Richet. Anat. médico-chirurgicale, page
est incliné en avant et quand on examine la cavité pelvienne c’est à peine si on la voit former au-dessus du plancher périnéal une légère saillie recouverte par le péritoine. Dans cet état elle présente au toucher les caractères d'un corps solide et globuleux. » Cruveilhier et Henle sont beaucoup plus affirmatifs. « La vessie vide est presque sphérique et son diamètre est de 3 centimètres. »
D'après Gegenbaur, Charpy et Testut, la vessie a tantôt l'aspect d’une lame aplatie, tantôt la forme d'une sphère.
Sur tous les cadavres que j'ai examinés à ce point de vue, soit à l'Ecole Pratique, soit au Cours des autopsies (30 cas), j'ai constaté que la vessie vide ne fait aucun relief sur le plancher pelvien. C’est bien une lame triangulaire dont le sommet tourné en haut est appliqué immédiatement derrière la symphyse et se continue avec l’ouraque. Des deux faces du triangle, l’une regarde en avant et en bas, l’autre en arrière et en haut. La face antérieure adossée à la paroi antérieure du bassin se moule sur elle : c’està-dire qu’elle décrit dans son ensemble une courbe à concavité postérieure, ce qui donne à la face postérieure immédiatement appliquée sur la face antérieure, l'aspect d'une cupule. Latéralement les deux faces s'unissent suivant deux bords rectilignes ou légèrement convexes sur les sujets très musclés. Ces deux bords se continuent avec le bord postérieur ou base pour former deux angles, angles inférieurs du triangle dont les sommets se continuent avec les
uretères en se portant notablement en dehors et en atrière. C’est là une disposition qui mérite d’être signalée et présente une certaine importance au point de vue des rapports de la base de la vessie. Quant au bord inférieur, il décrit une courbe à concavité postérieure qui embrasse la partie antérieure du rectum chez l’homme, de l'utérus et du vagin chez la femme (x).
Tel est l'aspect habituel de la vessie sur le cadavre
(1). Je citerai ici par anticipation, un cas clinique intéressant, qui fera comprendre quelle est l'importance de la détermination exacte dela forme de la vessie vide.Il s’agit d'une femme du service de M. le professeur Guyon, actuellement en traitement à Necker. Cette femme sur laquelle M. le professeur Guyon a bien voulu attirer mon attention, est atteinte de phénomènes de cystite depuis trois ans et ne garde pas une goutte d'urine, Or on sent chez cette femme par le toucher vaginal deux masses allongées ovoides à grosse extrémité dirigée en dehors, agrand axe oblique en arrière, en haut et en dehors, longeant les parois latérales du pelvis., Ces masses sont fermes. Leur situation et leurs dimensions rappellent les vésicules séminales. La sensation anormale paraît due à de la péricystite développée autour des parties latérales du bord inférieur de la vessie. Nous verrons plus loin par l'étude du péritoine qu'il ne peut être question ici de péritonite localisée. Voici cette observation :
O8s. 1. — Friq. A.., 20 ans, entre le 31 janvier 189$, n° 22, salle Laugier. Le père et la mère de la malade sont bien portants. Deux sœurs bien portantes. Pas d’enfant ni de fausse couche. Il y a trois ans à la suite d’un violent effort (?) la miction devient extrêmement fréquente, sans douleur. L’urine est trouble dès ce moment. Du sang se montre; mais l’hématurie n’a pas le caractère nettement terminal. Avant cet effort, la malade n’a jamais eu ni fréquence ni douleur. Son état général ne présente rien qui puisse expliquer sa maladie actuelle. Pendant deux ans les phénomènes vésicaux, fréquence, purulence, hématurie ont persisté, Jamais de douleur. Depuis un an,
DELBET : F
Jene l'ai jamais vue autre. Cependant quand des hommes de la compétence de Cruveilhier, Gegenbhaür, Henle, Charpy, Testut, disent l'avoir rencontrée sphérique, il n’est pas permis de passer outre sans tenir compte de leur opinion. Cet état, ainsi que le reconnaissent d’ailleurs la plupart des auteurs précédents, ne s’observe que sur des vessies accidentellement contractées; et quand on le rencontre sur le cadavre c’est que probablement la rigidité cadavériquea surpris le muscle pendant une contraction. «
Mais a quel type appartient la vessie vide sur le vivant ? Est-elle aplatie comme sur le cadavre lorsque la paroi n’a plus son élasticité? Garde-t-elle grâce à son pouvoir contractile, la forme sphérique.
