‹ Anatole France, l'autobiographeChapitre 4 sur 8 · La Vie en Fleurs. (Vie · texte numérisé non relu

La Vie en Fleurs. (Vie

^ans c^s quatre volumes France se plaît à se remémorer son enfance et sa J eunesse.Pèerre Nozière est le petit héros des quatre livres et France dit lui-même à la fin de "Vie": "Je transformai le petit Anatole en petit Pierre. (344)

Le petit Pierre d'pprès la tante Chausson est d'une turbulence importune et d'une paresse Xfàéfâ invincible.il est vrai que France ne fut pas compris dans l'âge mur, mais il le fut encore moins dans son enfance, excepte peut-être (de/ sa mere. France fu€ en effet turbulent" J1 étais"dit-il"f ier d'être garçon, je jouai aux soldats et pour nourri^mon cheval à bascule, Je ravageais les plantes de ma mère". On voit le jeune Pierre hanter la cuisine, importunant les servantes. Mais cet*te turbulence .pour une personne avisée ^ne peut pas être qualifiée importune i au contraire la turbulence de notre jeune Pierre trahissait de bonne heure urne âme infiniment curieuse de tout, "il veut tout savoir, tout sentir, tout voir, renfermer le monde en soi". Il est inutile alors de démontrer l'absurdité de la seconde parti* de l'opinion de la tante Chausson: le petltPÏerre est d'une paresse invincible. Il n'aimait pas remplir les devoirs réguliers du petit enfant, mais sa curiosité invincible et illimitée le poussait à une activité mentale extraordinaire. Qui pourra jamais conter les voyages magif iques^ue le petit Anatole a entrepris , assis devant sa vieille Bible en Estampes(Noz. 4) où il ne se lassait

ni du Paradis, ni du Déluge* Et plus tard nous voyons le jeune Pierre courbé sur Homère et Vlrgile;quelles délices n'a-t-il pas connues qui échappent a tout homme ordinaire. "Je vivais dit Pierre, avec mes livres, mon pot de colle, mes boîtes de couleur et tout mon attirail de petit garçon intelligent et chétiï,déjà sédentairerAmi 47). "Je sentais avec beaucoup de force ce qu'il y a d'aimable et de noble dans ce qu'on appelle les belles-lettres, JÔétais à ma manière un fron petit humaniste"(Ami 152). France n'a Jamais profité de l'enseignement en classe. Il fut trop lent d'après les professeurs, et 11 fut toujours classé dans le dernier quart sur les palmarès. Ici encore, parce que son intelligence fut différente de celle des autres, a été méconnu. "A huit ans mon savoir était petit, c' était ma mère qui me l'avait donné" dit France dans (Pierre 269). Plus loin il dife/l encore"et puis ce que j'ai apprisse l'ai appris seul" ( Vie87) «Le petit Pierre fut une des nombreuses victimes de notre système d' enseignement. La plupart des "négligés" ne se développent guère 1' esprit. ffrance grâce à son travail assidu et*son activité inlnterrompu|a évité ce roc dur de la médiocité et de l'oubli et est arrivé sur ses propres ailes au port de l'érudition et de l'honneur.

La plupart des biographes de France se sont délectés à peindre sous mille formes différentes et dans toutes les cou leurs possibles l'indolence da Ma ^tre.Roujon, parlant de Mme de Caillavet dit: "Son amie lui mettait presque de force la plume entre les doigts". Hovelaque dit: "Elle( Madame )1' a révéir lé à lui-même, elle a fait de ce paresseux un laborieux"Â mon avis on a exagéré le rôle que Mme. a joué dans la carrière artistique de France, 1 ' importance qu'elle a eue sur sa production littéraire. A en croire Quelques auteurs Madame fut tout» méritait toute la gloire dans le succès de Franc e.L* auteur

travaillait beaucoup, ass imj/il a l'antiquité grecque et i' antiquité romaine, fou il la le moyen-âge catholique, 11 étudia à fond la période de la Révolution Française. Tôt ou tard cette âme riche aurait du s1 énancher, cette nature enrichie et glorieuse aurait $5/ été forcée d'enfanter Bergeret et Colgnard Madame a stimulé cet enfantement; elle fut d'après î.lme. Pouquet "une merveilleuse stimulatrice de son génie" ( l) • "Elle avait, dit encore lime Pouquet, chaque jour^ mille inventions gracieuses pour lui renouveler et rafraîchir la louange" • "Elle apportait sans relâche des matériaux neufs à son érudition, de nouveaux thèmes à sa méditation, Nous entendons l'auteur dans "Vie" dire: "N' est-ce pas une lâche paresse qu'on attend 1' inspiration!! 302) . Il est ici assez sévère pour lui-même. Nous lue savons gré pour' cette paresse, cet état d'âme où il passait et repassait toute la matière acq*lse,afin de nous présenter ses

