Mr. Bergeret à Paris. (Berg
Dans Mr.Bergeret nous trouvons un France qui semble avoir change beaucoup depuis qu'il a crée l'Abbé Coignard. Avec une audacité extrême et toujours avec une sincérit^prof onde France dévoile devant nos yeux" La Comédie Humaine" contemporaine" vers 1900". C'est surtout la haute bourgeoisie dont il se moque continuellement , quelques fois finement souvent même grossièrement.
Mr.Bergeret va et vienjs, suscite par ci par là de longues conversations,pendant lesquelles il a le loisir de sortir ses multiples idées sur la religion, 1' Eglise, laMorale, l'Amour, le Gouvernement.Rien et personne n'est épargné. France est dégoûté de tout ce qui existe. L' Affaire l'a réveillé. Il énonce souvent ses désirs fervents pour que tou^Tchange,pour qu'on ait plus de probité dans le gouvernement , plus de croyance et de foi dans l'Eglise,plus de loyauté dans la famille. Il aime à sortir Joutes ces idées en raillant , mais ne manouons pas de remarquer dans la personne de Bergeret une certaine lassitude, résultant de son dé — goût. Ce n'est plus le doux Bonnard,ni le suave Coignard qui nou-d amusent. Connaissant ce fond noir de l'âme de France il n'est pa-d étonnant d'apprendre plus tard qu'il se tourne vers un socialisme extrême pour revoir des temps meilleurs. On a reprohe a France une indifférence ironique de tout. C'est une grave erreur malicieuse,c1 est une ignominie. Bergeret s'intéresse à la religion au gouvernement, à la vie de famille et il s'y intéresse vivement et sincèrement; mais tout se gcé^ente à lui sous des cou-
leurs tellement défavorables qu' 11 ne peut être que désole, mélancolique et hélas Ironique. Des pages qui suivront plus tard deviendront d'un scepticisme exagéré. Heureusement Bergeret &K' es-ir pas encore arrivé au désespoir et ses livres sont encore charmants.
Bergeret c'est France. Jusqu' où va cette comparaison?Essayons de 1' établir.
Prenons d'abord la chambre qu'occupe dans "Le Mannequin" 1' illustre professeur de latin et de grec. Cette pièce pauvre et nue n'est-ce pas un souvenir à celle jL/L où travaillait France, jeune homme? J' habitais"dit-il à Brousson, " sous les tuiles, une mansarde, grande et confortable comme un nid d' hirondelle( I<). Pour écrire je devais pousser ma petite table dans la gouttière Dans (Berg. )^avec sa finesse habituelle ne fait-il pas illusion à cette vie sous les tuiles? "Après tout c'est le sort commun de vibre sous les toits, la science et la méditation sont pour une grande part enfermées dans des greniers" ( 66) .
Si dans les souvenirs de France, écrits par ses nombreux amis
on trouve peu de renseignements sur la période de son mariage er"
et de sa vie conjuguale , je crois pouvoir trouver dans les scène j
du 'Mann." "Beaucoup de vérité j sur ce sujet. Corday dit de France i
"Pendant 72 ans je ne l'ai jamais entendu parler de son premier
mariage". Brousson écrit dans son livre: "Jusqu' à ma maturité j'au (2)
vécu esclave. Je me suis marie, j'ai connu l'enfer après le sacrement'^ I). De Bergeret aussi la vie en famille est froide , glacée elle fait peur par le silence et le vide. Madame Bergeret, née Pouilly, est, d' après les descriptions des témoins , Valérie G-uérin, l'épouse de France, Dans la correspondance de Mme. Martel noai lisons: "Mme. France fut d'un blond très rare et ravissante à 22
(1) En Pantoufles par J. Brousson.
(2) Anatole France par M. Corday.
ans( l)".Mme.Pouquet dit de Mme. France: "Elle fut rébarbative " et Mme.de Caillavet é rivit un J our: "Valérie avait le plus urgent besoin d'être matée (I). Mlle Guérin apportait à FRance pauvre une belle dot. Voilà déjà trop d'éléments pour faire un mariage manqué. Bergeret lui aussi est doux, affable, peu pratique pauvre, d'un âge mur, et lmmlnemment intelligent. Mme. Bergeret au contraire est vive, rébarbative, riche, très jeune, assez belle. TouC fait défaut pour attraire ces deux forces l'univers l'autre. Comme le ménage de France les Bergeret ont connu la paix pour n* pas dire le bonheur , pendant les premières années de leur mariage, surtout après la naissance de leur premier enfant. Peu àpeu les différents traits des caractères se montrent de plus en plus prononcés , ils font saillie, la rupture s' établit, le goufre se creuse entre les deux époux. D' après Mme. Martel, Valérie vécut dans un pénible silence, elle souffrait de ne pas"être" .France l'ignora, il avait le génie de ne pas la voir ni 1' entendre. Surtout après 1' affaire( est-ce l'affaire deshonorante qu'il décrit dans "Le Mannequin") du tapissier les rapports devinrent envenimés. Elle s'est enfuie de son appartement. A qui la faute?Question inutile . D' après moi Bergeret ni France furent des hommes destinés au mariage , souvent funestes aux hommes, l'est presque toujours à l'homme de lettres. Valérie se plaint continuellement de n'avoir rencontrçaucune satisfaction dans son ménage et d' être mariée à un hoxme peu pratique. Elle était une fille ordinaire, jeune , désirait vivre, jouir et fut obligée de passer ses plus belles années de femme auprès d'un vieux latiniste , hâbleur de vieux textes. Que Mme. France estime l'achat de nouvelles toilettes beaucoup plus utile et plus intéressant que l'acquisition de nouveaux bibelots , quoi de plus naturel pour une femme d<u la bourgeoisie venue à Paris. Qu' elle se rendait plus volontiers
(l)Le Salon de Mme de Caillavet.
