour les scrupules de la justice, les auteurs axaient changé le nom de Lesurques en celui de Lecliéne, changement assez illusoire, et ils avaient supprimé un certain nombre de passages qui mettaient trop vivement en relief, l'erreur judiciaire. »
A part ces mots : « une erreur judiciaire, controversée en somme...» ; tout ce qu'en dit le Censeur est vrai et une telle-vérité ne fait pas grand honneur à la Censure, qu'il s'est mis en tôte de défendre. S'il l'eût attaqué, il n'aurait pas mieux réussi.
A ce qu'il parait, sous l'Empire, le théâtre n'était pas compétent pour discuter sur la peine de mort. La Censure lui refusait toutes velléités sur ce point. Nous en trouvons comme preuve, deux pièces ou mélodrames, l'une de Barbier, Maxvell et l'autre de Plouvier, le Ménétrier de Sainte Waast (18G6)... Ces deux pièces posèrent toutes deux la question de la peine de mort et, de part et d'autre, la base du drame était l'exécution d'un innocent, suivie des remords et des angoisses du juge qui, son erreur découverte, se trouve en présence de l'irréparable.
Y avait-il matière à Censure ? Je ne le crois pas ; mais Anastasie parut tout de même, au nom de la morale'et de la loi méconnue, avec des ciseaux tout neufs.
M. Dabot nous raconte que : « Des atténuations importantes furent demandées à ces deux pièces. L'erreur capitale de la justice fut restreinte à l'erreur particulière d'un juge. Tout en admettant ce drame terrible ({ui met le magistrat face à face avec la rcsponsal)ilité qui pèse sur lui, on ne voulut point que, par des généralités juxtaposées, l'incident tragique, combiné pur le i:»oète, put conclure à une thèse sociale. Les auteurs, de plus, mirent en relief, plus nettement qu'ils ne l'avaient fait d'abord, les progrès de la législation moderne et les garanties nombreuses dont le code, de nos jours, entoure les prévenus. »
Enfin quoi ! Anastasie refit deux autres pièces auxquelles les auteurs n'avaient point songé.
Le théâtre de 1848 ne s'était pas gêné sur les personnalités, celui de 185U ne peut pas en dire autant. Dès le rétablissement de la Censure, toutes les personnalités furent immédiatement supprimées au théâtre. L'Empire avait peut-être peur qu'on le mît en suène sous les traits de Pierrot ou de Polichinelle et la crainte du ridicule lui fit déterrer la maigre carcasse d'Anastasie.
« Ce droit de jeter un homme, disait la mégère par la bouche de son Censeur Dabot, en pâture aux rires, à la critique, à l'indignation de la foule ameutée, de s'emparer d'une physionomie et de la traîner sur la scène au milieu des huées du parterre, est le plus tyrannique abus de la force brutale. » Et pourquoi pas?... Quand cet homme le mérite, la justice populaire qui se manifeste par un éclat de rire ne vaut-elle pas mieux que celle qui renverse à coups de feux et de barricades?
» On livre l'honneur, s'écrie encore Anastasie-Dabot, la réputation, le talent à toutes les partialités d'un jugement sans appel ; on met Thomme d'Etat comme le poète, le financier comme le philosophe, le pauvre et le riche, l'artiste et le travailleur, tout homme enfin ayant conquis une notoriété, à la merci du premier vaudevilliste. On fait le caprice d'un comédien maître suprême des plus honorables figures de l'époque. »
Des Censeurs, par exemple ! Voilà toute la portée médicale de semblables principes. Pour moi, ce qui n'est pas ridicule n'est pas ridiculisable et ceux qu'on tourne en ridicule seront toujours des bonshommes qui prêtent à rire. Que la galerie ne s'en fasse pas faute ?... Que le théâtre s'en empare? C'est tout naturel, c'est môme la naissancede la comédie ! Enlever la personnalité comique est une mesquinerie gouvernementale qui d'ailleurs exista de tout temps et qui eut la peur ou la frousse pour seule raison d'être. Nous connaissons les lamentations de Jérémie et nous ne nous enthousiasmons nullement en écoutant celles de M. Dabot, le Censeur impérial.
