PREMIÈRE CATÉGORIE
Muscles rattachant les deux ceintures au tronc. — Les muscles qui rattachent les ceintures au tronc diffèrent très-notablement dans les deux ceintures. Cela s’explique naturellement par les différences très-importantes que présentent les deux ceintures dans leur mode d’attache au tronc. Tandis que l’épaule est simplement suspendue, et par conséquent mobile, la ceinture pelvienne est solidement fixée. Il en résulte que les muscles suspenseurs et moteurs doivent avoir à l’épaule un développement
notable, tandis qu’au bassin ces muscles doivent faire défaut d’une maniérée omplète ou presque complète. Ils subissent le sort des muscles inutiles, qui se transforment en ligaments fibreux, en aponévroses, et qui vont jusqu’à disparaître entièrement sans laisser de trace lorsqu’ils n’ont pas même à jouer le rôle de moyens fixateurs.
Les muscles qui rattachent au tronc la ceinture sont, chez l’Homme :
Le trapèze ;
Le rhomboïde ;
L’angulaire de l’omoplate ;
Le grand dentelé ;
L’omo-hyoïdien ;
Le petit pectoral.
Les muscles qui rattachent au tronc la ceinture pelvienne sont :
Le grand oblique de l’abdomen ;
Le petit oblique ;
Le tra ns verse ;
Le carré des lombes ;
L’ischio-coccygien ;
Le droit antérieur et le pyramidal.
Cherchons les homologies rationnelles et non simplement apparentes qui peuvent exister entre ces divers muscles.
Grand oblique, petit oblique, transverse de l’abdomen. — Quels sont les muscles qui dans la ceinture thoracique correspondent aux trois muscles abdominaux : grand oblique, petit oblique et transverse ?
11 est à peine nécessaire de démontrer que le grand oblique est représenté dans le thorax parles muscles intercostaux externes, le petit oblique par les intercostaux internes, et le transverse par le triangulaire du sternum. Les rapports des muscles avec les côtes, leur mode d’insertion, les directions des fibres, sont identiques dans les deux cas, et les homologies ne sont pas douteuses. Mais alors il est digne de remarque que, tandis qu’au bassin ces muscles contractent des rapports considérables avec les os iliaques, à l’épaule leurs homologues sont entièrement étrangers aux os de la ceinture corres-
pondante. Il convient d’expliquer ces différences considérables de relations.
Au thorax, les parois osseuses de la cavité viscérale se continuent en avant jusqu’à la ligne médiane, et se complètent de manière à former une cage résistante et solide dans tout son pourtour. La ceinture thoracique est située loutà fait en dehors de cette cage solide, et n’entre pour rien dans la conslitulion des parois proprement dites de la cavité viscérale.
Dans la région abdominale, au contraire, la portion solide et osseuse de la cavité viscérale est limitée à une bande postérieure médiane, formée par la colonne lombaire et par le sacrum. Les portions latérales et antérieuredes parois de la cavité sont composées de parties molles musculaires et fibreuses qui forment inférieurement une sorled’infundibulum aponévrotique pourvu de quelques orifices (canal inguinal, canal sous-pubien ou obturateur, orifice pour le passage du rectum, orifice pour le passage de l’urèthre, orifices vasculaires, etc.). 11 en résulte donc que les parties molles des parois propres de la cavité viscérale, formées au niveau de l’abdomen par les muscles obliques et transverses et leurs aponévroses, sont continuées dans la cavité pelvienne par une simple couche aponévrotique qui est connue sous les noms de fascia iliaca et d’aponévrose supérieure du périnée. A ce niveau, la. ceinture correspondante vient, comme à la région thoracique, mais d’une manière bien plus complète, embrasser non-seulement la portion solide des parois abdominales (sacrum), mais encore les parois molles ou aponévrotiques ^aponévrose périnéale ou pelvienne supérieure). Mais, tandis que dans la région thoracique les parois de la cavité viscérale, ayant une consistance propre suffisante, peuvent conserver leur autonomie et rester indépendantes de la ceinture scapulaire; à la région pelvienne, les parois molles et dépourvues de solidité doivent emprunter la consistance qui leur fait défaut aux parties osseuses de la ceinture pelvienne, sur lesquelles elles s’appuient. Elles deviennent solidaires des os de cette ceinture. De là résultent des adhérences sur toutes les crêtes, bords ou tubérosités qui font saillie (Crête iliaque, épines iliaques, crête pectinée, épine du pubis, détroit supérieur, etc.). C’est ainsi que s’établissent entre les os de la ceinture et les muscles et apouévroses des parois viscérales, des relations directes d’attache et d’insertion qui n’ont rien d’analogue dans la ceinture thoracique.
Nous trouvons ici une première démonstration de cette loi que j’ai indi-
quée comme régissant les relations des saillies osseuses et fibreuses avec les muscles qui s'appliquent sur elles sans conserver des mouvements de glissement. Des adhérences s’établissent, et les saillies osseuses deviennent secondairement les points d’attache de muscles auxquels primitivement ils ne devaient point fournir d’insertion.
On sait d’ailleurs qu’Owen' a considéré le pubis comme représentant une côte postérieure . Les insertions des muscles larges de l’abdomen sur cette tige osseuse sembleraient fournir une preuve importante en faveur de cette détermination, d’ailleurs inacceptable; mais les considérations qui précèdent me paraissent suffire pour expliquer à la fois la différence des rapports que les muscles des parois viscérales contractent avec les deux ceintures, et l’insertion de ces muscles sur la ceinture pelvienne.
Grand droit antérieur de l’abdomen et pyramidal. — Ce qui vient d’être dit des muscles larges est également applicable aux muscles droits antérieurs de l'abdomen et pyramidaux. Les muscles droits représentent à la région abdominale la série de muscles médians antérieurs longitudinaux qui, commençant en haut avec les muscles frontaux, pyramidaux, releveurs superficiels delà lèvre supérieure et du nez, peaucier, génio-hyo'idien, sterno-thyroïdien, et, interrompue chez l’Homme au niveau de la région sternale, recommence an niveau de la région abdominale, où elle forme le droit antérieur.
Au niveau de la face antérieure du sternum et des cartilages des vraies côtes, cette bande musculaire subit la loi des muscles dont l’action est inutile, et qui sont sans glissement sur les surfaces osseuses ou fibreuses. Ils sont remplacés par une aponévrose qui adhère aux surfaces osseuses ou fibreuses sous-jacentes. Plusieurs preuves peuvent être invoquées en faveur de celte sériation des muscles longitudinaux médians.
1° Les muscles sterno mastoïdien et. sterno-thyroïdien présentent assez souvent des intersections aponévrotiques comparables à celles du grand droit de l’abdomen.
2° La continuité de la série interrompue au niveau de la région sternale est quelquefois rétablie dans des cas anormaux qui offrent de l’intérêt à cet
* Owen; Recherches sur l' Archétype., trad. franc., 1875.
égard. Wood'a décrit chez l’Homme, sous le nom de supracostal , un muscle anormal formant une bande musculo-aponévrotique verticale qui, partant, soit du fascia cervical, soit de la première côte, recouvrait les trois ou quatre premières côtes, près des cartilages costaux. Wood cite plusieurs cas de ce genre qu’il a observés lui-même, et d’autres dus à Lacalister, au professeur Turner (d’Edimbourg), au Dr Roberts, à Bocbdaleketà Pye-Smith.
Mais il y a une autre forme de ce muscle anormal qui, partant du bord supérieur du manubrium sternal, forme une bande étendue sur les trois ou quaire premiers cartilages costaux et les portions voisines des côtes, et constitue là un véritable sterno-costal. Il se termine inférieurement par une aponévrose qui atteint l’aponévrose des muscles abdominaux. J’ai observé dernièrement un muscle semblable des deux côtés sur un Homme.
Boerhaave et Portai ont du reste trouvé le grand droit remontant, chez l’Homme, derrière le grand pectoral, jusqu’à la troisième côte et jusqu’à la deuxième.
5° L’anatomie comparée, dont ces anomalies sont des réminiscences, permet de saisir les rapports de continuité que je signale.
Ainsi, Turner considère le supracoslal de Wood comme l’homologue de la prolongation thoracique du grand droit des Mammifères, qui, chez le Chat, la Loutre , le Castor, le Porc-Épic et divers autres Mammifères, s’étend en haut jusqu’à la première côte, et y forme le rectus thoracicus de Turner.
L’intervalle qui, dans les anomalies citées plus haut, sépare le supracostal du grand droit, peut, d’après cet auteur, être considéré comme une des intersections aponévrotiques que l’on trouve invariablement dans le grand droit de l’Homme et d’un grand nombre de Mammifères.
Dans le Crocodile, le professeur Rolleston’ a décrit un faisceau musculaire qui part du deuxième cartilage costal et peut être considéré comme l’homologue du segment antérieur du droit de l’abdomen. H se termine par un tendon délicat qui se perd dans le sillon coracoïde sur le sternum, et à l’origine du grand pectoral.
1 J. Wood; On a Group of Varieties of the Muscles of the Hurnan Neck, Schoulder and Chest , etc. ( Philos . Transactions. Vol, 160, Part I. pag. 83, 1870.
2 Rolleston ; Mémoire The Homologies of certain Muscles connectecl with the Shoulder-joint.
Eu réalité, le muscle grand droit de l’abdomen est, comme les muscles larges, un muscle des parois viscérales qui adhère à l’épine du pubis et à la crête du pubis près de la symphyse, comme les muscles larges ont adhéré au pourtour du détroit supérieur du grand bassin.
