CHAPITRE XXIII
LES EXPLOITS d'uNE VIEILLE GARDE FRANÇAISE DEPUIS LA CHUTE DES GRENADIERS JUSQu'a NOS JOURS
Lamartine disait dans sa préface sur la vie d'Alexandrele-Grand :
« Les choses humaines ne sont en elles-mêmes que ce qu'elles paraissent être. Comme les horizons, comme les montagnes, l'histoire change d'aspect selon la place d'où on les regarde. C'est le point de vue qui donne sa forme, sa grandeur, sa petitesse, son mirage ou sa vérité à l'objet. «
Nous ajouterons que c'est le point de vue également qui donne l'impartialité à l'historien, et plus le point de vue est éloigné, c'est-à-dire l'époque que l'on veut raconter, mieux l'on voit les événements et mieux l'on peut les juger.
C'est pourquoi dans l'histoire critique que nous avons entreprise sur Anastasie nous ne ferons qu'effleurer l'époque actuelle. Nous ne voulons pas que l'on nous accuse de partialité, ni d'exagération à l'égard de la Censure. Nous tenons au contraire à dire la vérité et à être de l'avis du plus grand nombre. Nous ne ferons donc que donner une idée de la conduite de la Censure pendant la Troisième République, vous jugerez après si notre Anastasie contemporaine vaut plus que celle des gouvernements précédents.
Après la capitulation de Sedan et la proclamation de la Répu])li(iue, le 4 septembre 1870, le gouvernement de la Défense Nationale proclama par son décret du 3 septembre la suppression de la Censure. Mais elle fut rétablie le 2 février 1874 par un décret du maréchal de Mac-Mahon.
Malgré sa suppression de 1870 à 1874 la vieille Anastasie fonctionna comme si rien n'était.
Nous n'en donnerons comme preuve que cette petite anecdote, racontée par M. Georges Duval dans son Année Théâtrale.
« Le 30 décembre 1873, dit-il, deux journalistes font représenter sans trop de bruit, une petite pièce en un acte, aux Folies-Dramatiques : c'est Monsieur Victor.
» Il y a toute une petite comédie et un gros scandale làdessous. Monsieur Victor est un Monsieur Alphonse ; aussi la Censure s'est-elle montrée fort sévère.
» 11 y a quelques jours elle exigeait qu'on répétât avec les costumes et les tètes. Comme Monsieur Victor demandait lia poisson à diner, la Censure lui interdit formellement ce désir. Le jour de la répétition générale, elle lit mieux, elle voulut (ju'on enlevât de la table ce plat qui ne devait même plus figurer. MM. les auteurs avaient un truclvementauquel ils n'ont pas pensé, c'était de faire jouer leur pièce un vendredi. »
Vous pouvez juger de quel poids et vérité était le décret de 1870, qui avait aboli la Censure. Celle-ci était assez mesquine et ressemblait par plus d'un côté à l'ancienne Anastosie. Nous pourrions citer d'autres cas semblables ; mais celui-ci nous paraît suffisamment concluant et nous avons promis de ne pas nous égarer trop loin dans le fouillis des indiscrétions.
Une fois la Censure rétablie dans ses hautes fonctions, que fit-elle ? Ce qu'elle fit, nous allons le voir en feuilletant Georges Duval.
Nous donnons ici, sous forme de journal, les faits et gestes de la Censure de 1874 jusquà la fin de 1876.
Le 3 février 1874. — Le Président de la République Française, sur le rapport du Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, décrète :
« Article unique. — La commission d'examen des ouvrages dramatiques est rétablie.
» Fait à Versailles, le 1'' février 1874.
Maréchal de Mag-Mahon, duc de Magenta.
Par le Président de la Républiciuc, le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts.
De FoURTOu. ))
Le 8 février 1874. — La sous-commission du budget s'oppose au crédit demandé par le ministre pour le rétablissement de la Censure théâtrale.
Voici l'exposé des motifs de ce projet de loi :
a Considérant que l'ordre public est intéressé à ce que
les ouvrages dramatiques ne puissent être représentés sans
l'autorisation préalable du gouvernement.
Article itrcmier » Les ouvrages dramati(jucs continueront à être soumis, avant leur représentation, à l'autorisation de notre j\Iinistre de l'Intérieur, à Paris, et des Préfets dans les départements.
Article II » Cette autorisation pourra toujours être retirée pour des motifs d'ordre public. »
Le décret ne faisait que reproduire un principe qui, supprimé une première fois après la Révolution de 1830, avait été rétabli par la loi du 9 septembre 1835 (art. 21 et 22), et supprimé une seconde fois après la Révolution de 48, avait de nouveau été remis en vigueur par la loi du 30 juillet 1830, puis maintenu par la loi du 31 juillet 1851, pour recevoir son application jusqu'au 31 décembre 1852.
