‹ AnatoleChapitre 9 sur 15 · FRAN · texte numérisé non relu

FRAN

Je viens... {Il disparaît clans la chambre k coucher.)

ANATOLE, marchant de long en large.

Alors... Ilona... ce soir... après le théâtre... n'est-ce pas?

ILONA

Ça m'aurait fait tant de plaisir de passer la journée avec toi.

Ne fais donc pas l'enfant... j'ai mes obligations moi aussi... tu le vois bien.

ILONA

Je't'aime... je ne vois que ça.

Mais c'est absolument indispensable. FRANZ, sortant de la chambre à coucher. Tout est prêt, monsieur. (Il sort.)

Bon. (Il va dans sa chambre et continue à parler derrière la porte, tandis qu Ilona reste

en scène.) Il est absolument indispensable, veux -je dire, que tu comprennes cela.

ILONA

Alors, vraiment, tu t'habilles ?

Je ne peux pourtant pas aller comme ça à un mariage.

ILONA

Mais pourquoi y vas-tu ?

Oh, tu ne vas pas recommencer. Il le faut.

ILONA

Alors, à ce soir.

Oui. Je t'attendrai à la porte des artistes,

ILONA

Mais ne sois pas en retard.

Non. Pourquoi voudrais-tu que je sois en retard?

ILONA

Oh, rappelle-toi. Une fois je t'ai attendu une heure après la représentation.

Vraiment:'' Je ne me souviens pas du tout. {Un silence.)

iLONA marche en tous sens dans la pièce, examinant le plafond, les murs.

Tiens, Anatole, tu as un nouveau tableau, là.

Oui. 11 te plaît?

ILONA

Je ne comprends rien à la peinture.

C'est une très jolie toile.

ILONA

Tu Tas rapportée avec toi?

Comment cela?... D'où?

ILONA

Eh bien, de ton voyage.

Oui, c'est vrai, de mon voyage. Non, d'ailleurs, c'est un cadeau. {Un silence.)

ILONA

Ecoute, Anatole.

ANATOLE, nerveux.

Quoi donc ?

ILONA

Ou as-tu été, en somme?

Je te l'ai déjà dit.

ILONA

A moi? Pas un mot.

Hier soir je te l'ai dit.

ILONA

Alors c'est que je l'ai déjà oublié.

J'ai été... dans le voisinage de la Bohême.

ILONA

Qu'est-ce que tu avais donc à faire en Bohême?

Je n'ai pas été en Bohême, dans le voisinage seulement.

ILONA

Ah bon : tu étais sans doute invité à la chasse ?

Oui, j'ai été tirer des lièvres.

ILONA

Pendant six semaines ?

Oui, sans débrider.

ILONA

Pourquoi ne m'as-tu pas fait tes adieux ?

Je ne voulais pas te troubler.

ILONA

Toi, mon petit, tu voulais me plaquer.

Quelle bêtise !

ILONA

Oh, tu as déjà essayé une fois.

Essayé, oui, mais je n'ai pas réussi.

ILONA

Comment ? Tu dis ?

Eh bien, oui, je voulais me détacher de toi, tu le sais bien.

ILONA

Quelle absurdité : tu ne peux pas te détacher de moi.

Ha, ha!

ILOiNA

Qu'est-ce que tu dis?

J'ai dit : ha, ha !

ILONA

Ne ris donc pas, mon trésor : cette fois-là aussi tu m'es revenu.

Cette fois-là... oui.

ILONA

Et cette fois aussi... tu m'aimes.

Malheureusement.

ILONA

Comment ?

ANATOLE, élevant la, voix.

Malheureusement.

ILONA

Tu es bien courageux, dis donc, quand tu es

dans une autre pièce. Tu ne me dirais pas ça en face.

ANATOLE ouvre la porte et passe sa tête. Malheureusement.

iLONA, allant à la porte.

Qu'est-ce que cela veut dire, Anatole ?

ANATOLE, de nouveau derrière la porte.

Cela veut dire... que ça ne peut pas continuer comme ça éternellement.

ILONA

Comment?

Cane peut pas continuer comme ça, je te dis; ça ne peut pas durer éternellement.

ILONA

C'est à mon tour de rire : ha, ha, ha !

Comment ?

ILONA, ouvrant brusquement la porte.

Ha, ha, ha!

Ferme la porte I (La porte est de nouveau fermée.)

ILONA

Non, mon trésor, tu m'aimes, et tu ne peux pas me quitter...

Tu crois ?

Je le sais.

Tu le sais ?

Je le sens.

ILONA

ILONA

Alors tu penses que je resterai, de toute éternité, prosterné à tes pieds ?

ILONA

Tu ne te marieras pas, en tout cas, ça, je le sais.

Tu es tout simplement folle, mon petit. Je t'aime, c'est déjà très joli, — mais nous ne sommes pas liés pour l'éternité.

ILONA

Est-ce que tu te figures que je te lâcherai?

Tu y seras bien obligée un jour.

ILONA

Obligée ? Quand donc?

Quand je me marierai.

iLONA, tambourinant à la porte.

Et quand sera-ce, mon trésor?

ANATOLE, ironique.

Ûh, bientôt, mon trésor.

iLONA, plus émue.

Quand donc?

Cesse donc de tambouriner. Dans un an, il y aura longtemps que je serai marié.

ILONA

Imbécile 1

D'ailleurs je pourrais aussi bien me marier dans deux mois.

ILONA

Oui, il y a une femme qui t'attend.

Précisément... en ce moment même, il y en a une qui m'attend.

ILONA

Alors, c'est dans deux mois ?

