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comme deux coraco-brachiaux, et dont l’un est supérieur et l’autre inférieur. Le muscle supérieur s’attache sur la face supérieure ou profonde du coracoïde et de l’épicoracoïde d’une part, et d’autre part sur la tubérosité interne de l’humérus. Il représente d’une manière très-exacte le chef coracoïdieq de l’obturateur interne de l’Oiseau.

Le muscle inférieur, ou coraco-brachial inférieur, part du tubercule externe de l’extrémité postérieure ou interne du coracoïde, au-dessous du chef coracoïdien du biceps, et se porte sur la crête épitrochléenne (sur le tiers inférieur seulement, chez l’Ornithorynque ; sur toute l’étendue, chez l’Échidné). Ce muscle possède les insertions coracoïdiennes et humérales du vrai coraco-brachial des Sauriens, des Chéloniens et des Crocodiliens. 11 a avec l’insertion coraco'idienne du biceps les mêmes relations de voisinage que chez ces animaux et chez les Oiseaux : c’est donc un véritable coraco-brachial et non le chef coracoïdien de l’obturateur externe.

Ce dernier muscle peut être reconnu dans un faisceau décrit et figuré par Owen comme la portion antérieure du deltoïde. Ce faisceau charnu pyramidal naît de la face inférieure de l’extrémité antérieure du coracoïde, et va s’insérer sur le sommet de la crête deltoïdienne de l’humérus. Ce muscle, situé sous le pectoral et recouvrant le coracoïde, reproduit exactement les relations du muscle supracoracoïdien des Sauriens, et peut être considéré avec lui comme le chef coracoïdien de l’obturateur externe. Il ne saurait, dans tous les cas, être considéré comme un deltoïde, car le deltoïde n’est pas un muscle coracoïdien .

Les chefs précoracoïdiens font défaut comme l’élément osseux qui devrait leur servir d’attache.

Quant aux chefs scapulaires, ils existent clairement pour les deux obturateurs. Le chef scapulaire interne est formé par un petit muscle distinct du sous- scapulaire et qui répond au chef scapulaire interne des Oiseaux. Il n’occupe que la face interne du col de l’omoplate et se porte vers la tubérosité interne, où il se termine, près du sous-scapulaire. C’est, pour ainsi dire, un petit rond interne distinct du sous-scapulaire, tandis qu’il est confondu avec lui chez les autres Mammifères. Le chef scapulaire externe, au contraire, est représenté par un faisceau axillaire du sous-épineux qui ne se différencie pas en petit rond externe.

Il résulte de In longue étude que je viens de faire quelques conséquences qui peuvent être formulées de la manière suivante.

1° Il existe à la ceinture thoracique, comme à la ceinture pelvienne, des muscles obturateurs qui ont trois chefs plus ou moins développés, correspondant aux éléments osseux des deux ceintures, et constituant la couche la plus profonde des muscles. Ces faisceaux convergent sur les tubérosités de l’extrémité supérieure de l’humérus et du fémur;

2° Il y a donc identité de plan et de type dans les deux ceintures, aussi bien au point de vue musculaire qu’au point de vue osseux ;

3° Les obturateurs peuvent manquer d’un ou de plusieurs chefs ;

4° L’absence simultanée des chefs interne et externe de l’un des rayons est toujours liée à l’absence de l’élément osseux qui lui sert d’insertion, ou à son état imparfait de développement ;

5° Un obturateur peut faire défaut et l’autre être bien développé. L'obturateur interne pelvien n’existe pas chez les Chéiroptères, dont le bassin est très-grêle. Il paraît faire défaut chez les Monotrêmes. Mais je pense que ce dernier point demanderait un examen plus approfondi.

Moyen fessier. — Sus-épineux et sous-épineux. — Il me reste, pour compléter l’élude du groupe de muscles dont je m’occupe actuellement, à établir les homologies du muscle moyen fessier d’une part, et des muscles sus et sous-épineux de l’autre.

Les muscles qui nous occupent n’existent pas chez tous les Vertébrés. On peut affirmer, en effet, qu’étant des muscles de perfectionnement, des muscles de luxe, ils n’existent que dans certains groupes, et que, là où ils se sont développés, le système osseux présente une conformation et un développement correspondants. C’est ainsi que les muscles sus et sous-épineux proprement dits, tels qu’on les observe chez les Mammifères, n’existent que là où l’omoplate s’est élargie pour former une aile large, sur les faces de laquelle les insertions des muscles sus et sous-épineux et du sous-scapulaire trouvent leur place. Ainsi, chez les Amphibiens, chez les Reptiles et chez les Oiseaux, où le scapulum est réduit à sa portion axiale plus ou moins aplatie, et où les fosses sus et sous -scapulaires font défaut, il n’y a proprement et rigoureusement ni muscle sus-scapulaire ni muscle sous-

scapulaire. Les seuls muscles que l'on retrouve sont les chefs scapulaires des obturateurs thoraciques, ou petits ronds interne et externe, et le grand rond, que nous verrons être avant tout un muscle de l’épi-scapulum axial.

11 en est de même du moyen fessier, qui est un muscle appartenant essentiellement à l’aile antérieure de l’iléon, et que nous ne retrouverons en réalité que dans les groupes de Vertébrés dont l’iléon présentera de la tendance au développement de l’aile iliaque. C’est ainsi que nous ne le trouverons nettement caractérisé et différencié que chez les Mammifères et chez les Oiseaux.

Le moyen fessier tapisse la fosse iliaque externe comme le muscle iliaque tapisse la fosse iliaque interne. Mais il y a cette différence que, tandis que l’iliaque atteint le détroit supérieur du petit bassin et occupe toute la fosse correspondante, le moyen fessier n’appartient qu’à la portion postéro-supérieure de la fosse iliaque externe, la portion antéro-inférieure ou axiale de cette fosse étant occupée par le petit fessier. 11 résulte de là que le moyen fessier ne représente à la face externe de l’iléon qu’une portion du muscle iliaque. Examinons quelle est la signification de cette portion et du muscle moyen fessier lui-même.

L’iliaque est en réalité un muscle de l’iléon axial qui s’étend à l’aile antérieure de l’iléon, quand celte dernière se développe. Aussi le retrouvet-on sur l’iléon axial des Amphibiens et des Reptiles, où l’aile iliaque n’est pas développée, ainsi que sur celui des Oiseaux et des Mammifères sans aile iliaque ou à aile iliaque peu prononcée. Seulement, il est alors réduit à un faisceau étroit, et il ne devient important et étalé que quand l’aile iliaque se développe.