Le décret n'a jamais été abrogé ; il a encore toute sa force. Le décret du 6 janvier 1864, sur la liberté des théâtres, la lui conserve en disaiit dans l'article 3 :
« Toute œuvre dramatique, avant d'être représentée, devra, aux termes du décret du 31 décembre 1862, être examinée et autorisée par le ministre de notre maison et des Beaux-Arts, pour les théâtres de Paris ; par les pi'éfets, pour les théâtres des départements.
« Cette autorisation pourra toujours être retirée pour des motifs d'ordre public. »
Pour assurer l'exécution des lois de 1850 et 1851, puis du décret de 1852, le gouvernement avait institué une commission d'examen chargée de préparer les décisions que le ministre, duquel relevaient les théâtres, avait à prendre.
Le Gouvernement de la Défense Nationale a rendu le 30 septembre 1870, un décret ainsi conçu :
« La commission d'examen des ouvrages dramatiques est et demeure supprimée. »
Le Ministre des Beaux-Arts, dans les attributions duquel rentrent maintenant les théâtres, a proposé, et M. le Président de la RépuJDliquc a décrété le rétablissement de cette commission d'examen indispensable pour l'application d'une législation toujours existante.
Le 7 avril 1874. — Saviez-vous que les représentations données dans les baraques des foires fussent soumises à la Censure? Non, n'est-ce pas ; eh bien ! cependant, il en est ainsi.
Paillasse ne peut i)as « improviser » sur les tréteaux ; Colombine n'a pas le droit de dire des douceurs à Arlequin; le Tombeur des Indes ne saurait délier un militaire ; il est défendu au dompteur de serpents de fasciner ses bêtes et interdit à la somnambule extra-lucide de prédire l'avenir, sans que les improvisations de Paillasse, les déclarations
de Colombine, les défis du Tombeur des Indes, les passes du fascinatour. les prédictions de lextra-lucide, n'aient été dûment enregistrés sur papier in-1 2 et visés par MM. les Censeurs.
Le manuscrit, une fois corrigé par la Censure, est remis au directeur de la troupe, qui s'engage à ne point toucher aux corrections sous peine de voir sa bara([ue consignée et sa personne immédiatement mise à la disposition des autorités de la ville où il représente.
Une fois le cas s'est présenté. En 1868, M. Hamart, directeur d'une baraque, a fait représenter à Caen une pièce interdite dont le titre était les Tî'uvaux de Jeanne d'Arc. La police a immédiatement mis en fourrière décors et accessoires. Heureusement que sa troupe avait des ressources. L'amoureux jonglait et l'ingénue prédisait l'avenir. On jiut donc continuer les exercices en plein vent. Sans cela M. Ilamard avait le sort de beaucoup de nos directeurs : la faillite, si je ne me trompe pas.
Le 15 juillet 1874. — Par arrêté du Ministre de l'Instruction publique, des Cultes et des ]3eaux-Arts, en date du 15 juillet 1874, la Commission d'examen des ouvrages dramatiques est composéeainsi qu'il suit: Inspecteur principal des théâtres, M. Ilallays-Dabot ; inspecteurs: M. Desforges et M. E. Villelard de Prunières, licencié es-lettres et auteur dramatique; sous-inspecteurs : M. Paul Bourdon et M. le baron de Rorthays de Saint-Hilaire.
Le 6 avril 1875. — La Censure vient d'interdire le titre de V Affaire Tichborn au drame de MM. Crisafulli et Barbusse, (|ui sera intitulé sur l'affiche : V Affaire Coverley.
Le 4 avril 1875. — A la première leprésentation de Cromwell, pièce à grand spectacle, de MM. Victor Séjour et Maurice Drack, la Censure a montré le bout de son nez.
Dernières nouvelles : « A la fin du 3" acte, c'est-à-dire à minuit. Taillade, chargé du rôle de Cromwell et ayant découvert une cons])iration de royalistes formée dans le but de l'assassiner, s'écrie : « Ils verront comment je traiterai ces misérables royalistes ! « Le mot royaliste avait été supprimé, i)araît-il, par la Censure, et Taillade, emporté par l'ardeur du jeu, n'y Ht plus attention.
Enfin le mot est lâché, huit ou dix coups do sifflet se font entendre et cessent aussitôt, couverts ))ar une grêle d'applaudissements. Tumulte ! scènes ! spectacle intcrronq)u ! que sais-je V L'on voit tout cela pcnchmt la représentation.
A minuit et demi, le calme était rétabli et la pièce suivait son cours.
Au 5* acte, c'est-à-dire à une heure du matin, le ballet primitif ayant été remplacé au dernier moment par une allocution de Cromwell au peuple anglais et une réponse des puritains, l'auteur s'est trouvé dans la nécessité de modifier l'acte au pied levé et la Censure n'a pas eu le temps de donner son visa.
C'est ce qui explique comment la phrase suivante, sur laquelle la toile se baisse : « Il suffit d'une épée pour défendre la Répulîlique. » phrase qui d'ailleurs a été couverte d'unanimes applaudissements, a provoqué le plus vif mécontentement chez les Censeurs, MM. Desforges et Hallays.