Carré des lombes. — Quant au carié des lombes, c’est bien réellement un muscle inter-transversaire très-développé latéralement et qui a atteint la région costale. Ses congénères cà la région cervicale (inter-transversaires et scalènes) sont sans relations directes avec la ceinture thoracique. A la région pelvienne, le carré des lombes ne prend sur le bord supérieur de l’iléon que des insertions assez limitées, car il s’attache principalement sur une arcade ou ceinture aponévrotique qui semble la continuation du ligament iléo-lombnire. Les adhérences du carré des lombes sur la crête iliaque s’expliquent comme celles des muscles précédents, et je ne crois pas avoir besoin d’insister.
Trapèze. — Le trapèze de l’Homme forme un muscle unique qui résulte de la fusion de deux masses musculaires nettement distinctes chez les Mammifères non claviculés. L’une s’insère à la crête de l’épine de l’omoplate et de l’acromion ; l’autre est claviculaire. La portion scapulo-acromiale, la seule dont je m’occupe actuellement, a des insertions fixes sur le sommet des apophyses épineuses des vertèbres cervicales et de la plupart des dorsales, et sur les ligaments inter-épineux correspondants. 11 n’est pas représenté à la région pelvienne, ou ne l’est, dans tous les cas, que par les fibres superficielles de l’aponévrose, qui recouvre la masse commune des muscles des gouttières vertébrales à la face postérieure des régions lombaire et sacrée, et qui se confond avec l’aponévrose d’insertion du grand dorsal. Une aponévrose remplace donc le muscle trapèze, dont l’existence était rendue inutile par la fixité de l’iléon. Le muscle faisant défaut, l’épine du scapulum fait également défaut.
Rhomboïde. — Le rhomboïde, qui est placé immédiatement au-dessous du trapèze, et qui, partant du sommet des apophyses épineuses des dernières vertèbres cervicales et des quatre ou cinq premières dorsales, et des ligaments
inlerépineux correspondants se rend aux deux tiers inférieurs de Pépiscapulum, n’est également pas représenté comme muscle à la région pelvienne, il est, comme le trapèze, virtuellement compris dans l’aponévrose d’insertion des muscles grand dorsal et petit oblique, aponévrose qui s’étend du sommet des apophyses épineuses des vertèbres lombaires et sacrées aux deux tiers postérieurs de l’épiiléon. Au reste, les fibres superficielles de cette aponévrose complexe présentent des directions obliques de haut en bas et de dedans en dehors, qui rappellent la direction des fibres des deux muscles précédents.
Angulaire de l’omoplate. — L’angulaire de l’omoplate, étendu des tubercules postérieurs des apophyses transverses des trois, quatre, et quelquefois cinq premières vertèbres cervicales, à la portion supérieure de Pépiscapuluin, est un muscle plat rubané, subdivisé supérieurement en digitations, et qu’il est naturel de considérer comme un faisceau divergent et cervical du grand dentelé, c’est-à-dire de cet ensemble de faisceaux musculaires allant du bord spinal de l’omoplate ou épiscapulum aux appendices latéraux (apophyses transverses ou côtes) des vertèbres cervicales et thoraciques, et dont les digitations ont une importance et une direction qui varient avec le volume et l’étendue de ces appendices. La relation que j’établis ici entre l’angulaire de l’omoplate et le grand dentelé trouve une démonstration non sans valeur dans les cas anormaux assez nombreux où l’angulaire de l’omoplate naît des apophyses transverses de toutes les vertèbres cervicales, et même de la deuxième côte et de l’apophyse masto'ide. Il y a dans ces cas une continuité d’insertions remarquable qui comble l’intervalle compris ordinairement entre les deux muscles. J’exposerai du reste, à propos de Pornohyoïdien, le mécanisme par lequel s’est opérée la divergence de ces muscles cervicaux. 11 est logique de considérer l’angulaire comme ayant subi au bassin le sort du trapèze, du rhomboïde et du grand dentelé, auquel il appartient, et de penser que, devenu muscle inutile, il s’est réduit à l’état de ligaments fibreux. Les ligaments iléo-lombaires supérieurs et inférieurs qui vont des apophyses transverses des deux dernières lombaires à la moitié postérieure de l’épiiléon, sont des angulaires fibreux dont la force, la nature et la situation par rapport à l’épiiléon sont en harmonie avec les fondions
qu'ils ont à remplir, et avec la position de l’iléon par rapport à la colonne lombaire.
Omo-hyoïdien. — I '.omo -hyoïdien (étendu du bord supérieur du scapu lum, derrière l’échancrure coraco'idienne dans une étendue de 1 à 5 cenlim., au bord inférieur du corps de l’hyoïde en dehors du cléido-hyoïdien) est un muscle tenseur d’aponévrose dont la force, la disposition ou le nombre même varient assez souvent. 11 est quelquefois double, et M. Cruveilhier cite un cas où le muscle accessoire, plus considérable que le muscle normal, naissait près de l’angle supérieur et interne du scapulum. Ce muscle doit, à mon avis, être considéré comme un faisceau supérieur et divergent du grand dentelé ; il faut remarquer en effet que ce dernier muscle, qui est scapulo-costal, a une première digitation très-large qui, naissant de la première et de la deuxième côte, va s’insérer à la face interne de l’angle postérieur et supérieur de l’omoplate. Les anomalies que je viens de citer plus haut nous font toucher du doigt la continuité à ce niveau du grand dentelé et de l'omo-hyoïdien, et nous permettent de concevoir ce dernier muscle comme une digitation cervicale et divergente qui va s'insérer à cette côte cervicale, qui a reçu le nom d’os hyoïde. La direction ascendante et anguleuse du muscle nous est du reste facilement expliquée par le mode de développement de la région cervicale. Il est une période de la vie embryon naire où la région cervicale est réduite à des dimensions tellement faibles quelle existe plutôt virtuellement que réellement. Pour l’embryon humain, notamment, de trente-cinq et même de quarante jours et au-delà, le cou n’est qu’un simple étranglement indiquant la séparation entre la région céphalique et la région thoracique. A trois mois, le cou a acquis une longueur relative qui est environ la moitié de ce quelle sera chez l’adulte. Ceci nous permet de comprendre clairement : i° Que l’omo-hyoïdien a pu, dans les premières périodes embryonnaires, être une digitation supérieure du grand dentelé, digitation parallèle et contiguë aux digitations suivantes ; 2° Comment, à mesure que la région hyoïdienne s’est éloignée de la région thoracique, la digitation a acquis cette obliquité de parcours quelle a chez l’adulte. La direction brisée et anguleuse du muscle s’explique par cette circonstance, que le déplacement a été plus marqué pour la partie interne
nu hyoïdienne, qui, étant la plus rapprochée et la plus directement dépendante de l’hyoïde, a suivi la migration en haut de cet os, plus que ne l’a fait la partie externe ou scapulaire.
La digitation omo-hyoïdienne du grand dentelé n’a pu, à cause de l'importance relative des parties, acquérir un développement parallèle à celui des digitations omo-costales, et il en résulte, entre les insertions de la première et celles des secondes, un intervalle qui est parfois comblé à l’état normal, et qui se comble notamment dans les cas anormaux cités plus haut.
L’existence normale de ce faisceau divergent et cervical du grand dentelé trouve du reste son explication et son pendant, dirai-je, dans le développement anormal, chez l’Homme, d’un faisceau divergent et cervical du rhomboïde. Wood a décrit en effet, sous le nom d’occipito-scapulaire, un faisceau placé sous le trapèze, qui, partant du bord spinal de l’omoplate, au niveau de la partie supérieure du rhomboïde, avec lequel il est confondu à ce niveau, va s’attacher sur l’occipital en dedans du splénius et sous le trapèze. Wood cite cinq ou six cas semblables, dont l’un existait chez un sujet des deux côtés. On retrouve un muscle semblable chez quelques Carnivores qui sont pourvus d’un rhomboideus major , d’un rhomboideus minor , d’un occipitoscapularis et d’un levator ançjuli scapulœ inséré sur la crêle mastoïdienne de l’occipital ( Meles taxas ou Blaireau, Canis, etc.). On le trouve aussi chez la Taupe, chez le Surmulot ( Mus decumanus ), etc. Chez les Suidés, il y a aussi un faisceau du rhomboïde qui s’insère à la protubérance occipitale. Cet occipito -scapulaire anormal de l’Homme et normal chez quelques animaux, où il a été appelé rhomboideus capitis par Cuvier, rhomboideus anterior par Meckel, levator scapulœ minor vel posteriori Douglass et Burmeister, est pour le rhomboïde dorsal ce qu’est le muscle omo-hyoïdien pour le grand dentelé ventral. Ce sont des languettes cervicales et divergentes des deux muscles que l’élongation progressive du cou a détachées du bord supérieur des muscles thoraciques, auxquels elles appartenaient.
Le muscle omo-hyoïdien, qui manque à la région cervicale chez la plupart des Mammifères, où l’élongation démesurée du cou rendait son existence inutile et son action impossible, n’est pas représenté à la région pelvienne d’une manière distincte. Il n’y a pas d’ailleurs dans cette région de raison
pour le considérer comme divergent, et séparé du muscle principal, et la recherche de son homologue sera implicitement renfermée dans l’examen que je vais faire des parties qui pourraient, au bassin, représenter le grand dentelé thoracique.
Grand dentelé. — Le grand dentelé est, à l’épaule, un muscle très-étendu, et se compose de trois portions distinctes qui correspondent aux trois régions de l’épiscapulum. La première portion, ou portion supérieure, s’insère à la face interne de l’angle supérieur et postérieur de l’omoplate (PI. VI , fig. 12) et va a la première et à la deuxième côte. La seconde portion, ou portion moyenne, s’insère sur toute la longueur du bord spinal de l’omoplate et se rend aux trois côtes suivantes. La troisième portion, ou portion inférieure, la plus volumineuse, est formée par un gros faisceau qui s’insère sur la face interne de l’angle inférieur de l’omoplate (PL VI, fig. 12, surf, rvg .) et fournit six digitations aux six côtes suivantes. C’est donc essentiellement un muscle de la surface interne de l’épiscapulum, dont les trois insertions peuvent se reconnaître clairement sur la fig. 12 delà PL VL A ces insertions correspondent des inégalités en forme de crête qui constituent, notamment au niveau de l’angle inférieur et de l’insertion de la portion inférieure, une surface inégale, rugueuse, de forme triangulaire, surf. rug. De ces insertions scapulaires, le grand dentelé se porte en avant vers les côtes, sur lesquelles il s’applique, étant situé par conséquent entre la face interne du sous-scapulaire qui est extérieur par rapport à lui, et la face externe des parois thoraciques qu’il recouvre.
