‹ Anatomie comparée du cerveau, dans les quatre classes des animaux vertébrésChapitre 11 sur 50 · CHAPITRE IIF · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIF

Anatomie comparative de la moelle epinière . dainf les quatre classes d'animaux vertébrés.

Le système nerveux des inverlébrés u'est donc que le système nerveux latéral des vertébrés. Chez ces derniers, un appareil nouveau vient en former le centre ; cet appareil est formé de la moelle epinière et de l'encéphale : l'axe cérébro-spinal, nom par lequel je l'ai désigné, est donc exclusivement dévolu aux animaux vertébrés (i). Ce que nous avons à dire de ses formes permanentes , de sa structure, de ses rapports , de ses fonctions et de ses maladies, n'est donc applicable qu'aux quatre classes qui composent l'embranchement supérieur du règne animal. Que d'efforts il a fallu faire avant d'arriver à ce résultat ! de combien d'inconnues, de combien de fausses idées il a fallu débarrasser la science , pour préciser avec quelque rigueur les termes dont devait se composer le problème de l'anatomie comparée du cerveau !

(i) M. le professeur Latreille a heureusement employé cette idée, en désignant les animaux vertébrés sous le nom de spini-cérébraux. (Voyez Familles naturelles du règne animal, pag. 38.}

L'axe cérébro-spinal du système nerveux est le* point de convergence et de divergence de tout l'animal ; il répète en petit les caractères principaux des modifications infinies que nous ofirent les êtres composant les quatre classes des vertébrés. Son analomie comparative exigeait, en quelque sorte, un abrégé de toute l'anatomie comparée et les traits les plus saillans de la zoologie; car toutes les parties de l'organisation de l'animal se lient les unes aux autres , se correspondent et s'expliquent mutuenement. Comment concevoir en effet , et apprécier à leur juste valeur les modifications nombreuses de la moelle épinière, si on les sépare des modifications principales que nous offre le tronc des invertébrés ? A quoi nous eût servi de dire , que tantôt le calibre de cette partie est égal dans toute son étendue , que tantôt il est renflé çà et là , si nous n'avions signala en même temps à quelles dispositions générales du tronc correspondaient ces renflemen|^ ou leur absence? Quel intérêt la science eùt^le retiré de nos observations diverses sur les variations de l'encéphale, si nous n'avions simultanément exposé les principales variations des organes des sens? U7i animal étant donné, déterminer , par l'examen extérieur de ses formes, les formes et les rapports de l'axe cérébro-spinal de son système nerveux : tel doit être le but définitif de cette partie de la science. Mais que de routes détournées il nous a fallu prendre pour prouver l'utilité de cette nouvelle

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tiianière d'envisager l'anatomie comparative ! que de rapports organiques il a fallu constater , avant d'arriver aux rapports correspondans que nous répète l'axe cérébro-spinal ! Ostéologic , myologie , angiologie, névrologic , il nous a fallu tout examiner, tout comparer, pour en rallier les faits principaux aux variétés de cet axe.

Depuis Démocrite , les philosophes sont à la recherche des fonctions du système nerveux ; depuis Hippocrate , les médecins poursuivent sans relâche l'étude de ses maladies. Trois mille ans de veilles ont échoué devant cette noble tentative ; le génie même en avait désespéré, parce que la pathologie attendait de la physiologie les données qui lui étaient indispensables, et que la physiologie demandait à son tour à l'anatomie comparative les bases sans lesquelles elle ne pouvait avancer avec certitude. Anatomie générale , physiologie , pathologie du système nerveux , tout devait donc s'éclairer en même temps , parce que toutes ces sciences s'étaient arrêtées par les mêmes causes : telle était sans doute la pensée de l'Académie des Sciences, lorsqu'on mit cette question au concours , puisque de toutes les parties de l'Europe les ouvrages qu'elle a fait éclore portent l'empreinte de ce triple caractère. Cet accord unanime des anatomistes et des physiologistes prouve unegrande vérité , c'est que nous tenons les fils de ce labyrinthe qui avait paru inextricable à nos pères , et qu'en persévérant dans les routes tracées , nous

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pouvons espérer d'en connaître un jour tous les détours. Lancé dans cette carrière depuis un si grand nombre d'années , je n'ambitionne d'autre gloire que celle de contribuer par mes efforts à atteindre ce grand résultat.

La détermination de la moelle épinière n'a été le sujet d'aucune contestation chez les animaux vertébrés ; encaissé dans le canal de conjugaison que forment les vertèbres par leur réunion, cette position fixe et l'homogénéité de ses formes dans toutes les classes n'ont ofl'ert aucune prise aux conjectures diverses dont certaines parties de l'encéphale ont été l'objet. Considérée dans l'ensemble des quatre classes, elle offre dans ses dimensions des variétés nombreuses et des rapports très-importans*, i*ielativement à l'appareil locomoteur des animaux : c'est donc sous ce double point de vue que l'anatomie comparative doit la considérer.