Ces messieurs, exaspérés, sont allés jusqu'à menacer M. Fischer de faire fermer le théâtre.
Le 25 avril 1875. — A onze heures du matin, M. Bérillon, commissaire de police du quartier, vient au théâtre du Châtelet signifier un arrêté du Gouverneur de Paris interdisant la pièce de Cromwell iusqu'h. nouvel avis et ordonnant d'enlever les affiches ; à deux heures, comme il n'avait pas été possilîle, faute d'imprimeurs, de placarder des bandes de relâche, un second arrêt parvenait à la direction, ordonnant la suppression immédiate des afficlies, sous peine de voir employer la force.
Ajoutons que les rapports des commissaires de police ayant assisté à la représentation ne signalaient aucun désordre grave, faisant prévoir une mesure exceptionnelle. A sept heures du soir, plus de quarante agents, commandés par vingt officiers de paix, sont placés aux abords du théâtre et font circuler les groupes de spectateurs, d'artistes et de figurants ébahis de ce déploiement de force.
Le 26 avril 1875. — De nombreuses démarches ont été faites auprès du général Ladmirault et de M. Léon Renault pour obtenir la reprise de Cromwell. M. le Préfet de police a déclaré, pour son compte, qu'il n'y voyait aucun inconvénient.
Le 4 mai 1875. — Le Châtelet reprend Cromwell. Voici exactement ce qui s'est passé. Les artistes ont répété dimanche soir devant la Censure. De nombreuses coupures ont été faites; citons les plus importantes :
Au premier acte, on a coupé la rép]ic[ue de Cromwell au roi, au moment où ce dernier, le surprenant la hache à la main, lui demande ce qu'il fait et qu'il répond : « Je m'essaye ! »
Au 4' acte, toute la tirade de Cromwell, qui a amené la fameuse épilhète que l'on sait.
Enfin, au 5' acte, la phrase : « Il sullit d'une épée pour défendre la République, » qui devait être remplacée par ; « Il suffit d'une épée pour dcl'endre l'Angleterre, » a été définitivement supprimée.
Le 16 novembre 1875. — De Schva à Sc/ira, qui devait être représenté à TOdéon, est interdit par la Censure. L'on dit qu'il est avec le ciel des accommotlements. Est-ce bien vrai ?
Le 8 janvier 1870. — De Sclwa à Schva, pièce en quatre actes, de M. Pierre Carvin Kroukoffskoï, est changée complè.tement, d'après les données de Dumas, auquel l'auteur avait communiqué son manuscrit, et devient les Danicheff. Les Danicheff sont joués à l'Odéon ; la Censure n'y voit rien à couper.
Le 1*' octobre 1876 — Le prélcL de l'Hérault, M. Albert Delmas, nouvellement })romu officier de la Légion d'honneur, vient d'interdire sur le théâtre de Cette la représentation du Lion amoureux. Le Lion amoureux, drame quasi-républicain, fut représenté à la Comédie-Française, sous l'Empire, en janvier 1866. Il valut à Ponsard, le 2 mai de la même année, la croix de commandeur. M. Albert Delmas va bien et nous espérons (jue l'on tiendra compte en haut lieu d'un pareil esprit d'à-propos.
Le 2 octobre 1876. — On nous écrit de Montpellier :
« M. le préfet Delmas, (jui avait interdit à Cette le Lion amoureux, a fait supprimer sur l'affiche du Grand-Tliéâtre, à Montpellier, Fais ce que dois, petite pièce patriotique de M. Coppée.
» De son côté, le directeur dos Variétés a reçu l'ordre de ne pas jouf.T le Clievalier de Maison-Iiouge. »
Le 7 octobre 1876. — Nous apprenons que des instructions ont été envoyées à M. le Préfet de l'Hérault, et qu(! l'interdiction prononcé(i par lui contn; ces trois pièces de théâtre a été levée.
Tout ceci n'est pas de nous, mais de M. Georges Duval. La Censure dramatique (ju'il vient de nous montrer n'est point encore la perfection du genre, nous reconnaissons sans peine l'ancienne Anastasie, devenue républicaine, un peu contre sa volonté.
C'était souvent la religion, ou pour mieux dire la cagoterie (jui servait de cible aux auteurs comiques. La Censure apparaissait alors toute irritée; et faisait, comme la Discorde, siffler tous ses serpents.
Voici une anecdote qui se produisit au moment où com-
mençait le culte fameux de la bienheureuse Marie Alacoque. On jouait à l'ancien Opéra-Comique une pièce en trois actes, de Fuselier et Panard, intitulée le Malade par complaisance; un des personnages de ce vaudeville était une servante appelée Marie, qui venant demander à son maître comment il désirait les œufs commandés par lui, en recevait cette réponse : « Marie, à la coque. » C'en fut assez. Le lendemain de la première représentation, ordre fut donné de sup])rimer cette réponse malencontreuse, dont le danger évident avait échappé à la .vigilance de MM. les Censeurs!
