MORPHOLOGIE COMPARÉE DES MUSCLES ÉTUDIÉS DANS CE TRAVAIL
Transverse jugulaire.
Le transverse jugulaire existe dans toutes les classes des Vertébrès. Ce muscle commence à apparaître chez les Cyclostomes, il ne manque que chez les Poissons osseux, les Batraciens anoures et les Chéloniens.
Le transverse jugulaire présente un développement très différent suivant les êtres considérés; il diminue progressivement d'importance depuis les Poissons cartilagineux jusqu'aux Mammifères. Chez ces derniers êtres il n'est même plus représenté que par un faisceau assez grêle s'étendant de l’apophyse styloïde à l'appareil hyoïdien (muscle Stylo-hyoïdien) (1).
Le transverse jugulaire consiste partout en une couche musculaire (2) à fibres le plus souvent obliques, parfois transversales. Il s’insère latéralement en des points variés du squelette, suivant les espèces, et se termine vers la région médiane sans jamais prendre d'insertion sur le corps de l’hyoïde sauf chez la Chouette effraye et chez quelques Gallinacés. Ce muscle est toujours innervé par le facial. Ses rapports sont constants dans tout l’'embranchement des Vertébrés, il est situé immédiatement soas les téguments ou sous le peaucier et recouvre toujours la face ventrale du digastrique.
Chez les Poissons cartilagineux, ce muscle s'attache sur la face externe des sacs branchiaux, sur les cornes de l’hyoïde et sur les mandibules ; chez les Batraciens, il ne s’insère plus que sur les cornes de l’hynïde et sur les mandibules et seulement sur les mandibules chez les Reptiles. Chez les Oiseaux, il s’insère encore sur la
(1) Nous considérons, en effet, le stylo-hyoïdien des Mammifères comme un vestige du transverse jugulaire des autres Vertébrés.
(2) Chez les Oiseaux, ce muscle peut présenter parfois deux couches superposées ; les deux couches peuvent s’insérer sur la mandibule ou bien lune sur la mandibule et l'autre sur le crâne. Chez l'Echidné, le transverse jugulaire a 2 feuillets.
mâchoire inférieure, mais chez quelques-uns d’entre eux il se fixe également sur le crâne. Ce n’est que chez les Mammifères qu’il s’insère toujours sur le crâne (apophyse styloïde); chez ces dern:2s êtres, il ne présente pas d'autre insertion externe.
De ce qui précède, il résulte qu’un caractère général, très important, du transverse jugulaire examiné dans tout l’embranchement des Vertébrés est que la surface d'insertion de ce muscle diminue de plus en plus d’étendue à mesure que l’on considère un Vertébré plus supérieur, par suite de la disparition des points d'attache postérieurs. D'autre part, chezles Vertébrés supérieurs, ce muscle a une tendance à s’insérer sur le crâne. L'insertion crànienne commence à apparaitre, mais d’une façon inconstante, chez les Oiseaux, elle ne devient générale et en même temps unique que chez les Mammifères.
À mesure que les insertions du transverse jugulaire deviennent moins étendues, ce muscle diminue graduellement d'importance. C’est ainsi que chez les Poissons cartilagineux, letransverse jugulaire s'étend souvent de l'articulation intermaxillaire jusqu’au niveau de la ceinture scapulaire; chez ces êtres, ce muscle se divise même en plusieurs faisceaux d'insertion que les auteurs considèrent comme des muscles distincts. Chez les Urodèles, ce muscle ne s'étend plus que sur la partie antérieure du cou; tandis que chez les Reptiles et les Oiseaux, souvent il ne dépasse guère le niveau des articulations postérieures de la mandibule. Chez les Mammifères, ce muscle ne consiste plus, comme nous l’avons déjà dit, qu’en un faisceau assez grêle.
Le stylo-hyoïdien représente (1), croyons-nous, la partie antérieure du transverse jugulaire. Dans le développement phylogénique, celte partie aurait peu à peu modifié ses insertions etsamaniére d'être de façon à donner le stylo-hyoïdien, tel que nous le connaissons ; landis que la partie postérieure du transverse jugulaire aurait disparu progressivement comme nous venons de le voir.
Notre hypothèse est, à la fois, basée sur les rapports et sur l'innervation du stylo-hyoïdien, en même temps que sur les renseigné-
(1) Les auteurs admettent, en général, que le stylo-hyoïdien a la même origine que le ventre postérieur du digastrique. Chez les Urodèles, cependant, HOFFMANN homologue au stylo-hyoïdien le musele qu’il appelle intermaæillaris posterior et qui correspond à notre transverse jugulaire et au transverso-hyoïdien réunis.
ANATOMIE COMPARÉE DE CERTAINS MUSCLES SUS-HYOIDIENS. y
ments qui nous sont fournis par l’anatomie comparée de ce muscle et par l'étude des anomalies qu’il présente chez l'Homme.
Le slylo-hyoïdien présente, en effet, les mêmes rapports que le transverse jugulaire, il est situé immédiatement sous les téguments et le peaucier et sur la face ventrale du digastrique. Comme le transverse jugulaire, il est innervé par le facial.
Chez les Oiseaux, le transverse jugulaire s’insère généralement
sur l’apophyse postérieure de la mandibule. Chez l'Œdicnème criard et la Foulque macroule, le feuillet unique qui forme le transverse jugulaire donne naissance sur les côtés à un faisceau qui vient se fixer sur la base du crâne. Chez l'Epervier, le transverse jugulaire est formé de deux feuillets superposés, le feuillet superficiel s’insère bien sur la mandibule, mais le feuillet profond s'attache sur le eràne ; le transverse jugulaire d’un Mammifère, l'Echidné, présente absolument la même disposition. Enfin, chez la plupart des Passereaux, ce muscle est réduit à une seule couche qui prend uniquement insertion sur la base du crâne. L’anatomie comparée du (ransverse jugulaire nous montre ainsi comment l'insertion de ce muscle se modifie progressivément de façon à se faire uniquement sur le crâne, D'autre part, il est vrai, le stylo-hyoïdien s'attache sur le corps de l'hyoïde, ce qui n’a jamais lieu pour le transverse jugulaire. Mais, chez quelques Gallinacés et chez la Chouette effraye, ce muscle se prolonge en avant par une mince aponévrose qui vient s'attacher sur cet os; ce serait peut-être là l’origine de l'insertion hyoïdienne du stylo-hyoïdien.
Quelques auteurs ont décrit chez l'Homme certains cas où le stylohyoïdien va de l’os hyoïde au maxillaire inférieur où il prend ses points d'attache externes. MACALISTER a donné à ce muscle le nom de hyo-angularis ; ce même fait a été également rencontré par KELLY. Comme le dit Tesrur dans son « Traité des anomalies musculaires de l'Homme » l'hyo-angularis de MacALISTER est évidemment l'homologue du muscle serpi-hyoïdien de Cuvier, chez les Oiseaux (1).