plus beaux livres. Maintenant revenons au petit t 't 'Anatol4 -

Il a dit à Brousson; " Il n'y avait pas d'enfant plus applique que moioMon espfcit fut toujours au travail. A force de richesse je paraissais indigent. " (2) .C1 est surtout à son père trè>4 actif qu'il a paru endormi. Ses professeurs au collège lui reprochaient d'être étourdi, distrait, de vivre dans un rêve. Pierre aime à répéter qu'il a appris fort peu de choses école. "De toutes les écoles que j'ai fréquentées, c' est l'école buissonnière qui m'a paru la meilleure, ce dont j'ai le mieux prof itS"(Pierre48).Ce passage révèle un trait dans le caractère du petit France, un caractère qui ne devait jamais beaucoup changer: 1' aversion de toute autorité, quelle qu'en soit la forme. Le petit Pierre" garde une reconnaissance qui ne finira qu'avec la vie pour ses parents de l'avoir pas falt^ pensionnaire à Stanislas. (Pierre 294). "Si J'avais été interné-*^

tl)Le Salon de Mme. A. de Caillavet par Mme. Pouquet. (2)En Pantoufles par J.J. Brousson.

dans un lycée le souvenir de mes études me serait ctruel et Je le chasserais. Hélas mes parents ne me mirent pas à ce bagne(Aml 156). "Les devoirs monotones du pensionnat m'auraient révoltécar en Plaisir comme en travaux la règle m1 importunait( Pierre ^olKVoila^ quelques phrases du petit Pierre qui témoignent pleinement de Inversion de l'autorité. Cecè nous ra pelle France homme, qui Avenue Hoche, où il fut le centre du salon de Madame, détestait les règles dures de l'étiquette durant les dîners. Ce fut une règle chez cette hôtesse que toute causerie particulière fut interdite» France lu \y aimant la fantaisie^ fut souvent rappelé à l'ordre par une sonnette de Madame. Ca lui pesait et il fut heureux de s' évader. Comme l'Abbe Coignard et France lui-même le petit Pierre n'avait aucun sens de la vénération": La nature la lui avait refusée" dit Roujon.Le petit Pierre ne fait que railler ses anciens prof isseurs. "Mr. Crottu,cet homme filait 1' lniquit^comme l'araignée sa toile(Vie 37) et ainsi il continue sur tous les prof esseurs. France aussi les respetait peu.Parlant à un dé ses amis un jour il dit: Quand le^ vieux jets-de-loup a bésicles nous faisaient traduire au collège quelque Jragédie^recque. . . . et Monsieur G-oulard imb»cile ne comprenait rien à ce qu'il lit" ( Corday) . On comprendra facilement alors la Joie de 1' élève, étudiant tout seul" Je lisais Virgile, Je l'avais aimé dès le collège mais depuis que les professeurs ne mè l'expliquent plus, J* en avais une meilleure intelligence et rien ne m'en gâtait la beauté" (Vie 257). C#e^ C'est l'élève qui travaille beaucoup parce que j^ela l'amusaji'. Son intelligence est différente des autres, elle est plus spéculative quoiqu'il n'ait jamais pu s'intéresser à la métaphysique^! erre 6). Son intelligence s'attacha à des objets

Plus divers et plus variés,elle setalit aus.sè moins sure

et moins ramasséeC Pierre 270). A cet âge Pierre Nozlère fut déjà tour::iente"par cette grande curiosité qui devait faire 1*— trouble et la Joie de 3a vie" ( Noz. I2)#"Mon père que j'interrogeais à toute minute sur 1' origine, les causes et les fins des choses tant visibles qu'invisibles" voilà déjà cet espritscrutateur qui s'annonce clairement. La curijite d'esprit en France en effet fut inlassable'^' est ce rayon mystérieux donf^ J'ai déjà parlé à propos de Mr.Bergeret , qui lui montre sans cesse le saelette des choses autour de lui. Il avait la faculté innée de saisir d'un même regard les qualités et les défauts de l'âme, d'un être quelconque.Sa pensée faisait instantanément le tour de tout en les enveloppant comme d'un lasso. Cette clairvoyance aussi en France empoissonnait toute Joie et mêlait un gout de cendres à ses plaisirs.