Envisagé à ce point de vue, l’iliaque interne des Mammifères peut être considéré comme formé de deux faisceaux. L’un serait l’iliaque axial antérieur, naissant de la région axiale de l’iléon et bordant le détroit supérieur. C’est l’iliaque primitif, dont on constate la présence chez tous les Verlèbrés, où il occupe sur la région antérieure de l’iléon, soit le bord antérieur, soit les faces interne et externe, et qui existe seul chez les Mammifères qui n’ont pas d’aile iliaque (Lièvre, Kanguroo, Monotrêmes, etc). L'autre faisceau, iliaque secondaire ou aléal (de l’aile) proprement dit, est un faisceau de perfectionnement de l’iliaque primitif, dont l’existence est liée au dévelop-

pement d’une aile iliaque et d’une fosse iliaque interne dont il occupe l’étendue.

L’iliaque axial antérieur est un muscle primitif, autonome, qui est à la face interne de l’iléon ce qu’est à la face externe la portion antérieure du petit fessier. C’est un chef iliaque antérieur de l’obturateur interne. Le chef iliaque postérieur de l’obturateur interne naissant au-dessous du détroit supérieur, constitue un iliaque axial postérieur. A lui correspond, sur la face externe de l’iléon, la portion postérieure ou marginale du petit fessier.

L’iliaque aléal est un muscle secondaire qui est à la face interne de l’aile iliaque ce que le moyen fessier est à la face externe.

Les iliaques axiaux antérieur et postérieur sont les homologues directs des faisceaux axiaux du sous-scapulaire, c’est-à-dire des faisceaux insérés sur ce bourrelet axial du scapulum que j’ai.décrit comme formant le détroit supérieur du bassip scapulaire (PL VI, fi(j. 12, det. sup.sc.ax.).

L’illiaque axial antérieur représente proprement le chef scapulaire antérieur de l’obturateur interne des Ampliibienset des Reptiles, qui sort, comme l’iliaque antérieur, par l’orifice antérieur de la ceinture. Chez les Reptiles, du reste, l’iliaque axial antérieur est accompagné du chef pubien de l’obturateur interne pelvien, comme le chef scapulaire antérieur est accompagné du chef précoracoidien de l’obturateur interne thoracique.

L’iliaque axial postérieur représente proprement le chef scapulaire postérieur de l’obturateur interne thoracique des Amphibiens et des Reptiles ; et, de même que chez ces animaux l’iliaque axial postérieur s'unit au chef ischiatique pour sortir par l’oriûce postérieur de la ceinture, de même aussi le chef sous-scapulaire postérieur s’unit au chef coracoïdien, quand il existe, pour sortir par l’orifice postérieur de la ceinture.

L’iliaque aléal est l’homologue direct de la portion du sous-scapulaire qui est logée dans la fosse sous-scapulaire proprement dite.

L’iliaque axial antérieur et l’iliaque aléal n’ont pas de délimitation précise et évidente, l’un étant pour ainsi dire une émanation de l’autre. Il en est de même du sous-scapulaire axial et du sous-scapulaire aléal. Mais il y a ceci de particulier que le sous-scapulaire axial des Mammifères représente probablement à la fois le chef scapulaire antérieur et le chef scapulaire postérieur de l’obturateur interne des Amphibiens et des Reptiles, tandis que l’iliaque

axial antérieur des Mammifères ne représente que le chef iliaque antérieur de l’obturateur interne, le chef iliaque postérieur en étant toujours nettement séparé.

Cette différence tient certainement à ce que, chez les Mammifères, la ceinture pelvienne conservant tous ses éléments typiques et essentiels dans un état suffisant de développement, la ceinture thoracique s’éloigne du type primitif, par suite de l’atrophie plus ou moins complète des deux éléments ventraux (coracoïde et précoracoïde).

L’iliaque axial antérieur peut être marginal (Reptiles, Ruminants) ou externe (Lièvre, Kanguroo, Monotrêmes, Oiseaux, etc.) ou à la fois interne et externe (Homme, Singes supérieurs, etc.).

Le sous-scapulaire axial antérieur, qui est indépendant et isolé chez les Reptiles et chezles Amphibiens, peut être marginal, ou interne, ou bien à la fois interne et externe.

Chez les Mammifères, il est forcément et exclusivement interne, attendu que l’aile de l’omoplate qui s’élève du bord antérieur du scapulum axial lui interdit toute relation avec la face externe du scapulum.

Quant au sous-scapulaire axial postérieur, qui est indépendant chez les Reptiles et chez les Amphibiens, et qui semble exister seul chez les Oiseaux, il est presque toujours interne, mais il peut être aussi marginal, et parfois même à la fois interne et externe (. subcoraco-scapularis des Sauriens, Chéloniens, Crocodiliens.

Le muscle petit rond des Mammifères est à la face externe du scapulum axial ce qu’est à la face interne le sous-scapulaire axial. C’est dire par conséquent que les muscles sus et sous-épineux sont, à la face externe du scapulum, les représentants de la portion aléale du muscle sous-scapulaire. Il y a entre ces derniers muscles des relations de même ordre que celles qui relient le moyen fessier à l’iliaque aléal'.

Les muscles sus et sous-épineux ne doivent point être considérés comme deux muscles distincts. C’est un seul et même muscle, le sus-scapulaire,

1 Dans la dernière partie de ce travail, quand j'essayerai de systématiser les muscles des deux ceintures et d'en retrouver le type général et primitif, j'aurai l’occasion de compléter mes vues à ce sujet.

dont un des nombreux interstices cellulaires est occupé dans une étendue variable par une lamelle osseuse, l’épine scapulaire, qui ne se développe que tard, comme un plissement de la surface externe du scapulum cartilagineux et sans point d’ossification spécial.

Cet interstice osseux existe aussi à la face externe de l’iléon, sous la forme d’une saillie verticale que j’ai décrite sous le nom de saillie iliaque, qui n’est qu’un rudiment d’épine, et qui ne parvient pas à séparer en deux muscles distincts les faisceaux du moyen fessier. J’ai déjà réfuté l’opinion de M. Sappey, qui assimile l’épine du scapulum à la ligne demi-circulaire antérieure ou ligne de séparation du petit et du moyen fessier. L’étude des muscles vient aussi combattre cette vue peu philosophique et démontrer que cette ligne demi-circulaire antérieure correspond en réalité à la ligne de séparation du sous-épineux et du petit rond.