(1) Nous ajonterons que le faisceau musculaire que CUVIER désigne, chez les Oiseaux, sous le nom de stylo-hyoïdien est l’hômologue du stylo-glosse des Mammifères et non du stylo-hyoïdien de ces êtres, comme leur dénomination semblable pourrait le faire croire ; le stylo-hyoïdien de CUVIER, en effet, ne s’insère pas sur le corps de l'hyoïde, comme le fait le stylo-hyoïdien des Mammifères, mais sur le squelette propre de la langue.
C'est justement là l’idée que nous avons énoncée précédemment, mais qui diffère de celle de TESTUT en ce que cet auteur pense que l’hyo-angularis représente le serpi-hyoïdien qui n’existerait pas : normalement chez les Mammifères, tandis qu’au contraire nous croyons que c’est là une formation qui n’a pas atteint son complet développement, le stylo-hyoïdien étant pour nous un serpi-hyoïdien (1) modifié par l’évolution. L'étude des anomalies musculaires du stylo-hyoïdien de l'Homme nous montre donc que parfois ce muscle peut anormalement s’insérer sur la mandibule comme cela à lieu dans les autres classes des Vertébrés.
D’autres raisons mililent encore en faveur de la thèse que nous soutenons. L’apophyse styloïde sur laquelle s’insère le stylohyoïdien n'étant elle-même qu’un rudiment du système des arcs branchiaux des Vertébrés inférieurs, il en résulte que le stylohyoïdien des Mammifères se fixe sur deux parties osseuses qui primitivement faisaient partie des ares branchiaux. Il est donc nalurel que ce muscle lire son origine d’un feuillet musculaire qui présente des rapports avec ces mêmes arcs branchiaux. Or, le transverse jugulaire s’insère sur les arcs branchiaux chez les Batraciens, mais surtout chez les Chondroptérygiens ; chez les Cyclostomes, même, ce muscle ne prend insertion que sur la face externe des pôches branchiales et sur les rayons qui les soutiennent.
De l’ensemble de ces faits, nous croyons que nous pouvons conclure que le stylo-hyoïdien est la partie antérieure modifiée du transverse jugulaire.
Le transverse jugulaire présente des connexions étroites avec le muscle peaucier ; dans leur développement, ces deux muscles se séparent par une scissure transversale qui se forme dans la partie antérieure de cette couche musculaire unique. Ce fait nous est montré d’une facon indéniable par l'étude de ces muscles chez les Ophidiens, les Crocodiliens et surtout chez les Oiseaux.
L'embryologic nous conduit également au même résultat. Chez la Poule domestique adulte, les muscles transverse jugulaire et peaucier sont complètement indépendants l’un de l’autre ; il n’en est pas de même chez l'embryon. Des coupes longitudinales de la tête d'embryon de Poulet de divers âges montrent, en effet, une connexion intime de
1) Nous avons donné au serpi-hyoïdien de CUvIER le nom de transverse jugulaire. Jug
ces deux formations musculaires ; c’est ce que l’on voit dans la figure 3, pl. VIII qui représente une coupe longitudinale de la tête d’un embryon de neuf jours, cette coupe est presque médiane. A cet âge même le transverse jugulaire commence à se cliver en deux feuillets comine le représente cette même figure.
Ces coupes longitudinales montrent encore la complète indépendance des muscles mylo-hyoïdien et transverse jugulaire; ce dernier fait peut être également constaté sur des coupes transversales. Il en découle que le transverse jugulaire ne peut pas être considéré comme un mylo-hyoïdien, comme l'ont écrit certains auteurs.
Par suite des connexions plus ou moins intimes du transverse jugulaire et du peaucier que présentent la plupart des Vertébrés, nous croyons que la partie antérieure du peaucier représente chez les Chéloniens et la plupart des Sauriens le muscle transverse jugulaire. Cette partie antérieure du peaucier possède, en effet, sauf son insertion externe, tous les caractères d’un transverse jugulaire. De plus, chez le Plongeon lumne, n’avons-nous pas un muscle transverse jugulaire presque complètement confondu avec le peaucier, sauf seulement près de la mandibule ?
Nous avons dit que, chez les Batraciens anoures, il n'existait
pas de transverse jugulaire. Cependant, si l’on étudie avec
soin le mylo-hyoïdien de la Grenouille et de la Rainette verte, on constate que quelques fibres postérieures de ce muscle, au lieu de s'insérer sur la mandibule, remontent sur les faces latérales du cràne pour s’y fixer. Ne serait-ce peut-être pas là les vestiges d’un transverse jugulaire ? Si cela était, le transverse jugulaire existerail chez tous les Vertébrés depuis les Cyclostomes jusqu’à l'Homme, puisque nous venons de voir que l’on peut, chez quelques Reptiles, considérer la partie antérieure du peaucier comme représentant un transverse jugulaire.
Le transverse jugulaire a été dénommé très diversement par les auteurs ; la dénominalion qui lui a été donnée le plus communément est celle de #+ylo-hyoïidien (mylo-hyoïdien postérieur, mylo-hyoïdien oblique, etc.). Il nous paraît impossible de considérer ce muscle dans n'importe quelle classe de Vertébrés comme un mylo-hyoïdien, parce qu'il n’a pas les rapports de ce muscle et parce qu'il est innervé par des rameaux du facial, tandis que le mylo-hyoïdien est innèrvé par une branche du trijumeau. De plus, comme nous venons de le
dire, l'étude du développement de la musculature du Poulet nous à montré la complète indépendance du mylo-hyoïdien et du transverse jugulaire. Une autre dénomination assez fréquemment donnée est celle de rétracteur de la langue où rétracteur de l'hyoïde. Nous lui préférons le nom de transverse jugulaire parce que le nom de rétracteur de la langue ou de l’hyoïde n’est vrai que dans certains cas particuliers, tandis que la dénomination de transverse jugulaire est générale puisqu'elle peut convenir indistincitement chez tous les Vertébrés.
Digastrique. — Sterno-maxillien .
Les auteurs désignent sous le nom de digastrique un muscle consütué par deux parties charnues appelées ventres, réunies entre elles par un tendon plus ou moins long. Chaque ventre présente une iunervalion différente: le ventre antérieur reçoit des ramifications du nerf maxillaire inférieur (branche du trijumeau), le ventre postérieur en reçoit, au contraire, du facial. |
Il est évident, qu’ainsi entendu, le muscle digastrique n'existe que . chez les Mammifères, el même encore les anatomistes et la plupart des zoologistes considèrent le muscle homologue de certains Mammifères (Monotrèmes, Carnivores, Chiroptères) comme représentant seulement une partie (le ventre postérieur) du muscle digastrique tel qu'ils le décrivent. Il est vrai d'ajouter qu’ils considèrent le digastrique comme formé par deux muscles primitivement distincts quiseseraient unis l’un à l’autre dans le développement phylogénique, d’abord, ontogénique, ensuite.