a Vers les derniers jours de l'Empire, une question toute spéciale se présenta, celle des Pupazzi. On voulait faire représenter par ces marionnettes, sur le théâtre des Variétés, le Roi prud'homme. Cette saynète mettait en scène l'Empereur, Emile Olivier (Tourne-Tourne), Victor Hugo (le Grand-Exilé), Gambetta (le Grand Irréconcilable), Rochefort (le Grand Inattendu). La pièce avait été jouée dans les salons et même aux Tuileries,
Alors la Censure se leva d'un bond et brisa les marionnettes, qui ne purent point se montrer en public. La peur des personnalités et la lutte des partis, qui devaient soidisant s'échauffer en voyant les Pupazzi, furent les deux seules causes de ce nouvel exploit do la Censure. Pauvres petites marionnettes en bois, vous pouvez vous vanter maintenant d'avoir empêché Anastasie de dormir et d'avoir réveillé les accès de son ancien catarrhe !
Raii-Bliis faisait tionil)ler rEni[)erciU'ctla Censure venait au liaiop, à cheval sur ses ciseaux, pour raniener la paix au sein des Tuileries.
En effet, TEmpire qui interdisait depuis le coupd'Etatle répertoire de Victor Hu,2;o, se décida en 1867, — sur l'initiative de M. Camille Doucet, alors directeur des Beaux- Arts — à retirer son interdiction.
Mallui en prit; car aussitôt le Théâtre-Français demanda Hcrnani, et l'Odcon demanda Ra{/-Blas.
On distribua les rôles et les deux théâtres se firent fête de ])réparer ces grandes reprises. Des deux chefs-d'œuvre, Ilerno.ni fut prêt le premier ; ceux qui ont assisté à la première représentation se rappelleront toujours cette soirée (j[ui fut, du commencement à la fin, une ovation incomparable. Le succès fut le même aux représentations suivantes.
11 fut tel (pic l'Empire s'en irrita, eut peur d'en avoir un pareil dans le quartier des Ecoles, et, malgré l'autorisation qu'il avait donnée, défendit au directeur de l'Odéon de jouer Ruy-Blas. Anastasie avait passé par là !
L'Empire fut réellement l'apogée de la Censure polititjue. C'est ce que nous dit M. Mazard, en 1869, dans son livre sur la Liberté des Théâtres; oyez un peu ;
« Lors([u'on parcourt la longue liste des pièces dont la représentation est actuellement interdite, on est frappé du nombre de celles qui sont victimes de la raison polili({ue ; Charlotte Coi'day, le Chevalier de Maison Rouge, les Cosaques, Robert Macaire, V Auberge des Adrets Je Roi s'amuse et la plupart des drames romantiques de Victor Hugo. Puis il y a les pièces « recommandées particulièrement à l'attention de MM. les Préfets » : Agnès de Méranie, Lucrèce, Catilina, l'Ouvrier, le Juif-Errant, etc. «
Il n'y a donc pas ({ue nous qui trouvons que la Censure est barbare. Cela nous console des criti(jucs que ce livre va soulever et des épithctcs remplies d'amertume dont nous abreuveront les amis et connaissances de celle qu'on pourrait appeler la Grande Recluse de la rue de Valois.
Encore un peu d'histoire...
En maintes occasions, la Censure fil modifier des rôles d'officiers qui étaient, selon Anastasie, dans des conditions fâcheuses vis-à-vis du respect dû à l'armée. On ne la nomma pas général de division i)0ur cela; c'est bien malheureux pour elle, mais c'est peut-être un bien pour nos soldats qui auraient fait connaissance iivec les ciseaux.
Les pièces qui attaquaient la magistrature étaient coupées ou interdites. Anastasie ne tolérait pas qu'un magistrat passât pour ridicule.
L'AsscLSsin, satire spirituelle et mordante des ardeurs parfois exagérées du Ministère public, fut interdite pour cette raison. On y voyait un procureur du roi apporter, dans la recherche du criminel, moins la conscience d'un magistrat désintéressé que la passion d"un ambitieux pour qui une tcte livrée au bourreau représente l'espoir d'un avancement prochain. Cette comédie a été remaniée depuis; l'action ne se passe plus en France, mais en Belgique et les personnalités ont perdu complètement leurs portées satiriques.
Et pourtant, c'était la vérité ; mais avec Anastasie, toute vérité n'est pas bonne à dire.
