‹ Anastasie et sa besaceChapitre 8 sur 45 · LE DOMAINE DE LA CENSURE. UNE VISITE DANS SES TERRES · texte numérisé non relu

LE DOMAINE DE LA CENSURE. UNE VISITE DANS SES TERRES

Avant d'entreprendre l'histoire de la Censure à travers le drame, il nous paraît presque nécessaire de faire un tour dans le domaine de la Censure des écrits et de la presse, pour mieux vous la faire connaître.

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On ne sait jamais trop à qui Ton a affaire et quand ce ne serait que pour nous montrer les belles plates-bandes où Madame se vautre, les magnifiques jardins et les superbes ombrages où Son Eminence se prélasse et coupe à tort et à travers les branches des jeunes arbres de la littérature, nous ne perdrions point notre temps ni l'un ni Tautre.

La Censure politique se divise en trois catégories ou plutôt, pour continuer notre métaphore, possède trois propriétés immenses, véritables champs de carnage, où nuit et jour s'exercent les variations météorologiques de son caractère incompréhensible et plus qu'acariâtre. Ces trois domaines princiers, qui lui furent concédés de tous temps par l'Etat ou le Roi, sont : les plaines fertiles de la Librairie, le Château-fort de la Presse et le Palais enchanté du Théâtre. Le livre, le journal et le drame, voilà donc les trois réservoirs où se déverse le trop-plein de la bile de Sa Majesté ; autrement dit, nous avons le bonheur de posséder encore, au XIX* siècle, trois sortes de Censures.

Cependant, comme l'auteur se trouve excessivement limité par le nombre de pages que doit comporter un in-octavo (ah ! maudite imprimerie !) et qu'il n'a pas lintention de vous faire lire par force deux livres au lieu d'un seul, vous lui permettrez de passer sous silence la Censure du Livre et de la Presse. Peut-être un jour y reviendra-t-il. Vous connaissez le proverbe : « Il ne faut jamais jurer de rien. » Alors, espérez...

Et maintenant, si vous le voulez, cher Monsieur-tout-lemonde, vous le passant, le curieux, le chercheur, vous qui me lirez peut-être entre deux digestions ou entre deux sommes, je vous dirai comme dans l'opéra de Rossini :

Suivez-moi, Daltorf, les chemins sont ouverts !

Oui, les chemins sont ouverts, et nous allons pouvoir visiter sans la permission du garde-portier d'Anastasie, baronne du Veto, le grand fief illégitime et pourtant réel de la Censure dramatique.

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