Un muscle qui, à la région pelvienne, serait l’homologue du grand dentelé, devrait s’insérer sur toute la longueur de la face interne de l’épiiléon, (PL VI, fig. 15) et aurait une première portion naissant de la face interne de l’épine iliaque antérieure et supérieure, une deuxième portion naissant de la face interne de toute la longueur de la crête iliaque, et enfin une troisième portion naissant de la face interne de l’angle postérieur de l’iléon (PL VI, fig. 15, surf. rug.). Nées de ces trois insertions, les fibres musculaires devraient former un plan qui, appliqué sur la face interne du muscle iliaque et de l’os iliaque en arrière, se dirigerait vers le détroit supérieur et la cavité du petit bassin. Mais les parois costales ne s’étendent qu’a une
faible distance de la colonne vertébrale pour former le sacrum. Sur le reste du pourtour de la cavité viscérale, les parois de la cavité ne sont représentées que par l’aponévrose pelvienne supérieure, qui recouvre le psoas iliaque et qui adhère au détroit supérieur pour tapisser la cavité viscérale du petit bassin. Cette partie aponévrotique de la cavité viscérale, dépourvue de toute partie osseuse et dénuée de toute mobilité, correspond précisément aux portions supérieure et moyenne du grand dentelé scapulaire. 11 n’est donc pas étonnant que ces portions fassent ici entièrement défaut. 11 n’y a ni os ni mouvements possibles, il n’y a conséquemment pas démuselés. Toutefois, vers la partie postérieure, quelques fibres ligamenteuses appartenant au ligament sacro-iliaque supérieur, et étendues de la base du sacrum à la portion voisine de l’épiiléon, peuvent être légitimement considérées comme représentant une partie de la portion moyenne du muscle.
Quant à la troisième partie du grand dentelé, elle se trouve dans de tout autres conditions. A ce niveau, l’angle postérieur de l’iléon embrasse les côtes sacrées, et il y a place pour des moyens d’union entre les deux os. Dans leur intervalle se trouvent situées, en effet, des fibres ligamenteuse serrées, puissantes, qui vont de la face interne de l’angle postérieur de l’iléon à la face externe des côtes sacrées, et qui, sous le nom de ligament inlerosseux, remplissent l’excavation profonde comprise entre les deux os, et constituent leur plus solide moyen d’union. Je ferai remarquer que la surface iliaque d’insertion de ce ligament interosseux (PI. YI, fig. 13, surf, rug.) correspond d’une manière très-exacte à la surface d’insertion de la portion inférieure du grand dentelé sur le scapulum (PI. VI , fig. 12, surf, rug.) et que les deux saillies qui sont connues sous le nom d’épines iliaques postérieures sont également représentées à la région scapulaire. Seulement, tandis que dans le bassin s’est formé, au niveau de l’épine iliaque postérieure et inférieure (PI. VI, fig 13, /ac. aur. ), une surface articulaire dite auriculaire , encroûtée de cartilage et dépourvue de ligament interosseux ; cette modification ne s’est pas produite sur le scapulum , qui est resté mobile sur la face interne des parois thoraciques, et qui n’a pas contracté avec les côtes des relations de contiguïté symphysaire. La surface auriculaire ne dépend pas d’ailleurs de l’épiiléon, mais de l’iléon axial, et appartient par conséquent moins exactement à la région d’insertion du grand dentelé.
Les relations que je viens d’établir entre les ligaments interosseux sacroiliaques et la troisième portion du grand dentelé pectoral trouvent une sorte de confirmation dans les dispositions du grand dentelé chez certains Vertébrés. C’est ainsi que, chez les Ornithodelpbes, le grand dentelé, né des quatre premières côtes, va s’insérer sur l’angle postérieur de l’épiscapulum. Or, comme on pourra facilement s’en convaincre par l’examen du squelette de ces intéressants Mammifères, Ieurscapulnm est la reproduction vraiment remarquable de l’iléon de certains Mammifères et présente de plus, par rapport au thorax, une situation et une direction qui se rapprochent extrêmement de ce que l’on observe pour les os de la ceinture pelvienne. L’homologie de l’angle postérieur de l’épiscapulum de ces animaux avec l’angle postérieur de l’épiiléon ne saurait faire l’objet d’un doute.
Chez les Oiseaux, dont le scapulum est réduit pour ainsi dire à la portion axiale, l’épiscapulnm se trouve réduit aussi à la portion qui représente l’angle postérieur de l’épiscapulum des Mammifères. Aussi leur dentelé, prenant naissance sur les deuxième, troisième et quatrième côtes, va t-il s’insérer sur la face profonde de l’angle postérieur du scapulum.
Chez les Reptiles, le grand dentelées! aussi un muscle épiscapulaire, et l’on ne peut par conséquent douter qu’il ne soit représenté au bassin parles ligaments iléo-sacrés d’origine épiiliaque.
Petit pectoral et grand pectoral. — Le petit pectoral de l’Homme est un muscle extrêmement intéressant, et dont les homologies demandent à être longuement discutées. Avant d’aborder directement son étude, il est nécessaire de faire un examen général des conditions de ce muscle dans la série des Vertébrés et en particulier chez les Mammifères.
On trouve chez les Mammifères, au-dessous du muscle grand pectoral, dont nous ferons plus tard l’étude, une couche musculaire plus ou moins décomposée en digitations distinctes, qui part du sternum , des cartilages costaux, des côtes et même de l’aponévrose abdominale antérieure, et qui se porte en dehors, vers le sommet ou saillie de la région scapulo-humérale, pour y contracter des attaches sur les diverses parties qui composent cette région (scapulum , clavicule, humérus, précoracoïde, acromion, aponévroses et muscles).
De là, plusieurs muscles que l’on a considérés comme distincts, et qui ont reçu des dénominations spéciales :
1° Un muscle sous-clavier, étendu du sternum ou du premier cartilage costal à la face inférieure de la clavicule ;
2° Un muscle sterno-scapulaire parallèle au sous-clavier, dont il n’est pas toujours distinct, et considéré souvent comme un second sous-clavier. 11 a son point de départ sur le sternum (Coati, d’après Meckel), ou sur le sternum et la première côte (Taupe, d’après Wood), ou sur la première côte (. Dasy pus sexcinctus ), ou sur les deux premiers cartilages costaux et sur la partie adjacente du sternum (Fourmilier du Cap), et va s’attacher :
a. Sur l’acromion et sur le ligament acromio-claviculaire (Taupe);
b. Sur l’acromion et le fascia sus-épineux ( Dasypus sexcinctus, d’après Gallon);
c. Far quelques fibres rares à la clavicule, et par tonies les autres fibres qui passent sous cet os, au coracoïde, à ses ligaments, au fascia susépineux, et au bord de l’acromion (Fourmilier du Cap, d’après Humphry).
Ce muscle est peu indiqué chez les Carnivores. Chez la Belette, il y a un faisceau musculaire détaché du pectoral, qui, naissant sur le manubrium, passe sur la tubérosité humérale et. se continue sur le sus-épineux pour s’insérer avec lui sur le bord supérieur et antérieur du scapulum. Chez le Chien, quelques fibres du grand pectoral sont différenciées et vont s’attacher au sus-épineux. Chez l’Hyène, il y a un muscle très-large qui va du sternum et du premier cartilage costal au bord supérieur du scapulum.
Chez les Rongeurs, le muscle sterno-scapulaire est plus prononcé, mais plus ou moins confondu avec le sous-clavier, le scapulo-claviculaire et le sterno-claviculaire.
Chez le Lapin, il y a un ensemble de muscles qui ont été considérés par Krause comme un petit pectoral, et par Cuvier comme un sous-clavier. Ce groupe forme un muscle aplati, placé sous le grand pectoral, dont il ne se distingue guère au voisinage de la ligne médiane. Il se compose de deux couches, l’une superficielle et l’autre profonde.
5° La couche superficielle, triangulaire, naît du sternum et se porte à la clavicule osseuse et au ligament claviculaire externe. C’est un gros muscle sterno-claviculaire.
4° La couche profonde naît du manubrium, du processus supra-sternal ou présternum, et de la face inférieure du sternum* et, passant sous le ligament claviculaire interne et sous la clavicule, va former une couche musculaire épaisse sur le muscle sus-épineux, et s’insérer avec lui sur le bord antérieur du scapulum et sur l’aponévrose sus-épineuse. C’est là un muscle sternoscapulaire très-large.
5° Du bord antérieur de la clavicule naît un muscle large qui va à l’épine du scapulum, sur le bord supérieur de laquelle il s’insère. C’est pour ainsi dire la continuation du sterno-claviculaire jusqu’au scapulum, et on doit le désigner sous le nom de scapulo-claviculaire. Ce muscle est encore plus distinct chez le Surmulot ( Mus decumanus ) et chez le Cochon d’Inde (Cavia vulgaris).
G0 et 7° En outre, se trouvent, en arrière, des bandes musculaires contiguës avec les précédentes, et qui se portent, soit sur le trochiler et la crête soustrochitérienne pour former le slerno-trochitérien, soit sur le trochin, pour former le slerno-trochinien.