Il lui manque cet esprit théologique què consiste comme on sait à traiter avec une minutieuse exactitude de l'inconnaissable. "L'âme allemande avec un gout de la rêverie métaphysique, sa transcendance, son vague était le contraire même du génie de France"(l).L' esprit de système lui fait défaut ou 1%yt^ art des ordonnances/^^/ systématiques.

Un autre trait qui s/é1 /éveille déjà dans le petit Pierre c' est la tendance de se lancer aux extrêmes des choses. "Je me tenais toujours a quelque extrémité, ou plus intelligent ou plus bête que les autres et dans les deux cas également insupportable^'^ Vie 296)»dit Pierre. Cerf dit de France: "He passes from one pôle to the other,never taking up the mean positionjwith him violent action unvariably provoked violent reaction". ( 2) ,L' exemple que donne France de l'élève Mouron est"~ très typique à ce point de vue.Pierre déteste Mouron à l' lnf ni et en quelques moments il devient l'ami respecté, aimé sj/ou — trance. "Cette tendresse à l'exagération qui a souvent gâté mes meilleures lniften ti Ons#

"Pierre passe "brusquement et sans causes de la joie a la tristesse" dit sa mère, (Vie 151). D'humeur très Inégale et fantasque,il vivait abandonnée de ses condisciples; cependant il re cherchait lui-même la solitude. Comme le vieux Bergeret le petit Pierre aime être seul, loin des convenances de la société "J'avais hate"dit Pierre" de regagner ma solitude peuplée de figures de rêve efc de courir dans la campagne"$Vie 153) .Le récit de l'école buissonnlère où le petit Pierre"vit" rend très nette cette aine du petit solitaire. Evitant donc le commerce des gardons il n' est pas étonnant alors de trouver no4tre^etit héros gauche et timède et rêveur.

C'est Pierre qui au magasin ne savait pas encore qui donne 1 ' argent f celui qui achète ou celui qui vend(Pierre 9). France non plus ne devait jamais connaître le prix de l'argent. " "A dix-sept ans ma timidité était telle que Je ne pouvais

ni s-luer ni m' asseoir en compagnie sans que la sueur ne me mouillât le front" (Amil68). Surtout les femmes 1' emtoarassaienéT "La présence des femmes me jetait dans une sorte d' effarement,; je manquais de hardiesse, cela me nuisait auprès des femmes(Vie 238). Et ayons compassion du jeune Pierre devant Marie Bogra^ion dans "(^/'ie31l) . "J! avais perdu en un moment 1' usage de mes sens, toutes mes *f acuités, la possession de moimême, la raison.Ce n'était pas de la timldit^que j'éprouvais c'était de l'effroi, de 1' épouvante, une horreur sacrée". Il ne peut plus la quitter de sa mémoire;partout il la voit; elle le hante à tout moment; il rêve; il la mystifie; il est heureux que"l' indulgente nature m'avait accordé le plus cher de ses dons: le don des rêves( Amil86) .

La betiatê d'une femme laisse une impression profonde sur le petit Pierre. Il n'a jamais pu oublier la marraine Llérelle

"Ses prunelles me semblaient un je étonnante merveille(P.274 | Tout ce que j'apprenais d'elle c'étai^T ses yeux, ses lèvres ses cheveux blonds, son parfum. Presque tout le temps que Je passais près d'elle J'étais à peu près idiot et plonge dans un abêtissement délicieux" "Un regard d'elle me plongeait aussitôt dans une bienheureuse ataraxie.Ce regard sans haine 4t>esans amour suffisait à m' anéantir". Suivons le petit Pierre au Théâtre"Quand l'actrice parut un trouble extraordinaire s empara de moi; Je me sentis brûlant et glace et fjrt près de défaillir. . .Je l' aimai" (Viel29 ). C est bien le Jeune France^ qui a beaucoup de peine à se tenir sur"terra firma".Il est & toujours prêt à s' envoler ,ou il vit déjà dans la lune. France n'a Jamais pu vivre heureux dans ce monde; il a même dit qu1 i^n'a pas été heureux pendant une minute. "Tous mes désirs étaient de beauté et cet amour de la beauté est une source Jaillissante de plaisir et de Joies" (Vie24-1 ). Il a donc du se créer un monde à lui. Il aimait éperdument celles qui étaient belles mais trouvant constamment les défauts d -s femmes terrestres,son rêve a du en créer d'infiniment belles. L'antiquitéji.ui en fourni^e£ aussi la peinture de son temps. Devant un tableau d'Ingres nous l'entendons exclamer: "J1 aime cette peinture la plus sensuelle et la plus voluptueuse de toutes avec une gravité magnifique. Ingres seul nous rendit dans son dessin le sensualisme païen" .N' est-ce pas Deschartes qui parle dans "Le Lys Rouge" ou Tournebroche dans "La Rotisserie"?Voi— là le sensualiste. Dans le petit Pierre devenu vieux nou^

