CEINTURE THORACIQUE DES REPTILES
La ceinture thoracique des Reptiles est construite sur le môme type et se compose des mêmes éléments que la région correspondante des Amphibiens. La fig. 3, PI. Il, représente la ceinture scapulaire droite de la Chelonia caouana. On y trouve :1° unscapulum formé par un cylindre osseux légèrement aplati vers son extrémité distale (plus aplati chez les Tortues terrestres), et surmonté d’un épiscapulum cartilagineux qui s’attache par du tissu fibreux etmêmefibrocarlilagineux à l’arc neural delà dernière vertèbre cervicale, sans contracter des relations avec la petite côte cervicale correspondante ; 2° un précoracoïde cylindrique légèrement aplati et élargi à son extrémité distale, et confondu avec le scapulum par son extrémité proximale. L’épiprécoracoïde cartilagineux s’attache par du tissu fibreux à la face postérieure de l’entoplastron et de l’épiplastron, c’est-à-dire de l’interclaviculaire et de la clavicule ; 5° un coracoïde plus volumineux, cylindrique, mais aplati en lame triangulaire vers son extrémité distale. Il y a aussi un bel épicoracoïde cartilagineux, en forme de crochet recourbé en avant, et qui se relie à l’épi précoracoïde par du tissu fibreux et libro-cartilagineux, transformant ainsi en un trou obturateur triangulaire la large échancrure qui existe entre le coracoïde et le précoracôide.
Le scapulum et le précoiacoide ne sont à aucun âge séparés l’un de l’autre. Ils proviennent du même centre d’ossification, et sont entièrement confondus par leurs extrémités proximales. Le coracoïde, au contraire, naît d’un point distinct d’ossification, et conserve son indépendance, n’étant relié au tronc commun des deux autres branches que par une lame de tissu cartilagineux plus ou moins mince qui ne s’ossifie pas. Cette disposition est
considérée par Parker comme exactement reproduite ( exact l y repeated ) dans le Struthio camelus. C’est là une erreur, si j’en juge par un exemplaire de Struthio que j’ai sous les yeux, et dont je donne le dessin (PI. Il, fig. 6). Cette jeune Autruche présente en effet un scapulum ossifié, et séparé du coracoïde et du précoracoïde confondus à leurs extrémités proximales et provenant du même centre d’ossification.
La cavité glénoïde se trouve au point de convergence des trois éléments de l’épaule, qui paraissent y prendre des parts inégales. Les limites du scapulum et du précoracoïde ne pouvant être déterminées avec précision, je me borne à dire que leur disposition et leurs parts proportionnelles dans la constitution de la cavité rappellent assez ce que nous avons observé dans les cavités gléno'ides des Rana. Ils sont disposés, non en étoile, mais en série ; et de là vient la forme semi-lunaire de la cavité.
Ovven' avait considéré le précoracoïde comme une clavicule ou comme un acromion. Parker et Gegenbaur ont réfuté ces deux opinions, en faisant remarquer : i° que la genèse de cet os comme os de cartilage primordial s’oppose entièrement à ce qu’on en fasse une clavicule, qui est un os du squelette secondaire, un os de membrane ; et 2° que l’on ne saurait admettre une apophyse acromienne aussi développée sans l’existence d’une clavicule. Reste la supposition que l’os en question représenterait en définitive une fusion complète de la clavicule et du précoracoïde. Celte opinion, que Gegenbaur énonce sans la réfuter, n’est pas plus acceptable que les autres, et pour les mêmes raisons.
LesChéloniens, comme \&Bufo, n’ont donc ni clavicule ni acromion. Mais ie type bifide de l’arc scapulaire se trouve chez eux fidèlement et complètement représenté dans ses éléments essentiels.
Prenons maintenant l’épaule d’un Lacertiüen, le Lézard ocellé par exempte (PI. IL fig. 2 ).
Nous y retrouvons les mêmes éléments. Un scapulum formé par un cylindre osseux très— aplati, un épiscapulum incomplètement calcifié étalé en palette, un coracoïde très-élargi à son extrémité distale, un précora-
1 Owen ; Comparative Anatomy and Plvjsiology of Vertebrate.s, I, pag. 171, 172.
coïde à la base duquel se trouve un petit trou donnant passage à des vaisseaux et à des nerfs. L’épicoraco'ide et l’épiprécoracoïde, légèrement calcifiés , sont directement réunis et continus l’un avec l’autre, ce qui est, comparativement aux Chéloniens, un progrès vers la formation d’un trou obturateur complètement fermé par du tissu osseux, ou par du cartilage calcifié. Notons ici, comme chez le Bufo, que les épicoracoïdes chevauchent un peu l’un sur l’autre an niveau de la ligne médiane.