LeCHE, dans les Bronn's Klassen divise le muscle abaisseur de la mâchoire inférieure des Mammifères, suivant sa forme, en trois groupes : 1° le muscle est séparé en deux ventres par un tendon plus où moins long (digastrique) ; 2° il est divisé en deux parties par une simple intersechon tendineuse qui occupe toute, ou, simplement, une partie de la largeur du muscle ; 8° il est monogastrique. Certains auteurs (TESTUT, LE DOUBLE, elc.) considérent les muscles des deux derniers groupes comme correspondant seulement au ventre postérieur du digastrique proprement dit. Nous pensons, au contraire, que chez tous les Mammifères, quelle que soit la forme du muscle qui
D sx ion là À Su
abaisse la mâchoire inférieure, qu'il possède ou non un tendon médian, nous pensons, disons-nous, que nous devons considérer ce muscle comme identique au digastrique de l'Homme.
C'est ainsi que chez les Carnivores, le muscle digastrique se présente sous la forme d’un faisceau musculaire qui va du niveau de l’apophyse mastoïde au maxillaire inférieur (l'insertion se fait sur la moilié postérieure de ce dernier os). Ce muscle présente une intersection tendineuse dont la direction est perpendiculaire à celle des fibres, de sorte qu'il est divisé en deux portions l'une antérieure, l'autre postérieure. Nous avons vu et il a été décrit que, chez le Chien, la partie antérieure est innervée par le mylo-hyoïdien (branche du trijumeau) et la portion postérieure par des rameaux du facial. N'est-ce pas là une disposition constante du digastrique des Mammifères supérieurs ? Aussi, croyons-nous que l’on doit considérer ces muscles à intersection tendineuse comme absolument identiques à un digastrique vrai. La seule différence que présentent ces deux sortes de muscles consiste dans la disposition du tendon médian qui est allongé et arrondi dans un cas, mince et lamelliforme dans l’autre.
L'anatomie comparée nous explique fort bien cette différence de constitution. Nous montrerons, plus loin, que le tendon médian du digastrique doit être considéré comme une simple intersection tendineuse.qui peu à peu est devenue beaucoup moins large et s’est allongée progressivement.
L’intersection tendineuse de l’abaisseur de la mâchoire inférieure devient ainsi l'homologue du tendon médian du digastrique des Mammifères supérieurs. Nous sommes en cela d'accord avec TESTUT qui a particulièrement étudié le digastrique de l'Ursus americanus : «Toutefois, dit cet auteur, nous serions mal fondé à assimiler cette > intersection au tendon anormal de WaLsHAM (1); le muscle de > l'ours est, en effet, réduit à un seul ventre, et la coupure aponé- > vrotique que je viens de signaler, pourrait peut-être représenter, > avecautant d’exactitude, le tendon intermédiaire aux deux ventres > dans le digastrique de l'Homme. > TESTUT ne s'appuie donc pas sur l'innervation des deux portions charnues de ce muscle pour homologuer cette intersection au tendon médian du digastrique. Mais si,
(1) WALsHAM a observé chez l'Homme, anormalement, sur le ventre postérieur du
digastrique, à deux ou trois centimètres au-dessus de son insertion sur l’apophyse mastoïde, une intersection aponévrotique occupant toute l'épaisseur du muscle.
comme nous l'avons fait, on étudie l’innervation de ces muscles, il ne reste plus aucun doute sur la ressemblance exacte du muscle abaisseur du maxillaire inférieur des Carnivores avec le digastrique des Mammifères supérieurs.
Chez certains Carnivores (Loutre, etc.), l'intersection téndineuse ne s’étend pas sur toute l'épaisseur du muscle. Chez le Cobaye, le tendon médian est charnu dans sa profondeur, ce qui a fait dire à MECKxEL que chez ce Rongeur la séparation de ce muscle en deux ventres est équivoque. Chez le Maki mongoz, également le tendon du digastrique est mi-musculaire, mi-tendineux. Enfin, chez le Chien l'intersection tendineuse peut faire défaut. Nous trouvons dans ces faits la transition entre le digastrique à deux ventres et le muscle monogastrique. Aussi considérons-nous les muscles abaisseurs de la mandibule à un scul ventre comme absolument homologues des digastriques vrais; ces muscles ne différent de ces derniers que par l’absence du tendon médian.
Notre manière de voir paraît d'autant plus réelle que, dans des espèces fort voisines, le digastrique peut présenter des aspects très différents. Ne prenons, comme exemple, que le digastrique de l’'Orang-Outang. OWEN, SANDITORT, BiscHOFF, TESTUT qui ont,en effet, étudié la myologie de cet Anthropomorphe, ont décrit un seul ventre à son digastrique; cette disposition est tellement particulière que TesrTur dit que longtemps il l'avait considérée comme une anomalie puisque tous les Primates et même les Lémuriens ont un digastrique à deux ventres.
Chez les Reptiles, ilexiste une formation musculaire qui au premier abord paraît très différente de celle que nous venons de décrire, mais qui cependant présente avec elle assez de caractères communs pour permettre non seulement de les comparer, mais même encore de les homologuer. Nous voulons parler de la portion externe du géniohyoïdien, à laquelle, dans les descriptions particulières des Reptiles nous avons déjà donnée le nom de digastrique. On retrouve, en effet, dans ce faisceau musculaire les caractères du digastrique des Mammifères :. rapports, insertion, tendün médian, innervalion.
Si chez quelques Reptiles (Orvet, etc.), cette formation musculaire est intimement unie au génio-hyoïdien proprement dit, de manière à ne constituer ensemble qu'une couche musculaire unique, chez d’autres, elle en est plus ou moins séparée (la plupart des Ophidiens)
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. et, en général, chez les Sauriens (1) ces deux formations sont presque indépendantes. Chez le Caméléon, elles sont complètement séparées et ne présentent plus que des rapports de contact dans leur partie postérieure seulement. Enfin, chez les Chéloniens et les Crocodiliens, elles sont très éloignées l’une de l'autre et forment alors, d’une façon indiscutable, deux muscles distincts.