Jusqu'où va la Censure et où s'arrête-t-elle ? On ne saurait préciser en lisant de pareils documents. Vraiment, peut-on être d'une simplicité plus grande que la Censure qui se fâche pour « un œuf à la coque ? » C'est presque impossible.
Anastasie cuisinière, grand cordon bleu de la République !... Voilà une nouvelle qualité à ajouter et que nous ne connaissions pas à la Censure.
Pour continuer notre petit bonhomme de chemin et vous montrer notre Censure républicaine sous toutes ses faces, nous aurons recours cette fois aux Annales du théâtre de 1876 à 1883, de MM. Noël et Stoullig.
En 1878, au Palais-Royal, la Censure riposte à la Gif fie, comédie de M. Dreyfus, par une interdiction des plus mal appliquées.
M.M. Noël et Stoullig racontent ainsi ce petit événement :
(« Voici, disent-ils, à propos des mésaventures subies, au mois d'août, par ce petit acte, une histoire non seulement fort plaisante, mais des plus vraies, racontée par les journaux d'alors. La pièce répétée sous le titre de Chamberlot, qui est le nom d'un des personnages, s'appelle en réalité la Giffle. La Giffle avait été écrite un an auparavant, pour la collection du Théâtre de Campagne, publiée ])ar l'éditeur Ollendorf ; trois personnages (rien que des hommes), pas de décors, pas de costumes, elle réunissait les conditions d'une pièce à jouer en société, et elle obtint ainsi un succès presque égal à celui du fameux Monsieur en habit noir.
Ce succès attira l'attention des directeurs, toujours en quête de pièces gaies, et M. Dreyfus apprit un jour qu'on allait monter la Giffle au Palai.s-Royal. Mais — c'est ici que l'histoire devient intéressante —
cotlc gif rie était appliquée ;i un députe de fantaisie, comme vous pensez bien, un certain M. Blanc-Misseron, du dé- ])artemont de Sarthe-et-Loire, et qui avait si peu de couleur que les journaux de toutes les nuances déclarèrent à l'envie que le personnage de Blanc-Misseron les avait franchement amusés.
Ilélas ! le rire qui désarme les journalistes ne désarme pas les Censeurs. Nous vivions alors sous le régime du IG mai. On s'inquiéta en haut lieu de cette gifflc donnée à un député ; ce député ne pouvait être qu'un député de la Droite : c'était un soufflet pour le Gouvernement.
— Ma foi ! je n'y avais pas pensé, dit M. Dreyfus ; mais puisque vous voulez a])solument prendre cette giffle pour vous, gardez-la. .T'attendrai que le Gouvernement ait changé.
Il attendit, et fit bien, car la Providence, qui veille sur les droits d'auteurs des vaudevillistes, remplaça M. de Broglie par M. Dufaure et M. Brunet par M. Bardoux.
La pièce devenait jouable.
En effet, les directeurs du Palais-Royal, ayant ])esoin d'un acte pour accompagner la reprise de leur répertoire, songèrent de nouveau à la Giffle, ({ui fut soumise au visa de l'administration.
— Cette fois, pensa M. Dreyfus, je vais être joué. — Ah ! bien oui ! on lui déclara que le Gouvernement ne pouvait pas laisser giffler un député de la Gauche !
— Mais c'est un député de la Droite ! C'est vous-même qui l'avez reconnu.
— Allons donc ! Un député mis en scène dans une antichambre ministérielle ne peut être qu'un député de la Gauche.
Voilà comment les répétitions de la Giffle se trouvèrent suspendues jusqu'à ce que M. FJardoux, en sa qualité de ministre libéral et d'homme d'esprit, eût levé l'interdit (|ui pesait sur cette malheureuse [)ièce. »
Nous n'ajouterons rien à cela. Un tel acharnement, à vouloir voir des personnalités où il n'y en a pas, dépeint suffisamment le caractère de notre Censure contemporaine.
En 1878 également, au Théâtre Taitbout, nous lisons dans les Annales Ihéâlralcs, de Noël et Stoullig que ;
« C'est en vain (ju'on avait annoncé au mois de novembre la réouverture du théâtre avec une curieuse troupe
composée de 50 enfants, 20 danseurs et 30 artistes du corps de ballet, sous la direction de M. Benaglia, chantant la. Juive, le Petit Faust, le Barbier de Séville, la Belle Hélène..., et dansant le ballet de la Source, de M. Léo Delibes. Cette exhibition fut, dit-on, interdite par la préfecture de police. ))
Alors pourquoi la Censure républicaine permet-elle aujourd'hui les féeries du Châtelet et de la Gaîté? On devrait "interdire aussi, pour être logique, Michel Strogoff et Au Pays de VOr.
De 1878 nous arrivons à l'année 1880 et nous voyons, au Château-d'Eau, Juarez en chicane avec Anastasie.
Ecoutez toujours MM. Noël et Stoullig, ils vont vous renseigner là-dessus :
« A Casque de Fer, représenté le 24 septembre 1880, devait succéder un drame de M. Alfred Gassier, intitulé Juarez ou la Guerre au Mexique, dont l'interdiction par la Censure ministérielle fit quelque bruit dans le monde théâtral .