chez sa couturière que d'accompagner son ami ( mari ) chez Daressey, l'antiquaire, pourquoi lui en vouloir. Le premier choix de France fut funeste, c' est tout. Avait-il bien choisi lui-même? Dane le "Mann." Beregeret dit: "Je n'ai Jamais aimé cette femme que j'ai épous^ée sur des conseils d'amis, dans l'incapacité que J'étais de m' occuper de mes propres affaires". Tout ce qu$ il a voulu alors ce fut une servante. Il l'a eue sa servante, mais hélas elle apportait , comme la fille née Pouilly,son oraueil dynastique, fortifié par le nrestige d' épouse. "Elle se Jugeait toujours très supérieure à lui. L'idée qu'elle était de tout point au-dessus de Ber.e-.eret ne la quitta Jamais" dit France dans "LeMann. ) et c'est bien de Valérie qu'il parle en ce momentT. France fut très malheureux de ne pas être compris, plus malheua? reux encore de ne pas pouvoir se plier devant l'autorité de cette femme. Si elle le méprisait prof ondément , lui l'appelle une personne grossière, indiscrète, compromettante, une femme, dont la vulgarité ^ut remarquée par le vulgaire et qui pesait à tous. Bergeret parvient même à 1' aopeler" vole&se" ( Ann. 8 ) .Voilà en' grands traits quelle fut la vie mariée de France. Il n' y a certainement pas beaucoup à envier à ce couple et France doit avoir souffert de la laid^er de cette union. Est-il étonnant d'entendre l'auteur témoigner du dédain et de la moquerie pour cet état sacré du mariage/
Quoiqu' il fut très difficile de trouver des renseignements sur la vie de sa fille Suzanne et ^ fL£ji sur les relations avec elle, Je suis porté à voir dans Pauline, la fille aînée de Bergeret,le oortrait de la fille unique du Maître. On sait qu'il a profondément aimé Suzanne , malgré toutes les indiscrétions qu'elle peut avoir commises. Et elle?Aimait-élle son père?On entend Bergeret murmurer dans"LeMann" : "Tristesse et ennui en songeant que
ses filles ne l'aimaient pas". Négligé par sa femme, délaissé par sa fille unique, voilà le pauvre France.
Retournons à la maison que France a quittée pour trouver 1' ennui, retournons à la mair.on paternelle. Dans Paillot,le librairqui aime à s ' instruire , ne voit-on pas le père de France, cet homme morose qu' 11 décrira plus tard dans le petit Pierre et dont il a déjà qarle dans le "Livre de mon Ami". Cette librairie Pail lot où Bergeret trouve l'hospitalité littéraire, docte , polie et académique, n' est-ce oas la librairie" Chez ?rance" où le .jeune Anatole a si souvent rencontré des érudits , discutant entre eux
des choses encore inconnues par son jeune esprit?Ce qui est bien frappant dans cette "Histoire Contemporaine" c' est que 1' auteur n'y parle Jamais de sa mère, qu'il a toujours uénérée comme une sainte.
En analysant le caractère de Bergeret, nous retrouvons bien des traits de France. Une timidité ènnée,mais qu'il réassit de plus en plus de maîtriser , une gaucherie qui ne réapparaît que peu fréquemment , car il a même développé un gout pour l'action. "De tous les travaux auxquels puisse^ se livre^ un honnête homme, le travail d'enfoncer des clous dans un mur est celui peutêtre qui procure les plus tranquilles Jouissances", dit Bergeret dans"Ann. 155 ) . On sait par les amis qui ont aide France a déménager de la VillaeSaïd à la Béchellerie, qu' il aimait vraiment à installer et ordonner ses tableaux.
France fut enclin à la mélancolie, à la tristesse; ( Il décrit bien dans Firmin Piednagel) cependant, il n'est pas touché de cet te maladie des romantiques qu' il déteste infiniment, mais il est triste parce qu'il voit que sous le soleil tout conspire à rendre la vie désagréable aux hommes. Parlant du passé il dit: "Il y a des heures aimables et des moments exquis je ne le nie point
mais ce sont des perles et des pierreries précieuses sur la tra-
me rude et sombre des Jours" (Berg. 78 ) .
Berr/eret comme France aime à flâner p&ftr les rues, visiter les cafés populeux en spectateur Intéresse. Il retrouve dans la rue le plus cher des biens: "La liberté philosophique".