8° et 9° Quelques fibres enfin s’insèrent sur la capsule articulaire, et quelques autres, rares, à l’apophyse coracoïde.
Tel est l’ensemble de faisceaux musculaires qui constituent le petit pectoral, ou pectoral profond du Lapin, et que l’on retrouve, avec de faibles différences, chez le Cochon d’Inde et chez le Surmulot.
Chez l’ Hyrax Capensis, le sterno-scapulaire naît du sternum en avant de l’origine du petit pectoral, et va s’insérer sur l’angle supérieur et antérieur du scapulum.
Chez l’Agouti à crête, le sterno-scapulaire se compose de deux parties : une large, venant du sternum, et une petite, venant du manubrium et des premières côtes. Quelques fibres de la grande portion sont attachées à la clavicule (sterno-claviculaire), et les autres rejoignent la petite portion, pour s’insérer près de l’angle supérieur et antérieur du scapulum et sur le fascia sus-épineux.
Chez le Lièvre, il y a un large sterno-scapulaire dont se détache un petit sterno-claviculaire ou sous-clavier.
Chez l’Écureuil, il y a un sterno-scapulaire et un sterno claviculaire.
Chez les Pachydermes et Ruminants, le sterno-scapulaire atteint le plus
haut degré de développement, et surtout chez l’Éléphant, l’Hippopotame, les Peccari, le Porc, le Cheval et l’Ane. 11 forme chez ces grands animaux un support musculaire puissant, en forme de sangle suspendue entre les deux membres antérieurs et supportant la partie antérieure du corps.
Chez l’Hippopotame, Gratiolet décrit le muscle sterno-scapulaire comme naissant du coracoïde, de l’acromion et du fascia sus-épineux et comme inséré sur le manubrium et sur le premier cartilage costal. Il le considère comme l’homologue du sous-clavier. Il serait plus juste de dire que cette homologie ne se rapporte qu’à une laible partie du premier muscle.
Voici, d’après mes dissections, la disposition de ce muscle chez quelques animaux non claviculés.
Chez le Mouton, cet ensemble de muscles se compose des deux couches dont les fibres ont des directions différentes, se croisant obliquement. La couche superficielle est antérieure. Elle est à peu près transversale et s’insère sur presque toute la longueur du sternum, et sur les cartilages costaux des quatre ou cinq premières côtes. Ces fibres s’insèrent d’autre part : 1° sur le trochiter, la crête sous-trochitérienne, l’aponévrose brachiale et même jusque sur le fascia sous-épineux ; et 2° sur le fascia sus-épineux. C’est le muscle sterno-préscapulaire des vétérinaires.
La portion postérieure et profonde se porte plus obliquement en arrière, s’insérant sur la partie postérieure du sternum, le xiphisternum et l’aponévrose abdominale. Cette portion est plus considérable que la première. Elle s’insère d’autre part au trochin par la plus grande partie de ses fibres et à l’apophyse coracoïde par un beau ruban tendineux qui se confond avec le tendon du coraco-brachial. C’est le sterno-trochinien des vétérinaires.
Il en est de même chez le Cheval, chez le Porc.
Chez le Bœuf, le muscle petit pectoral est moins étalé que chez le Mou ton. Il est fort nettement séparé du grand pectoral par les vaisseaux et nerfs pectoraux. Ses insertions centrales ont lieu sur toute la longueur du sternum et sur la partie antérieure de l’aponévrose abdominale. Ses insertions périphériques se groupent en trois faisceaux. Un premier faisceau charnu superficiel contourne la saillie de l’épaule et se porte en haut, pour s’insérer sur l’aponévrose sus-épineuse, et par là sur l’épine de l’omoplate et les bords de la fosse sus-épineuse. Un deuxième faisceau charnu, placé en arrière du pré-
cèdent, s’insère sur la tubérosité trochinienne de l’humérus ; et enfin un troisième faisceau se porte en haut et en arrière, formant un beau tendon large et aplati caché sous le faisceau préscapulaire, et va s’insérer surtout le bord interne de l’apophyse coracoïde, en même temps que le coraco-brachial qui le recouvre, mais dont il est parfaitement distinct. Chez le Bœuf, le muscle est donc slerno-préscapulaire, sterno-trochinien et sterno-précoracoïdien.
J’insiste à dessein sur ces descriptions, qui me sont propres, parce que, même dans nos meilleurs Traités d’anatomie vétérinaire, les insertions précoracoïdiennes de ce muscle sont entièrement méconnues, quoiqu’elles soient très-remarquables' .
Chez les Marsupiaux, ce muscle s’insère sur le scapulum et le facia susépineux. Chez le Womhat, d’après Galton, il s’étend à travers le fa scia susépineux, jusque sur l’épine scapulaire.
Pour résumer les diverses dispositions principales de ce groupe de muscles, on voit que la couche de muscles allant du tronc au moignon scapulohuméral et placés sous le grand pectoral, se disposent de la façon suivante.
Les divers éléments peuvent être plus ou moins distincts. Mais chez les animaux lourds, massifs et dépourvus entièrement de clavicule, ces muscles forment une masse continue, présentant des insertions multiples sur les régions scapulo-humérales, et englobant tous les éléments divers de la couche musculaire.
Chez les autres animaux semi-claviculès ou à clavicule parfaite, les éléments de la masse claviculaire se différencient plus ou moins. Le sous-clavier peut être distinct ou être englobé dans la masse du sterno-scapulaire. Chez certains animaux semi-claviculés, tels que le Lapin, les éléments sont encore assez confondus ; mais chez d’antres, tels que le Surmulot, le sous-clavier et le sterno-scapulaire sont séparés ; le scapulo-claviculaire est très-accusé, tandis que le sterno-claviculaire semble manquer entièrement. Chez le Cochon d’Inde, au contraire , le sterno-claviculaire, le scapulo-claviculaire et le sterno-scapulaire, sont très-distincts.
Chez les animaux clavicules dont les pattes antérieures servent de mains,
1 Voir Chauveau et Arloing ; Traité d’anat. comp. des animaux domestiques, 1870
la distinction entre les éléments sous-clavier, slerno-claviculaire elscapuloclaviculaire, devient encore plus prononcée.
En un mot, quand la clavicule existe, elle forme pour ainsi dire une intersection osseuse plus ou moins complète sur le trajet de la masse musculaire slerno-scapulaire des animaux non-claviculés, d’où résulte une distinction plus ou moins prononcée et plus ou moins parfaite des éléments sus-nommés. Enfin, l’élément sterno-claviculaire prend un développement plus prononcé chez les Mammifères fouisseurs ou volants (Chéiroptères). Chez la Taupe et la Chauve-Souris, ce muscle est large et puissant: il s’insère sur la moitié de la face externe du sternum, et va de là sur la clavicule, à côté de l’origine du deltoïde.
Chez les Oiseaux, le moyen pectoral de Yicq-d’Azyr, ou second pectoral d’Owen, s’insère sur la base de la crête du sternum et sur la partie moyenne de la face inférieure de cet os, sur la face inférieure du coracoïde, sur le bord externe et la face profonde de la clavicule, et sur la membrane sterno-cléido-coraco'idienne. Parties de là, ses fibres se réunissent sur un tendon qui contourne l’os coracoïdien, s’engage dans le trou formé par la clavicule, l’os coracoïde et l’omoplate, et, se réfléchissant sur l’extrémité supérieure du coracoïde, glisse sur la tête de l’humérus et va s’attacher au tubercule supérieur de la crête pectorale ou trochilérienne. Ce muscle, que M. Alix a considéré comme un sus-épineux, au mépris de toutes les règles d’une méthode rationnelle de détermination, a été récemment comparé au sous-clavier par Selenka'. Cette comparaison n’est pas absolument juste, puisque le sous-clavier s’étend des côtes ou du sternum à la clavicule, et non de la clavicule à l’humérus. Le sous-clavier proprement dit n’existe pas chez les Oiseaux. Mais le muscle que je viens de décrire correspond plus particulièrement aux portions sterno-humérales du petit pectoral des Mammifères, portions auxquelles sont venus se joindre un faisceau cléido-huméral qui, chez les Mammifères, appartient au grand pectoral, et un faisceau coraco-huméral qui ne saurait exister chez les Mammifères qui n’ont pas de coracoïde, mais qui, chez les Mammifères à coracoïde , c’est-à-dire les Ornilhodelphes, est représenté par les faisceaux coraco-huméraux, qui ont
1 Archives Néerlandaises, 1870.
été considérés par Owen comme formant le petit pectoral et la portion antérieure dn deltoïde de l’Ornilhorhynque.
Chez les Oiseaux, la portion sterno-costo-précoracoïdienne du muscle petit pectoral n’existe pas d’une manière évidente, ce qui n’a pas lieu de surprendre, puisque le précoraco'ide des Carinates est extrêmement rudimentaire. Mais la portion costo -scapulaire y est représentée par un faisceau qui, naissant du bord antérieur et de la face externe des deux premières côtes sternales, se porte en haut et en dehors pour s’insérer sur la face interne de l’omoplate, près de l’articulation. Ce faisceau, queM. Alix a englobé dans la description du grand dentelé comme faisceau antérieur de ce muscle, en est tout à fait distinct et séparé par un intervalle , de l’aveu même de cet auteur, et c’est un véritable costo -scapulaire représentant exactement le muscle sterno-costo-scapulaire des Sauriens kionocrâniens ( que nous étudierons plus loin), muscle séparé comme lui des dentelés par les nerfs du plexus brachial, et faisant comme lui partie du petit pectoral.