Le moyen fessier, en effet, est exactement, au bassin, l’homologue des muscles sus et sous-épineux de l’épaule. Il y a similitude d’insertions à la face externe des ailes iliaque et scapulaire et sur les grandes tubérosités du fémur et de l’humérus : similitude d’action, puisqu’ils sont tous rotateurs en dehors; et similitude de connexions, étant l’un et l’autre placés entre les muscles petit fessier et petit rond qui sont homologues, et les muscles grand fessier et grand rond, dont je me réserve de démontrer l’homologie.

De l’étude des muscles du scapulum et de leur présence ou de leur absence, on peut déduire quelques considérations intéressantes sur la composition du scapulum dans les divers groupes de Vertébrés. Chez les Amphibiens, chez les Reptiles et chez les Oiseaux, le scapulum, manquant des muscles sus et sous-scapulaire proprement dits, se trouve réduit à sa portion axiale. L’aile du scapulum, c’est-à-dire le lieu d’insertions des sus et sous-épineux et du sous-scapulaire proprement dit, ne se développe que chez les Mammifères, et constitue une disposition du squelette de l’épaule propre à ce groupe de Vertébrés. C’est là un résultat de l'étude du système osseux en lui-même; mais c’est un résultat aussi de l'étude des muscles et une conséquence de ce principe dont je poursuis la démonstration, et qui subordonne l'appareil osseux à l’appareil musculaire. L’os existe parce que le muscle en a provoqué la formation, et, par suite, l’os fait défaut là où manque le muscle. — Pas de muscles, pas d’os.

Gegenbaur a établi que chez les Mammifères l’adaptation aux fondions des membres antérieurs détermine l’élargissement de l’extrémité dorsale de l’omoplate (base du scapulum) et conduit à la forme qui existe chez les Singes et chez l’Homme. Mais je tiens à faire remarquer que l’examen des os eux-mêmes montre que cet élargissement ne se fait pas également dans tous les sens, et que c’est la partie antérieure à l’axe du scapulum, ou scapulum axial, qui se développe fortement pour former l’aile du scapulum. Le scapulum reptilien et surtout le scapulum d’Oiseau sont réduits à la portion axiale ; le scapulum de Mammifère s’en distingue par le développement en avant d’une aile antérieure plus ou moins considérable, tandis que la portion axiale constitue la zone axillaire de l’omoplate.

Avant de clore ce sujet, je dois rappeler que nous avons trouvé chez les Monotrêmes un muscle sus-épineux que l'on a considéré comme naissant de la face interne du col de l’omoplate (Alix; loc. cit.). C’est là une erreur. Ce muscle naît d’une fosse sus-épineuse formée par une vraie épine de l’omoplate, que surmonte un acromion.il manque à cette fosse sus-épineuse sa paroi interne ou scapulaire proprement dite, qui la séparerait de la fosse sous-scapulaire. Ces vues sont démontrées par l’étude du muscle sus-épineux, qui existe comme muscle distinct du sous-scapulaire, et qui tire un caractère non douteux de son insertion sur la grosse tubérosité de l’humérus. L’existence indépendante d’un muscle sus-épineux bien caractérisé confirme donc l’existence d’une apophyse scapulaire. C’est là encore une application du principe ci-dessus.

Grand dorsal. — Grand rond. — Deltoïde. — Grand fessier. — Tenseur du fascia lata. — Le moignon de l’épaule, chez l’Homme, est recouvert par une couche continue et superficielle de muscles et d’aponévroses. On trouve d’abord en arrière le grand dorsal, puis le grand rond, puis une aponévrose qui tapisse la face externe du sous-épineux et qui atteint le bord postérieur du deltoïde, pour former, en se dédoublant, l’aponévrose enveloppante de ce dernier muscle. La saillie de la région trochantérienne, qui représente pour le membre inférieur le moignon de l’épaule, est également recouverte par une couche continue et superficielle de muscles et d'aponévroses qui sont exacte-

roenl comparables à ceux du moignon de l’épaule et qui en sont exactement les homologues. Ce sont, d’arrière en avant, le muscle grand fessier, l’aponévrose du moyen fessier et le muscle tenseur du fascia lata ; je vais en établir les homologies.

Le muscle grand dorsal s’insère, d’une part : 1° sur les apophyses épineuses des six ou sept dernières vertèbres dorsales et des vertèbres lombaires et sacrées ; 2° au tiers postérieur de la crête iliaque ; 5° aux trois ou quatre dernières côtes ; d’autre part, dans le fond de la coulisse bicipitale de l’humérus.

Le muscle grand rond naît : l°de la fosse sous-épineuse, dans l’étendue d’une surface rugueuse (PI. V, fig. 2, surf, rug.) qui occupe la partie inférieure et externe de cette fosse, en dehors du muscle sous-épineux; 2° de l’aponévrose qui le sépare du muscle sous-épineux. Il va s’insérer à la lèvre postérieure de la coulisse bicipitale de l’humérus. Il est à remarquer que les fibres du grand dorsal et celles du grand rond présentent un certain degré de torsion vers leur insertion humérale, et que le grand dorsal contourne le bord inférieur du grand rond et vient se placer au-devant de lui. Il résulte de là que ces deux muscles, qui paraissent tout à fait distincts, se réunissent en une grande masse musculaire tordue, qui forme en réalité une masse unique à partir de l’angle inférieur de l’omoplate. Cela est si vrai qu’il existe souvent un faisceau simple ou double, naissant de l’angle inférieur de l’omoplate, allant se joindre aux fibres du grand dorsal et témoignant des tendances à la fusion des deux muscles. Cette disposition, exceptionnelle chez l’Homme, est constante chez l’Échidné, dont le grand rond envoie toujours au grand dorsal un faisceau qui va, avec ce muscle, s’attacher immédiatement au-dessus de la trochlée. Chez les Reptiles, les deux muscles dont il est ici question se confondent vers leur extrémité humérale et ont une insertion commune.

Enfin je dois noter que du tendon du grand dorsal part une expansion fibreuse qui se continue avec l’aponévrose brachiale. Cette aponévrose devient même parfois musculaire et constitue alors, chez l’Homme, un véritable muscle anormal qui, partant du bord inférieur du grand dorsal, va s’insérer à l’olécràne.