Dans Bergeret nous trouvons un France rancunier. Souvenonsnous de ses relations avec sa fille unique. Elle avait peut-être commis des indiscrétions , mais elle était Jeune alors; France pourtant n'a pu lui pardonner qu'après sa mort en 1918. Parlant de s^ femme Bergeret dit: "Je lui gardai une longue et muette rancune" Muet , Bergeret ne faisait pas de scènes, son rancoeur fut froid et infini: le plus dut.
Si France n'a aimé dans sa vie que sa mère et sa fille, je ne crois pas qu'il ait jamais ha'î personne. Il a raillé, détesté, méprisé,.nais il n'est jamais tombé dans la haine. Quand Bergeret^ dit: "Il me faudra donc ha'îr quatre-vingt mille personnes , c1 est trop, je ne m'en sens pas la force". C'est bien France qui parle» Il est trop philosophe pour prendre au sérieux tous les vices et les difformités du genre humain: Il ressentira de la pitiéf
Quoique imprégnée d' érotisme et de sensualisme"!/ Histoire Co-*u temporaine" ne nous montre pas un Bergeret erotique. Les descriptions lascives nous donnent 1' impression que France se plaît à p/eindre des scènes extrêmement immodérées et sensuelles. Par ex. Les portraits de Kme.de G-romance,de Mme.Bonmont,de Mme.Worms- Clavelin dans les chambres-à-coucher et même dans la voiture, tre*. hissent bien l'âme de France. Cependant Bergeret n'est que Franc- . qui s'y amuse; il est légèrement excité par une pimbêche qui vient de passer, il fait des remarques polissonnes sur elles.Parlant d'une chose aussi série*tse que l'Affaire Dreyfus, il s'arrête un momen^t et remarque: "Voilà une belle femme, longue, svelte , et d'un seul jet comme un jeune arbre" et à la vue de Mme de
Gromance: "Bergeret ressentit cette douceur cruelle que donne au âmes voluptueuses la^ beauté des for:ues vivantes". Ce n'est pas le France que nous avons déjà rencontre dans L'Abbé et et que nous trouverons plus tard dans Brotteaux des Ilettes.
Dans Bergeret nous trouvans France 1' intellectuel. "B'-rr-eret est haïssable seu^le.:>ent pour son esprit trop subtile, qui offense l'esprit commun" , dit l'autAtgr dans'/Ann. 9 ) • Et plus loin 11 dit encore: 'V.r. Letèrrier n'avait jamais eu beaucoup de sympathie pour l'intelligence critique de hr. Bergeret" ( 194). L' esprit de Berpceret est vaste et inlassable; il -jst curieux, veut savoir et toujours savoir; il considère les multiples questions de tous le-j points de vue. Il discute religion et morale , 1' Eglise et l'Armée le Socialisme et le Capitalisme, la Guerre et la Paix, le Ciel et la Terre, et sur tous ces sujets si variés il a des opinions souvent hasarduBuSes , £ouJ ours neuves et intelligentes. Bernard Fay parlant de France dit: "France possède une intelligence àla Rena.»^ éprise d' exactitude, de perception physique et de science" ( I) • Il est avant tout logicien subtil, il déduit avec ufae finesse éclatante. C'est peut-être aussi la ruine de l'homme penseur , parce que les prémisses de France furent souvent fausses. Rodin a dit de lui: "Il a la sauce, mais il manque le lapin, c' est-à-dire il manque des idées originales". Bergeret non plus ne nous donne rien de nouveau; en effet il pense comme tout le monde, mais il voit plus de choses sur lesquelles réfléchir. C ' est pourquoi 1' auteur se trouve chez lui dans l'histoire humaine, où 11 lui est permis de passer par tout, de discourir sur tout. Cerf dit de lui "Thèse books will be read as the pleasant record of an impres^l^sionnable and discursive mind" ( 2 ) . "His clear intelligence has liberated him from common préjudices and superstitions and "fi/tf
( I ^Panorama de la Littératute par B.Fay. ( 2) Dëgeneration of a great artlst by Cerf.
brought him a vision of the ignorance and irnbecility of mankind and of the nightmare of that wretched slèep we call life".Il y a beaucoup de vrai dans ce passade pourtant France s'est aussi servi de son intelligence pour établir un monde plus heureux, Il es£ évident que son siècle vivait dans un labyrinthe de préjugé .Anatole France a cru Douvoir les détruire pour ériger sur les ruines le nouveau bâtiment. Beaucoup de gens prétendent eue cette méthode de destruction n'est pas légi tlme,qu' il faut au contraire pousser les préjugés sur l'arrière-plan sans les détruire rudement. Lequel des deus^ plans est le plus efficace?Je ne sais^Touj ours est- il que France a constamment désiré quelque chose de mieux pour les vénérations futures. Xe le crois sincèrement et ne suis -cas d'accord avec ceux qui ne veulent voir en France qu'un sceptique et destructeur. Que lqu' un a dit de lui: HL' intelligence supérieure de France est une sorte de rayon mystérieux qui fait voir sans cesse le squelette où les autres voient les beautés des formes, les beautés de la chair" , Justement France comme d'ailleurs Bergeret voit à travers les différents corps, qui constituent le monde, coime la Religion, comme 1' Armée, etc. Ayant pénétré ces différentes constitutions , qu' est-ce qu'il fait sinon nous montrer les plaques radiographiques. Il yxf nous montre et nous explique les maux dont les corps de l'huma« nité sont atteintes. Helas il n'est pas doctuer pour apporter de remèdes, mais il est toujours prêt à aider celui qui risquera 1' opération, Coime serviteur nous le voyons se lancer avec tout coeur au secours des Dreyfusards, à l'aide des socialistes, à 1' assistance des Bolchevistes.Peu doué comme architecte il est prêt à aider ceux, qui se dévouent à la construction de l'humanité nouvelle.
