I. Revue de la Révolution, 14 mai 1896, p
Les six couplets de la chanson suivent pas à pas le développement de l’hymne révolutionnaire et se terminent par cette péroraison, contre-partie de 1’ « Amour sacré de la patrie » :
Amour sacré de la bombance,
Viens élargir notre estomach !
Quand on pense à panser sa panse,
Il faut qu’elle soit comme un sac... {bis)
Du plaisir de manger et boire,
Si l’on te doit l’invention,
Sauve-nous de l’indigestion
Pour que rien ne manque à ta gloire !
A table, citoyens, etc.
Le grand-père avait souvent avec son petit-fils des entretiens sur des sujets plus austères que la parodie de la Marseillaise. A son intention, il écrivit d’une main tremblante, à l’âge de quatrevingts ans passés, c’était entre i836 et 1840^, des souvenirs personnels sur la Révolution, qui pourraient occuper une place honorable parmi ces Mémoires de toute nature si recherchés du public depuis quelques années.
Pierre-Jean- Baptiste de Montaiglon épousa, vers 1790, la fille d’un M. de Saliennes qui émigra. M“® de Montaiglon avait trois sœurs. L’une d’elles fut mariée au miniaturiste Isabey, une autre au sculpteur baron Lemot; la dernière devint la femme d’un M. Lecomte, arrière-grand-père du général Gonse, actuellement sous-chef d’état-major général de l’armée. Ainsi, Anatole de Montaiglon se trouvait le petit-neveu du peintre Isabey, avec lequel
I. Voici la reproduction du billet de décès du grand-père. Il nous donne la composition de la famille à ce moment précis :
« Vous êtes prié d’assister aux Convoi, Service et Enterrement de Monsieur Pierre-Jean-Baptiste de Gourde de Montaiglon, propriétaire, décédé à Paris, le 17 juillet 1845, chez M. de Montaiglon fils, rue Neuve-des-Capucines, n“ Il bis, qui auront lieu le Samedi, 19 du courant, à ii heures du matin, en l’église de la Madeleine, sa paroisse, a On se réunira à la maison mortuaire.
De Profundis.
« De la part de Messieurs Auguste-Emma et Anatole de Gourde de Montaiglon, et Monsieur et Madame Force, et de Mademoiselle Delphine Force, ses Fils, Petit-Fils, Fille, Gendre et Petite-Fille. »
ANATOLE DE MONTAIGLON
il fut en relations dans sa jeunesse, puisque le vieil artiste ne mourut qu*en i855, à Tâge de quatre-vingt-huit ans.
Cette parenté lui ouvrait un accès dans le monde de l’art qu’il aurait volontiers fréquenté davantage si les nécessités de la vie ne l’eussent obligé de bonne heure à sacrifier ses goûts naturels à d’impérieux devoirs.
Le fils du poète insouciant qui avait su traverser la Révolution en riant des choses et des hommes exerçait la profession d’avocat au barreau de Paris. Né en 1798, Auguste-Emma de Gourde de Montaiglon mourut à l’âge de cinquante-quatre ans, le 28 février i852. Il habitait à ce moment rue de Bondy.
Il s’était marié de bonne heure, vers 1822, avec une demoiselle Fouquet. Lors de la naissance de son fils Anatole, il n’avait que vingt-six ans. M™® Auguste de Montaiglon était, au dire de plusieurs personnes qui ont recueilli le témoignage de ses contemporains, une femme d’une haute valeur et d’une rare intelligence. Son frère, Anatole P'ouquet, de qui notre ami tenait son nom de baptême, avait aussi la réputation d’un homme fort spirituel.
Q.uand naquit notre ami, toute la famille vivait dans l’aisance. Tant de ses biens personnels que par sa femme, Auguste de Montaiglon possédait une trentaine de mille livres de rente. C’était une véritable fortune pour l’époque. Tout fut englouti peu à peu dans des spéculations hasardeuses, surtout dans des expériences agricoles, tentées dans une grande propriété devenue une cause de ruine pour la famille. En sorte qu^Anatole de Montaiglon, qui, en qualité de fils unique, devait recueillir une situation brillante, ne trouva, dans la succession de son père, que des dettes.
Dans un projet de testament qu’il rédigea en 1870, au moment où la gravité des circonstances inspirait à chacun de sérieuses réflexions, il s’est expliqué d’une façon catégorique sur les causes de cette décadence; mais, jamais, pas même dans cet examen de conscience tout intime, on ne voit percer la moindre critique sur la conduite d’un père imprudent ou malheureux. Et, cependant, les conséquences de cette mauvaise gestion devaient influer de la façon la plus fâcheuse sur la carrière de notre ami.
Du côté de sa mère, Anatole de Montaiglon devait espérer une
situation qui le mît à l’abri du besoin. L’oncle Fouquet se trouvait, lui aussi, à la tête d’une certaine fortune; il possédait une propriété importante à Levallois, au delà de Batignolles. Il avait pour unique héritier son neveu. Mais l’oncle mourut dans des circonstances qui rendaient difficile la réalisation de l’actif. La succession était grevée de charges auxquelles il fallait faire face immédiatement. Anatole aima mieux tout abandonner que de débuter dans la vie avec des préoccupations d’argent qui ne convenaient guère à sa nature éminemment désintéressée. Bien conseillé, il eût sans doute réussi à sauver quelques épaves de cet héritage et se fût assuré l’indépendance. Mais il était trop jeune, trop peu initié aux exigences de la vie pour assumer les tracas d’une liquidation difficile. Il prit bravement son parti de se tirer d’affaire tout seul.
Comme il était fils unique, sa naissance avait inspiré la joie la plus vive à sa famille. L’affection qui unissait la mère et le fils ne fit que se resserrer quand survinrent les revers de fortune, et notre ami parlait encore dans ses dernières années avec une vive émotion de la tendre sollicitude que lui avait prodiguée jusqu’à la fin de sa vie cette mère adorée.
Anatole de Montaiglon était né le 28 novembre 1824^ Il entra