Le coracoïde et le précoracoïde sont réunis et continus comme le scapuium et le précoracoïde des Chéloniens , tandis que le lieu d’union du scapulum et du précoracoïde reste toujours visible et marqué par une ligne cartilagineuse plus ou moins déliée. C’est donc Là une disposition inverse de celle que nous avons observée chez les Chéloniens, où ce sont au contraire le scapulum et le précoracoïde qui sont intimement soudés, tandis que le coracoïde reste distinct. La cavité gléno'ide, formée comme celle des Rana parla série des éléments del’épanle, est de forme semi-lunaire. L’acromion est une saillie formée sur le bord antérieur du scapulum, au niveau du point d’union du scapulum et de l’épiscapulum.
Mais ici apparaissent de nouveaux éléments qui, quoique^ connexion étroite avec l’arc scapulaire primitif, lui sont au fond tout à fait étrangers. Je veux parler de la clavicule etde l’épistermim.
La clavicule s’étend de l’acromionau sommet de l’épisternum, sur lequel elle s’appuie et se fixe par des ligaments. Elle ne dépend nullement du cartillage de l’arc thoracique; elle est un véritable os de membrane très-adhérent à la peau, et appartient au squelette secondaire et non au squelette primordial. La clavicule des Sauriens possède du reste tous les caractères essentiels delà clavicule, tous ceux auxquels on la reconnaît chez tous, les Vertébrés autres que les Poissons.
1° Elle s’appuie sur un acromion scapulaire par une de ses extrémités;
2° Elle s’appuie sur le sommet de l’épisternum par l’autre extrémité;
5° Elle est entièrement étrangère à la constitution de la cavité gléno'ide ;
4° Elle se développe comme os de squelette secondaire , c’est-à-dire comme os du dermosquelette ou os de membrane 1 ;
1 On sait que chez l'homme et chez quelques Mammifères, le premier rudiment de la
5° Elle donne insertion à des muscles qui correspondent au deltoïde claviculaire, à la portion claviculaire du grand pectoral, et aux muscles qui vont de la tête et des vertèbres cervicales à la clavicule.
L’épisternum ou interclavicnlaire est également un os de membrane non développé dans un cartilage. Il a la forme d’un T, ou mieux d’une croix, et se trouve appliqué sur la face inférieure du sternum, qu’il dépasse en avant. Le sternum possède une portion rhomboïdale très-développée, sur les bords postéro-latéraux de laquelle s'articulent les côtes, et qui se termine en arrière par un xiphislernum bifide et ramifié. Il est caililagineux et plus ou moins calcifié. Au centre du sternum se trouve un orifice elliptique. Les bords antéro-latèraux du sternum sont en contact avec les épicoracoïdes, qui plus en avant passent au-dessus de l’interclaviculaire. Les épiprécoracoïdes sont en rapport avec la partie interne de la clavicule, qui passe au-dessous d’eux.
La ceinture thoracique des autres Lacertiliens dont les membres antérieurs sont développés, ne diffère que par des détails peu importants de celle que je viens de décrire. Les différences consistent surtout dans la multiplication des arcs-boutants osseux, qui vont delà cavité glénoïde aux épicoracoïde et épiprécoracoïde. C’est ainsi que chez les Ignana, il y a un préscapulum qui nait du bord antérieur du scapulum et qui divise en deux l’échancrure qui sépare le scapulum du précoracoïde, et un mésocoracoïde qui divise le trou obturateur en deux orifices distincts.
11 est pourtant quelques formes intéressantes de la ceinture thoracique que je ne dois pas passer sous silence, celle des Caméléons, par exemple (PI. 11, fig. 1). Elle se compose d’un scapulum étroit, délié, phalangiforme, aplati, surmonté d’un épiscapulum cartilagineux. L’extrémité glénoïdienne du scapulum s’élargit brusquement. Le reste de la ceinture est formé par une lame osseuse en forme de quadrilatère irrégulier, qui s’élargit légèrement vers son bord interne recouvert par une bordure cartilagineuse
clavicule est un tissu fibreux, qui s’ossifie directement et aux extrémités duquel s'ajoutent ensuite des productions cartilagineuses pour la croissance en longueur, tandis que l'ossification périostique produit la croissance eu diamètre. Chez les Oiseaux, l'extrémité antérieure de la clavicule possède seule un léger revêtement cartilagineux qui s’ossifie. Chez tous les autres animaux, la clavicule est exclusivement un os de membrane.