Les rapports généraux de la partie externe du génio-hyoïdien des Reptiles à laquelle nous avons donné le nom de digastrique sont les mêmes que ceux que présente le digastrique des Mammifères. Ce dernier muscle, en effet, passe entre le mylo-hyoïdien et le stylohyoïdien (transverse jugulaire) (2), le mylo-hyoïdien étant situé sur sa
face dorsale, le stylo-hyoïdien sur sa face ventrale. Ce sont également là les rapports du faisceau externe du génio-hyoïdien des Reptiles avec le mylo-hyoïdien et le transverse jugulaire. De plus ce faisceau et le digastrique des Mammifères sont situés l’un et l’autre, sur toute leur longueur, en dedans de la branche mandibulaire correspondante (3) ettoujours, par conséquent, sur la face inférieure du crâne (4) dont il sont séparés par d’autres muscles.
En avant, le faisceau externe du génio-hyoïdien des Reptiles présente la même insertion, sur la mandibule, que possède le digastrique des Mammifères, mais, en arrière, ces deux muscles se comportent très différemment. Le digastrique, en effet, s’insère toujours sur la base du crâne, au niveau de l’apophyse mastoïde (cette insertion s'étend, suivant les cas, plus au moins sur les parties voisines). Chez les Reptiles, le faisceau externe du génio-hyoïdien se fixe soit sur les apophyses épineuses des premières vertèbres cervicales, soit sur la grande corne hyoïdienne correspondante. Mais, si l’on fait une étude complète de ce muscle, chez les Reptiles, on constate que, à mesure
(1) Chez les Sauriens, cette formation est le plus souvent constituée par+ plusieurs faisceaux semblables qui se comportent tous de la même facon.
(2) Nous avons montré précédemment que le stylo-hyoïdien est la partie antérieure modifiée du transverse jugulaire. J
(3) Ce qui n'a jamais lieu pour le muscle des Oiseaux, Reptiles et Batraciens que l'on a appelé digastrique où dépresseur de la mandibule et que l'on a voulu homologuer au ventre postérieur du digastrique dés Mammifères. Ce muscle, en effet, recouvre partout la face externe de la mandibule.
(4) Le muscle des Oiseaux, Reptiles et Batraciens appelé digastrique où dépresseur de la mandibule par les auteurs s’insère sur les faces latérales du crâne (sur loccipital et parfois même le pariétal),
que l’on considère un être plus supérieur, l’insertion postérieure de : ce faisceau externe se rapproche de plus en plus de la base du crane.
Chez les Ophidiens, en effet, l'insertion a lieu sur les apophyses épineuses des vertèbres cervicales, ce même fait se présente chez quelques Sauriens, mais déjà chez ces derniers êtres cette insertion est plus rapprochée du crâne. Chez le Caméléon, ce muscle ne s'attache plus que sur la corne de l’hyoïde ; cette insertion se rapproche de l'extrémité de la corne chez les Crocodiliens (sauf chez le Gavial du Gange). Enfin chezles Chéloniens, ce faisceau externe du génio-hyoïdien s’insère tout à fait à l'extrémité de la corne ; cette extrémité est fixée au crâne par un très court ligament, de sorte que le muscle arrive ainsi en contact avec la base même du crâne. Nous avons là, nous semble-t-il, toutes les transitions entre une insertion crânienne et une insertion vertébrale.
Un des caractères principaux du digastrique des Mammifères est d’être divisé en deux portions charnues par un tendon médian ou tout au moins par une intersection tendineuse. Le faisceau externe du génio-hyoïdien des Reptiles présente également, dans la plus grande majorité des cas, une intersection tendineuse rappelant par sa disposition celle que nous avons décrite dans le digastrique des Carnivores. Chez le Gavial du Gange cette insertion se transforme même en un tendon médian, long, arrondi, en tout semblable au tendon médian du digastrique d’un Mammifère.
Enfin le principal caractère du digastrique, celui sur lequel certains auteurs se sont le plus appuyés pour homologuer le muscle abaisseur de la mandibule des Mammifères inférieurs avec le ventre antérieur ou postérieur du digastrique de l'Homme ou des Primates, se retrouve également dans ce faisceau externe du génio-hyoïdien des Reptiles. Nous voulons parler de l’innervation.
Si chezquelques Reptiles, ce faisceau présente la même innervation que le génio-hyoïdien, il n’en est plus de même chez d’autres. Nous avons montré, en effet, que la partie la plus antérieure de ce faisceau élait parfois innervée par un rameau du nerf mylo-hyoïdien (branche du trijumeau), c’est-à-dire que cette partie présente alors la même innervation que le ventre antérieur du digastrique. De même, la partie postérieure présente aussi chez quelques-uns une innervation différente de celle du génio-hyoïdien Ces faits rapprochent donc
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complétement le faisceau externe du génio-hyoïdien des Reptiles du digastrique des Mammifères.
. L'ensemble de tous ces faits nous montre quelle est l’origine phylogénique du muscle digastrique ; nous pensons que ce muscle provient de la partie externe du génio-hyoïdien qui s’est peu à peu modifiée et dont les rapports sont devenus tout différents de ce qu'ils étaient primitivement.
La conformation spéciale du muscle digastrique de l'Homme et des Mammifêres supérieurs ont excité l'attention des anatomistes et suscité un certain nombre d'hypothèses sur l’origine de ce muscle ; bien des raisons ont été données pour expliquer la présence du tendon médian et l'innervation différente des deux portions charnues. Notre hypothèse explique, croyons-nous, toutes les particularités du digastrique et en même temps, elle permet de rattacher à des organes bien déterminés des formations qui comme le faisceau externe du génio-hyoïdien des Oiseaux (1) et des Reptiles ne peuvent être homologuées avec aucun autre faisceau musculaire des Vertébrés.
Se basant sur l’innervation différente des deux portions charnues du digastrique, les auteurs qui ont fait des hypothèses sur l’origine de ce muscle pensent tous que chaque ventre provient d’un myotome différent et que ces myotomes se soudent ensuite dans le développement. Le ventre antérieur proviendrait du myotome innervé par le trijumeau, le ventre postérieur de celui qui reçoit des rameaux du nerf facial. Humpxry dit même que la présence de l'intersection tendineuse peut justement s'expliquer par ce fait.
Nous ne pensons pas que ces masses musculaires embryonnaires produisent directement par clivage les ventres du digastrique, nous croyons plutôt qu’elles donnent d'abord une formation musculaire qui fournira ensuile par clivage longitudinal le digastrique en dehors, le génio-hyoïdien en dedans. En somme l’origine que nous donnons au digastrique est primitivement la même que celle que lui
(1) Dans le chapitre des Reptiles, nous avons montré comment on peut rattacher le faiscean externe du génio-hyoïdien des Oiseaux au digastrique des Reptiles. Ce faisceau n'existe pas chez tous les Oiseaux et chez beaucoup d’autres il est très grêle et de fort peu d'importance ; il est très probable que le faisceau externe du génio-hyoïdien des Oiseaux représente le digastrique des Reptiles en régression. Chez les Mammifères, au contraire, ce faisceau aurait pris un très grand développement de manière à
constituer un muscle fort important.
accordent les auteurs, mais notre opinion diffère de la leur sur la manière dont le digastrique prend naissance.