L’homologue pelvien des deux muscles que nous venons d’étudier et

dont je désignerai l’ensemble, pour abréger, sous le nom de groupe grand rond-dorsal, se retrouve d’une manière très-exacte dans le muscle grand fessier. Quelles sont en effet les insertions de ce muscle? Il est, comme le groupe grand rond-dorsal, le plus superficiel des muscles de la région postérieurede la ceinture correspondante. 11 s’insère, d’une part : 1° sur la crête sacrée ou apophyses épineuses des vertèbres sacrées ; 2° quelquefois aux tubercules sacrés latéraux ou apophyses transverses des vertèbres sacrées, et aux bords du coccyx ; 5° au ligament sacro-iliaque vertical et au bord externe de l'aponévrose commune des muscles spinaux postérieurs ; 4° à la face postérieure du grand ligament sacro-sciatique ; 5° à la face postérieure de l’aponévrose du moyen fessier ; et 6° à la ligne demi-circulaire postérieure de l’os coxal et à toute la portion rugueuse de la fosse iliaque externe qui est située en arrière de cette ligne tPl. Y, fig. 1, surf, rug .)

D’autre part, le grand fessier s’attache à la division externe et supérieure de la ligne âpre.

Les insertions des deux muscles sont frappantes par leur identité. 11 faut, en effet, faire abstraction pour l’un et pour l’autre des insertions que j’appellerai consécutives et accidentelles, pour ne considérer que les insertions essentielles et primitives. Les insertions consécutives et accidentelles sont, pour le grand dorsal de l’Homme, les insertions sur la crête iliaque. L’insertion iliaque est due au passage de l’aponévrose superficielle de muscles lombaires postérieurs sur cette crête, où elle contracte des adhérences. Ces insertions iliaques, obtenues par l’intermédiaire de cette large aponévrose, n’ont jamais lieu chez les Mammifères.

Les insertions costales n’existent pas toujours chez les Mammifères. Elles manquent chez le Cheval, existent chez le Porc, chez le Chien, etc. Elles font défaut chez les Chéiroptères et chez l’Échidné, et se trouvent chez l’Ornithorynque. Elles ont lieu chez les Oiseaux, chez beaucoup de Sauriens kionocràniens (Jüromastix , Varanus), chez les Chamæléonides, et manquent chez les Crocodiliens. Elle sont donc peu constantes, mais peuvent cependant être regardées comme des attaches sur les appendices latéraux des vertèbres. A ce titre, elles sont représentées, pour le grand fessier, par les insertions sur les tubercules latéraux, ou apophyses transverses des vertèbres sacrées, insertions qui ne sont du reste pas constantes.

Pour le grand fessier, les insertions accidentelles sont les insertions sur les ligaments sacro-sciatiques. Ce sont des adhérences de voisinage et non des insertions essentielles, puisqu’elles font complètement défaut chez les animaux qui, comme les Reptiles, ne présentent pas des éléments fibreux analogues à ces ligaments dans la ceinture pelvienne.

Les insertions essentielles sont, pour les deux muscles : ries apophyses épineuses des régions delà colonne vertébrale placées en arrière des ceintures correspondantes (régions dorsale postérieure, lombaire et sacrée pour le grand dorsal, régions sacrée et coccygienne pour le grand fessier) ; 2° la portion de la face externe de l’iléon et du scapulum voisine de l’angle postérieur de ces os, région rugueuse placée en arrière du moyen fessier et du sous-épineux, muscles homologues, et région enfin appartenant surtout à la portion postérieure de l’épiélément (épiiléon pour le grand fessier , épiscapulum pour le grand rond ).

Quanta l’insertion distale, elle est semblable dans les deux cas (partie supérieure de la ligne âpre, soit au fémur, soit à l’humérus). Je dois noter aussi pour le grand fessier un certain degré de torsion des fibres, quoique bien moindre que dans le groupe grand rond-dorsal. Enfin, le grand fessier présente sur l’aponévrose fascia lata ou aponévrose fémorale une insertion dont il faut tenir compte et qui rappelle l’insertion du grand dorsal sur l’aponévrose brachiale. L’un et l’autre des deux muscles tendent par là même, chez l’Homme, à contracter des rapports directs avec le second article du membre correspondant. Ces rapports, qui existent chez l’Homme à l’état de vestige, présentent chez les animaux des degrés plus élevés de développement. Chez le Chien, notamment, un faisceau se détache du bord axillaire du grand dorsal et se porte sur l’olécrâne. Chez les Singes, il se détache aussi de ce même bord un ruban musculaire qui va se fixer surl’olécrâne et même sur l’épitrochlée.

Pour ce qui regarde le grand fessier, il présente chez certains Mammifères des relations remarquables avec la région tibiale. C’est ainsi que chez le Cheval il existe un muscle désigné par les vétérinaires sous le nom de long vaste, divisé en deux portions, dont l’antérieure, insérée sur l’épine sacrée, le ligament sacro-sciatique, l’aponévrose d’enveloppe des muscles coccygiens et la tubérosité ischiatique, va se terminer sur l’empreinte circu-

laire située derrière la crête sous-trochantérienne par une branche fibreuse qui se détache du tendon profond, et sur la face antérieure de la rotule, en s’unissant avec le ligament rotulien externe. Chez le Boeuf, le Mouton, la Chèvre, le muscle ne s’attache pas sur le fémur, mais seulement sur la rotule, en s’unissant avec le ligament rotulien externe. La portion postérieure du long vaste naît de la crête de la tubérosité ischiatique, où elle s’unit avec l’antérieure , et son aponévrose terminale se répand sur les muscles tibiaux pour constituer l’aponévrose jambière, et va s’insérer sur la crête tibiale.

Ce muscle long vaste, dont les insertions ischiatiques sont consécutives et résultent de l’adhérence de l’aponévrose et des fibres profondes du muscle sur la tubérosité et la crête saillante de l’ischion1, ce muscle, dis-je, représente cette portion du grand fessier de l’Homme qui se termine sur l’aponévrose crurale et dont l’importance a décru chez l’Homme et chez les Singes à mesure que la portion insérée sur le fémur prenait un développement plus considérable. Ce muscle long vaste est du reste distinct du tenseur du fascia lata , que nous allons retrouver et qui lui est antérieur.

J’espère avoir suffisamment établi l’homologie du grand fessier avec le groupe grand rond-dorsal. Les différences de forme que présentent ces deux muscles ont à peine besoin d’être expliquées. Les muscles grand rond-dorsal, séparés à l’épaule, où le scapulum est indépendant et éloigné de la colonne vertébrale, se réunissent pour former le grand fessier au bassin, où l’iléon adhère solidement et largement aux vertèbres sacrées.