épaisse, s’articulant avec une fossette allongée du bord antéro-latéral de la portion rhombo'idale du sternum.
La forme de cette portion de la ceinture permet de reconnaître qu’elle représente à la fois le coracoïde et le précoracoïde réunis, et non séparés par une échancrure ou un trou obturateur. Le bord interne cartilagineux correspond bien du reste à l’épicoracoïde et à lepi précoracoïde. Il y a de plus une éminence, sc.p.cr ., qui représente exactement l’éminence scapuloprécoracoïdienne des Amphibiens ( prescapula de Parker), et l’on trouve toujours sur la plaque osseuse un petit trou pour le passage d’un nerf qui rappelle celui qu’on observe chez les autres Lacertiliens sur l’isthme osseux même qui réunit le précoracoïde au coracoïde. Le bord antérieur, qui représente une partie du précoracoïde, reste cartilagineux alors que le coracoïde est entièrement ossifié, ce qui est d’accord avec ce que nous avons observé chez les Amphibiens, quanta l’ordre d’apparition des points d'ossification. Le sternum rbomboïdal cartilagineux plus ou moinscalcifié dépasse en avant le précoracoïde en formant un préslernum. 11 sépare doncentièrernent les deux épicoracoï les, qui ne présentent plus de chevauchement. Cette relation des coracoïdes et du sternum se retrouvera chez les Crocodiliens.
Il n’y a enfin ni clavicule, ni interclavicule, ni acromion.
La ceinture scapulaire des Crocodiliens diffère notablement de celle des Lace'tiliens, mais sans sortir cependant du typegénéral. Elle a un scapulnm qui tappelle le scapulnm phalangiforme aplati des Lacertiliens, un épiscapuluin cartilagineux, un coracoïde phalangiforme aplati et un épicoracoïde cartilagineux dont le bord interne s’articule avec des facettes concaves occupant les bords antéro-laléraux du sternum rhomboïdal. Les épicoracoïdes sont séparés entre eux par le sternum, comme chez les Caméléons. Le précoracoïde n’est représenté que par une saillie placée au-devant de l’extrémité supérieure du coracoïde, et qui contribue à former l’éminence scapulo-précoracoïdienne. Le scapulum et le coracoïde sont toujours distincts et réunis par une syuchondrose, tandis que le précoracoïde rudimentaire est soudé au coracoïde, comme chez les Lacertiliens. Il y a, comme chez ces derniers, un petit trou pourle passage de nerfs musculo-culanés au niveau de l'origine du précoracoïde. La cavité glénoïde est de forme semi-lunaire, comme
chez les Lézards. Les Crocodiliens n’ont pas de clavicule, mais ils ont une interclavicnle sans branches latérales. Ils n’ont pas d’acromion, mais il va à la face externe du scapulum un rudiment d’épine sous forme d’une crête mousse peu saillante et peu étendue. L’absence de précoracoïde est le résultat d’un défaut de développement que nous retrouverons chez les Oiseaux, dont la ceinture scapulaire a de très-grandes ressemblances avec celle des Crocodiliens. Le scapulum et le coracoïde s’unissent chez les Crocodiliens, en formant un angle ouvert en arrière qui a un peu plus de 90°. La cavité glénoïdienne, à la constitution de laquelle le scapulum et le coracoïde prennent une part à peu près égale, se trouve placée dans l’ouverture de l’angle, tandis que le précoracoïde se trouve du côté opposé, c’est-à-dire du côté saillant de l’angle. Nous retrouverons chez les Oiseaux des dispositions qui rappellent remarquablement ces particularités.