» Il est impossible de penser, écrivait l'auteur à la date du 21 septembre, que la représentation de cette pièce puisse choquer les susceptibilités de n'importe quelle nation, de n'importe quelle famille.
)) Si j'ai admiré et voulu faire admirer dans Juarez le libérateur de sa patrie envahie, le restaurateur de la République Mexicaine, ce sont deux nobles martyrs que j'ai vu et voulu faire voir dans TEmpereur Maximilien et dans l'Impératrice Charlotte ; parmi les épisodes de leur tragique existence, j'ai choisi ceux qui n'offraient rien de trop particulièrement intime et qui ont valu à ces deux grands malheureux le respect de leurs ennemis mêmes et l'attendrissement de l'histoire ; Maximilien meurt en héros, l'Impératrice Charlotte souffre avec une magnanime fierté, et il va sans dire qu'elle disparaît du drame avant le désastre de sa raison.
» Sous quel prétexte me serait donc refusé le visa de la Censure ? Il est vrai que je fais intervenir celui qui a été le maréchal Bazaine ! Et, distribuant équitablement, je l'espère, les responsabilités, j'ai cru pouvoir lui manquer de respect.
» Si donc Juarez n'était pasjoué à cause de Bazaine ! On défendrait à un auteur dramatique d' « exposer » l'homme que la justice a flétri. Pourquoi? Parce qu'il est vivant? Un tel vivant est plus mort que les morts.
» Mais, i)lcin de confiance dans le patrioUsmc éclairé de M. le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, je reste persuadé qu'aucun obstacle ne sera apporté à la représentation de Juarez; ce n'est pas sous le régime républicain qu'il peut être interdit de conseiller à la foule l'enthousiasme pour les libérateurs, l'admiration et la miséricorde pour les martyrs, le mépris pour les parjures.
» Tout ceci certes ne prouve pas le moins du monde cjue mon drame soit bon, mais cela démontre, je pense, qu'il est honnête et qu'il pourra être utile. »
Juarez ne fut pas joué, mais tout le monde put lire la pièce, qui fut d'abord publiée par un journal quotidien, et parut ensuite en un volume.
Nous ne commenterons pas l'interdiction de Juarez, mais nous dirons que si c'est à cause de Bazaine, le mal n'était pas aussi grand qu'Anastasie voulait bien le dire.
Enfin nous trouvons dans les derniers exploits d'Anastasie, l'interdiction de Germiyial, \nèce de MM. Zola et Busnach, en 1885. Ce furent dos considérations sociales cjui amenèrent la défense de jouer. L'auteur mettait en scène la troupe en présence des grévistes et la Censure trouva que cela était fort mal pour la morale bourgeoise. Germinal fut représenté un peu plus tard ,• il paraît qu'à celte époque les raisons sociales qui l'avaient arrêté n'étaient plus les mêmes. Si ce n'est pas vrai, il faut du moins le croire.
Après GerminaL en 1888, ce fut le tour de VOfficier Bleu, au Gymnase. La Censure craignait d'indisposer la Russie en mettant en scène un épisode de la vie militaire, dont le héros était sujet du Czar. La dijdomatie l'emjjorta sur l'opinion publique et la pièce fut interdite sans que cela soit bien nécessaire à nos relations avec Saint-Pétersbourg.
Nous citerons encore l'interdiction du Pater, de M. François Coppée, en 1889. Le sujet de la pièce était emprunté à un souvenir de la Commune de 1871. Or comme la Censure n'aime pas les souvenirs (jui rappellent le deuil et la guerre civile, elle ne trouva rien de plus jusle que de mettre ses ciseaux entre la pièce et la Oomédie-Erancaisc (jui devait la jouer.
Un mot de la Fille Elisa. Cette ])ièce jouée précédemment au Théâtre- Libre eut des velléités de passer à la Porle-Saint-Martin. Vile la Censure s'y oppose. Elle trouve que la morale (|ui met des filles publi([ues en scène est une morale trop relâchée et que de semblables mœurs ne sauraient s'acclimater au théâtre. En outre, il y avait un tableau de la Cour d'assises et un porlrait'du ministère
public qui n'était pas à la louange de la magistrature française. La Censure, ce voyant, se fâcha tout rouge et, au nom de la morale et de la magistrature houspillée, défendit au théâtre de la Portc-Saint-Martin de jouer pareille comédie et conseilla à l'auteur d'aller porter son oeuvre ailleurs. Et pourtant les trois actes de M. Jean Ajalbert avaient du bon et de la vérité dans le fond même du drame qu'il racontait. Cette pièce sortait des sentiers battus par les auteurs dramatiques, elle n'était pas parfaite, loin de là ; mais elle méritait un meilleur sort.