Le grand fessier peut du reste exceptionnellement reproduire d’une manière exacte cette bifidité du grand rond-dorsal, puisqu’on a vu les insertions

1 L'anatomie comparée prouve suffisamment cette proposition en montrant que ces insertions ischiatiques n’existent que là où l’ischion fait une saillie considérable en arrière, et qu'elies font défaut là où l’ischion est peu saillant, comme chez l’Homme et chez les Singes. Les muscles fessiers, qui forment une couche superficielle, sont essentiellement des muscles de la colonne vertébrale et de l’iléon. Je profite de cette circonstance pour insister ici sur ees insertions consécutives des muscles, auxquelles on n'a pas prêté l’attention qu’elles méritent, et qui portent un trouble profond dans l’étude des homologies musculaires, qu’elles masquent et obscurcissent. Je recommande à ce sujet l’étude des muscles fessiers du Cheval et des Ruminants, sur lesquels cette observation est propre à jeter un certain jour qui fait passablement défaut dans les traités classiques d'anatomie vétérinaire.

inférieures (sacrum et coccyx) donner naissance à un muscle distinct [agitator caudœ) dont on trouve l’homologue chez certains Mammifères, chez les Oiseaux et chez les Reptiles.

Le grand fessier est continué en avant et en haut par l’aponévrose puissante qui recouvre le moyen fessier, de même que le grand rond-dorsal est continué en avant et en haut par l’aponévrose puissante qui recouvre le sousépineux.

Le bord antérieur de l’aponévrose du moyen fessier se divise en deux lames, entre lesquelles se loge le muscle du fascia lata ; le bord antérieur de l’aponévrose du sous-épineux reçoit dans son dédoublement les faisceaux du deltoïde scapulaire. Le deltoïde scapulaire a pour homologue le muscle du fascia lata. C’est ce qu’il est facile d’établir.

Le deltoïde scapulaire s’attache au bord postérieur de l’épine scapulaire dans toute sa longueur, et au bord externe de l’acromion. L’insertion inférieure du deltoïde, considérée dans son ensemble (portions scapulaire et claviculaire réunies), se fait à l’empreinte delto'idienne de l’humérus. A cette insertion, que les anthropotomistes ont le tort de considérer comme unique, il convient d’en ajouter une autre. Le tendon terminal du deltoïde s’unit en effet, surtout par son bord postérieur ou scapulaire, avec l’aponévrose brachiale, dont il devient le muscle tenseur.

Le tenseur du fascia lata naît de la partie antérieure de la lèvre externe de la crête iliaque, à partir delà tubérosité ou éminence de cette crête jusqu’à l’épine iliaque antérieure et supérieure. Or, la tubérosité de la crête iliaque ou éminence iliaque (PI. Y, fig. 1, em. il.) est le point de départ de la saillie de l’iléon, et est représentée par conséquent sur le scapulum par le point de départ de l’épine du scapulum (PI. Y ,fig. 2, em. sc.). Les faisceaux charnus nés de cette insertion se terminent vers le quart ou le tiers supérieur de la cuisse en formant une bande fibreuse épaisse qui, unie avec l’aponévrose fémorale, va s’insérer sur le tubercule externe de la tubérosité antérieure du tibia.

On peut légitimement conclure de cette description que le muscle du fascia lata représente chez l’Homme un deltoïde scapulaire réduit à la portion qui part de la base de l’épine de l’omoplate et va s’insérer sur l’aponévrose brachiale. L’absence d’insertions fémorales comparables aux

insertions humérales s’explique par le faible développement de ce muscle, qui n’est représenté chez l’Homme que par des éléments très-réduits. Ces insertions fémorales se retrouvent en effet chez les Mammifères dont le muscle du fascia lata est plus complet. Chez le Cheval, notamment, qui a un beau muscle tenseur, l’aponévrose du fascia lata ou tendon du muscle se divise en deux feuillets superposés : l’un, superficiel, s’unit à l’aponévrose fessière et. fémorale; l’autre, profonde, s’insinue entre le long vaste externe, se réunit au tendon terminal du fessier superficiel et s’insère au bord externe du fémur.

L’insertion du muscle du fascia lata au-devant de la tubérosité ou éminence de la crête iliaque jusqu’à l’épine iliaque antérieure et supérieure n’est pas représentée dans le deltoïde humain, qui ne s’insère pas sur le bord interne ou épiscapulaire de l’omoplate jusqu’à l’angle supérieur interne.

Mais ces insertions du deltoïde sur le bord épiscapulaire du scapulum s’observent très-généralement chez les Amphibiens et chez les Reptiles, et parfois aussi chez les Mammifères. Il existe en effet chez les Chéiroptères, dans le muscle deltoïde, trois portions: une claviculaire, une acromiale, et une sous-épineuse'. Cette dernière, spinale ou sous-épineuse, signalée par Cuvier et par Macalister, s’insère à la moitié interne de l’épine et à toute la portion du bord interne ou spinal de l’omoplate qui se trouve au-dessous de l’épine, et va se terminer sur la crête deltoïdienne de l’humérus. Celte portion sous-épineuse du deltoïde rétablit la continuité de la couche formée par le grand rond-dorsal et le deltoïde, couche interrompue chez l’Homme par la présence de l’aponévrose sous-épineuse. Chez les Chéiroptères, cette aponévrose est remplacée par une vraie couche musculaire. Chez les Sauriens, chez les Crocodiliens, la couche grand dorsal, grand rond et deltoïde est continue ou presque continue.

Chez les Oiseaux, la couche du grand fessier et du tenseur est pour ainsi dire un seul et même muscle, à la fois charnu et aponévrotique.

L’étude des muscles précédents me permet d’apporter un argument de grande valeur contre la conception de Graliolet, qui considérait l’aile iliaque comme représentant l’épine scapulaire, et le muscle iliaque interne

1 Maisonneuve; loc. cit.; pag. 231.

comme le muscle sus-épineux de la ceinture pelvienne. J’ai déjà eu l’occasion de combattre cette idée, si séduisante je l’avoue, que j’éprouve le besoin de la discuter encore.

Si l’aile iliaque du bassin humain était une véritable épine scapulaire, ce serait une épine ayant atteint un haut degré de développement. Elle devrait être le lieu d’insertions de muscles homologues à ceux de l’épine scapulaire, et même puissamment développés. Or, il n’en est rien. L’iliaque serait un sus-épineux relativement médiocre. Le tenseur du fascia lata devrait s’insérer à toute la crête iliaque et y représenter un muscle deltoïde puissant et très-étendu. On ne comprendrait pas l’état rudimentaire auquel il est réduit, et qui s’explique si bien quand on considère, ainsi que je l’ai fait, l'iléon comme n’ayant qu’un rudiment d'épine représenté par la saillie iliaque, saillie enfouie dans l’épaisseur des muscles fessiers et ne devenant un lieu d’insertions pour le deltoïde ou tenseur du fascia qu’à la tubérosité de la crête iliaque ou éminence iliaque '.