Au premier aspect , la moelle épia-ière paraît un organe unique ou impair : sa forme est celle d'un cylindre plus ou moins aplati , en avant , en arrière ou sur les côtés , selon les classes où on l'observo ; plus ou moins étendue dans le canal vertébral , selon les classes, les familles et les espèces ; d'un calibre égal ou différent dans ses diverses régions , selon les conditions locomotrices des animaux; creuse ou solide; toujours fermée en avant dans toutes les classes sans exception ; fermée aussi en arrière le plus généralement , mais ouverte chez les oiseaux dans la partie qui corres-

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pond au renflement inférieur ( i) , et chez les reptiles en haut de la région cervicale (2). Ces formes permanentes dérivent de ses formes primitives , et CCS dernières vont nous en fournir toute l'explication.

L'hypothèse du développement central de la moelle épinière no pouvait se concevoir avec l'existence d'un canal dans l'étendue de son axe : un vide ne pouvait être, dans cetle idée, la source primitive de tout le système nerveux. C'est en vain que Charles Ktiennc , Colombo, Piccoluomini , Bauhiu, Bartholin , Valsalva , xMorgagni , Haller et Portai , disaient l'avoir observé , mémo chez l'homme , dans toute l'étendue de la moelle épinière , ou dans une de ses régions seulement : l'existence de ce canal a été niée jusqu'à ces derniers temps , et elle a été niée parce qu'elle n'était pas conçue et que sa formation ne pouvait être expliquée.

D'après nos lois expérimentales de l'organisation , la manifestation de ce canal dans le centre de la moelle épinière est aussi inévitable chez tous les vertébrés , que sa formation est impossible dans l'axe nerveux des invertébrés. Les lames de la moelle épinière, qui succèdent au liquide qui la constitue dans les premiers temps chez tous les embryons, réimies en avant d'abord .

,1) PI. II, ûg. 35, n" 2.

(3) PI. î. f.g. I-., n"5.

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puis en arrière , laissent nécessairement un espace entre elles ; cet espace occupe le centre des lames roulées sur elles-mêmes , et forme l'axe de ce canal. Or , on conçoit que , pour contenir ce liquide et pour favoriser la marche des lames qui lui succèdent , il était nécessaire que la dure-mère formât un étui pour les contenir; il fallait, de plus, que cet étui fût favorisé lui-même par le canal cartilagineux des vertèbres. De là , l'ordre des développemens de ces trois parties. D'abord , le canal cartilagineux se développe ; puis vient celui de la dure-mère; puis, en troisième lieu, celui de la moelle épinière. Chez tous les jeunes embryons , le rachis est dès-lors composé de trois cylindres creux , emboîtés les uns dans les autres , et qui sont , en procédant de la circonférence au centre, le canal vertébral, alors cartilagineux, le canal de la dure-mère , et le canal de la moelle épinière. Les lames du premier cylindre sont cartilagineuses; les vertèbres doivent en provenir : celles du second sont fibreuses; celles du troisième sont deux membranes nerveuses. Rien de semblable n'existant chez les invertébrés , l'absence du canal dans leur axe nerveux provient donc de cette différence primitive du système nerveux.

D'après le mécanisme de la formation du canal épinien , on voit que plus les embryons sont jeunes , plus les lames de la moelle épinière sont minces , plus conséquemment le canal doit être

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large : c'est ce qui se remarque chez l'embryon des oiseaux, les septième, huitième, neuvième et dixième jours del'incubalion ; chez le têtard des batraciens, jusqu'aux trentième et trente-cinquième jours de leur formation ; chez les singes , le chien , le chat , le mouton , le veau et le cheval , jusqu'au milieu de leur formation; chez l'homme , du troisième au cinquième mois de la conception ; chez le lapin , jusqu'aux deux tiers de son développement.

Le canal de la moelle épinière se rétrécit donc à mesure que les lames nerveuses qui en forment les parois acquièrent de l'épaisseur : or , l'épaississemeut de ces lames s'opérant de la circonférence au centre, le rétrécissement du canal est en raison directe de lépaisseur des nouvelles lames qui sont déposées par les artères qui pénètrent dans l'intérieur du canal. Enfin, toutes les couches fibreuses de la moelle épinière étant sécrétées, le centre du canal est oblitéré en totalité ou en partie par les couches de matière grise appliquées sur la face interne des lames de la moelle épinière. Cette dernière circonstance explique l'absence ou la permanence de ce canal chez les animaux adultes ; elle explique aussi les différences de sa capacité, selon les classes ou les familles : plus les couches de la matière grise sont épaisses, plus le canal est étroit, chez les animaux parfaits. Or, la matière grise de l'intérieur de la moelle épinière allant en diminuant d'épaisseur de l'homme aux

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singes, aux cétacées, aux phoques, aux carnassiers , aux ruminans et aux rongeurs , la capacité du canal doit augmenter dans la même progression.