Le précoracoïde manquait peut-être aussi chez les Ichthyosaures et les Plésiosaures, dont les membres avaient une conformation assez imparfaite. Il n’est pourtant pas certain que le précoracoïde n’ait pas existé à l’état cartilagineux chez ces anciens Reptiles. 11 faut en effet remarquer que le scapulum des Ichthyosaures présente sur son extrémité proximale, au -devant de sa surface de contact avec le coracoïde, une surface terminale qui est placée en arrière de la clavicule, et qui pourrait bien être en relation avec un précoracoïde cartilagineux. Celte saillie antérieure du scapulum représente en effet une portion de l’éminence scapulo précoracoïdienne. Il n’y a pas dans la nature actuelle d’exemple d’une saillie pareille du scapulum qui ne soit en contact avec une portion osseuse ou cartilagineuse, correspondant au précoracoïde. Au reste, celte tubérosité antérieure de l’extrémité glénoïdienne du scapulum est loin d’être lisse, mais elle est rugueuse et inégale, comme si elle avait été surmontée d’une masse cartilagineuse; et l’on peut dire également que l’extrémité antérieure du bord interne des coracoïdes se prête à la même supposition. Je suis donc disposé à croire que l’arc pectoral des Ichthyosaures était composé d’un scapulum, d’un coracoïde osseux et d’un précoracoïde cartilagineux, et qu’il présentait par conséquent de grands rapports de ressemblance avec celui des Ratitcc, qui offrent du reste avec eux d’autres points de rapprochement (maxillaires très-petits, intermaxillaires très-développés, basiphénoïdes très-prolongés enbec, etc.).
Les Ichlhyosaures avaient nne inlercln vicule et des clavicules Irès-développées, rappelant assez celles de certains Oiseaux.
Quant aux Plésiosaures, on sait que sur les exemplaires bien conservés, il y a des restes un peu confus d’une plaque non osseuse qui surmontait en avant le grand coracoïde, et qui était peut-être un précoracoïde cartilagineux mal ossifié, mais de consislance assez forte pour avoir laissé des traces. 11 est du reste aussi possible que le très-large coracoïde de ces animaux fût un coraco-précoracoïdien comparable à celui des Caméléons. Quelques Plésiosaures (Nothosaures) avaient, comme les Ichlbyosaures, une inlercla vicule et des clavicules bien ossifiées.
Quoi qu’il en soit du reste, il est incontestable que le défaut de développement d’une portion d’un appareil ne détruit pas au fond le type et la forme fondamentale de cet appareil; et, dans le cas actuel, la forme typique de la ceinture thoracique n’en reste pas moins celle d’un appareil ostéo-cartilagineux à trois branches convergeant, soit en série , soit en étoile , vers la cavité glénoïde, et contribuant dans des proportions très-variables à la constitution de cette cavité, le scapulum et le coracoïde en formant la plus grande part, !e précoracoïde y entrant pour une part moindre, et quelquefois même nulle (Crocodiliens, quelques Lacertiliens). Des trois branches de la ceinture, l’une, le scapulum, est supérieure, et, servant d’élément suspenseur, est attachée à la colonne vertébrale. Des deux autres, furie antérieure, le précoracoïde, et l’autre postérieure, le coracoïde, servent d’insertion à des muscles et de support pour l’humérus. L’échancrure qui sépare le coracoïde du précoracoïde peut rester ouverte (Urodèles) ou se clore en trou, soit par le contact de tissu fibro-cartilagineux réunissant l’épicoracoïde et l’épi précoracoïde (Chèloniens), soit par la continuité de ces deux éléments cartilagineux (Lacertiliens). Ainsi se produit le trou obturateur de l’épaule. Enfin celle échancrure ou ce trou peuvent faire entièrement défaut, le coracoïde et le précoracoïde restant unis et confondus (Caméléon).
Une remarque spéciale et que je donne ici comme observation commune à toutes les ceintures thoraciques, c’est que lepicoracoïde présente ordinairement à son extrémité postérieure, soit par lui-même, soit par son union avec le bord postérieur du coracoïde, une saillie plus ou moins prononcée, que l’appelle tubérosité coracoïdienne. L’épiprécoracoïde présente en avant, soit
par lui même, soit par son union avec le bord anterieur du précoracoïde, une saillie généralement plus faible, que j’appelle tubérosité précoracoïdienne. Nous retrouverons exactement leurs homologues dans la ceinture pelvienne.
Voyons maintenant si le bassin n’est pas construit sur le même type.
CEINTURE PELVIENNE DES AMPI1IBIENS.
Le bassin des Amphibiens est celui quisemble le plus s’éloigner du type de la ceinture thoracique. Mais ce n’est Là qu’une apparence qu’il est très-facile de dissiper pour apprécier sainement la valeur et la signification des parties.
La ceinture pelvienne du Siredon pisciformis (PI. IV , /îg. 1), delà Salamandra maculosa (PL IV, fig. 2, 5), du Trito marmoratus, sont composés de chaque côté d'une plaque cartilagineuse dans laquelle se développent des points osseux plus ou moins distincts et plus ou moins étendus.