De plus, on aurait le droit de s’étonner de ne pas retrouver sur l’épine scapulaire des insertions musculaires qui existent sur l’aile de l’iléon. L’acromion devrait donner insertion à un couturier, l’épine scapulaire à un droit antérieur. Or, l’épine du scapulum ne présente rien de pareil, et nous trouverons les homologues de ces muscles sur d’autres points du scapulum.

A ces raisons de ne point assimiler l’iliaque au sus-épineux, et par conséquent l’aile iliaque à l’épine du scapulum, vient s’ajouter la différence remarquable que présentent les insertions mobiles des deux muscles. La suite de ce travail démontrera en effet que le trochantin, auquel s’insère

1 La plupart des anatomistes qui se sont occupés de la question ont considéré le deltoïde comme l’homologue du grand fessier. Ces deux muscles n'ont de commun que leur structure fasciculée et leur volume -, mais ils diffèrent essentiellement par leurs insertions. Le deltoïde n’est jamais un muscle naissant des vertèbres -, il est exclusivement scapulaire et cléidien, soit chez les animaux, soit chez l’Homme, où l'on ne connaît même aucune anomalie de ce genre. Mais, en supposant même que le deltoïde fût l'homologue du grand fessier, si l’aile de l’iléon représentait l'épine scapulaire, on aurait le droit de s’étonner qu’un deltoïde fémoral s’insérât uniquement sur l'iléon axial et sur l’extrémité postérieure de la base de l'épine, et n’eût pas ses insertions étendues à toute la crête iliaque si puissante, qui représenterait la crête de l’épine scapulaire. Les insertions si réduites du tenseur du fascia lata sont bien plus en rapport avec l’état rudimentaire d’une épine de l’iléon, telle que je la comprends dans ce Mémoire.

l’iliaque, n’est nullement une tubérosité terminale supérieure du fémur, mais une éminence de sa diaphyse qui a pour homologue précis la crête deltoïdienne de l’humérus, et non le trochiter huméral, qui est une portion du chapiteau huméral, et sur lequel s’insère le sus-épineux. Ces deux insertions, qui sont d’une constance très-remarquable chez tous les Vertébrés, méritent qu’on attache quelque valeur aux différences qu’elles présentent.

Ces arguments, auxquels j’ajoute une grande importance, en vertu des corrélations étroites que j’ai partout observées et établies entre les parties osseuses et les parties musculaires, ne me paraissent laisser aucun doute sur la solution d’une question très-délicate, et qui a été pour moi le sujet de longues réflexions et de méditations prolongées.

Pectiné. — Adducteurs fémoraux. — Coraco-brachial. — La région interne de la cuisse, chez l’Homme, comprend cinq muscles qui sont les quatre adducteurs et le droit interne.

Les quatre adducteurs doivent être divisés en deux groupes très-naturels : le premier groupe comprend les adducteurs pubiens ayant pour point de départ le pubis ; le second comprend les adducteurs dont le point d’attache estsur l’ischion ou adducteurs ischiatiques.

Les adducteurs pubiens comprennent trois muscles :

1° Le pectiné ou premier adducteur superficiel part de l’épine du pubis, de la crête pectinéale, de la surface triangulaire qui est au-devant de cette crête, et d’une arcade aponévrotique très-forte qui fait suite au ligament de Gimbernat. 11 s’insère d’autre part au-dessous du petit trochanter du fémur, sur la division interne et supérieure de la ligne âpre.

2° Le deuxième adducteur superficiel est la continuation interne du plan musculaire du pectiné. Aussi Vèsale les avait-il réunis pour en faire sa huitième paire de muscles de la cuisse. 11 part de l’épine du pubis, et s’insère au tiers moyen de la ligne âpre du fémur.

3° Le petit adducteur profond naît au-dessous de l’épine et sur la branche descendante du pubis, et va se terminer sur le tiers moyen de la ligne âpre du fémur, derrière les adducteurs superficiels.

Les adducteurs ischiatiques se résument en un grand muscle, le grand adducteur profond, que l’on pourrait aussi décomposer en plusieurs faisceaux, et auxquels il faut joindre le carré fémoral.

Le grand adducteur profond naît de la branche ascendante de l’ischion dans toute sa longueur, parfois un peu de la branche descendante du pubis, et du sommet de la tubérosité de l’ischion. Il va s’insérer sur l’interstice de la ligne âpre dans toute sa longueur, et sur le tubercule du condyle interne du fémur.

Le carré fémoral, qui doit être considéré comme le faisceau le plus élevé de ce muscle, naît à côté de lui, sur le bord externe de la tubérosité ischiatique, et va s’insérer sur la ligne qui s’étend du grand au petit trochanter, (interstice élargi de la ligne âpre), au-dessus des insertions du grand adducteur, qu’il continue supérieurement.

11 résulte de cette description que la masse des adducteurs pubiens s'insère sur la région supérieure et surtout moyenne de la ligne âpre du fémur, et qu’elle ne s’étend pas beaucoup au-dessus et jamais au-dessous du tiers moyen du corps de cet os, tandis que les adducteurs ischiatiques forment une couche musculaire profonde dont les insertions s’étendent dans toute la longueur de la ligneâpre, depuis le grand trochanter jusqu’au condyle interne du fémur, embrassant pour ainsi dire les deux extrémités de cet os, et atteignant surtout l’extrémité inférieure.

Ces caractères distinctifs des adducteurs pubiens et ischiatiques ne sont pas purement accidentels et propres à l’espèce humaine. On les trouve chez les Solipèdes, où les deux adducteurs pubiens (pectiné et petit adducteur) s’insèrent au niveau du tiers moyen de la face interne et de la face postérieure du fémur, tandis que l’adducteur ischiatique et le carré crural occupent la face postérieure du fémur, depuis le petit trochanter jusqu’au condyle interne et au ligament fémoro-tibial interne.