À priori, on peut admettre que la vessie n'est pas sphérique, puisque cette forme trahit une contraction vésicale, et que si cette contraction existait sur
la malade perd ses urines continuellement et sans s’en apercevoir. Jamais de douleurs vésicales, bon état général.
Examen. — Quand on cathétérise la malade, on arrive immédiatement sur la paroi postérieure. Le contact de la sonde provoque du saignement. La vessie ne contient pas de liquide et si on essaye d'injecter une solution quelconque, celle-ci ressort immédiatement entre les parois de l’urèthre etla sonde. Au toucher: La pression digitale simple ne provoque aucune douleur, et le palper combiné ne révèle qu’une sensibilité obtuse. Le doigt sent latéralement deux masses indurées, allongées qui partent en arrière de la symphyse, et se prolongent en dehors et en arrière en s’épaississant, dans une étendue de 4 à $ centimètres:Ces masses suivent la paroi pelvienne. Au centre, immédiatement derrière la symphyse toute la région est souple,
AU
l’homme normal, elle se traduirait immédiatement par une envie d’uriner. Or nous savons que pendant la vacuité de la vessie nous n'éprouvons nullement la sensation de besoin. De plus au cours des opérations abdominales on peut observer que la vessiene fait aucun relief sur le plancher pelvien. On pourrait objecter que dans ces casle chloroforme en amenant la résolution musculaire modifie la forme de la vessie, si on ne savait que les muscles de la vie végétative et en particulier le muscle vésical cèdent très tardivement à l'action des anesthésiques. L’examen indirect sur le vivant permet de lever les derniers doutes. Dans l’article que nous avons déjà souvent cité au cours de ce chapitre, M.le D' Guyon s'exprime ainsi; « Dans la vessie la plus rétractée, « la plus revenue sur elle-même, l'instrument explo- « rateur ou broyeuratoujours une très réelle liberté « dans le sens du diamètre transverse. On peut l’in- « cliner, le coucher à droite ou à gauche alors qu’il « est difficile de le pousser profondément, de le « retourner. Dans les cas de traversée prostatique « longue c’est même à l'impossibilité d'exécuter des « manœuvres latérales les plus restreintes, qu’on « reconnaît que l’on n’est pa; dans la vessie. Quel « que soit l’état de la vessie, l'instrument peut «toujours se mouvoir au moins dans le sens « transversal >. Les expériences d'Henriet sur l'orientation des corps étrangers dans la vessie viennent confirmer ces faits, et nous apprennent que detous les diamètres de la vessie vide, le diamètre
horizontal est le plus considérable et le plus constant.
Ainsiëla vessie vide présente sur l’homme vivant comme sur le cadavre l'aspect d’une lame triangulaire aplatie d'avant en arrière. Sur une coupe médiane verticale et sagittale, la cavité de l’organe est alors représentée par une mince ligne. Chez l'enfant cette ligne est presque droite, oblique en bas et en arrière, et son extrémité inférieure tombe sur l’otifice de l’urèthre. Un dessin de M. Pierre Delbet (1) rend bien compte de cette disposition (Voir aussi fi9. r). Nous ferons remarquer immédiatement à ce propos combien les dimensions antéropostérieures du bassin sont faibles à cet âge. Plus tard ces dimensions augmentant, il se forme en arrière du point d'implantation de l’urèthre une sorte de recessus. On peut alors distinguer à la vessie une paroi postéro-supérieure, une paroi antéro-inférieure et une base, celle-ci située derrière l’orifice uréthral. Dans l’état de vacuité, chez l'adulte, la paroi postéro supérieure et la base sont séparées par un bord mousse saillant situé d’après Sappey (2) à trois centimètres en arrière de l’orifice de l’urèthre. La base est alors très peu étendue d’avant en arrière.
De cette disposition il résulte que la vessie présente sur une coupe frontale, comme l'ont dit Berry Hart, Schultze, Charpy, la forme d’un Y
1. Pierre Delbet. Recherches anatomiques sur la vessie. A nnales des malad'es des organes génito-urinaires, 1892. T. 10, page 169, fig. 2.