Tu en doutes, il me semble ?... {Ilona rit.) Ne ris pas, je me marie dans huit jours. (liona rit encore plus fort.) Ne ris pas, Ilona. (Ilona, tombe^ à force de rire, sur le divan. Anatole près de la porte ; il est en habit.) Ne ris pas.

ILONA, riant.

Quand te maries-tu?

Aujourd'hui.

ILONA, le regardant.

Quand ?

Aujourd'hui, ma chérie.

ILONA, se levant.

Anatole, assez plaisanté.

C'est sérieux, mon petit, je me marie aujourd'hui.

ILONA

Tu perds la tête, hein?

Franz.

FRANZ, entrant.

Monsieur ?

Mon bouquet. (Franz sort.)

ILONA, debout devant Anatole, menaçante.

Anatole! {Franz apporte le bouquet; elle se retourne et se jette avec un cri sur le bouquet; Anatole Varrache vivement des mains de Franz, qui sort lentement en souriant.) Ah! Alors, c'est vrai?

Comme tu vois, [llona veut lui arracher le bouquet des mains.) Qu'est-ce que tu fais donc? {Il est obligé de fuir devant elle; elle le poursuit à travers la pièce.)

Misérable! Misérable! (Max, qui entre, un bouquet de roses h la main, s'arrête, saisi, sur le seuil.)

ANATOLE s'est réfugié sur un siège et tient son bouquet en Vair.

A mon secours, Max! [Max s'élance vers Ilona, et la retient; elle se retourne vers lui, lui arrache son bouquet des niains, le jette h terre et le piétine.)

MAX

Ilôna ! Vous êtes folle. Mon bouquet ! Me voilà frais I (Ilona éclate violemment en larmes et tombe sur un siège.)

ANATOLE, avec embarras^ toujours sur sa chaise, cherchant à s'excuser.

Elle m'a exaspéré... Eh bien, oui, Ilona, maintenant tu pleures, naturellement. Pourquoi t'es-tu moquée de moi?... Elle m'a défié... tu comprends, Max... Elle a dit... que je n'oserais pas me marier... alors... je me marie... ça se conçoit... par esprit de contradiction. {Il veut descendre de sa chaise.)

ILONA

Hypocrite, menteur! {Anatole est remonté sur sa chaise.)

MAX, qui a ramassé son bouquet.

Mon bouquet !

ILONA

C'est le sien que je voulais arranger comme ça. Mais vous le méritez autant que lui. Vous êtes son complice.

ANATOLE, toujours SUT sa chaise.

Allons, maintenant sois raisonnable.

ILONA

Oui, voilà ce que vous dites toujours quand vous nous avez affolées. Mais maintenant vous allez voir ! Ça va être un joli mariage. Attendez un peu... {Elle se lève.) En attendant, adieu.

ANATOLE a sauté à bas de sa chaise.

Où vas-tu?

ILONA

Tu le verras bien.

ANATOLE et MAX, ensemble.

Où vas-tu?

Où allez-vous ?

ILONA

Laissez-moi.

ANATOLE et MAX, lui barrant le chemin,

Ilona, qu'est-ce que tu veux?...

Ilona, qu'est-ce que vous voulez?

Laissez-moi... laissez-moi m'en aller.

Sois raisonnable... calme-toi!...

ILONA

Vous ne voulez pas me laisser sortir? Eh bien... {Elle court à travers la, pièce et dans sa, fureur jette k'terre le j^/afeau à thé. Anatole et Max restent interdits.)

Voyons, je te le demande : est-il bien nécessaire de se marier quand on est aimé comme ça? (Ilona retombe brisée sur le divan et pleure. Un silence.) La voici qui se calme.

MAX

Il faut que nous partions... et moi... sans fleurs.

FRANZ, entrant.

La voiture attend monsieur. {Il sort.)

La voiture... la voiture... que vais-je faire? {Il va derrière Ilona et lui met un baiser dans les cheveux.) Ilona!

MAX, de l'autre côté.

Ilona. {Elle continue a pleurer sans bruits son mouchoir devant la figure; à Anatole.) Vat'en toi, maintenant, et laisse-moi faire.

Il faut en effet que je m'en aille, mais comment puis-je...?

MAX

Va...

Pourras-tu l'éloigner?

MAX

Pendant la cérémonie je te glisserai dans l'oreille : « Tout va bien. »

J'ai une peuri

MAX

Mais va-t'en donc.

Ah! (Il fait mine de s'en aller, puis revient sur la pointe des pieds, met un baiser léger sur les cheveux d'Ilona et sort vivement.)

MAX s'assied en face d'Ilona, qui pleure toU" jours en tenant son mouchoir devant sa figure. Il regarde sa montre.

Hum! Hum!

iLoisA regarde autour d'elle, comme si elle s'éveillait d'un rêve.

Où est-il?

MAX, lui prenant les mains.

Vous ne le trouveriez pas.

ILONA

Mais je veux...

MAX

Voyons, vous êtes raisonnable, Ilona, vous ne voulez pas faire de scandale...

ILONA

Laissez-moi.

MAX

Ilona !

ILONA

Où se célèbre le mariage?

MAX

C'est une question secondaire.

ILONA

Je veux y aller.. S'il faut que j'y aille..

MAX

Vous ne ferez pas ça... En voilà une idée !

ILONA

Ah! il s'est moqué de moi... il m'a trompée!

Mais non, ni l'un ni l'autre : c'est la vie, tout simplement.

ILONA

Taisez-vous, vous : vous m'assommez avec vos phrases.

MAX

Vous n'êtes qu'une enfant, Ilona, autrement vous verriez que tout est inutile.

ILONA

Inutile ?

MAX

C'est une bêtise.

ILONA

Une bêtise?

MAX

Vous vous rendriez ridicule, voilà tout

ILONA

C'est cela, insultez-moi maintenant.

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