Il existe de plus, chez les Oiseaux, un muscle court qui, partant de l’angle antérieur et latéral du sternum, va s’insérer sur le coracoïde. Ce muscle sterno-coracoïdien est divisé en deux parties : l’une superficielle et l’autre profonde. Le sterno-coracoïdien superficiel part de la face externe de l’angle antérieur et latéral du sternum, pour se rendre sur le bord externe de l’extrémité sternale du coracoïde. Chez la Buse {Falco buteo), où j’ai eu l’occasion de le disséquer, ce muscle partait non -seulement de l’angle externe et antérieur du sternum, qu’il recouvrait dans une certaine étendue, mais aussi des portions sternales des quatre premières côtes. De là, les fibres convergeaient vers la partie externe de l’extrémité sternale du coracoïde. Il en est de même chez l’Aigle. Le sterno-coracoïdien profond s’insère sur le bord antérieur de l’angle antéro-latéral du sternum, et s'étale en éventail sur l’espace triangulaire que présente en arrière la face profonde du coracoïdien.
Ces deux muscles peuvent être considérés comme un même muscle, séparés parle coracôidien très-développé. Si ce dernier os était en effet raccourci et ne venait point s’articuler directement sur le sternum, les deux muscles ne formeraient qu’une seule et même masse musculaire. Owen dit que ce muscle peut être regardé comme une portion du petit pectoral ou comme l’analogue du sous-clavier. C’est en effet une portion du petit pectoral, por-
tion sans homologue spécial chez les Mammifères dépourvus de coracoïde, mais qui existe chez les Monotrêmes ou Mammifères à coracoïde, et que nous retrouverons aussi plus tard chez les Reptiles , sous le nom de slernocoracoïdien ou costo-coracoïdien. Chez les Monotrêmes, il y a en effet un muscle costo-coracoïdien, étendu du segment sternal de la première côte au bord inférieur du coracoïde.
Si nous examinons le petit pectoral chez l'Homme, nous le voyons réduit à un petit nombre des éléments que nous avons reconnus chez les Mammifères.
Les origines fixes ne s’étendent pas jusqu’au sternum, mais jusqu’aux côtes et aux cartilages costaux.
Le sous-clavier est un muscle indépendant, représentant le sous-clavier et une partie du sterno-claviculaire des Mammifères. Un large intervalle, occupé par l’aponévrose coraco-claviculaire, le sépare de l’autre portion du muscle, que l’on désigne spécialement, chez l’Homme, sous le nom de petit pectoral. Cette aponévrose, d'ailleurs forte et résistante, représente donc le reste du muscle sterno-costo-claviculaire.
Le muscle petit pectoral proprement dit part des troisième , quatrième et cinquième côtes et cartilages costaux par trois digitations qui se réunissent en un tendon aplati qui va s’insérer au bord antérieur ou interne de l’apophyse coracoïde (précoracoïde), près de son sommet. Ce muscle semblerait donc ne représenter que la portion slerno-précoracoïdienne, bien développée chez les Mammifères non claviculés. Nous avons vu en effet chez le Mouton, chez le Cheval, etc., cette insertion au bord interne du précoracoïde par un tendon aplati.
Mais il faut remarquer que le tendon du petit pectoral ne s’arrête pas entièrement sur le précoracoïde , mais qu’il est partiellement continué par un beau ligament fibreux qui s’étend de la face supérieure du précoracoïde à l’acromion , à l’aponévrose sus-épineuse, et partiellement à la capsule articulaire et au tendon du muscle sus-épineux, ligament acromio-coracoïdien qui en réalité n’est qu’une portion du tendon du petit pectoral poursuivie au-delà du précoracoïde jusqu’à la région sus-épineuse, jusqu’à la capsule articulaire, à l’aponévrose et au tendon sus-épineux.
Le petit pectoral de l’Homme représente donc à la fois les portions
sterno-précoracoidienne , sterno-acromiale , sterno-épineuse , slerno-préscapulaire des Mammifères. Seulement, tandis que chez ces derniers les portions sterno-acromiale, préscapulaire, épineuse du muscle, ne contractaient aucun rapport avec le précoracoïde, qui est très-court ; chez l’Homme, elles viennent s’appuyer sur le précoracoïde, qui est très-proéminent, et y contractent des adhérences ' .
Quant aux portions trochitérienne et trochinienne du petit pectoral des Mammifères, elles sont représentées chez l’Homme par cette aponévrose remarquable qui, partant du bord externe du petit pectoral, se jette sur le tendon du coraco-brachial et de la courte portion du biceps, et enveloppe les tubérosités humérales, sur lesquelles elle n’adhère que très-lâchement et quelle sépare de la face profonde du deltoïde, ce qui lui a valu le nom d’aponévrose deltoïdienne profonde.
1 Je trouve une démonstration très-intéressante des idées que j'ai émises ici sur les tendons adhérents transformés en ligaments et que j’ai désignés sous le nom détendons interrompus, dans un fait rapporté par M. Folz ( Homologie des membres ; Journal de Physiologie. 1863. pag. 69). Il s’agit d'une pièce du Musée anatomique de Lyon dans laquelle le petit pectoral d’un Homme ne s'insérait pas à l'apophyse coracoïde, mais glissait sur la face supérieure de celle éminence, à l’aide d’une synoviale, et allait se porter vers l’insertion du sus-épineux sur l’humérus, en confondant son tendon avec les fibres de la capsule articulaire. Dans ce cas, le tendon du petit pectoral, s’insérant sur une partie mobile par rapport à l’apophyse coracoïde, était appelé à glisser sur cette éminence osseuse, et avait conservé son indépendance. Il n’en est pas de même quand le tendon se porte à l’acromion, c’est-à-dire sur une partie osseuse fixe, remplaçant sur un point l'aponévrose sus-épineuse.
Sur un Singe papion que j’ai disséqué dernièrement, le petit pectoral présentait une disposition à peu près semblable à celle du sujet précédent. Les faisceaux du muscle se portaient sur la capsule articulaire et sur la tubérosité trochitérienne de l’humérus, et glissaient sur le sommet de l’apophyse coracoïde. Un très-petit nombre de fibres s'inséraient à cette dernière.
Les Singes fournissent d’ailleurs des termes intermédiaires très-intéressants entre l’Homme et les Mammifères. C’est ainsi que, d’après Broca (Ordre des Primates ), le petit pectoral de l’Orang et du Gibbon est semblable à celui de l'Homme, tandis que déjà, chez le Troglodytes aubryi, le tendon de ce muscle cesse de s'insérer sur le sommet de l’apophyse coracoïde ; il ne fait que s’y appuyer, puis se divise en deux languettes dont l’une va se fixer sur la base de cette apophyse, tandis que l’autre, contournant la partie supérieure de l’articulation de l’épaule, va s’insérer sur la grosse tubérosité de l’humérus. Chez le Troglodytes niger (Chimpanzé noir), M. Broca n’a pas retrouvé l’insertion coracoïdienne; le tendon ne se bifurque pas et va se fixer tout entipr sur la grosse tubérosité de l’humérus. Chez tous les Singes non anthropomorphes, ou du moins chez la plupart d’entre eux, le petit pectoral ne s’insère plus que sur l’humérus.
Du reste, si à l’état normal les muscles sous-clavier et petit pectoral ne représentent pas tous les éléments de la masse musculaire dont nous avons constaté l’existence chez les Mammifères, il n’est pas rare de trouver des cas anormaux qui reproduisent la série de dispositions diverses observées chez les animaux.
C’est ainsi que Wood a noté la présence d’un double sous-clavier dont la portion supérieure correspondait au sous-clavier normal, et dont l’inférieure naissait du sternum et du premier cartilage costal, dans un cas par un tendon distinct, et dans un autre cas par un tendon commun avec le sousclavier. Ils allaient s’insérer sur le tubercule basilaire de l’apophyse coracoïde et sur le ligament conoïde ou coraco-claviculaire postérieur. C’étaient donc des muscles sterno-claviculaires interrompus sur leur passage par l’apophyse coracoïde proéminente, et continués par le ligament conoïde, qui est leur véritable tendon d’insertion à la clavicule. Au reste, si l’on examine avec soin les ligaments coraco-claviculaire, conoïde et trapézoïde, on s’aperçoit que ces ligaments forment un tendon épanoui en éventail, dirigé de bas en haut et de dedans en dehors, qui se continue directement par une grande quantité de ses fibres avec l’aponévrose sous-claviculaire, ou coraco-claviculaire, qui, comme nous l’avons vu, représente le muscle sterno- claviculaire atrophié chez l'Homme. Les fibres profondes seules des ligaments adhèrent au bord interne ou antérieur de l’apophyse coracoïde. Ces ligaments sont donc en réalité le tendon du muscle sterno-costo- claviculaire, devenu adhérent, sur une portion de son parcours, par la rencontre d’une apophyse coracoïde proéminente. C’est un nouveau cas de muscle ou de tendon interrompu. Par là s’éclaire la signification du ligament coraco-claviculaire comme s’est éclairée celle du ligament coraco-acromien. Ce sont , je le répète, des tendons qui ont adhéré à une saillie osseuse, sur un point de leur trajet, et qui relient ainsi cette saillie à l’insertion terminale. Mais, tandis que pour le ligament acromio-coracoïdien le muscle subsiste et est une portion du petit pectoral, pour les ligaments coracoclaviculaires le muscle a disparu et le tendon seul est resté.
Dans un second cas observé par Wood, chez une femme, un muscle, fusiforme gauche naissait du premier cartilage costal à côté du sternum, et s’insérait ensuite sur le ligament sus-coracoïdien du scapulum et à la
base de l’apophyse coracoïde. Sur ce même sujet, une bande musculaire, naissant de la base de l’apophyse coracoïde et du ligament sus-coracoïdien, allait s’insérer sur le tiers externe de la clavicule. 11 y avait donc cà la fois des représentants des muscles sterno-scapulaire , scapulo-claviculaire et sterno-claviculaire (parle ligament conoïde).
Un troisième cas semblable a été observé par Wood. R. Wagner a signalé un muscle allant du premier cartilage costal au bord supérieur du scapulum, près de l'échancrure coracoïdienne. Theile, Hallelt, Gruber, également.