Celte- ceinture présente à considérer:
1° Une partie supérieure ou dorsale, aplatie, étroile, dans laquelle se développe un point osseux phalangiforme un peu aplati : c’est l’iléon. 11 est surmonté d’une partie qui reste cartilagineuse en forme de palette ou de lamelle un peu variable suivant les espèces, et qui est l’épiiléon. L’iléon et l epiiléon constituent l’élément suspenseur de la ceinture pelvienne. C’est par cet élément qu’elle est attachée à la colonne vertébrale.
2° Une partie inférieure ou ventrale formée par une plaque polygonale irrégulière, dans laquelle apparaît, près du bord postéro-supérieur, un centre d’ossification qui s’irradie de là vers les bords antérieur et inférieur. Ce point n’envahit jamais toute la plaque cartilagineuse, dont il reste une bande antérieure et interne qui devient plus étroile avec l’âge. Le bord antérieur ou pubien de la plaque porte en dehors une petite éminence ou saillie qui reste toujours cartilagineuse et que nous retrouverons chez les Reptiles : c’est \ apophyse pubienne.
Au point de rencontre de la portion dorsale et de la portion ventrale se trouve la cavité cotyloïdienne, qui est hémisphérique, et à la formation de laquelle participent : en haut l’iléon pour une large part; en avant, en bas et en arrière la plaque ventrale. Au voisinage de la cavité cotyloi le et près du
bord antérieur de la plaque ventrale, on voit un petit trou vasculo-nerveux. Sur la portion médiane du bord antérieur du bassin , entre les plaques ventrales des deux côtés, se trouve en avant, chez les Salamandres, un cartilage qui devient bifide et sur lequel s’attachent les muscles abdominaux. Cette tige existe également chez les Dérotrèmes. Chez le Siredon pisciformis, ce cartilage est réduit à un petit tubercule fibro- cartilagineux. Quant à la signification de cette tige cartilagineuse bifide, on ne saurait y voir le représentant des os marsupiaux , attendu que ces derniers se développent comme des os de membrane dans le tendon des muscles obliques externes de l’abdomen. Il me semble qu’une assimilation rationnelle peut être faite de celte tige des Amphibiens avec les présternum et omosternum des Amphibiens Anoures, dont la tendance à la bifidité est évidente chez les Pipa dorsigera , Pseudis paradoxa, et chez les Rana , où apparaissent deux points d’ossification latéraux dans le cartilage primitif du présternum. Ce prôsternum pelvien bifide serait la continuation interrompue du xiphisternum bifide des Lacertiliens, des Crocodiliens et même des Amphibiens Anoures, tels que Ceratuphrys dorsata, Docidophryne gigantea , Bufo agua, Rana temporaria, Acrodytes Daudrinii, et surtout Pleurodema Bibronii et Calamites cyaneus , où on reconnaît facilement une tendance à la bifidité ou même une bifidité très-accentuée.
Telle est la forme de la ceinture pelvienne des Amphibiens Urodèles, forme qui semble s’éloigner du type trifide que nous avons trouvé dans leur ceinture thoracique, et que nous retrouverons si prononcé et si constant dans tous les types qui leur sont supérieurs.
Mais Usera facile pour l’observateur de se convaincre que la portion ventrale de la ceinture pelvienne représente en vérité les deux éléments qui ont reçu le nom d’ischion et de pubis surmontés de leurs épiischions et épipubis, et réunis entre eux sans échancrure ni trou obturateur. La suite de cette étude le démontrera suffisamment; mais il me suffira déjà de faire observer la ressemblance très-gra nde de ces bassins avec la ceinture thoracique des Caméléons, où les éléments coracoïde et précoracoïde n’ont point été séparés. Dans l’un comme dans l’autre cas, on observe une ossification précoce de la partie postérieure, correspondant d’une part au coracoïde et d’autre part à l’ischion, et la conservation sur le bord antérieur d’une bande
cartilagienne plus on moins large suivant l’âge, et qui représente partiellement la région précoracoïdienne d’une part, la région pelvienne d’autre part. Dans l’un des cas aussi, on remarque une éminence scapulo-précoracoïdienne peu prononcée, qui représente l’éminence iléo-pubienne du bassin; et l'on retrouve dans les deux cas le trou vasculo-nerveux, qui a conservé des connexions et une situation analogues.
L’étude comparative des insertions musculaires dans le bassin à plaque ventrale et dans les bassins à ischion et pubis distincts, nous démontrera aussi plus tard que cette plaque unique correspond aux deux éléments iscliiopubiens réunis.