La Niaise, de Mazères, comédie en cinq actes, jouée au Théâtre-Français, fut simplement modifiée. Les changements ou coupures portèrent sur le personnage du procureur général de Salibris, qui, après avoir soumis la loi à tous ses caprices pendant le cours de la pièce, se trouvait, au dénouement, nommé conseiller de la Cour de cassation.
Villefort, drame tiré de Monte-CJiristo, renfermait un tableau de Cour d'assises, où l'on voyait le procureur général se trouver face à face avec un criminel, son propre fils, qu'il croyait avoir assassiné tout enfant.
La Censure repoussa cette pièce du pied et l'envoya rouler dans les cartons de son auteur. Il en fut ainsi chaque fois qu'on s'avisa de mettre en scène tout ce qui portait toge ou hermine. La magistrature défendait l'Empereur, elle était plus gouvernementale que le gouvernement, il va sans dire qu'Anastasie protégea de son grand pouvoir de répression toute la gent chicaneuse. Elle lui devait bien cela pour son empressement à servir les desseins du maître. Nous ne jugerons pas cette réciprocité de petits cadeaux et de concessions mutuelles. Les journaux de l'époque ont suffisamment flétri l'Empire et sa magistrature servile. Du moment (jue la Censure s'est faite la vigilante protectrice et l'ange gardien de tout le personnel des Tribunaux Impériaux, elle n'a qu'à prendre sa part de blâmes et de flétrissures.
Plus qu'une pour finir. C'est une pièce de Léon (iozlan : Louise de NanteuiL Cette Louise, l'héroïne, était une ancienne élève de Saint-Denis, devenue femme galante. Peu de jours après la première, le grand chancelier de la Légion d'honneur adressa à ce sujet des observations au Mi-
nistrc. Il lit remarquer que, si le malheur avait pu pousser dans une vie facile et légère quelques pensionnaires de Saint-Denis, ce n'était pas une raison pour propager par le théâtre un préjugé et une calomnie qui déshonorent des pauvres tilles de légionnaires, auxfiuelles l'Etat donne une éducation tout à la l'ois ménagère et libérale. On disait alors dans le public que pour être femme entretenue il fallait sortir du pensionnat de Saint-Denis. Le Ministre écouta favorablement la réclamation do la Chancellerie de la Légion d'honneur et Louise de Nantouil fut mise au panier, avec défense de paraître sur les planches d'aucun théâtre.
Remar({uez une chose, que la Censure défendait les pensionnaires de Saint-Denis parce que la Légion d'honneur était enjeu ; mais s'il ne se fût agi que de ces pauvres jeunes filles, elle ne se serait pas dérangée pour si peu. Anastasie est toujours con\plaisante et, quand elle intervient, c'est toujours pour un motif élevé, trop élevé pour l'opinion publique qui la condamne sans aller chercher des arguments sur les toits.
On s'est beaucoup amusé sous l'Empire de ce que la Censure proscrivait avec une grande ténacité les rôles de f'andore. Anastasie défendait les gendarmes, elle n'avait peut-être pas tort de se mettre bien avec la police, on ne sait; pas ce qu'on peut devenir un jour. — Brigadier, vous avez raison !
Et à présent, me dira-t-on, que pensez-vous de cette Anastasie qui faisait une si mauvaise politique? Ce que j'en penso ? Pas grand'chose de bon. iMais enfin je ne vous le dirai pas pour ne point nous engager dans une dissertation aussi longue qu'embarrassante.
M. Vivien, dans ses Etudes administratives, l'a dit avant nous et c'est son avis que nous vous donnons pour terminer ce chapitre.
« La scène doit jouir, dit-il, dans une juste mesure, des libertés générales consacrées par nos institutions. S'il est vrai que le théâtre doive être le miroir du monde, la peinture de nos mœurs politi([ues ne saurait lui être interdite : On s'effraie trop do la moindre allusion, et nous ne sommes pas certain que Tartufe et le Mariage de Figaro fussent autorisés aujourd'hui, si la toute-puissance de Louis XI"V et l'infatigable persistance de ficaumurchais ne les avaient point mis à l'abri du ciseau des Censeurs. »
Allons, Anastasie, en garde, fends-toi et pare encore ce coup droit, si tu peux.