Les faits précédents montrent chez l’Homme l’existence anormale du sterno-scapulaire. Des exemples de scapulo-claviculaire ne font pas défaut.
Krause a décrit sous le nom de coraco-cervicalü une bande venant de l’omo-hyoïdien, de la base du coracoïde et du bord supérieur du scapulum, et s’insérant sur le fascia cervical, non loin de la clavicule.
Macwhinnie cite un muscle venant du bord supérieur du scapulum, en dedans du muscle omo-hyoïdien, et s’attachant au milieu du bord supérieur de la clavicule.
Hallelt décrit un muscle allant du bord supérieur du scapulum sur la partie supérieure de l’articulation sterno-claviculaire.
Luschka citeune bande allant de l’origine de l’omo-hyoïdien à l’extrémité interne de la clavicule.
Hyrth rapporte un cas semblable.
Aux cas cités plus haut de sous-claviers surnuméraires représentant des sterno-claviculaires peuvent s’en ajouter beaucoup d’autres. C’est, ainsi que Wood décrit un muscle triangulaire naissant de la face antérieure du manubrium, et allant s’insérer au bord inférieur de la clavicule, en dehors du tiers moyen.
Sur les deux côtés d’un autre sujet mâle, la digitation supérieure du petit pectoral naissant de la deuxième côte et de la première aponévrose intercostale, s’insérait sur l’aponévrose costo-coracoïdienne et sur la clavicule. C’était un sterno-claviculaire produit par une différenciation des fibres du petit pectoral, tel qu’on l’observe chez les Rongeurs.
On trouve chez Haller, chez Theile, et chez Berkeley, des exemples de muscles naissant du premier cartilage costal, et insérés sur la portion moyenne de la face antérieure de la clavicule.
Enfin, je (lois ajouter qu’on a vu chez l’Homme le petit pectoral fournir une expansion aponévrotique à la capsule scapulo-hnmérale, ou même s’insérer tout entier à cette capsule, ou à la grosse tubérosité de l’humérus (Folz)\ ou sur le tendon du sus-épineux, ce qui nous montre la présence exceptionnelle, chez l’Homme, des faisceaux sterno-huméraux des Mammifères et des Oiseaux.
Il résulte de l’étude que nous avons déjà faite, que le muscle petit pectoral de l’Homme présente à l’état normal une portion costo-précoracoïdienne et une portion costo-acromienne ou sus-scapulaire. Voyons maintenant quelles sont, dans la ceinture pelvienne, les parties homologues de ce muscle thoracique.
Il y a dans la cavité pelvienne un muscle très-curieux que l’on considère à tort comme appartenant aux viscères pelviens, mais qui est essentiellement un muscle des parois pelviennes : c’est le muscle releveurde l’anus. Ce muscle s’insère : 1° en avant, à la face postérieure et interne du pubis sur les côtés de la symphyse ; 2° en arrière, au bord antérieur et à la face interne de l’épine sciatique ; et 5° dans tout l’intervalle entre ces deux points extrêmes, à une arcade aponévrotique à concavité supérieure , qui adhère à l’aponévrose du muscle obturateur interne, et par là au détroit supérieur du bassin.
De là, ses fibres se portent toutes d’avant en arrière et de dehors en dedans, pour se terminer sur la ligne médiane, sur les côtés de la prostate, de la vessie, du rectum, sur le raphé ano-coccygien et sur les côtés de la face antérieure du coccyx et même du sacrum. Les faisceaux qui passent en arrière du rectum, c’est-à-dire les faisceaux pré-coccygiens, coccygiens et sacrés, sont de beaucoup les plus nombreux. Au-dessus d’eux et parallèlement à eux se trouve le muscle ischio-coccygien, qui, contigu aux faisceaux postérieurs et ischio-coccygiens du releveur de l’anus, est réellement la continuation de ce dernier. La face supérieure de ce muscle releveur est tapissée par l’aponévrose pelvienne, qui la sépare du péritoine et des viscères.
En cherchant à se rendre compte de la signification de ce muscle, on s’aperçoit que, situé à la face externe des parois de la cavité viscérale re-
1 Folz ; Homologie des muscles. (Journal de Physiologie , 1863, pag. 69.)
présentées par l’aponévrose pelvienne, le coccyx et le sacrum , il s’étend de ces parois à l’ischion, au pubis et à une arcade aponévrotique qui relie ces deux os. Une peut être représenté à la ceinture thoracique que par un muscle s’étendant de la paroi pectorale au coracoïde et au précoracoïde.
Mais dans la ceinture thoracique des Mammifères, le coracoïde, qui est l’homologue de l’ischion, n’étant pas développé, l’homologue du muscle re* leveur de l’anus doit être un muscle s’étendant des parois thoraciques à l’apophyse coracoïde qui est le précoracoïde. Ce muscle est le petit pectoral de l’Homme. Si l'on veut, en effet, rapprocher ce dernier muscle de la portion pubienne du releveurde l’anus, on verra combien les relations entre eux sont étroites. Insertions supérieures, pour l’un sur la face interne de l’extrémité du précoracoïde, pour l’autre sur la face interne de l’extrémité du pubis ; chez l’un et chez l’autre muscle, même direction générale en bas et en dedans, et insertions sur les parois viscérales, qui sont les côtes pour l’un, les parties fibreuses qui tapissent l’excavation pelvienne, le coccyx et le sacrum pour l’autre II y a seulement celte différence apparente que, tandis que l’un (le petit pectoral) s’insère sur des parois qui divergent inférieurement et forment un évasement, le second, le releveur de l’anus, se porte sur des parois qui convergent en bas, et arrivent au contact pour former un raphé médian, le raphé périnéal interne.
La portion précoracoïdienne du petit pectoral est donc représentée par la portion pelvienne du releveur de l'anus. Mais on peut se demander si la portion sus-épineuse ou scapulaire de ce muscle, celle que nous avons vue se mettre, par l’intermédiaire du ligament acromio-coracoïdien, en relation avec le scapulum, l’acromion, l’épine du scapulum et l’aponévrose sus-épineuse, n’est pas également représentée dans la ceinture pelvienne. Je crois que, sans forcer les analogies, une réponse affirmative peut être donnée. De la face postérieure du pubis, au-dessus du releveur et de l’épine du pubis, part un ligament fibreux plus ou moins fort, connu sous le nom d’arcade crurale ou ligament de Poupart. Huxley a voulu y voir le représentant de la clavicule pelvienne. L’étude des muscles psoas nous démontrera qu’il est dans l’erreur. Mais on peut, pour bien des raisons, y voir le représentant du ligament acromio-coracoïdien, ligament modifié par lNabsence d’un acromion et d’une épine de l’o-
moplate. Si nous supprimons, en effet, an scapulum ces deux parties, que deviendra le ligament acromio-coracoïdien? Une bande fibreuse étendue du sommet de l’apophyse coracoïde à l’aponévrose sus-épineuse, et par là au bord supérieur du scapulum, à l’angle postéro-supérieur et à la portion sus-épineuse du bord spinal jusqu’à l’origine de l’épine. Or, le ligament de Poupart répond fort bien à ces dispositions. Il part du sommet du pubis pour se porter en haut et en dehors vers l’aponévrose antérieure du moyen fessier, que nous verrons représenter le sus-épineux, et pour s’insérer sur l’épine iliaque antérieure et supérieure et sur la portion du bord supérieur de l’iléon comprise entre cette épine iliaque et la saillie de la crête iliaque, que nous savons représenter la saillie de l’épine scapulaire (PI. Y, fig. 1, em. il.; fig. 2, em. sc.).
Il y a donc identité dans les connexions, et nous nous croyons autorisé à considérer le ligament crural ou arcade crurale comme l’homologue modifié du ligament acromio-coracoïdien (tendon du petit pectoral), et par conséquent comme le tendon interrompu et fixé par deux de ses points d’une portion du releveur de l’anus. Ce tendon a contracté avec les parois de la cavité viscérale des relations intimes, et il adhère aux aponévroses abdominales, en vertu des mêmes conditions et des mêmes lois qui ont établi des adhérences intimes entre les éléments osseux de la ceinture pelvienne et les parois aponévrotiques et musculaires de la cavité abdominale. A l’épaule, au contraire, tous les éléments osseux on fibreux du tendon sont restés étrangers aux parois thoraciques et n’ont contracté avec elles que des relations éloignées et indirectes.
Les homologies que je viens d’établir par l’étude exacte et rigoureuse des connexions entre le petit pectoral de l’Homme et la portion pubienne du releveur de l’anus, trouveraient une confirmation éclatante si chez des animaux où les éléments de la ceinture thoracique sont complets et ont contracté avec les parois viscérales des relations comparables à celles que l’on observe pour le bassin chez les Mammifères, si, dis-je, chez ces animaux nous trouvions à l'épaule une reproduction exacte du releveur de l’anus des Mammifères. Or, c’est précisément ce que l’on observe chez les Chéloniens et chez les Sauriens.
Chez les Chéloniens, en effet, les côtes ne forment qu’un arc supérieur
qui ne se complète pas clans l’arc ventral de l’animal, de telle sorte que la cavité viscérale proprement dite reste largement ouverte par la face sternale. Sur cette face, les côtes sternales et le sternum font complètement défaut, et les os qui contribuent à former le plastron sont des os de membranes développés dans le tégument, d’où résulte que le segment inférieur de la ceinture thoracique formé par le coracoïde, le précoracoïde et les muscles qui leur appartiennent, se trouve, comme l’ischion, le pubis et leurs muscles internes, en relation directe et intime avec une paroi purement membraneuse de la cavité viscérale. Cette paroi est formée, là, par le péricarde, les poches pleurales et le tissu conjonctif du médiastin antérieur. Or, à ce niveau on rencontre un muscle large et mince, une sorte de diaphragme appliqué sur les parois viscérales membraneuses des poches pleurales. Ce muscle a été décrit à tort sous le nom de serratus magnas par Owen, qui en a indiqué les insertions d’une manière trop insuffisante pour que je ne les précise pas ici.