France a beaucoup souffert de cette sorte d' intelligence; luimême et ses amis ne cessent de le dire. Dans"Paçes Inédites"
il dit: "L1 homme est à cause de son intelligence le olus malheureux des animaux" .Mais ce n'est pas tant dans Bergeret que nous trouvonë ce côtl de sa souf f rance. J 1 en ai parle plus lonquement dans l'Abbe .
C^ose curieuse, étant lui-même de par sa nature jijkibjLjLjk de son intelligence enclin au doute et à la pénétration des faits et des êtres, il supporte mal et avec horreur la critique, lui avec sa manie d1 hypercriticisme. "La critique des hommes n'est pas^s' sure" dit-il jëelle est influencée apr des intérêts, gouvernée par des points de vue, guidée par des sympathies ou par des antipathies. Elle est souvent méchante et stupide et flatteuse et mesquine". Bergeret dit: "Les pensées humaines sont conduites non par la force de la raison mais par la violence des sentiments". Comme son père France est enclin à ne pas accepter s^ns examen les opinions des hommes.
A part d'être un critique inlassable France est un érudit in — discutable. Bergeret comme France se connaît en philologie française et antique, il est helléniste et latiniste accompli. Il en a même la manie. Bergeret dit: "J'ai pris grand plaisir à traduira ce texte grec" et "C'est une grande distraction, il faut bien se distraire parfois des affaires présentes" et dans "Berg." il dit. après avoir lu un vieux texte du temps d'Amyot:"Ces vieux livres amusent et divertissent l'esprit. Ils nous font oublier le présent.
Tous les amis de France sont d'accord à le nommer" L1 erudit" . Même ses ennemis ne s'y opposent pas.Bononi dit:2En voyage en Italie France raconte des anecdotes sur Virgile et sur Horace" (}j Calmettes qui a fait un voyage avec le Maître au nord de l'Afrique dit: "A Carthage il émerveillait de son érudition le conservateur,le docte Père Qelattre. ( 2 ) Corday fait ce rapport: "Il a-
(1) Promenades de France par Sandor Keméri(Bononi)
(2) La grande Passion de France par P. Calmettes.
vait le goût de la géologie, de la botanique, de la médecine. Il aime oarticulièrement sa chère astronomie" ( I ). France avait aussc une prodigieuse érudition theologiaue. Cerf écrit sur lui:"His curiosity lead to an astounding and varied érudition. T Jne great literary mas ters ,perhaps ail of them,were familiar to him,but his favorite authorsseern to have been the minor ones;don't ï?e see Bergeret dig up old never-known anecdotes" ( 2). Ce qui rend la lecture de France souvent difficile pour l'homme intellectuel ordinaire, c1 est justement cette abondance d'érudition de ses personnages( qui sont lui), qui tombent parfois dans la pedanter l-e C'est surtout vrai de "L'Histoire Contemporaine" où Bergeret
parle des deux Antiquités même à ses servantes, à des ignorants
dans
à ses chiens. Mais lui-même comme France trouve *cette sorte de travail la paix d'esprit et l'inestimable tranquillité de l'âme Pardonnons-le.
Après avoir parlé de 1' intelligence de Bergeret en général, je voudrais me limiter à deux ou trois sujets pour voir de quelle façon cette intelligence a réagi sur les événements du jour. D'abord l'Affaire. Ce n'est que dans les deux . dern^irs livres de "L' Histoire" que Bergeret parle de ce scandale national , qui"révéla à tous leur vocation d' apôtres sociaux et politiques" comme dit Corday( I<). "Les idées sociales et religieuses se sont critalisées;à cette époque elles ont pris tout leur relief, toute leur consistance et toute leur acuité. "( I ). Ici il n'y a pas l1 ombre d'un doute Bergeret c'est France qui nous parle de l'Affaire.France est Dour le Capitaine Dreyfus. Pourquoi? Il ne l'a jamais expliqué autant que je sache. Cerf dit: "Exactly why A. France became involved is not entirely clear.Pity and Passion for Justice, some say,Mme.and antipathy to Church,others infer.
(I) Anatole France par M.Corday.
( 2* ) Degeneration of a great artist by Cerf.