entendons ceci: "J'ai toujours cru que la seule chose raison»nable est de chercher le plaisir" (Vie 239) .C'est le même France qui dit à Brousson encore Jeune homme: "On fait l'amou\ tout le reste est roman; faites l'amour maintenant; faites-le la nuit et le Jour, en hiver, en été. C'est pour cela que vous

êtes au monde" ."L'homme se trouve entièrement à la discrétion de la volupté" ( 1), Cependant dans la vie de France comme dans celle du petit Pierre les femmes ne restent que comme des ombres. Le rêve lui procure plus de délices qu'une femme en réalité.

Un trait de caractère qui le renfl très sympathique c'est la charifee. C est Bergeret qu t:"Le bras a "'longe d'un misérable est une barrière que Je ne saurais franchir» C 1 est un faiblesse que Je n'ai Jamais pu vaincre". N' est-ce pas le petit Pierre qui Jette la belle grappe de raisins à ce pauvre Alphonse? ( Ami43 ) .Nf est-ce pas le petit Nozière qui propose à Fontanet déformer une association charitable? (VIe3) . N'est-ce pas notre petit hères enfih qui vide son armoire

pour apporter ses niupes à la pauvre veuve Bargouiller?

i % (Vie 21)

France fut toujours très reconnaissant àVsa mère de lui a-

volr révélé à l'âge le plus tendre l'innocence des misérables.Parlant d'un polisson elle lui a dit un Jour: "Ce -N8 est pas sa faute c'est son malheur", Et le petit Pierre dit:"c' était à mol à garder cette innocence présente dans la suite de ma vie" ( Ami4l) . Et en effet on a tour Jours trouvé France prêt à aider les délaissés. Ne nommons que son grand zèle pour l'amélioration du sort des ouvriers. On voit ce grand artiste se mêler au brouhaha vulgaire des travailleurs. Quel sacrifice sublime! France reste fidèle à ses sentiments. La révélation qu' il a eue petit au collège aux cérémonies des prix où tout fut témoin de l'iniquité sociale et de l'inégalitéjdes classes a développé en lui en pitié et en charité. Entendons encore le petit Pierre: "On ne ddmne pas assez; il faudrait que chacun donnât son superflu aux pauvres" (Vie 3).

(l)En Pantoufles par Brousson.

Dana le petit nous trouvons déjà de minimes semence^de sce^— -

tici-me. "A trois ans j'avais une disposition à ne pas croire

tout ce qu'on me disait" (Pierre 47),dit Pierre Nozlèee etj?^

plus loin: "J' avais perdu ma confiance première dans la natur-e^

^ 0 (Noz.23)

C'est bien le France qui devAit grandir et écrire: "Je serais

tenté de tracer de très grands points d' interrogation au boué"^

d tout ce que J'écris, de tout^ ce que Je dis et de tout ce

que Je pense" (Pierre 37)fet qui devait dire à un ami : " Je

suis accablé du spectacle de la betise humaine" (l).

Quoique de temps en temps nous sommés frappés par quelques moqueries t le/*ailleur acerbe dort encore dans le petit Pierre "J'étais moqueur et elle( Justine)me fournissait de faciles occasions de moquerie"Qit-il,mals c'est encore tout d' innocenc

Si La France est élogiée par Bergeret et par Coignard, £,' est surtout Paris et ses quais qui reçoivent l'amour de notre petit homme. "il ne me paraissait pas possible"dfitPi erre" si l'on fut élevé sur les quais de Paris, en face du Louvreet des Tuileries , près du palais Mazarin,drvant la glorieuse rivière de la Seine" (Ami 123). Et" Je respirais avec dé-

lices le Jour qui baigne cette région d'éêgance et de gloire

(Noz 6).