Ce muscle s’insère: 1° sur la face profonde ou supérieure de l’extrémité interne du coracoïde, mais surtout, suivant une ligne oblique, sur une aponévrose qui, naissant de l’arcade fibreuse coraco-précoracoïdienne, recouvre un muscle désigné par Owen comme super cor acoïdeus, mais qui est en réalité l’obturateur interne de l’épaule. Cette aponévrose présente au niveau de l’extrémité interne du précoracoïde un épaississement qui correspond à l'origine des fibres musculaires les plus nombreuses du prétendu serratus magnus, ce qui fait que ce muscle s'insère surtout sur le précoracoïde et que ses fibres convergent pour la plupart vers l’extrémité interne de cet os.
Parties de cette ligne ou arcade fibreuse d’insertion, les fibres forment une lame musculaire qui se porte en dehors pour s’insérer sur une partie du bord extérieur de la première et de la deuxième plaque costale et sur le bord interne de l’apophyse cardinale de l’hyoplastron et de la partie contiguë de l’hypoplaslron.
Je n’ai pas besoin d’insister sur les rapprochements à faire entre le petit pectoral de l’Homme et des Mammifères, et ce muscle des Chéloniens qui est coraco-précoraco-costo-abdominal et qui ne saurait par suite être considéré comme l’homologue du grand dentelé, muscle essentiellement costo-sca-
piilaire chez tous les vertébrés', llrenferme les portions slerno-costo-précoraco'idienne et abdomino-précoracoïdienne du petit pectoral des Mammifères, en même temps que le muscle stemo-coslo-coracoïdien des Oiseaux.
Chez les Sauriens et chez les Crocodiliens, il y a aussi à l’épaule des dispositions qui reproduisent les relations de l’ischion et du pubis avec la cavité pelvienne. Ici, en effet, les côtes n’existent que sur les bords postéro-latéraux du sternum rhomboïdal, de telle sorte que les coracoïdes qui viennent se mettre en rapport avec les bords antéro-latéraux du sternum, et les précoracoïdes qui arrivent au contact avec leur congénère sur la ligne médiane, sont directement en relation avec la cavité thoracique, dont ils ne sont séparés que par une lame aponévrotiqhe qui constitue à elle seule les parois proprement dites de la cavité viscérale. Il y a une identité remarquable de situation de part et d’autre, qui permet de préciser les rapprochements et d’en confirmer la justesse.
Or, précisément, parmi les muscles de l’épaule de ces animaux, il en est qui méritent notre attention comme apportant de nouvelles preuves de l’homologie que j’ai établie entre le petit pectoral et le muscle releveur de l’anus.
Il y a chez les Sauriens kionocrâniens un groupe de muscles allant du sternum et de la première côte à la ceinture scapulaire. Un premier muscle s’étend de la face interne du sternum et des extrémités contiguës des côtes sternales à la face interne du segment ventral de la ceinture thoracique. C’est le sterno-coracoïdien d’Humphry et de Sanders. Ce muscle, simple chez les Platydactyles, se divise en deux faisceaux distincts chez la plupart des Sauriens kionocrâniens. Voici quelle est leur disposition chez le Lézard ocellé : Ces deux faisceaux sont assez distincts par leurs insertions coracoïdiennes, mais leurs insertions sternales sont très-rapprochées et contiguës. Le faisceau profond qui est le plus près de la ligne médiane s’insère largement par un corps charnu aplati sur la face interne du sternum et sur les parties voisines des côtes sternales. C’est un faisceau plat, triangulaire, qui se termine par un beau tendon inséré en avant sur l’épiprécoracoïde et
1 Les hyoplastron et hypoplastron sont des os du dermo-squelette qui ne sauraient être assimilés au sternum, mais à des ossifications des aponévroses abdominales et de la peau correspondante. De là, la qualification d'abdominal que j’adopte ici.
sur le précoracoïde. C’est donc un sterno-costo-précoracoïdien : le sternocoracoideus internus profundus de Fürbringer 1 .
Le faisceau superficiel est un peu plus en dehors. !1 est plus petit et plus court, mais plus large. Il naît de la face interne de la lèvre interne du sillon coracoïdien du sternum, et va s’insérer en avant, sur la face interne du coracoïde. C’est donc un sterno-coracoïdien, sterno-coraco'ideus intérims super ficialis de Fürbringer.
Ces deux muscles, presque confondus chez le Platydactijlus guttatus, sont représentés dans leur ensemble, chez les Chamæléonides, par un petit muscle naissant de la face interne du sternum, et insérée sur la face interne de la partie antérieure de l’os coraco-précoracoïdien. C’est le muscle sternocoraco'ideus internus de Fürbringer.
Chez les Crocodiliens, on trouve aussi un muscle qui représente les muscles précédents : c’estle costo-coracoideus de Mivartetde Fürbringer, muscle large qui se compose de deux portions : l’une, latérale, naît du bord antérieur de la dernière côte cervicale (neuvième vertèbre) ; l’autre naît du bord antérieur de la première côte sternale et du sternum d’après Pfeiffer, de deux ou trois côtes d’après Rüdinger. Ces deux parties se réunissent en une couche unique qui s’insère par un bord large surtout le bord postérieur du coracoïde.
Outre ces muscles, il y a chez les Sauriens kionocrâniens un muscle qui fait défaut chez les Platydactyles, chez les Chamæléonides et chez les Crocodiles, et qui, s’insérant sur le bord antérieur de la première côte sternale en même temps que sur le bord latéral du sternum, se jette sur un cordon fibreux qui s’étend du bord latéral delà face interne du sternum à la face interne du scapulum, et qui est désigné comme ligament sterno-scapulaire interne. Ce ligament, qui chez le Lézard est accolé sur le bord interne du muscle, et qui chez d’autres Sauriens devient plus indépendant et reçoit l’insertion du muscle à angle plus ou moins aigu ouvert en arrière, ce ligament, dis-je, doit être considéré comme un chef devenu tendineux d’un biceps sterno-scapulaire.
1 Fürbringer ; Zur vergleichenden Anatomie der Schultermuskeln. (Morphologisches Jalirbuch v. Gegenbaur, 1876.)
Ces faisceaux musculaires, qui se complètent réciproquement, formenl, pris dans leur ensemble , une lame musculaire étendue de la face interne du sternum et des côtes sternales aux divers éléments de la ceinture pelvienne (coracoïde, précoracoïde et scapulum). Cette lame n’est pas réalisée à l’état complet dans la nature, mais il est facile d’en rassembler les éléments et de se faire une idée exacte de son ensemble. Les divers éléments qui la composent ont été récemment déterminés par ies anatomistes qui s’en sont occupés. Je ne puis ici entrer dans une discussion approfondie de ces déterminations, elle m’entraînerait trop loin ; je dois me borner à quelques traits principaux.
Les sterno-coracoïdiens internes des Sauriens kionocrâniens, des Chamæléonides, et le costo-coracoïdien des Crocodiles, ont été considérés par Fürbringer comme correspondant au muscle sous-clavier des Marsupiaux et des Placentaires, et surtout aux variétés de ce muscle étendues au scapulum et à l'apophyse coracoïde (M. sterno-scapularis de Wood et Pecloralis minimus de Grüber). Cet anatomiste repousse l’assimilation de ces mêmes muscles sterno-coracoïdiens internes et costo-coracoïdien avec le petit pectoral, assimilation faite par Stannius pour les Sauriens kionocrâniens, par Meckel et Rüdinger pour les Chamæléonides, et par Dumeril, Stannius, Rüdinger pour les Crocodiliens.
L’argumentation de Fürbringer à l’appui de ces déterminations , et ces déterminations elles-mêmes, sont le résultat d’une confusion qu’il importe de dissiper.
Je rappellerai d’abord ce que j’ai déjà dit et ce que démontre l’étude que j’ai faite de l’anatomie comparée du petit pectoral et de ses anomalies, c’est-àdire que le sous-clavier des Mammifères et de l’Homme est en réalité une portion plus ou moins différenciée de ce dernier muscle, et la portion la plus antérieure, placée au voisinage de la clavicule et contractant des relations avec cet os ou ses représentants fibreux, quand ils existent. Il ne saurait, me semble-t-il, être légitime de considérer cette portion sous-clavière du petit pectoral des Mammifères comme représentée par des muscles qui sont bien réellement coracoïdiens et non claviculaires chez des animaux qui , comme les Lézards, sont cependant pourvus de clavicule. Il faut donc chercher plutôt les homologues de ces muscles dans les faisceaux sterno-costo-
coracoïdiens des Mammifères ; à cet égard, nous avons vu que ces faisceau* font partie de l’ensemble musculaire qui constitue le petit pectoral de tous les Mammifères. Ces faisceaux sterno-costo-coracoïdiens sont constants, avec des variations de volume et d’importance, et il n’y a aucune raison pour s’opposer à leur assimilation avec les muscles sterno-costo-coracoïdiens des Sauriens et des Crocodiles.
Bien plus, le muscle sterno-costo-scapulaire des Sauriens kionocrâniens, qui a été considéré par Meckel comme l’analogue du petit pectoral , doit, pour Fürbringer, être réuni avec les slerno-coracoïdiens dans le sous-clavier de l’Homme et des Mammifères. C’est là une opinon peu soutenable, et à laquelle il est facile d’en opposer une bien plus rationnelle. Le muscle sterno-costo-scapulaire a son homologue rationnel dans la portion sternocosto-sus scapulaire du petit pectoral que nous avons déterminée chez les animaux non claviculés et dont nous avons retrouvé le tendon chez l’Homme, sous la forme du ligament coraco-acromien. Il résulte de là que l’ensemble des muscles que nous venons d’étudier chez les Reptiles est véritablement le représentant de certaines parties les plus importantes du petit pectoral des Mammifères, c’est-à-dire des portions précoracoïdienne et scapulaire.