Ici de nouveau nous voyons France oui a scrute les actions de jy' cette bureaucratie perverse qui reigne sur le pays. Dans"Berg. " nous lisons cette attaque furieuse: "Il est vrai qu'au fond d'un couloir du ministère, sur trente mètres careés de parauet cire quelques bureaucrates \ képi, les uns parsseux et fourbes, les autres agités et turbulents , ont, par leur paperasserie perfide et frauduleuse, trahi tout un grand peuple, "( 192) • Cette Affaire n' est-elle pas a l'ofcigine de cette "Histoire Contemporaine"? La thèse de ces livres n' est-elle pas de mettre à nu la oerf idée de toutes les élections, et celles des évoques et celles des sénat^ers et celles des représentants communaux, ces élections qui d'ordinaire sont fabriquées et décidées par des concubinages ignominieux. En tous cas France est Dreyfusard confirmé, il a mem-* signé la proclamation fameuse de Zola: "J1 Accuse", Bergeret aussi est pour Dreyfus, L' ouvrier Roupart lui dit: "Mr. Bergeret, vous fait quelque cho.se qui n'est pas ordinaire, Vous êtes sorti de votre caste et vous n'avez pas voulu frayer avec les défenseurs du Sabre et du G-oupillon" (B^rg. 90 K'L1 Affaire a révélé le mal dont notre belle société fut éteinte, mais quand donc sera-t-ell^. délivrée de l'ignorance et de la haine?" demande Bergeret. Voilà
France oui veut de la justice et de l'amour parmi les peuples surtout parmi le sien, car il est et restera avant tout Français quoiqu'on aient pensé les médisants. Qu1 11 entend dans les rues les cris du populace: "Mort à Bergeret. Mort aux Allemands, Mort aux Traîtres , c' est très naturel, mais France a dû souffrir de ceA mésentendues ,de cette ignorance du public. "Vous êtes honnis, exécrés et conspués unanimement"? voici encore ce qu'il a dû enten4 dre. France aussi fut Jugé d'une façon as^ez honteuse pendant la lutte de l'Affaire et aussi pendant la grande guerre, Cependant comme Bergeret il a tenu pèed ferme, Son adhérence fut sincère
et réfléchie, Lisons dans"Berg. ": "Considérez que la cause d'un obscur Capitaine est devenu une affaire nationale, la fau£e n' en est pas à nous, mais aux ministres qui firent du maintien d1 une condamnation erronnee et illégale un système de gouvernement. Ce qui a troublé le pays, c1 était que le pouvoir s'obstinât dans une iniquité monstrueuse"! 118). Et lisons encore co.,men(T il attaque le régime d'avoir maltraité le Colonel Picqart,pour avoir découvert leur faute: "Cet officier qui découvrit un Jour que Dreyfus avait été condamn^our le crime d' Es terhazy, écarté, envoyé à Gobés et jusque sur la f rontière/érlpolitaine sans autre raison que de le faire assassiner par les brigands arabes." "Je crois bien que cet officier a souffert cnuellement de tant de bassesse et de perfidie si monstKueuse,de cette épidémie de crime et de folie, des fureurs exécrables de ces hommes, qui trompaient la foule ignorante". Si cette page ne lui a pas valu d' être èncarcéré, c' est qu'on sentait bien son propre tort et qu1 on redoutait la force de la plume de France.
Si, comme le dit Corday,cet incident avait une influence énorme sur les idées de 1' époque, une chose est sûre c'est que Francise prononce ennemi public de 1' Eglise. Quand l'auteur dit de Firmin Piednagel: "Soudain un sentiment naquit et grandit en lui, le soutint et le fortifia, la haine du prêtre, une haine impérissable et féconde, une haine a. remplir toute une vie" ( Orme) ,c' est France après 1' Affaire , qui se déclare anticatholique. Bergeret dit: "Ils vénèrent et chérissent la moinerie,qui s'enrichit des miracles e^qui rédige des papiers séditieux , injurieux et calomniateurs(Berg.289) . Dans"L' His toire"les prêtres Lataigne et Guitrel sont représentés sous des formes, sinon détestables, du moins "oeu exemplaires. Lataigne est imbu du plus détestable esprit clérical et Guitrel est le bouffon sur qui courent de petites histoires et dont la nomination à 1' évêché est machinée
par des fornications honteuses de trois femmeaéu inonde.
Parlant du"Pape"^$er<^gerèt dit: "Je ne parle pas des papes qui ensanglantèrent le monde parce que les autres ne croyaient pas à une autre vie"(Ann.22l).
France refuse même de croire au Christ historique. Pour lui "Jésus n'est qu'un mythe, il n'a Jamais existe". Le christianisme dorénavant il l'a en horreur, D1 après LeGoff:"Ce qui domine tout et explique le mieux ses opinions politiques, c' est une horreur profonde, définitive de l'Eglise et du Christianisme "( I) " Il considérait le christianisme comme un grand malheur, une révolte d'esclaves ayant horreur de la beauté de l'esprit, Il est antc clérical plus encore qu' antireligieux, L' hostilité de & Eglise est définitive, l1 antipathie absolue est irrémédiable" ( I),Ce qu< France déteste surtout dans cette vieille institution c'est 1' hiérarchie. Bergeret parlant du pape dit: "Ces orgueilleux qui se réunissent dans une chapelle pour se distribuer l'encens et les épithètes, réservés aux Olympiens , commettent le péché le plus abominable: le péché d' orgueil". Voici France et Bergeret , dépourvus de tout sens religieux, qui ne voient que des êtres humains dans ces cérémonies et non pas des aembres du"Corpus Christi".