La Censure ne vit rien de tout cela, elle s'obstina dans son jugement. Le débat fut porté à la Chambre des Députés (aujourd'hui le plus petit incident parisien sert à une grosse interpellation, cela fait passer le temps), et la Chambre ratifia ce qu'avait dit l'infaillible Anastasie.
Tout le monde se souvient de l'apparition, en 1891, de Thermidor de M. Sardou. La pièce n'était qu'un long réquisitoire contre Robespierre et la Révolution française. Aussi la Censure, toujours douce pour les Conservateurs, laissa abîmer les héros de notre épopée de 89 ; elle donna son seing le plus blanc et la Comédie-Française monta la pièce avec le luxe de décors que Ion sait.
La première se passa bien, grâce au public ordinaire des premières, public bien pensant de bourgeois, de richards qui ne vivent que pour le présent et qui sont fort indifférents sur ce qua pu faire pour eux la Révolution française. Donc la première se passa bien ; mais gare à la seconde, à l'opinion publique.
En effet, le lendemain 26 janvier 1891 , ce fut un charivari indescriptible dans la salle du Théâtre-Français.
Voici comment un journal indépendant raconte l'affaire :
« La seconde représentation de Thermidor n'a été qu'un long scandale, dit-il. Le véritable public a exécuté d'une belle manière cette insanité.
« Dès le premier acte, à la scène où Coquolin crache des injures sur la Révolution, des coups de sifflet et des cris de : Assez ! ont éclaté de divers points de la salle. Pendant dix minutes, M. Coquelin n'a pu réussir à se faire entendre.
» Chaque fois ({ue le comédien voulait ouvrir la bouche, des hurlements couvraient sa voix Après quelques expulsions, le calme s'est rétabli, mais momentanément.
)) Le môme scandale s'est reproduit à la fin de l'acle et au milieu du (|uatrième. A la chute du rideau, les sifflets
ol les huées onl redoal)lc de violence ; on a môme jeté des sous à M. Co([uelin. La sortie s'est elïectuce au milieu d'un tumulte indescriptible.»
Sur la place du Théâtre-Français le tapage continue. Ecoutez encore le courriériste du même journal :
« A la sortie, le bruit qui s'est produit pendant toute la représentation, continue.
« Environ, cinq cents personnes sont massées devant les portes du théâtre, que l'on a beaucoup de peine à dégager. Dès t[ue les premières personnes ,^sortent, de vigoureux coups de sifflet retentissent de toutes parts. Pendant dix minutes, la circulation des voitures est interrompue.
« De tous côtés partent les cris : « A bas Sardou! Vive la Révolution !» QueUfues arrestations sont opérées. Les agents essayent enfin de faire circuler la foule très surexcitée. Les sifflets donnent de plus belle. »
Voilà comment l'opinion publique fait justice des oeuvres dramatiques qui attaquent l'esprit toujours sacré de l'histoire. On ne doit pas dénaturer lesTaits, encore moins doiton les juger faussement. Quand on prend un fait historique et que l'on veut le transporter sur la scène, il faut être avant tout impartial, il faut savoir déposer ses opinions personnelles en face de l'opinion générale, il faut enfin, M. Sardou, savoir dépouiller nos erreurs d'éucation première et ne voir que le bon côté d'une époque telle que celle de notre Grande Révolution française. Sans quoi, le peuple est toujours là, qui siffle celui qui n'écrit pas pour tout le monde et qui veut soutenir une thèse contraire aux idées ambiantes et républicaines.
Cependant le bruit de ce scandale se répand en hauts lieux. Où la Censure fut clémente, le gouvernement fut terrible. Le Ministre de l'Intérieur, INL Constans, fit faire défense au directeur de la Comédie-Fraçaisc de rejouer Thermidor. L'arrêté disait que c'était : « pour raison d'ordre public. » La pièce de M. Sardou est donc interdite, non par M. Bourgeois, Ministre de l'Insti-uction publicjue et grand chef de la Censure; mais par le Ministre de l'Intérieur, content déjouer un bon tour à son collègue des Beaux-Arts, Enfin ({uoi ! une petite affaire de cabinet et rien de plus. L'opinion publi(jue était suffisante pour stigmatiser le drame de M. Sardou et point n'était nécessaire de l'intervention du ])remier ministre de la République pour faire respecter l'ordre public. Remar([ucz bien (|ue Thermidor n'a jias été interdit pour avoir dénaturé une épocjue de l'histoire, la seule raison pourtant plausible et véritable.
Aussi la nouvelle de la suspension de Thermidor ne manqua-t-elle pas d'agiter les couloirs de la Chambre, où l'auteur trouva des défenseurs qui déposèrent immédiatement sur le bureau du président une demande d'interpellation en ces termes :
« Nous demandons à interpeller le gouvernement sur les )) mesures qu'il compte prendre pour assurer à la fois l'or- )) dre public et la liberté de l'art dramatique. »
lie -27 janvier, le lendemain du tumulte de la seconde, comme des bandes annonçant la suspension de Thermidor avaient été apposées en travers des affiches du Théâtre- Français et que Ton avait remplacé la pièce réactionnaire de M. Sardou par ^e Dépit amoureux et Tartufe, le tapage recommença.
