‹ Anastasie et sa besaceChapitre 39 sur 45 · LA CENSURE ET TOUT LE MONDE · texte numérisé non relu

LA CENSURE ET TOUT LE MONDE

Ne pouvant avoir l'avis de tous les grands personnages sur Anastasie, pour mille raisons que vous pouvez supposer sans qu'il soit nécessaire de les énumérer ici, nous nous sommes rabattu gaiement sur le commun des mortels.

La moisson que nous rapportons ne sera point aussi autorisée; mais elle vous paraîtra tout aussi concluante.

Aux uns nous avons écrit et ils nous ont répondu; aux autres nous avons posé la question de vive, voix et tous nous ont dit à peu près la même chose.

Voyons-les pour la forme et par curiosité.

Louise Michel demande la liberté sociale avec aurore boréale et la liberté dramatique avec coucher de Censure.

M.Joseph Prudhomme dit que « la Censure n'a jamais fait d'enfant; que par conséquent, d'après la philosophie Platonique eu Platonicienne, elle n'est pas digne de vivre. »

Ma concierge, une bravo femme qui fait de la littérature en lisant le feuilleton et les faits divers de son journal, me demande ce que c'est qu'Anastasie. Je lui réponds que c'est le sobriquet de la Censure, que ce mot vient du grec avaiOaTis qui veut dire en français : Etre stable. Et la pipelette de s'écrier :

« Oh ! alors vous avez là un joli crampon ! Vous pouvez être sur qu'elle -ne s'en ira pas. Si vous la mettez à la porte, elle rentrera par la fenêtre. J'ai eu des locataires comme ça, ils ne voulaient pas déménager et encore moins payer; croyez-moi, il n'y a qu'une chose rà faire, c'est rie mettre l'huissier à ses trousses. Celui-là se chargera de la faire déguerpir, votre Anastasie, il

lui vendra ses meubles et la colombe sera obligée d'aller roucouler ailleurs. Ah ! pauvre Monsieur, ces femmes-là, c'est pire que la peste dans une maison. Ça chasse tous les gens chics et et vous me paraissez un homme assez bien pour ne pas avoir alYaire à une affreuse mégère comme cette Anastasiedont vous me parlez. »

M. Deiblerest d'avis qu'on lui coupe le cou. Depuis quelque temps M. Carnot et la cour d'assises ne lui envoient plus de monde. Sa machine se rouille. Si cela continue, il sera forcé de se retirer des affaires.

M"!'' Cardinal, la maman des petites danseuses que vous connaissez, opine pour que l'on renferme la Censure dans un couvent de vieilles demoiselles. Si on laisse encore aller Anastasie au théâtre, elle supprimera bientôt la danse, elle a déjà voulu faire allonger les robes de gaze du ballet, il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'elle s'effarouchât de voir des jambes mieux faites que les siennes. Que deviendraient ses filles, si pareilles calamités nous arrivaient jamais ? Ce serait les vouer au célibat, elles ne trouveraient plus de mari.

La maréchale Booth nous écrit la lettre suivante : Monsieur,

« Vous me demandez mon avis sur la Censure. Je veux bien vous le donner. Je crois que vos Censeurs dramatiques ont besoin d'être convei'tis. Envoyez-les-nous quelques semaines en Angleterre et nous en ferons des hommes pour le Salut. Ils gagneront le ciel dans notre armée; tandis qu'à Paris ils ne gagnent que les pommes cuites de la critique.

f> Je me charge de faire de votre Anastasie un bon capitaine de notî'e armée. Elle ne peut espérer mieux de la part du gouvernement, ni des auteurs dramatiques.

» Voilà ce que j'en jiense.

') Tout à vous et pour le Salut.

Maréchale Booth. »

€ P. S. — Envoyez-nous du monde...»

Nous avons au.'îsi écrit à M'i" Emilienne .. de je ne sais plus quoi, une dégrafée à la mode; elle nous a répondu l'épître suivante que nous reproduisons avec les fautes d'orthographe :

Chair Môssieu, t Vou me demandai notre avi sur la Censure? Le voissi en d'oeufs maux : Anastasie est nuizible aux meurs, aveque elle on ne pourat jamé s'aniuzer en paix, ni relever ces juppons plus

aut que le mollait. Cette famé là ne set pas vivre, elle nait bone qu'a maitre à Charenton. Je vou consaille de li fère enfairmer pour le restan de ses jour.

» Q'en-t-on a plu de dants on ne fait pas temps la cocotte ; quand on est vieille on raiste tranquille, on lesse la plasse aux jeûnes. Les jeûnes et jaulies fâmes, il ni a que ça. La Censure ait de trot.

» En attandent le plésire de vous lire ou de ressevoir vautre agréable vizite, je sui votre très reconézante servante pour le plésire que vous me fête de m'interviéverre.

» Toute à vous et à d'autres.

» Emilienne. »

Les autres avis ne méritent pas que nous les reproduisions ici, aussi nous vous en ferons grâce.

Il ne nous manque que l'opinion d'Yvette Guilbert pour être complet. Malheureusement la divette des cafés-concerts étant très absorbée par son ■> répertoire » n'a pas pu trouver cinq minutes pour nous griffonner un mot sur la Censure.

C'est fâcheux, il serait utile d'avoir l'opinion de cette artiste à la mode ; mais quoi qu'il en soit, ce n'est pas mortel.

Donc fermons la consultation et acheminons-nous vers la fin de- cet ouvrage. Je commence à m'ennuyer fortement d'être toujours en compagnie d'une aussi plate personne qu'Anastasie.

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