Cette manière de voir concorde entièrement avec les faits qui nous sont fournis par l'anatomie comparée. Chez les Reptiles, en effet, nous voyons, comme nous l'avons déjà dit, le génio-hyoïdien former par clivage longitudinal un faisceau externe qui progressivement devient indépendant et dont l'extrémité postérieure se rapproche insensiblement de la base du crâne (c’est là pour nous l’origme de l'insertion crânienne du ventre postérieur du digastrique).
Ici, se place une remarque assez importante. Chez les Ophidiens, le digastrique est peu différencié, c'est à peine s’il commence à présenter les caractères propres de ce muscle ; chez les Sauriens, il existe plusieurs faisceaux parallèles, tous semblables entre eux et remplissant encore mal les fonctions d’un digastrique, ce n’est que chez les Crocodiliens et les Chéloniens surtout que ce muscle, parmi les Reptiles, présente la plus grande différenciation.
C'est là un fait général qui se rencontre partout dans le Règne animal et pour tous les organes. Partout, au début, lorsqu'une fonction apparaît, elle est rudimentaire et remplie par des organes mal adaptés à leur rôle. A cette constitution simple, succède une complication se traduisant, le plus souvent, par une multiplication de parties élémentaires. La fonction est alors mieux remplie parce que les organes qui y concourent sont plus nombreux. Plus tard une de ces parties s'adapte mieux que les autres à sa fonction, elle se perfectionne peu à peu, tandis que les auires disparaissent ou s'adaptent à un autre rôle. Donc les organes nouveaux sont d’abord mal définis, plus ou moins irréguliers, ordinairement nombreux, peu fixes et peu stables, sans valeur morphologique bien déterminée et sans guère d’individualité propre. Puis, par uné évolution ascendante progressive, mais variable, ces organes se fixent peu à peu, se spécialisent plus où moins par une tendance à la différenciation et acquièrent une valeur morphologique et une individualité de plus en plus précises.
L'étude comparée du muscle transverse jugulaire nous conduit également à ces mêmes conclusions. Ce muscle, chez les Cyclostomes, en effet, n’est représenté que par une formation assez rudimentaire. Puis rapidement, chez les Chondroptérygiens, ce muscle prend un très grand développement à mesure qu'il se complique par
la formation de nombreux faisceaux qui prennent leursinsertions en des points forts divers du squelette. Ensuite, le transverse jugulaire devient progressivement plus spécialisé chez les Batraciens, les Reptiles etles Oiseaux par la disparition de quelques-uns de ces faisceaux etenfin, chez les Mammifères, ce muscle se transforme en stylo-hyoïdien, il est dès lors nettement caractérisé, tant au point de vue morphologique que physiologique.
Nous pensons que le tendon médian du digastrique tire son origine d'une des intersections tendineuses de la couche musculaire des Reptiles due à l’union du digastrique et du génio-hyoïdien. Parmi les faits qui affirment notre hypothèse deux surtout doivent être signalés. Le digastrique d’un certain nombre de Mammifères ne possède pas de tendon, ce tendon étant remplacé par une simple intersection tendineuse qui rappelle par son aspect celle des Reptiles. Chez le Gavial du Gange, l'intersection tendineuse normale des Crocodiliens est transformée en un tendon long, arrondi, très nettement caractérisé, en tout semblable au tendon du digastrique d’un Mammifére.
Il a été signalé d’autre part, par les anatomistes certaines anomalies musculaires du digastrique de l'Homme qui montrent fort bien qu’une in‘ersection peut se transformer en un tendon semblable au tendon normal de ce muscle. Nous lisons, en effet, à ce sujet, dans l'ouvrage de TEsTur, les «Anomalies musculaires chez l'Homme»: « WaLsHAM a observé dans les laboratoires de Saint-Bartholomew’s Hospital, sur le ventre postérieur du digastrique, à deux ou trois centimètres au-dessous de son insertion à l’apophyse mastoïde, une intersection aponévrotique occupant toute l'épaisseur du muscle. Dans un autre cas, que l'on trouve figuré dansles Saint-Bartholomew’s Hospital de 1881 (fig. 4, p. 76), le même observateur a rencontré un vrai tendon cylindrique sur le trajet du ventre postérieur. Ces deux formations fibreuses, intersection et tendon, sont tellement connexes, que, sur le deuxième sujet de WaLsrraM, le tendon rencontré du côté gauche était représenté, du côté droit, par une intersection située à la même hauteur ». Nous croyons que ces intersections tendineuses rencontrées par WaLsHAM sur le ventre postérieur du digastrique trouvent phylogéniquement leur origine dans les intersections tendineuses de la couche musculaire des Reptiles düe à l'union du digastrique et du génio-hyoïdien ; chez le Dipsas dendrophile nous avons, en effet, rencontré plusieurs intersections tendineuses dans cette couche musculaire.
Notre hypothèse de l’origine du digastrique explique certains faits particuliers qui existent normalement chez quelques Mammifères, ainsi que certaines anomalies musculaires qui ont été décrites chez l'Homme.
Chez la plupart des Cétacés et des Edentés, en effet, il n’existe pas de digastrique comme chez les autres Mammifères, ce muscle y est remplacé par le sterno-maxillien (1). Le sterno-maxillien a, sauf les rapports,le même aspect que le muscle génio-sternien que nous avons décrit chez quelques Vertébrés inférieurs et qui tient lieu de géniohyoïdien. Dans tout un groupe de Mammifères donc le maxillaire inférieur est abaissé par un muscle qui n’a plus les caractères d’un digastrique, mais qui rappelle, au contraire, ce qui existe chez les Vertébrés inférieurs.
Le slerno-maxillien forme ainsi un passage des plus nets entre le génio-hyoïdien et le digastrique, ce muscle s’est séparé du géniohyoïdien, a passé sur la face ventrale du mylo-hyoïdien, mais n’a pas subi les autres modifications que présente normalement un digastrique. Il est de plus à remarquer qu'une fois PoucHET à vu ce muscle divisé en deux ventres; ceci montre évidemment une parenté certaine entre le digastique et le sterno-maxillien. Ce fait n’est pas spécial à ces Mammifères; chez quelques Reptiles, le Rouleau scytale et l’Amphisbène aveugle, par exemple, il existe un muscle qui présente absolument les mêmes dispositions que le sternomaxillien du Tatou ou du Dauphin. Ceci est une nouvelle preuve en faveur de la lhêse que nous soutenons. Il nous semble assez difficile d'expliquer autrement que nous le faisons, comment chez les Cétacés et les Edentés, il n'existe pas de digastrique et pourquoi ce muscle est physiologiquement remplacé par le sterno-maxillien que l’on ne rencontre chez aucun autre Mammifére.