A peine les trois coups sont-ils frappés, qu'un cri part, gagnant les lauteuils,les galeries et jusqu'au poulailler, on hurle, sur Pair des lampions : Thermidor, Thermidor !
Telle est la populace, hier elle ne voulait point de ce drame et aujourd'hui. parce que le gouvernement intervient, elle le réclame. C'est ce qu'on appelle l'opinion publique et elle a raison. Elle veut être maîtresse chez elle, elle veut que le théâtre la respecte et elle entend faire sa cuisine elle-même sans qu'un pouvoir quelconque vienne au nom de l'ordre public rendre la justice en son nom.
Une fois le rideau levé, Coquelin cadet, semainier, voulut faire une annonce ; mais le tumulte des galeries l'interrompit cinq fois, le malheureux artiste revint à la charge pour dire que le gouvernement avait interdit la pièce de M. Sardou ; cinq fois, il essaie de parler ; mais le public, que ce bruit amuse couvre la voix et hurle de j^lus en plus fort. On se croirait à la Bourse, autour de la corbeille ou bien chez l'antique Xicolet.
Devant l'impossibilité de commencer le nouveau spectacle, l'administration se décide alors à faire évacuer la salle et à rendre l'argent. C'est le public des abonnés qui n'était pas content On fit bien du bruit à la sortie, il y eut des protestations de toutes sortes ; mais le calme se rétablit bientôt et à onze heures du soir, il ne restait plus de trace de cette manifestation, presque unique dans les annales du Théâtre-Français.
Le 29 janvier, la question de Thermidor fut portée au jugement de la Chambre. MM. Rcinach et Henri Fou((uier prirent la défense de l'auteur et de la jùcce, au nom de la liberté théâtrale.
Nous vous ferons grâce du discours de M. Joseph Reinach et nous ne retiendrons que ce passage de celui de M. Henri Fouquier :
« La Chambre, concUit l'orateur journaliste, dira au- » jourd'hui si elle est avec la Convention ou avec la Ter- » reur, c'est-à-dire avec le Césarisme le plus effréné qu'on » ait vu depuis Néron, »
La question, ce me semble, n'était pas là. M. Fouquier, emporté par la chaleur du sujet, ne prouve rien en faveur de cette liberté dramatique qu'il veut défendre, d'après le texte de son interpellation.
Après quelques paroles de j\L Leygues contre la Censure, M. Bourgeois prend la parole pour la défendre. Il a lu la pièce, il n'a pas songé un instant à protester contre les tirades anti révolutionnaires des héros de M. Sardou, au contraire il a permis, il a autorisé pleinement la pièce ; ceci se passait le samedi ; le mardi suivant, le ministre se déjugeait et laissait à son collègue de l'Intérieur plein pouvoir d'interdire ce que lui-mcmo avait cru autoriser. Comment expliquez-vous celte conduite de la Censure ? N'est-ce pas toujours Anastasic ? N'est-ce pas la même incohérence qui présidait à tous ces actes de justice aux plus beaux jours de l'Empire?
Ecoutez la défense du Ministre des Beaux-Arts :
« La première représentation, dit-il, a donné lieu à un » incident peu grave ; la seconde a donné lieu à des désor- » dres ; le lendemain matin, le conseil des ministres a » estimé que, malgré ces incidents, il ne fallait pas sus- « pendre les représentations. Mais, dans la journée, le mi- )) nistre de l'Intérieur a été informé (|ue l'ordre public « pouvait être sérieusement troublé, et alors la pièce a été « suspendue,
» Ce n'est pas la première fois (ju'on procède de la sorte. » Les Huguenots^ en raison de la persistance des luttes rc- )) ligieuses, n'ont pu pendant longtemps être joués dans » certaines villes du Midi.
« En résumé, le gouvernement a autorisé la pièce : il ne » l'a interdite ([uc lorscjuc le ti'ouble s'est produit dans la )) rue. )'
Le Ministre des Beaux-Arts déclare en Un décompte (ju'il veut concilier la liberté avec l'autorité. C'est probablement pour appliquer sa maxime conciliatrice qu'il a permis de jouer la pièce au nom de la liberté, et qu'il l'a interdite ensuitr au nom de Tautorit J . Des noms, des mots, voilà
tout ce que je vois ! mais des raisons, des preuves, elles sont introuvables.
Nous ne parlerons pas des discours de M. Clemenceau, des explications de M. Constans et de beaucoup d'autres : ce serait bien trop long. Un seul, M. Maurice Barres, a eu le courage de son opinion et a réclamé la liberté absolue du théâtre; mais personne n'a réclamé la suppression d'Anastasie. C'est toute la morale que nous tirons de l'affaire de Thermidor au Palais-Bourbon.
La pièce de M. Sardou resta interdite et elle l'est encore.