Les Chéiroptères ont deux adducteurs, le pectiné et l’adducteur proprement dit. C’est là l’opinion de Cuvier, de Meckel, de Blanchard. «Le pectiné des Chauves-Souris, dit Cuvier, est long et grêle, ainsi que l’obturateur externe. Elles n’ont qu’un adducteur de la cuisse qui vient de la symphyse du pubis et qui s’insère à la partie du fémur qui répond à son tiers coxal »ou supérieur1 2 ». M. Maisonneuve \ s’appuyant sur ce que Macalister dit

1 Gavier; Leçons d' Anat. comparée, tom. I, pag. 505, 2e édition.

2 Maisonneuve; loc.cit., pag. 270.

que dans le Pleropus Edwarsii le deuxième adducteur superficiel est double, a distingué chez le Vespertilio murinus deux muscles adducteurs indépendants du pectiné ou premier adducteur superficiel. Ce sont le deuxième adducteur superficiel et le petit adducteur profond. Seulement M. Maisonneuve, entraîné par des souvenirs peu fidèles d’anatomie humaine, attribue à ce second muscle une origine ischiatique, ajoutant qu’il a cru devoir décrire ce muscle comme muscle distinct, sous le nom de petit adducteur profond. «D’ailleurs, ajoute le Dr Maisonneuve, ses insertions rappellent bien celles de ce muscle en anatomie humaine ».

11 y a là une double erreur. En admettant (ce que je ne nie pas) que ce muscle dût être considéré comme autonome et comme un petit adducteur profond, on ne saurait lui attribuer chez les Chéiroptères une origine ischiatique; il s’insère en effet sur la branche descendante du pubis, près de la symphyse, ainsi que l’avait bien vu Cuvier, et c’est aussi exactement le cas de son homonyme en anatomie humaine. Les Chéiroptères sont donc pourvus d’adducteurs pubiens, et manquent entièrement d’adducteurs ischiatiques. Aussi est-il intéressant de remarquer que les insertions fémorales de ces muscles se font : pour le pectiné, sur le tiers supérieur du fémur, à la crête qui fait suite au petit trochanter ; pour le deuxième adducteur superficiel, au tiers supérieur du bord antérieur du fémur, en arrière et un peu au-dessus de l’insertion inférieure du pectiné; et pour le petit adducteur profondeur le bord antérieur du fémur, immédiatement audessous du muscle précédent, c’est-à-dire au point d’union du tiers supérieur et du tiers moyen. Aucun donc de ces muscles n’atteint même le tiers inférieur du fémur.

Chez les Ornithodelphes, on peut constater les mêmes relations. Le faisceau pectiné va s’insérer sur le tiers supérieur et moyen du fémur ; les faisceaux des adducteurs ischiatiques vont au tiers inférieur de la ligne âpre et au condyle interne du fémur.

Chez les Oiseaux, il n’existe pas précisément d’adducteur pubien. Celui des deux qu’on pourrait prendre comme tel s’insère en réalité près du bord inférieur de l’ischion, et est par conséquent ischiatique. Les deux adducteurs ischiatiques vont se fixer sur les deux tiers inférieurs de la ligne âpre du fémur, et le plus interne des deux va jusqu'au condyle interne.

Chez les Sauriens kionocrâniens, il existe une masse de muscles adducteurs peu distincts entre eux, et partant de toute la face antérieure de l’ischion et du pubis. Ces fibres vont la plupart sur le trochanter, et quelques-unes sur la ligne âpre, au-dessous du trochanter. Elles correspondent au carré crural (ischiatique) et aux adducteurs pubiens.

On peut conclure de celte revue que, tout au moins chez les Vertébrés supérieurs, les adducteurs pubiens s’insèrent surtout au voisinage du tiers moyen du fémur et plus souvent au-dessus qu’au-dessous ; tandis que les adducteurs iscbiatiques s’insèrent depuis le grand trochanter jusqu’au condyle interne, et présentent des insertions extrêmes par rapport à celles des adducteurs pubiens.

Les adducteurs du membre antérieur se résument chez l’Homme en un seul muscle , le coraco-brachial. Voyons quelles sont ses insertions. 11 s’insère d’une part au sommet de l’apophyse coracoïde , d’autre part à la face et aux bords internes de l’humérus, vers la partie moyenne de cet os. Son insertion coracoïdienne est contiguë en dedans et môme confondue avec celle de la courte portion du biceps.

Les analogies de ce muscle avec les adducteurs pubiens et plus particulièrement avec le petit adducteur profond me paraissent frappantes. Comme ce dernier, il s’insère à la partie moyenne de l’os long et n’atteint ni les régions supérieures trochantériennes ni les régions inférieures condyliennes. 11 a donc le caractère des muscles pubiens. C’est là un fait intéressant, puisqu’il me permet d’apporter à l’appui de la signification pubienne que j’ai donnée à l’apophyse coracoïde des Mammifères autres quelesMonotrêmes, une preuve déduite de l’étude du système musculaire. Si, en effet, le muscle coraco-brachial est, de par ses insertions humérales, un muscle homologue des muscles pubiens, il en résulte qu’il est un muscle précoracoïdien et non coracoïdien, et que l’apophyse qui lui sert de point de départ est l’homologue du pubis, c’est-à-dire un précoracoïde. Il est du reste remarquable combien ce muscle est presque identique au muscle petit adducteur profond. Comme lui, il naît, non de l’élément osseux, mais de l’épiélément correspondant. Le petit adducteur pubien naissant de l’épipubis, le précoraco-brachial naît du point spécial d’ossification qui forme l’extrémité du

précoracoïde et qui représente l’épi précoracoïde ; de plus, le petit adducteur profond naissant sur l’épipubis, à côté et pour ainsi dire par une insertion commune avec le droit ou grêle interne, le précoraco-brachial naît de l’épiprécoracoïde, à côté et par une insertion commune avec la courte portion du biceps brachial, que nous verrons être l’homologue du grêle interne fémoral.

Le précoraco-brachial conserve du reste, chez les Vertébrés qui le possèdent d’une manière assez distincte, les mêmes relations avec l’humérus que nous lui avons reconnues chez l’Homme.

Chez le Cheval, le précoraco-brachial a deux faisceaux, dont l’un s’insère sur la face antérieure de l’humérus, au niveau du tiers moyen, et dont l’autre touche au tiers inférieur, mais n’atteint pas l’épitrochlée.

Les Singes ont, d’après Cuvier, le coraco-brachial divisé en deux portions, dont l’inférieure règne tout le long de la face postérieure et interne de l’humérus, mais n’atteint ni les tubérosités supérieures ni l’épitrochlée. Chez l’Ours seulement, d’après Cuvier, ce muscle aurait une portion grêle qui irait s’insérer sur le condyle externe. Cette insertion, tout exceptionnelle, non-seulement quant au niveau, mais aussi quanta la face de l’os, ne me paraît pas devoir infirmer les propositions générales que j’ai émises. Elle mérite un nouvel examen et une interprétation.