Chez l'Homme, il existe anormalement un certain nombre de petits muscles surnuméraires qui semblent être des dépendances d'un des ventres du digastrique et qui montrent d’une façon à peu près certaine que le digastrique provient du génio-hyoïdien.
Parmi ces muscles un des plus importants dans cet ordre d’idée est le mento-hyoïdien découvert en 1867 par MAcALISTER et étudié depuis par une foule d’anatomistes. La parenté: du mento-hyoïdien
(1) Dans certains cas, il existe à la fois un digastrique et un sterno-maxillien.
avec le génio-hyoïdien est évidente; ces deux muscles présentent les mêmes insertions el dans un cas d'absence du mylo-hyoïdien, on a vu ce muscle se confondre en partie avec le génio-hyoïdien.
Ce dernier fait corrobore entièrement la théorie que nous soutenons. Nous disons, en effet, que le génio-hyoïdien donne par clivage naissance à un faisceau musculaire qui plus tard sera séparé du génio-hyoïdien par le mylo-hyoïdien. Le mento-hyoïdien parait se former par le même processus ; or ici, dans ce cas particulier, le clivage s'est bien produit, mais, par suite du manque de développement du mylo-hyoïdien, ces deux faisceaux musculaires se sont ensuite plus ou moins unis entre eux.
Enfin, comme remarque très importante, MACALISTER et SCHWEGEL ont vu, chacun chez un sujet, que le mento-hyoïdien était formé par le prolongement, au-dessus de l’hyoïde, du sterno-hyoïdien. Certains auteurs (KRAUSE, TESTUT, etc.), se sont basés, en partie, sur ce fait pour considérer le mento-hyoïdien comme une dépendance du sterno-hyoïdien. Si la manière de voir de ces auteurs est vraie, il n’en persiste pas moins que le principe de la formation du digastrique que nous soutenons est réelle, le digastrique se formant, d’après nous, de la même façon que le mento-hyoïdien prend naissance pour ces auteurs. Ici, nous voyons un muscle (le sterno-hyoïdien) situé sur un plan plus profond que le mylo-hyoïdien (puisque dans un grand nombre de cas, nous avons vu le génio-hyoïdien et le sterno-hyoïdien confondus en une seule bande musculaire située sur la face dorsale du mylo-hyoïdien) donner par clivage un autre faisceau musculaire (le mento-hyoïdien) qui passe sur l’autre face du mylo-hyoïdien. C’est là, en somme, ce que nous soutenons pour la formation du digastrique.
D'un autre côté, l’embryologie semble affirmer notre manière de voir. |
Dans le développement de la musculature du Lapin, il se constitue dans la région que nous étudions, tout à fait au début, une masse musculaire unique qui se clive horizontalement en plusieurs feuillets, comme d’ailleurs nous le décrirons plus loin chez les autres Vertébrés. L'un de ces feuillets donne le mylo-hyoïdien, un autre forme le génio-hyoïdien.
La figure 1 planche VIII représente une coupe transversale de la tête d’un embryon de Lapin encore très jeune, ne mesurant qu'une
longueur de vingt-deux millimètres. Les muscles mylo-hyoïdien, génio-hyvïdien et génio-glosse sont nettement formés. Il est à remarquer que le mylo-hyoïdien ne s'insère pas encore à ce niveau sur la mandibule. Les deux génio-hyoïdiens sont encore intimement unis sur la ligne médiane.
De chaque côté de la couche génio-hyoïdienne existe une petite masse musculaire qui la continue exactement et dont elle est à peine séparée, elle en présente le même aspect, la même largeur. Ce petit ilot musculaire est une dépendance de la couche génio-hyoïdienne dont il s’est séparé par un clivage longitudinal, l'examen de la coupe ne laisse aucun doute à ce sujet d'autant plus que sur des embryons encore plus jeunes cette différenciation n'existe pas encore.
Ce petit ilot n’est autre chose que l’origine du digastrique. Que pourrait-il représenter autrement ?—D'après l'anatomie de la région cette masse musculaire ne peut représenter que le muscle digastrique ou le muscle hyo-glosse. Or le muscle hyo-glosse commence à se constituer en hg (fig. 1, PI. vi). L’hyo-glosse est, en effet, situé en dedans du nerf grand-hypoglosse, dans la coupe qui nous intéresse ce nerf est représenté en nh, c’est-à-dire sur la face externe de la couche musculaire hg que nous considérons comme l’hyo-glosse. D'un autre côté, chez l'adulte, le muscle digastrique laisse en (lehors l'artère faciale et en dedans le nerf grand hypoglosse ; c’est justement la disposition qu'offre la masse musculaire que nous considérons comme l'origine du digastrique. Quant à la masse musculaire m que l’on serait tenté, au premier abord, de considérer, comme l'origine du digastrique, elle ne peut pas représenter ce muscle puisqu'elle est tout entière située en dehors de l’artère faciale, rapport absolument contraire à celui du digastrique de l'adulte. Elle représente le muscle masséter.
La comparaison de la coupe représentée par la figure 1 avec une coupe semblable faite sur un sujet plus âgé long de quarante cinq millimètres ne fait que fortifier notre manière de voir. Dans cette dernière coupe (fig. 2, PI. vin) les muscles sont nettement conformés, le mylo-hyoïdien est complètement développé et s’insére sur la mandibule, il sépare ainsi le digastrique du génio-hyoïdein. Le muscle hyo-glosse occupe ici la même situation que dans la fig. 1 et les rapports relatifs du digastrique avec le cartilage de MECKEL sont également semblables. Le masséter descend ici moins
bas que dans la figure 1. Ce qui est également fort important, ce sont les rapports du muscle digastrique avec l'artère faciale et avec le nerf grand hypoglosse, rapports qui sont les mêmes que chez l'adulte et semblables à ceux que présente la figure 1.
Une grande objection peut être formulée contre l'hypothèse que nous soutenons de l'origine du digastrique. Le digastrique et le génio-hyoïdien sont innervés par des nerfs crâniens différents, le digastrique par le trijumeau et le facial qui font partie du même groupe (GEGENBAUR) et le génio-hyoïdien par le grand hypoglosse. Comment expliquer alors que que le digastrique provient du géniohyoïdien ?
