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et du talent? Non, sans cloute. Il est bien temps de voirraourir cette décourageante et absurde inquisition, qui pusillanime ou tyrannique, et toujours arbitraire, ainsi que toutes les autorités auxquelles elle était subordonnée, s'effarouchait d'une ombre; craignait également de trouver une satire indirecte et dans l'éloge du bien et dans la Censure du mal; qui, préférant tou jours le parti le plus commode à la faiblesse et à la médiocrité, aimait mieux empêcher que de régler, et sacrifiant souvent à des convenances aussi injustes que frivoles le droit légitime des auteurs, les plaisirs du public et l'encouragement des talents, ï
Oui, suivons ces préceptes révolutionnaires; basons-nous sur nos pères, sur ceux qui firent la liberté de 89 ; écoutons les sages conseils de ceux qui noiis ont fait ce que nous sommes, des citoyens libres de penser et d'écrire ; en un mot, jetons la Censure dans une poubelle et retirons la liberté dramatique de l'ombre qui l'étouffé.
On nous a dit souvent :
« Choisissez donc pour Censeur du théâtre des hommes instruits, qui aiment les arts et la liberté., qui ne puissent refuser leur approbation à une pièce ou à un seul trait d'une pièce, sans rendre compte de leurs motifs, et à l'auteur qui saura bien défendre son ouvrage, et à la magistrature de police qui décidera entre l'auteur et le Censeur. »
Ah ! que Dieu nous préserve de la police et des Censeurs ! Plutôt cent fois la peste qu'une parcelle de Censure,
Mais où trouver ces hommes instruits? Où trouver ces Censeurs impartiaux que l'on cherche encore et que l'on ne trouvera jamais? Serait-ce parmi les gens de lettres, parmi les auteurs dramatiques ? Non, ce n'est point là que vous trouverez cette justice introuvable. Les auteurs, jugeant des auteurs comme eux, peuvent être jaloux des lauriers et des succès de celui dont ils ont pour devoir d'apprécier la pièce; ils peuvent censurer pour arrêter un rival.
Et puis, qui donc oserait exercer la Censure sans être irréprochable ? Qui serait assez pur pour reprendre son semblable ? Quel est celui auquel on pourrait ne pas dire, en le voyant fouiller dans un manuscrit : « connais-toi, toi-même » avant de corriger les autres? Quel est celui enfin qui peut se dire Censeur de par le droit social, auquel il deviendrait indispensable ?
Personne, Boiste l'a dit quelque part : « Il faut se mettre à l'abri de tout reproche avant de se permettre la Censure. »
Donc, quoi de mieux que l'opinion publique ? Elle seule a le droit de faire ce que trois ou quatre citoyens isolés ne peuvent faire qu'arbitrairement. C'est le seul remède à tant de maux.