Chez les Chéiroptères, le précoraco-brachial, méconnu par Cuvier, reconnu par Méckel, Blanchard et le Dr Maisonneuve, part du sommet (épiprécora— coide) du précoracoïde comparable à celui de l’Homme par sa longueur, et va s’insérer sur la face interne du tiers supérieur et un peu du tiers moyen de l’humérus. Il n’atteint pas les points extrêmes d’insertions.

Voyons maintenant quelles sont les insertions humérales des adducteurs brachiaux coracoïdiens chez les Vertébrés pourvus d’un vrai coracoïde.

Chez les Ornithodelphes, ce muscle s’attache au tubercule externe du coracoïde, au-dessus du chef coracoïdien du biceps, et d’autre part à la crête sus-épitrochléenne (sur le tiers inférieur seulement chez l’Ornithorynque, sur toute l’étendue chez l’Échidné). On voit donc que ces muscles coracoïdiens appartiennent surtout au tiers inférieur de l’os jusqu’à l’épitrochlée.

Chez les Oiseaux, j’ai déterminé après Cuvier le vrai coraco-brachial: il

s’insère sur la tubérosité supérieure de la tête humérale. C’est une insertion extrême supérieure analogue à celle du carré crural.

Chez les Sauriens kionocrâniens, le coraco-brachial est purement coracoïdien,etnonprécoracoïdien.llsediviseendeuxfaisceaux : l’un, coraco-brachial court, s’insère sur les deux tiers supérieurs de l’humérus et dans le sillon inlerlrochantérien ; et l’autre, coraco-brachial long, s’attache sur le tiers inférieur du bord interne de l’humérus et sur l’épitrochlée.

Chez les Chamæléonides, le coraco-brachial est coracoïdien et non précoracoidien. Aussi se divise-t-il en deux muscles : le coraco-brachial court, qui, se portant sur les deux cinquièmes supérieurs de l’humérus et sur le bord de la tubérosité inlerne, forme une sorte de carré huméral , tandis que le coraco-brachial long s’insère sur l’épicondyle interne de l’humérus. Le coraco-brachial des Sauriens possède donc les insertions extrêmes.

Les Chéloniens ont un coraco-brachial qui ne représente que le coracobrachial court et qui s’insère entre les deux tubérosités de l’humérus dans la gouttière bicipitale : c’est un carré huméral.

Nous avons vu enfin que le coraco-brachial des Crocodiliens, réduit à la courte portion, pouvait être considéré comme un chef coracoïdien de l’obturateur externe. Les Crocodiliens manqueraient donc de coraco-brachial, à moins qu’on ne considérât ainsi que je l’ai proposé le muscle dont nous parlons comme représentant à la fois le chef coracoïdien externe et le carré huméral.

11 résulte de cette revue rapide, mais suffisante, que les muscles coracohuméraux, comme les muscles ischio-fémoraux leurs homologues, sont généralement caractérisés par des insertions mobiles extrêmes, tandis que les muscles précoraco-huméraux, comme leurs homologues les muscles pubiofémoraux, sont généralement caractérisés par des insertions mobiles moyennes. Ces propositions, qui n’ont pas la prétention d’être absolues, mais qui ont une rigueur relative suffisante dans cet ordre de faits, viennent à l’appui de la détermination de l’adducteur huméral des Mammifères et de l’Homme en particulier comme muscle précoracoïdien, et de la déterminai ion, par suite, de l’apophyse dite coracoïde des Mammifères autres que les Ornithodelphes comme un vrai précoracoïde.

Droit interne de la cuisse. — Courte portion du biceps brachial. — L’homologie du droit ou grêle interne fémoral avec la courte portion du biceps viendra apporter un nouvel appui à la proposition qui précède.

Le droit ou grêle interne de l’Homme s’insère, d’une part sur le côté de la symphyse du pubis, sur l’épipubis, immédiatement en dedans de l’insertion du petit adducteur profond, et d’autre part à la crête du tibia, derrière le tendon du couturier et au-dessus du tendon du demi-tendineux, avec lesquels il s’unit pour constituer l’entrelacement tendineux connu sous le nom de patte d’Oie.

La courte portion du biceps brachial s’insère sur le précoracoïde (sommet ou épi-précoracoïde) en même temps que le coraco-brachial, et va s'unir à la longue portion pour s’insérer sur la tubérosité bicipitale du radius.

Les deux muscles précédents ont des rapports remarquables de similitude. Ils occupent l’un et l’autre la face interne du membre. Ils s’insèrent l’un et l’autre à l’épiélément correspondant, en confondant leurs insertions avec deux muscles qui sont homologues dans les deux membres (petit adducteur profond, précoraco-huméral). Ils s’insèrent supérieurement sur deux os homologues, le tibia et le radius, et sur des tubérosités de ces deux os dont je démontrerai l’homologie à propos du triceps fémoral et du biceps brachial. Enfin, tandis que le droit interne confond ses insertions inférieures avec celles du couturier, du demi-tendineux et même du droit antérieur, sur la tubérosité antérieure du tibia et sur la crête qui lui fait suite, la courte portion du biceps brachial confond ses insertions inférieures avec la longue portion que je démontrerai être au bras le représentant de plusieurs ou de tous les muscles fémoraux cités ci-dessus.

Chez les Chéiroptères, il s'unit inférieurement au demi-tendineux et au demi-membraneux.

On observe chez les Reptiles des tendances à la production d’une semblable disposition.

L’homologie du droit interne et de la courte portion du biceps brachial ne me paraît point douteuse, et je la considère comme un appui de plus en faveur de ma manière d’envisager l’apophyse coracoïde des Mammifères autres que les Ornithodelphes comme un vrai précoracoïde.

Je renvoie au chapitre suivant ce qui a trait au biceps des Ornithodelphes

et à celui des Mammifères chez lesquels semblent manquer la courte portion du biceps.

Carré crural. — Jumeaux pelviens. — Le carré crural et les jumeaux pelviens ne sont point représentés dans la ceinture thoracique de l’Homme et des Mammifères. Nous avons retrouvé, au contraire, le carré huméral chez presque tous les Reptiles, qui, comme nous l’avons vu, ont un coracoïde bien développé. Son absence à la région thoracique de l’Homme et des Mammifères est une preuve déplus de l’absence du coracoïde dans ce groupe de Vertébrés. Quant aux jumeaux, qui sont aussi des muscles ischiatiques, on peut attribuer à leur absence à l’épaule une signification semblable, mais cependant d’une valeur moindre, attendu que ces muscles sont plutôt des muscles de perfectionnement que des muscles autonomes.

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