Le bassin des Amphibiens Anoures diffère notablement par sa forme générale du bassin des Urodèles, mais au fond il est construit sur le même type et présente les mêmes éléments (PL IV, fig. 4, 5, 6).
1° L’iléon forme un os très-long, légèrement aplati sur les faces latérales, ayant un bord inférieur arrondi et une crête supérieure qui s’élargit d’avant en arrière, où elle présente une tubérosité, tubérosité iliaque , destinée au grand fessier et à la longue portion du biceps crural. L’extrémité antérieure de l’iléon est recouverte d’une couche cartilagineuse plus ou moins épaisse, suivant l’âge: c’est l’épiiléon ; sa partie postérieure s’élargit en une lame verticale qui se porte en arrière et en dedans vers le plan médian, et dont le bord postérieur sinueux s’unit avec les autres éléments du bassin. Celte portion verticale est occupée au centre par la partie antérieure de la cavité colyloïde ou acetabulum ; au-dessus et au-dessous de l’acetabulum se trouve une crête verticale supérieure et inférieure.
2° L’ischion est représenté par une lame osseuse verticale qui est unie par synchondroseavec la partie supérieure de la lame verticale de l’iléon. Celte partie de la ceinture forme en avant les deux septièmes de la cavité colyloïde.
3° Le pubis est ici longtemps cartilagineux, commecbez les Urodèles. C’est une lame placée comme un coin dans l’angle formé en bas par l’iléon et l’ischion. L’angle supérieur de celte lame triangulaire forme un septième de la cavité colyloïde. Ce cartilage pubien est plus on moins incrusté au niveau même de la cavité colyloïde chez la Rana mugiens de grande taille qui est ici représentée. Ce point d’incrustation s’étend progressivement et peut en-
valiir tout le pubis, qui reste pourtant toujours distinct (Dactyle! hr a). L’épipubis est toujours cartilagineux. Au point de rencontre de l’iléon et du pubis se trouve une saillie qui représente l’éminence ilio-pubienne.
L’ischion est surmonté d’un bord cartilagineux. C’est l’épiischion qui est continu avec l’épipnbis et qui ne se distingue pas du pubis. La cavité co'yloï le est de forme hémisphérique parfaite, et son rebord est partout bien accentué. Le fond en est toujours occupé par une étoile cartilagineuse dont les rayons sont situés dans l’intervalle des trois éléments constituants. Le centre de cette étoile cartilagineuse est très-mince et peut parfois présenter une lacune plus ou moins étendue.
On voit donc que le bassin des Anoures diffère par sa forme singulière de celui des Urodèles. Mais toutefois, entre ces deux formes, dont l’une est caractérisée par l’aplatissement latéral complet de la cavité du bassin et par la position verticale de la plaque ischio-pubienne ( Rana , Bufo),ei dont l’autre est caractérisée au contraire par la dilatation transversale de la cavité du bassin et la position horizontale de la plaque ischio pubienne (Salamoudra , Siredon , Trito, etc.), il y a des formes intermédiaires. Je me bornerai à citer le bassin du Dactylclhra Capensis (PI. IV, fig . 5, 6) où les deux ischions sont verticaux et accolés par leur face interne, comme chez les Rana, et les pubis horizontaux, séparés sur la ligne médiane, et placés transversalement, comme chez les Urodèles. La cavité colyloïde est hémisphérique, et les trois os disposés en étoile contribuent à sa formation ; mais le pubis y entre pour un septième seulement.
Au reste, malgré les différences de forme que nous venons de constater, le bassin des Anoures n’est qu’une reproduction du bassin des Urodèles, modifié d’une manière superficielle et tout à fait secondaire.
Dans l’une comme dans l’autre forme, la portion ventrale de la ceinture pelvienne est formée par uneplaque cartilagineuse sans échancrure et sans trou, dans laquelle apparaît un seul point d’ossification, correspondant surtout à la portion postérieure ou ischienne du bassin. Pour passer du bassin d’Urodèle au bassin d’Anoure, il suffît de donner plus de longueur à l’iléon, d’élargir son extrémité colyloïdienne, et de changer la direction des plaques ventrales de chaque côté, de manière à rendre l’angle qu’elles forment
sur la ligne médiane extrêmement aigu, de très-obtus qu’il était chez les Urodèles.
La symphyse du bassin du Dactylethra Capensis porte en avant un petit tubercule cartilagineux qui représente là les appendices cartilagineux que j’ai décrits chez les Urodèles comme un présternum abdominal.