C'est là que vit' le Jeune France puisqu'il y a des arbres avec des livres et. que les fermes y passent; c' est là le plus beau lieu du monde. "C'est là que Je sens pour mon pays le plus tendre et le plus ingénieux amour". C'est là^que France sent clairement que la mission de Paris est d'enseigner le monde. Voilà le patriote: il aime sa patrie pour elle-même et non pas contre les autres; il veut la rendre utile aux pays arriérés ou barbares. C' est en effet sur ces quais qu'il a passé les plus beaux Jours de sa vie auprès de son père et de sa mère et dans les magasins d'objets d'art et de livres. Le petit Pierre ne parle pas beaucoup de son père. Celui ne

semble ne pas avoir compris le génie du petit garçon. Il continuait à le marquer unjDon-à-ri en. Cependant France aimait ou plutôt respectait son nère énoymément"C 1 est de lui que J'ai hérite le don des livres j^C le don du rêve et le don de se plaire dans le vague et l'indéterminé."

De sa mère douce et angélique il ne cesse de parle». "Ma mère me comprenait davantage. Je me sentais beaucoup plus pre-4 d'elle à cause de son bon sens f oncier" . "C ' est elle que je cherchais dans toutes les femmes que J'approchais sentimentalement : j ' y cherchais le bon, le simple, le vrai" .Brousson dit de France:" Il avait la plus aimante des mères" .Le père dit un jour à sa femme: "Tu voudrais tout lui donner juïiqu' à la pruneile de tes yeux. "Elle l'aimait • Est-il étonnant alors d'entendre le vieux France dire: "ça me fait trembler mon coeur au souvenir de l'amour infini de ma mère", Et la mère Nozière n' est-elle pas la même/ âme forte et grave et maternelle. Pierre dit: "Ma mère avait la divine patience et la simplicté joyeuse des âmes dont la seule affaire en ce monde est d' aimer" ( Ami 30) .La mère de France excellait a** conter. dit encore 3rousson"Sa simplicité même donnait du relief à tout". "En passant par ses lèvres les choses les plus vulgaires devenaient radieuses et amusantes" ( 1 ). N1 est ce pas la mère de Nozière. "Maman parlait à ravir" (Amil37) • "Elle était fabuliste ingénu. Elle me faisait des contes pour m' amuser. ( Noz44) . "Elle avait une imagination qui animait tou^ Elle avait le don de faire parler la poêle et la marmite'.' ..aman gardait la maison aveg la vigilance d'une reine d'abei^-" le ^Noz. 28 ) .Quel bel esprit et quelle belle femme. France ne l'a jamais oubliée; en effet c'est elle seule, avec l'exception peut-être de sa fille, qu' il a réellement aimée.

(il én Pa NTowpcey

C'est dans les boutiques du quais que -£lL^oA--s' est épanouie l'âme sensible .même sentimentale du Maître. Il fait de nombreux allusions a cette vie heureuse. Tout petit nous

flânions , nous bouquinions, nous examinions tous les images"

(Vie 125).

"Ce qui me ravissaient c'étaient les boutiques pleines d'

objets merveilleux" (Pierre 97). "Je me rappellerai avec Joie

les longues heures que j'ai passé devant leurs boîtes"

(Noz.91).

"Mon esprit ne s'intéressait plus qu'aux échoppes d'Estampes

aux étalages de bric-à-brac et aux boîtes de bouquins" (Ami

Pierre n'a pas change dans sa vie. Apres plus de soixante ans

il dira: "Tout compte fait je ne sais pas de plaisir plus paisible que de bouquiner sur les quais, On fait dans ces humbles étalages des évocations magiques'.'N' est-ce pas le petit Pierr*-pour qui le monde est un vaste musée. La Villa-Sa^d fut un réel musée en miniature. Gsell/é' a écr Dès que l'on entrait on reconnaissait le gout d'un des plus savants et des plus subtils collectionneurs. " (l)Cet enfant prodige s'est éduqué

sur ces vi'sux quais illustres et n'oublions pas: "J1 allais presque tous les jours au Louvre. "(lie 199). C'est là que 1' enfant s'enfuit et où s'enfuira plus tard l'homme mur. Le Passi, dit-il, c' est notre seule promenade et le seul lieu où nous puissions échapper à nos ennemis quotidiens, à nos misères,à nous-mêmes" (Vie 167). C'est au Louvre, dans la salle des Antiques" devant ces restes d'un art sans égal, auprès duquel tout est misère et difformité, je suis saisi d'enthousiasme e^ d'espoir (Vie 285). Surtout pour l'art grec France avait une admiration éperdue. Aussi en littératuee ce ne fut qu'en abordant la Grèce qu'il vit la beauté dans sa "simplicité magnifique". Alors" Je compris, Je sentis, il me fut impossible pendant, six mois de sortir de l'Odysée(Vie 163).

(l)Propos deFrance.

Page 1