La capacité du canal de la moelle épinière est donc en raison inverse de l'épaisseur de la couche grise qui en occupe le centre. Chez l'homme adulte cette couche étant très-épaisse , le canal est complètement oblitéré ; chez les singes , la couche grise ayant un peu diminué , le canal n'est pas hermétiquement fermé : on en trouve les rudimens chez le drill , le mandrill , le papion.

Chez le dauphin , le marsouin et les phoques , il est plus large que chez les singes; son diamètre augmente encore chez les carnassiers, le lion, le tigre, la panthère, le loup, l'hyène, le renard, le chat , le chien , l'ours brun , l'ours noir d'Amérique , etc. , parce que la couche de matière grise est moins épaisse chez ces derniers animaux que chez le phoque et les cétacées.

C'est toujours à cause de la décroissance de la matière grise que les pachydermes et les ruminans ont ce canal plus dilaté encore que les carnassiers , comme je l'ai observé chez le cheval , le chameau , le lama , le mouton , le bœuf, les chèvres. Enfin , les rongeurs sont , de tous les mammifères , ceux qui ont le canal de la moelle épinière le plus large , parce qlie ce sont ceux chez lesquels la couche grise est la plus mince : c'est donc chez les rougeurs, tels que les lièvres, les lapins, les rats, h-

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castor, l'agouti, qu'il taut observer ce canal , pour en avoir une idée exacte dans cette classe.

Si ces principes sont justes, c'est-à-dire, si, d'une part , la capacité du canal épinien augmente en raison inverse de l'épaisseur de la couche grise, et si, de l'autre , cette couche se dépose de la circonférence au centre , on voit que les embryons des mammifères supérieurs oiTriront, à leurs diverses périodes , les capacités différentes que ce canal nous présente dans les diverses familles. Le raisonnement indique que cela doit èlre; l'observation prouve rigoureusement que cela est.

Soit l'embryon humain : observé au troisième mois, le diamètre du canal épinien égale au moins celui des rongeurs; au quatrième , sa capacité se rapproche de celle des pachydermes et des rnminans ; au cinquième, son diamètre rappelle celui des carnassiers; au sixième, c'est celui des phoques et des cétacées ; au septième , le canal n'est plus que rudimentaire , comme on le remarque chez les singes : enfin , au huitième et au neuvième , il est complètement oblitéré; circonstance qui se remarque exclusivement chez l'homme, parce que l'homme adulte est celui de tous les mammifères qui a le plus de matière grise dans le centre de la moelle épinière. Les embryons des singes , des carnassiers et des ruminans répèlrnt exactement^ cette disposition : plus ils sont jeunes, plus leur canal épinien est dilaté ; plus ils se rapprochent .

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SOUS ce rapport, des familles qui leur sont infé-^ rieures.

J'ai remarqué, en 1820, que chez les animaux composant les trois classes inférieures , la matière blanche de la moelle épinière prédomine tellement sur la matière grise, que celle-ci forme souvent une couche imperceptible chez certains reptiles et certains poissons (1). Quelle est la conséquence de ce fait relativement au canal de la moelle épinière ? On l'entrevoit de suite : on voit que , chez les oiseaux , les reptiles et les poissons , la capacité du canal épinien devra dépasser encore celle qu'on lui remarque chez les rongeurs. C'est, en effet, ce qui est, toute proportion gardée , ainsi que Je l'ai constaté chez l'orvet , les vipères , les couleuvres , le caméléon , le tupinambis , les crocodiles , le caïman , les tortues , les crapauds et les grenouilles , parmi les reptiles; les passereaux , Is perroquets, les canards , la poule , les cigognes , la bondrée , l'aigle , l'au-

(1) Cette disposition a été découverte aussi en 182a chez les poissons par M. Desmoulins. Cet anatomiste distingué a été conduit à ce fait par des vues bien différentes de celles que j'expose ici. Je remarque cette circonstance pour deux motifs; le premier, pour montrer que lorsque les faits sont exacts , les observations y amènent par différentes voies ; et le second, pour ne rien ôter à M. Desmoulins du mérite de son observation ; car je n'avais rien publié des miennes à l'époque où elle parut.

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