Ce sentiment d'aversion pour les prêtres et leurs cérémonies restera invarié en France jusqu'à la fin de sa vie, Dans"Pages Inédites"Corday nous relève quelques opinions du vieux France e et nous avons entre autres celle-ci: "Cette Eglise, fondée sur de^i illusions funestes, a, pendant le l8me siècle , enseveli la science et la beauté>et a fait couler des torrents de sang" et encore celle-ci: "Le christianisme est le retour à la barbarie primitive: l'idée de 1' expiation". Et plus loin encore nous lisons: "il ne faut r>as attendre beaucoup de cette pénitence eiscessive" ( 2) .
(I()A la Béchellerie par LeG-off.
(2)Pages Inédites par M.Corday.
Ce que France a toujours attaque dans l'Eglise ce fut l'idée de l'expiation et de 1' intolérance. Il l'a déjà assailli dans Thaïs et maintenant Bergeret dit: "Soutenir Dieu par des arguments, croire qu'on le possède, vivre sur lu; et en prof lter, foudroyer comme méchants ceux qui en conçoivent une autre image, affirmer qu'on tient la sagesse insondable et vouloir la communiquer apr la torture, voilà dr quoi le paganisme fut presque exempt" (Ann. 356 ) .Au contraire France et Bergeret aiment la tolérance.Bergeret dit: "Ne cherchons pas si un homme est juif ou chrétien, mais s' 11 est honnête homme et s' il se rend utile à son pays. "( Ann356) .
Si je/Qes opinions de Bergeret sur la religion en général ne sont pas aussi sévères et ironiques que celles sur le christianisme, elles sont toujours visées à la destruction. Une idée qu1 il émet de préférence est celle-cè: "Les religions n'ont guère d1 effet sur les moeurs et elles sont ce que les moeurs la4 font." "Chaj^q^e époque a sa morale dominante, qui ne résulte ni de la religion, ni de la philosophie, mais de 1' habitude, seule force capable d reunir les hommes dans un même sentiment. La Morale domine les croyances qui sont sujettes à dispute, tandis ou' elle n' est jamais examinée(Man. 318 ) ". Son scepticisme le pousse à cet extrême où il laisse entrevoir un manque d' observation des classes de paysans et d' ouvriers, où la religion a pour ainsi dire formulé la morale et la vie entière. Ce n' ôst pas à moi pourtant de discuter , puisque je n'ai que le simple dessein de montrer le-a noints de vue de Bergeret et donc de France.
Une autre idée que France aime lancer par ci "oar là par ses personnages , c' est que la religion est une f orcepolicière néces« saire dans la civilisation, que la religion est un ensemble de prescriptions morales, une discipline nécessaire et non pas un ensemble de dogmes surannés et de mystères. France fait exprimer
par le docteur Fornerol cette idée: "La croyance à 1' Immortalité
de l'Ame est nécessaire à la civilisation; sans elle les malheureux ne se résigneraient pas à leur sort; J ! es time que les idées religieuses sont essentiellemn^tmoralisatrices et qu' elles confetribuent a donner au populaire des sentiments humains". C'est France tout à fait, "Les hommes inventèrent les religions pour^.y' vivre plus aisément ensemble, lorsqu' ils sont médiocres". France ne croit pas à la théologie, quoiqu' il fût un érudit théologique Il a,dit:"Il faut magnifier la religion grecque parce qu'elle n1 a pas eu de théologie; elle ne connaît pas les araignées et les scorpions que vomirent plus tard 1' intolérance et le superbe du christianisme. Que de maux et que de sottises lui furent ainsi
évités", France aime Saint François d'Assise parce que"ce n'était pas un théologien, sa foi pleine d'inspiration ne s'appuie pas sur des dogmes arides et rigides. "D' après le livre de .Corday France fut toujours fidèle aux opinions qu' i^ prof essait. "Il se montre toujours pleinement athée comme il s'est toujours montré pleinement anticlérical" ( 1) .
Au sujet de la religion de France je voudrais ajouter à ce point que France, malgré son aversion profonde de to te religion dogmatique, qui n'a jamais touché son coeur , comme Bergeret aimait^ la religion en artiste. Corday dit de lui: "La religion inspirait à France une curiosité d' antiquaire" ( 1) • La Villa-Sa'id comme 1-^- Bechellerie réservait les places d'honneur à ces vieux bibelots religieux: ciboires, chapes , peintures , etc. Nous le voyons souvent courir le* églises et les sacristies , juste comme Bergeret, Celuici dit: "J'aime les cérémonies, j ' entre pour un instant" ( Ann. 209 ) L'esprit sceptique destructeur s'est déjà manifesté en mainte occasion et s'est surtout fait sentir dans ces dernières pages sur la religion. Je veux maintenant prendre encore une page pour démontrer que ce scepticismôe Bergeret comme celui de (1) Anatole France oar M. Corday,
France s'étend sur tout ce qui existe. Il est vraiment voltairien dans le secret de son âme. Bergeret dit: "Je crois que la^connaissance qu'on a des hommes et des faits est rarement conforme aux hommes eux-mêmes et. aux faits accomplis'.' Encore: "Quant à ma conscience dont Je jouis, c'est un accident, un phénomène d'un instant,comme la bulle formée à la surface de l'eau". Ecoutons maintenant France: "Ce monde où nous sommes jetés dans une ignorance tragique de ce qu'il est et de ce que nous sommes^us restera-1-11 toujours inconnu?" Ce scepticisme a tué tout en France, sauf l1 intelligence. Il a refusé de croire dès qu'il avait commencé de penser; l'âge et la méditation et les circonstances n'avajent//l^ fait que renforcer son incroyance naturelle.il est intéressant pourtant de remar uer que" sceptique" n'est pas une injure pour lui. "Les génies appelés sceptiques" dit-il "professèrent le plus magnifique Crédo,tous furent rileiHS de ferveur, tous travaillèrent à nous délivrer des chaînes, qui nous accablent. Ils furent des saints à leur manière"'.' Sceptique pour les hommes est la pire des injuers,pour moi c'est le plus belle des louanges". "Mais tous les maîtres de la p nsée l'ont été , sceptique; les plus hauts esprits de notre race, tous ceux que je vénère en tremblant et dont je suis le très humble écolier le furent."