Nous croyons pouvoir répondre ainsi à cette objection. Originellement, le faisceau musculaire qui devra donner naissance au géniohyoïdien el au digasirique est innervé en avant par le groupe du trijumeau, (parce que la masse musculaire embryonnaire antérieure dépend du territoire du trijumeau) et en arrière, au contraire, par . celui du grand hypoglosse. Nous croyons qu’il est permis de penser qu'il se produit ainsi une fusion entre les masses musculaires - embryonnaires de ces deux territoires nerveux différents, fusion dont nous retrouvons les restes dans les connexions que nous présentent normalement le génio-hyoïdien et le mylo-hyoïdien de quelques . Mammifères. Or, ilest démontré qu'à mesure que se développe la musculature de la langue, les rameaux antérieurs du grand hypo= glosse prennent une importance de plus en plus grande et augmentent graduellement leur territoire d’innervalion et qu'à mesure que l’on considère un Vertèbré plus supérieur le nerf grand hypoglosse innerve des muscles plus antérieurs (GEGENBAUR). Il est donc plus que probable que lors du clivage de ce faisceau primitif l’une des portions est particulièrement innervée par le groupe du trijumean (c'est le digastrique), tandis que l’autre est innervée par le nerf grand hypoglosse (c’est le génio-hyoïdien).
Nous ne sommes pas le premier à signaler un tel changement d’'innervation. Un fait absolument semblable a été décrit dans la même région que nous éludions et a été accepté par tous les anatomistes, n'ayant jamais soulevé aucune objection. Nous voulons parler du mento-hyoïdien. Comme nous l’avons dit, certains auteurs entre autres KRAUSE et TEsrur, se basant sur les découvertes de SCHWEGEL et de MACALISTER, considèrent le mento-hyoïdien comme
tirant son origine du sterno-hyoïdien; or, le sterno-hyoïdien est toujours innervé par le grand hypoglosse et le mento-hyoïdien ne reçoit des rameaux nerveux que du groupe du trijumeau (le plus souvent du mylo-hyoïdien, très rarement du facial). Ce fait est donc absolument identique à celui que nous soutenons, nous sommes donc heureux de nous trouver sur ce point fort délicat en communion d'idée avec ces auteurs. :
Mylo-hyoïdien.
Le mylo-hyoiïdien manque chez les Cyclostomes, les Poissons (sauf le Ceratodus) et les Ophidiens. Il fait également défaut chez un Mammifére, l’Echidné ; il est probablement remplacé physiologiquement chez ce dernier être par le transverse jugulaire dont le développement y est très considérable.
Dans toutes les classes des Vertébrés où il existe, le mylo-hyoïdien présente des caractères assez constants. Il consiste en une lame musculaire, relativement assez mince, dont les fibres ont une direction le plus souvent transversale, quelquefois légèrement oblique. Ces fibres s’insèrent latéralement sur la face interne de la mandibule etse terminent, le plus souvent, sur un raphé médian plus ou moins large, suivant les espèces. Lorsque le raphé n’existe pas, les fibres des deux mylo-hyoïdiens s’entrecroisent sur la ligne médiane. Ce muscle est innervé par des rameaux du nerf maxillaire inférieur (branche du trijumeau). Partout ce muscle présente un développement à peu près semblable, s'étendant toujours depuis l’angle antérieur de la mandibule jusqu’au niveau du corps de l'appareil hyoïdien.
Presque toujours, le mylo-hyoïdien est constitué par une lame musculaire unique. Chez les Sauriens, quelques Oiseaux et quelques Mammifères, ce muscle peut présenter plusieurs feuillets plus ou moins superposés.
Chez la plupart des Sauriens, en effet, le mylo-hyoïdien se décompose en plusieurs couches qui latéralement sont séparées les unes des autres par des fentes à direction transversale dans lesquelles s'engagent les faisceaux antérieurs d'insertion du digastrique. Le plus souvent, comme chez les Lézards, ces feuillets sont unis les uns aux autres sur la ligne médiane, d’autres fois, au contraire, comme chez le Varan du Nil, ces feuillets sont superposés.
Chez tous les autres Vértébrés où le mylo-hyoïdien n’est pas formé par une couche unique, ce muscle ne présente que deux feuillets qui sont alors toujours superposés et que nous avons désignés sous les noms de feuillet superficiel et de feuillet profond. Nous avons rencontré ce fait parmi les Sauriens, chez le Caméléon vulgaire, parmi les Oiseaux, chez le Canard domestique (1), la Sarcelle d'hiver, le Chrysotis amazone, enfin parmi les Mammifères chez le Hérisson et la Taupe (2). Nous y ajouterons le Taureau, la Gazelle dorcas, le Mouton domestique, chez lesquels, il existe bien également deux feuillets superposés pour le mylo hyoïdien, mais qui présentent la particularité de se fixer en arrière sur les tendons du muscle digastrique (3).
Chez tous les Vertébrés inférieurs, le mylo-hyoïdien ne présente aucun rapport avec l'appareil hyoïdien. Il en est de même chez les Oiseaux. Enfin, chez les Mammifères, ce muscle se fixe sur l’appareil hyoïdien, sauf chez le Tatou peba, la Sarigue, le Fourmilier, où ilne présente aucun rapport avec l’hyoïde étant en cela semblable au mylo-hyoïdien des Vertébrés inférieurs. Chez les Mammifères où le mylo-hyoïdien est constitué par deux feuillets superposés, l’un de ces feuillets seul (le dorsal généralement) s'attache sur l'os hyoïde.
Chez les Batraciens anoures, le mylo-hyoïdien est uni postérieurement au transverso-hyoïdien (4).
Malgré leur union, le mylo-hyoïdien et le transverso-hyoïdien ont des origines complètement différentes ; cette union est donc acquise pendant le développement des Anoures.
L'étude de la musculature des tétards de Grenouille explique un certain nombre de dispositions que présentent les muscles de la Grenouille adulte. C’est ainsi que les observations que nous avons faites sur ces êtres nous permettent d'affirmer que la couche mus-
(1) DuverNoy a signalé le même fait chez le Cygne.
(2) D'après MEckeL, le mylo-hyoïdien serait divisé en deux parties distinctes chez quelques Rongeurs. WATSON a signalé le même fait sur l’Eléphant des Indes. Enfin chez l'Homme, dans un cas observé par WHINNIE, le mylo-hyoïdien était divisé en deux portions distinctes.
(3) Hamy et CHupziNski ont signalé trois fois chez l'Homme l'insertion du mylohyoïdien sur l’arcade fibreuse du digastrique.
(4) Cette union a été la cause que les auteurs ont toujours décrit le faisceau que nous désignons sous le nom de transverso-hyoïdien comme une dépendance du mylo-
hyoïdien.
culaire que les auteurs ont décrite comme constituant uniquement le mylo-hyoïdien doit être considérée comme formée par deux muscles différents le mylo-hyoïdien et le transverso-hyoïdien (ou transversal de l'hyoïde).
Chez un tétard déjà âgé (pourvu de quatre pattes bien constituées et dont la queue s’atrophie) la région que nous étudions offre la disposition représentée par la fig. 12, PI. vu.