Nous avons vu que chez les Mammifères monolrêmes comme chez les Oiseaux, ouïe précoracoïde fait défaut, mais où existe le coracoïde, des muscles sterno-coracoïdiens insérés d’une part sur les côtes sternales ou le sternum et d’autre part sur le coracoïde, viennent combler la lacune laissée dans la représentation de ce groupe de muscles chez les Mammifères non coracoïdes, et rétablir l’ensemble des faisceaux qui constituent le petit pectoral ou pectoral profond .
Ces déterminations sont rationnelles. Elles sont basées sur l’étude rigoureuse des insertions osseuses et sur les connexions générales de ces muscles. Je n’ai pas à revenir sur les insertions ; mais, pour ce qui regarde les connexions, je me bornerai à signaler d’une manière toute spéciale cette particularité que les muscles sus-désignés des Reptiles, comme le petit pectoral des Mammifères, constituent une couche musculaire placée sous le grand pectoral, et appartiennent comme lui au groupe de muscles ventraux étendus entre le sternum, les eûtes et la ceinture scapulaire, et séparés des dentelés parle plexus brachial et ses branches.
Les motifs sur lesquels s’appuie Fürbrioger, après Rolleston, pour rejeter l’homologie de ces muscles reptiliens avec le petit pectoral des Mammifères et le second pectoral des Oiseaux, sont tirés de ce que ces derniers muscles sont en réalité de simples dédoublements, de pures différenciations, des dépendances du grand pectoral. Il y a ici une distinction importante à faire pour éviter toute confusion. Nous avons vu que dans le petit pectoral de certains Mammifères, le Cheval entre autres, on pouvait distinguer deux couches musculaires qui différaient autant par la direction de leurs fibres que par leurs insertions : 1° Une couche superficielle et antérieure naissant de la portion antèrieuredu sternum et insérée à la grande et à la petite tubérosité de l’humérus, et même à la crête sous-trochitérienne en même temps que le grand pectoral. Cette portion slerno-humérale peut, à la rigueur, être considérée comme une dépendance du grand pectoral, dont elle est du reste, dans certains cas, faiblement séparée et difficile à isoler : c’est elle qui représente en réalité le second pectoral des Oiseaux. 2° Mais les portions sternocoslo-coracoïdienne et scapulaire ne sauraient être considérées, ni chez les Mammifères, ni chez les Oiseaux, comme des dépendances du grand pectoral, différenciées pour former un petit pectoral distinct. Pour qu'il en fût ainsi, il faudrait que dans le grand pectoral des Sauriens kionocrâniens, des Chamæléonides et des Crocodiles, qui ne présentent pas de subdivision en pectoral superficiel et en pectoral profond, il se trouvât des faisceaux correspondant i\ ces portions coracoïdiennes et scapulaires du petit pectoral des Mammifères. Or, il n’en est rien, et le grand pectoral, dans tous ces groupes, va s’insérer uniquement et exclusivement à l’humérus, et même à la tubérosité latérale ou externe de l’humérus. Or, on peut affirmer qu’un muscle exclusivement huméral ne saurait, par son dédoublement, fournir des muscles coracoïdiens et scapulaires.
Pour résumer donc cette discussion, je dirai que le muscle petit pectoral des Mammifères représente : par ses faisceaux huméraux, undédoublement du grand pectoral des Reptiles et le second pectoral des Oiseaux ; par ses faisceaux coracoïdiens * et scapulaires, il représente le sterno-coslo-coracoï-
* Me plaçant à un point de vue très-général, je ne distingue pas ici le coracoïde du précoracoïde, et je les considère l'un et l’autre comme représentant le segment ventral de la ceinture thoracique. Toutefois on peut retrouver très-nettement chez certains Mammifères l’insertion
ilien des Oiseaux et des Monotrêmes, et les muscles slerno-costo-coracoïdienset sterno-costo-scapulaires des Reptiles.
Après cette longue analyse, il est à peine nécessaire de dire que les muscles que nous venons d’étudier chez les Sauriens, et particulièrement les muscles sterno-coracoïdiens internes, représentent d’une manière spéciale le muscle petit pectoral des Chéloniens, ou slerno-costo-coraeo-précoracoïdien ou encore testo-coracoïdien de Fürbringer. L’homologie spéciale et précise n’est pas douteuse.
Or, de même que le testo-coracoïdien des Chéloniens reproduisait une disposition semblable au releveur de l’anus de l’Homme, les muscles reptiliens sus-étudiés la reproduisent aussi d’une manière remarquable, et d’autant plus exacte que le faisceau iliaque (ligament de Poupart) du muscle pelvien peut trouver ses représentants à l’épaule dans le ligament sterno-scapulaire et le tendon du sterno-costo-scapulaire des Sauriens. Bien plus, de môme que chez les Chamæléonides et les Crocodiliens, ces muscles se réduisent à un faisceau sterno-coracoïdien, de môme aussi on trouve chez bien des Mammifères, le Bœuf entre autres, le releveur de l’anus réduit à sa portion iscbialique et ne formant ainsi qu’un étroit faisceau musculaire.
Mais on peut pousser plus loin les rapprochements entre le petit pectoral et les muscles des parois internes du bassin. Nous avons vu que le muscle ischio-coccygien était réellement une partie supérieure du releveur de l’anus. Au-dessus de l’ischio-coccygien se trouve le muscle pyramidal, qui s’insère d’une part par deux ou trois digitations à la face antérieure du sacrum, dans l’intervalle des gouttières qui font suite aux trous sacrés antérieurs et au niveau de ces gouttières, c’est-à-dire sur les côtes sacrées, et
proprement coracoïclienne du petit pectoral. C’est ainsi que, chez le Lion, le muscle va s’insérer sur le bord supérieur de la cavité glénoïde, et que, suivant M. Auzoux, pareille disposition se retrouverait chez le Gorille. Or, nous savons que ce bord supérieur n’est autre chose que le coracoïde réduit à sa portion basilaire. Chez d’autres Mammifères, des traces de ces insertions coracoïdiennes doivent certainement se retrouver comme dépendances de l’aponévrose sous-deltoïdienne. Enfin, chez l’Homme on a observé des cas anormaux reproduisant cette insertion glénoïdieune supérieure, et par conséquent caracoïdienne du petit pectoral.
d’autre part par un tendon arrondi à la partie postérieure du bord supérieur du grand trochanter. Les trois muscles : releveur de l’anus, ischiococcygien et pyramidal, peuvent être réunis en une seule lame musculaire insérée sur les côtes sacrées et coccygiennes, et présentant une série supéroinférieure d’insertions proximales sur la région costale réduite au sacrum et au coccyx, et sur le raphé fibreux pubien qui leur fait suite. Les insertions distales sont trochantériennes pour les faisceaux supérieurs (pyramidal), ischiatiques pour les suivants (ischio-coccygien et faisceaux ischiatiques du releveur), aponévroliques et pubiennes pour les faisceaux inférieurs (portion aponèvrotique et pubienne du releveur).
Cette disposition rappelle d’une manière remarquable le muscle petit pectoral de certains Mammifères (Cheval, Mouton, Lapin, etc.). Ce muscle forme également une lame musculaire très-étalée dans laquelle se distinguent des faisceaux antérieurs (sterno-huméraux , sterno-costo-lrochiniens et trochilériens), que nous avons rapportés à une dépendance, à une différenciation du grand pectoral, et qui, quelquefois nettement distincts (Mouton), peuvent rationnellement être rapprochés du pyramidal. Les faisceaux postérieurs du muscle, qui sont coracoïdiens et sus-scapulaires, représentent, comme nous l’avons vu, les faisceaux ischiatiques, pubiens et iliaques (ligament de Poupart) des muscles ischio-coccygien et releveur de l’anus.
Les muscles grand pectoral (portion sterno-costale) et petit pectoral n’ont pas au bassin d’autres représentants que ceux que je viens de signaler. Outre que le sternum fait défaut à la ceinture pelvienne, les côtes y présentent un raccourcissement très-prononcé et qui s’accentue très-rapidement vers l’extrémité de la région sacro-coccygienne. Ainsi s’explique le faible développement de ce plan musculaire qui au thorax est dans son plus bel épanouissement, parce que le squelette sterno-costal y possède son développement extrême ; ainsi s’explique également au pelvis le transport de ce plan musculaire qui a suivi le retrait en arrière des masses costales, où il prend naissance.
Rechercher si le pyramidal représente précisément le grand pectoral ou seulement les faisceaux qui se détachent de ce muscle pour entrer dans la composition du petit pectoral, me paraît une question au fond assez oiseuse,
et, dans tous les cas, très-difficilement soluble. On peut toutefois penser que la deuxième solution est la plus rationnelle, car la couche superficielle des muscles pectoraux a dû disparaître la première en même temps que le sternum et les côtes sternales. Le pyramidal serait donc particulièrement la portion humérale du petit pectoral des Mammifères et représenterait assez exactement au bassin le second pectoral des Oiseaux, avec lequel il a de réelles analogies de forme et d’insertions humérales.
La portion claviculaire du grand pectoral disparaît au bassin, comme elle disparaît à l’épaule chez les animaux non claviculés. C’est là une des preuves de l’absence de clavicule au bassin. Pas de muscles, pas d’os.
Je m’arrête dans la poursuite de ces comparaisons pleines d’intérêt. Le muscle petit pectoral, par ses particularités remarquables, a attiré longuement mon attention ; mais il est temps de rechercher les homologies des autres muscles des deux ceintures.