Les opinions philosophiques de Bergeret sur la constitution de l'Univers coïncident d'une façon frappante avec celles de France. D1 après Bergeret la terre n'est qu'une goutte de boue darB l1 espace et le soleil même une bulle de gaz bientôt consumée. Bergeret dit aussi: "Cette petite boule qui, tournant gauchement autour d'un soleil jaune et déjà à moitié obscurci" . France à son tour dit: "Nous savons que notre globe n'est qu'une goutte de boue dans l'océan infini qui compose 1' Inconnu" . Un de ses amis nous a aussi communiqué l'opinion suivante: "La pensée vertigineuse que nous habitons une gouttelette du grand fleuve de la"Voie Lactée"
qui n'est certainement qu'un ruisselet du Cosmos et que nous disparaîtrons après un instant, suivis par l'humanité tout entière tandis que les autres cortèges planétaires et 3tellaires s'attardent un peu, puis périront à leur tour." France a étudié 1' astronomie, il préparait même un livre quand il est mort et ses opinions sur l'univers ont peu changé depuis. Il a rencontré Einstein en Allemagne et les deux esprits- différaient peu dans JLe<B leurs conclusions. Dans ses"Pages Inédites" nous pouvons lire: "La création universelle est devenue un point imperceptible dans l'Univers et la Terre n'est qu'un grain de poussière dans la multitude des mondes. "France a toujours eu beaucoup d'admiration pour Copernic. Il nous a laissé cet te phrase: "L1 influence de Cop^r"* pernic est immense, les hommes perdent leur assurance théologique; le doute et la critique et toute la féconde inquiétude moderne pénètrent sous leur crâne."
J'aimerais ici varier sur les conceptions métaphysiques de France; sur la Vertu, sur la Vérit',sur la Liort,mais puisque Berger et ne se nrononce que très rarement sur ces vastes sujets, j' ai préféré en parler au chapitre de Coignard.
Au sujet de la Science Bergeret c'est France désillusionné et même éloigné infiniment de Darwin et de Taine.HLes vérités de laboratoire qui exercent sur vous et sur moi une puissance souveraine n'ont point d'empire sur la masse du peuple. La Science n'a jamais fait de tort à la religion et l'on démontrera 1' absurdité d'une pratique pieuse sans diminuer le nombre des personnes qui s'y livrent" dit Bergeret(Berg. 199 ) '.'Les vérités scientifiques ne sont pas sympathiques au vulgaire. Les peuples vivent de mythologie, la^éri té n'a point de prise sur l'homme". Et Legoff £tnoté cette phrase du maître: "Tous les progrès accomplis dans 1' ordre de la science et de la matière ne donneront jamais une civilisation supérieure." France a perdu la foi dans ce qu'un jour
il appelait son Bible. Cerf dit:"Then he sincerely thought he had fathomed the divine plan" (l). Et comme France finit toujours par s'en moquer il dit: "La science n'est qu'une forme de notre ignorance et celle précisément qui nous fait le mieux savoir que noie ne savons rien. Elle n'a eu d'autre résultat que de nous mettre r3su lunettes aux ''eux de sorte que nous apercevions désormais plus grand et plus effrayant l'Inconnu qui nous entoure". "Si l'Affaire a jeté France dans la lu ' te antiteligieuse ou irr eligieuse"dit Calvet "il n'est pas moins vrai qu'elle l'a jeté dans la lutte en contre l'alliée l' Eglise, c' est à dire contre l'Armée, et contre àcu guerre en général. France ne fut jamais soldat au coeur, il avait vu dans l'Armée une maladie au coeur de sa patrie: la France. Dès 1 Affaire il devint anti-militariste avec toute la force de son talent. Il ne manqua pas une seule occasion d-c lancer de nouveau 1' ana thème contre la guerre et d^ X' appeler de ses voeux un ordre social où ell^, 1' Armée , serait tout à jamais con juéVée, Au moment ou il prépare un discours pour la nouvelle maison d' étudiants %. Paris £1 dit: "Je voudrais verser dans l'âme de la jeunesse mes sentiments de répugnance pour la guerre$B(2). "Encore à Mme BOnoni at-il dit un jour: "Je considère le service militaire comme la plu3 effroyable peste des nations cultivées! 2) • " Après la grande guerre parlant à une délégation de femme? américaines il dit: "Haïssez la guerre d'une haine inextinguible. Haïssez-la en contemplant ses ruines. Haïssez-la en la voyant dans les ornements du triomphe avec les palmes de la victoire. Que votre haine soit mutuelle. Tuesla." ( 3 ) .Après avoir reçu le prix"Nobel" il confirme aux journalistes son intention d'écrire ûn livre contre la guerre, une satire bouffonne dans le sens de"L' Ile des Pingouins" (3)
( 1 ) Degeneration of a great artist.