En 1891, la Censure est plus gaie. On jouait l'année dernière, au Concert Parisien, une revue de MM. Surtac et Alévy : Paris à la Blague. On y voyait M. Yves Guyot en tournée d'inauguration. L'esprit français est parfois méchant pour ses ministres, nous l'avouons de grand coeur ; mais la Censure est toujours empressée de grossir l'allusion et la montre du doigt à tous ceux qui ne la voyaient pas.
En effet la Censure ne souffla mot à la première. Le lendemain, les auteurs pensèrent adonner, par déférence pour le Ministre des Travaux Publics, une autre barbe à l'acteur qui le représentait. Ils prescrivirent une barbe noire, l'acteur s'y conforma ; mais aussitôt la Censure de bondir ! — On a voulu représenter le Président de la République, s"écrie-t-elle, en brandissant ses ciseaux; oui, c'est bien M. Carnot, je le reconnais. — Et Anastasie exigea sur l'heure que l'artiste se fasse raser sa belle barbe noire ! Je crois que la Censure a changé de devise, on pourrait néanmoins lui proposer celle-ci : Pour la morale, pour la couleur !
Elle défendit également, dans la même revue, aux deux abbés qui personnifiaient l'abbé Constantin et Monsieur l'Abbé de porter la rol)c de curé ! ! !
Pourquoi donc l'avait-elle permise à VAbbé Constantin, au Gymnase, et à Monsieur VAbbé, au Palais-Royal? Histoire de nous faire rire une fois de plus et voilà toute la raison de cette i^etite coupure.
La Censure de 1892 n'est pas moins gaie que celle de l'année précédente. Voici un cas tout aussi amusant que celui que nous venons de raconter.
Dans la dernière revue du Théâtre dos Variétés, les Variétés de l'Année, l'inimitable Baron devait chanter le couplet suivant :
J'ai lu dans PLarousse, Gomm' Monsieur Floquet Mil!' noms d'une gargousse, J' suis sur de mon fait!
Ce n'était pas bien méchant, daillcurs l'allusion n'était pas fictive. M. Flociuet avait réellement dit un jour en plein parlement, lors de la discussion de la séparation de l'Eglise et de lElat, que le Pape Pie IX était Franc-Maçon et (juil lavait lu dans le dictionnaire Larousse.
Cependant, M. le Président de la Chambre pensa que ce couplet était attentatoire à sa dignité d'homme d'Etat. Il appela la Censure à son aide et celle-ci a coupé le couplet délictueux. Qui donc disait qu'Anastasie aimait la réclame!
Lecteurs, vous pouvez rire; mais ne cherchez pas à comprendre.
Nous ne })arlerons pas du Théâtre-Réaliste et de l'affaire de son directeur-auteur, M. de Chirac. Tout le monde a lu plus ou moins dans les journaux le compte rendu des deux pièces incriminées : les Gueux, où l'on représentait un viol sur la scène et iAvortement, où le simulacre d'un accouchement claudestin était rendu d'une façon palpante et réelle.
Nous ne dirons qu'une chose, c'est que la condamnation de l'auteur de Chirac à la prison et à l'amende est d'un arbitraire assez coutumier à la Censure. Quant aux deux artistes-femmes, pensionnaires du directeur du Théâtre- Réaliste, nous sommes encore plus surpris de les voir englobées dans le procès et condamnées comme de simples criminelles.
Les personnes (jui se sont plaintes et (|ui ont témoigné contre l'hystérique M. de Chirac ne sont en réalité que les spectateurs i)ayant de la veille. Or, je ne vois pas en quoi ces messieurs, qui savaient où ils allaient par le titre du théâtre et des deux pièces affichées, soient dignes d'intérêt. Qu'est-ce que la Censure a bien i)u [)rotéger dans cette affaire ? Est-ce les mœurs? Est-ce la morale? Ou bien n'estce (ju'unc chambrée de \ ieux dépravés qui étaient venus là dans l'intention de trouver une jouissance des sens qu'ils n'avaient plus ?
Pour nous personnellement, si nous avions à donner notre avis là-dessus, nous di lions comme dans le Charivari :
Un docteur est apjielé comme témoin dans l'affaire de Chirac :
'( Le Président. — Témoin, qu'avez-vous remarqué au Théâtre-Réaliste.
Le Témoin. — Mais, M. le Président, rien d'extraordinaire !... Je suis médecin... Un avortcmenf, ça se voit tous les jours.! »
C'est le mot de la fin. Ajoutons que la Censure, elle, n'avorte jamais ; elle se contente de faire avorter la littérature... C'est préférable pour une vieille fille comme Anastasie.
Telle est l'histoire de cette institution surannée qu'on appelle Censure chez tous les peuples qui ne sont libres que de nom. L'on peut déjà en apprécier la valeur rien que par ce que nous en avons dit ; néanmoins nous allons la comparer à l'opinion publique et voir lequel des deux vaut le mieux de l'arbitraire ou de la liberté dramatique.
Ce sera la deuxième partie de cet ouvrage.
Le temps de changer de plume, cher ami lecteur, et nous concluons.
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