Le transverse présente la même disposition, les mêmes rapports et.les mêmes insertions que chez l'adulte, ce muscle est simplement plus réduit ; il ne possède pas de raphé médian. Le génio-hyoïdien consiste en une bandelette indivise à fibres longitudinales.
Les muscles mylo-hyoïdien et transverso-hyoïdien sont complètement séparés l’un de l’autre; la direction des fibres est même différente dans chacun d’eux. Le transverso-hyoïdien consiste en une bandelette musculaire transversale qui réunit les deux extrémités postérieures de l’appareil hyoïdien. Ce muscle offre déjà un aspect semblable à celui qu’il présente chez la Grenouille adulte. — Le mylohyoïdien est beaucoup moins développé et est assez différent par son aspect de celui de la Grenouille. Ce muscle, en effet, s’insère sur les cartilages de Meckel qui ici sont encore assez réduits. Les fibres qui le constituent sont nettement obliques d'avant en arrière et de dehors en dedans et de plus ces fibres ne s'étendent pas sur toute la largeur de la région ; elles sont surtout bien développées le long des cartilages de Meckel. L'aspect que présente donc le mylo“hyoïdien à cet âge est semblable à la disposition qu'offre normalement le même muscle chez le Pipa adulte ; le transverse jugulaire de l’Esturgeon présente aussi une manière d’être à peu près semblable à celle-ci. Latéralement, il existe un large espace triangulaire libre entre le transverso-hyoïdien et le mylo-hyoïdien.
Chez un tétard moins âgé ne possédant encore que des pattes postérieures peu développées, la disposition générale de la musculature est assez différente de celle que nous venons de décrire. Le transverse est réduit à quelques fibres seulement ; le transversohyoïdien et le génio-hyoïdien sont bien développés, quoique bien ténus et offrent le même aspect que dans le cas précédent. Enfin, le mylo-hyoïdien est seulement représenté par une mince aponévrose s'étendant d’un cartilage de Meckel à l’autre.
Une coupe transversale (fig. 9) faite au niveau du transverso-
hyoïdien, chez un sujet de sept millimètres de longueur, nous montre qu à cet âge, ce muscle est constitué par deux portions symétriques unies sur la ligne médiane. Ce musele est donc primitivemeni pair, ce n’est par suite que dans le développement que le raphé médian disparaît et que les fibres musculaires se rendent directement d’une corne hyoïdienne à l’autre.
Il résulte de cette description que le transverso-hyoïdien est constitué bien avant que ne l’est le mylo-hyoïdien et que de plus ces deux muscles sont complètement isolés l'un de l’autre jusqu'à un âge assez avancé, cette union est donc acquise dans le développement, Il est dès lors impossible d'admettre que la couche musculaire due à
l'union de ces muscles représente seulement le mylo-hyoïdien.
Nous avons dit au commencement de ce chapitre qu’il n’existe pas chez les Poissons de muscle mylo-hyoïdien. Cependant, dans la description du transverse jugulaire des Squales, nous avons vu que le faisceau mandibulaire de ce muscle s'étend depuis l'angle postérieur du cartilage de Meckel jusqu'à l’angle antérieur de la mandibule en présentant les mêmes Insertions elles mêmes rapports qu’un mylohyoïdien ordinaire, Doit-on considérer cette formation comme l’homologue d'un mylo-hyoïdien ou commeune dépendance du transverse jugulaire ? Pour se prononcer avec exactitude pour l’une ou l’autre de ces deux hypothèses, il serait nécessaire, comme nous l’avons déjà dit, d'étudier le développement de ces muscles chez les embryons de Squale, ce que malheureusement nous n’avons pu faire.
Enfin, chez le Cératodus de Forster, il existe un mylo-hyoïdien nettement caractérisé qui rappelle par ses caractères, ses rapports et ses insertions le mylo-hyoïdien des Batraciens.
En anatomie humaine, il n’est pas rare de voir quelques faisceaux du mylo-hyoïdien passer, sans s’interrompre, d’un côté à l'autre; Tesrur a même signalé plusieurs fois, notamment chez deux nègres, la disparition complète du raphé médian. Cela rappelle ce que nous avons signalé chez plusieurs animaux.
Bien que ce muscle ne présente d'insertion sur l’hyoïde que chez les Mammifères, nous lui conservons cependant le nom de #ylohyoïdien, tout en faisant remarquer que cette dénomination ne peut pas s'appliquer à tous les cas ; nous lui préférons de beaucoup celle d'intermaæillaire qu'Horrmanx a donné à ce muscle chez le Caméléon, les Chéloniens et les Batraciens. Nous lui conserverons le nom
de mylo-hyoïdien parce que nous ne voulons pas lutter contre l’habi- . tude, cette dénomination étant beaucoup trop répandue. Nous ne nous arrêterons pas sur la dénomination degénio-hyoïdien que VIcQ- D’Azyr a donné à ce muscle chez les Oiseaux, ce muscle, en effet, ne présente ni les rapports, ni les insertions, ni l’innervation, ni le même sens dans la direction des fibres qu'offre un génio-hyoïdien. Nous n’insisterons pas non plus sur une foule d’autres noms plus ou moins applicables à des cas particuliers : éransversus mandibulæ, mylo-glosse, constrictor salivaris,sous-maxillaire,hyo-mandibulaire, etc.
Transverse. :
Nous n’avons pas rencontré ce muscle chez les Cyclostomes, les Pneumobranches, les Chondroptérygiens (1), les Sauriens, les Chéloniens, les Crocodiliens et les Oiseaux. Chez les Mammifères, il ne paraît exister que chez quelques Rongeurs.
Partout, sauf chez les Serpents, le transverse présente des caractères absolument constants. Il consiste en une lame musculaire, très peu étendue, mais relativement épaisse, située dans l’angle antérieur de la mandibule. Il n’y a pas de raphé médian, les fibres vont donc directement d’une branche mandibulaire à l’autre, de sorte que le transverse paraît être un muscle impair et médian. Il est innervé, comme le mylo-hyoïdien, par des ramaux du nerf maxillaire inférieur (branche du trijumeau).
Chez les Ophidiens, ce muscle, au contraire, ne s'étend que de la mandibule à la ligne médiane où il se réunit à son congénère suivant un raphé fibreux. Chez ces êtres, le transverse est généralement formé par deux groupes de fibres, l’un antérieur, l’autre postérieur. Chez le Rouleau scytale, ces deux groupes se séparent l'un de l’autreet deviennent indépendants.
Si les caractères du muscle transverse sont constants, il n’en est plus de même de ses rapports. Chez les Mammifères, en effet, il est toujours situé sur la face ventrale du mylo-hyoïdien; chez tous les autres Vertébrés il est, au contraire, placé sur la face dorsale de ce
(1) Cependant MoREAU dit que parfois, chez la Raie, il a rencontré une formation musculaire qu’il homologue au transverse,