( 2 ) Promenades de France par Sandor Kéméri .
(3) Anatole France oar Ll.Corday.
Pourquoi France haussai t-il tellement la guerre et l'armée? "La force brutale d'abord eut tdujours son dédain" (1)» mais )/ une phrase qui en dit encore plus est celle-ci: "On croit mourir pour la patrie: on meurt pour les industriels" • La perspicacité fine de son esprit lui a permis de pénétrer par cet écran de drapeaux et d'uniformes et d'étoiles pour voir et comprendre le sens réel de la guerre, surtout de celle de 1914-18, "C1 est l'antagonisme des appétits capitalistes parfois très illêCtimes qui cause les guerres modernes, rien n' est plus triste", et encore"c8estpar un capable abus qu'on voudrait opposer des consciences nationales"^' est pourquoi il a tellement détesté Clérnenc eau, parc e/m' il le crut lié avec tous les requins de la métallurgie et des finances pour prolonger la guerre. Bergeret aussi exprime la même idée par ces mots: "La paix et la guerre dépendent aujourd'hui moins des souverains absolus que de la haute banque internationale plus puissante que les puissances(Berg247) «Bergeret fait un assaut farouche à la guerre dans ce qui suit: "C'est un êtran^" ge moyen de soutenir l'honneur que de faire la guerre , c'està-dire commettre les crimes par lesquels un particulier se déshonore: incendie, rapines, viol, meurtres. "Ejî de l'armée Ber£* geret dit encore: "Les chefs d'Etat ne peuvent souhaiter le désarmement qui rendrait leur fonction difficile et mal sure et leur ferait perdre un admirable instrument de règne. " "C'est donc la force qui règne au lieu de la raison"dit-il "et je ne vois pas la fin de cet état honorable qui abêtit et appauvrit l'Europe.
France a raille toutes sortes de gouvernenents mais celui qui règne en ce moment en France reçut surtout ç$ ses invectives .11 se moque des conservateurs ,des socialistes , des royalistes comme des républicains , le droi^/et le gauche.
Bergeret lui non plus n'a aucune fol dans les ministres ni
dans la République parlementaire. "Nos mlnlstres"dit-il"sont
aux ordres des larrons et des traitre,6que la Finance achète"
et" ils sont aux ordres des banquiers cosmopolites" . Et encore
(Bçyg.189).
plus loin: "La république parlementaire a ébramlele gouverneur-
ment, compromis la magistrature, corrompu les moeurs publiques
(Ann.65).
Bergeret a b^in vu quand il dit: "Nous n'avons point d'Etat, nous avons <4es administrât! ns des Bureaux" .France donne une belle illustration de cette opinion de Bergeret quand dans "Anneau" il fait dire par le chef de bureau à Mme. Worms-Clave velin:"lL est ministre, il ne peut pas savoir (la question de la nomination de G-uitrel à 1 ' ^vêché) ; on le trompe. Pourquoi ne vous adressez-vous pas à moi. " ( 337) . ET dans "Bergeref'noua avons encore cette phrase: "Le président de la République, quel qu'il soit, n'est oas maître de la machine" (157).
Estimant France très honnête avec lui-même, est- 11 étonnant alors de le voir tourner socialiste. Il a radiographié le squelette, a diagnostiqué la fonction des organes de la vieille machine humaine en France, et a constaté des maladies de la chair et même des maladies des os, qui déterminent la mort lente peut-^&e mais sûee de cet ordre politique, et social. On lui a fait entrevoir un système nouveau, où les maladies , où les infections à.u vieux sont absentes. Il n'y a non plus aucun héritage :pas de religion dogmatique, pas de capitalisme,pas de guerre donc pas de hainefpas d' injustice, pas de brutalités.Au contraire on y trouve l'égale distribution des biens, la libert^lde conscience à tous. France rêve ainsi fonder la Sociêtéiïnonyme du Bonheur.Bergeret pas moins que France est de l'avant-garde et il dit: "La charité humaine c*est le concours de tous dans la production et le partage des fruits(Berg242)".Oui ce serait beau d'établir la soci-e-
te nouvelle , où/;hacun recevrait le prix de son travail, "Un Jour viendra"dit Berp;eret"où la patrie s1 élevant en beau te morale deviendra un ouvrier parmi les ouvriers affranchi- "Les biens les plus précieux sont communs à tous les hommes et le furent touJours"(Berg.250)
& & Se Se Se Sù ScSc&ScSc & Se Sù Se Se