TUBERCULES QUADRIJUMEAUX
étroite chez l'orvet , le protée , les couleuvres, les vipères ; elle augmente chez la grenouille (i) , les crapauds, le caméléon, le tupinambis , les lézards , les crocodiles, le caïman, et surtout chez la tortue franche (2) , où elle acquiert les plus grandes dimensions possibles dans cette classe. La lame qui les réunit l'un à l'autre est très-mince , son épaisseur suit la progression du volume des lobes et s'accroît insensiblement de l'orvet à la grenouille (3) , au caméléon , au crocodile et à la tortue franche (4). Chez le protée , la syrène et la cécilie, le ventricule des lobes optiques paraît unique, la lame de jonction étant si étroite qu'on la distingue à peine en arrière. Sur le plancher de cette cavité qui eist l'analogue de l'aqueduc de Sylvius des mammifères , on distingue sur la ligne médiane le passage des pyramides , et l'on voit sur les côtés un petit renflement , imperceptible chez l'orvet , les couleuvres , les vipères, assez distinct chez la grenouille , le caméléon , le tupinambis , le crocodile, très-prononcé chez la tortue franche. Le volume de ce renflement est en raison directe Ju volume des nerfs optiques, et suit, comme ce nerf, une progression croissante des ophidiens aux chéloniens. Quelques faisceaux très-déliés, de matière
(1) PI. V,Og. 134, ij° 5.
(2) PI. V, fig. l'iH , n° 2.
(5) PI. V,Cg. i34, n-G.
(4) PI. "V, fig. 121 , n" 10.
TUBERCULES QUADRULMEAUX. 265
blanche, en travcrsentla hase chezla tortue franche. La hime formant l'enveloppe de ces lobes est composée de deux couches , l'une interne, l'autre externe ; l'interne, qui correspond au petit renflement , est toujours grise ; l'externe varie dans sa coloration : elle est presque grise chez le protée , l'orvet, les vipères et les couleuvres; d'un gris blanchâtre , chez les grenouilles et les crapauds ; d'un blanc mat chez le crocodile , et d'un blanc assez pur chez la tortue franche. Cette couche formant l'extérieur du lobe, la couleur de celui-ci \arie de la même manière qu'elle , chez les ophidiens, les batraciens, les sauriens et les chéloniens. L'épaisseur des parois des lobes augmente des ophidiens aux lacerliens , aux batraciens (i) , aux sauriens et aux chéloniens (2).
Ainsi, chez les reptiles, les lobes optiques ( tubercules quadrijumeaux ) restent ovalaires, creux ; ils se dépriment en avant chez quelques-uns, pour loger la couche optique, mais ils ne se déplacent pas. On les voit chez tous sur la face supérieure de l'encéphale , jamais à leur base : ils conservent ainsi l'état embryonnaire permanent des mammifères ef des oiseaux.
Dans cette dernière classe leurs évolutions sont beaucoup plus nombreuses ; ils perdent quelquesuns des caractères embryonnaires, abandonnent
(1) PI. V, Ûg. i34, n" 5 et G. (a) PI. V, Djj. 121 , n" 2 et 10.
2Q6 TUBERCULES QUADRIJUMEAUX.
la position constante qu'ils ont dans toutes les classes , passent de la face supérieure à la partie latérale et à la base de l'organe; ce qui ne peut avoir lieu sans éprouver des changemens remarquables , qui non-seulement les ont fait méconnaître, mais les ont fait considérer comme les analogues de la couche optique en totalité , ou de la moitié postérieure de cette couche , ainsi que vient de le proposer le célèbre Treviranus. Enfin, le volume qu'ils acquièrent dans cette classe leur a mérité d'être assimilés , par M. de Blainville, aux hémisphères cérébraux des mammifères. Ces opinions ayant entravé Jusqu'à ce jour la marche de la science, il est indispensable d'en apprécier la valeur pour justifier la détermination que j'ai donnée, et qui déjà est adoptée par la plupart des anatomistes : l'examen attentif des transformations de ces organes chez l'embryon des oiseaux , leurs connexions , leurs rapports chez les oiseaux adultes, ne laisseront, je l'espère , aucun doute sur la question fondamentale de l'anatomie comparative du cerveau.
La forme lobulairc qu'affectent chez les oiseaux les lobes optiques, se trouve déjà expliquée par l'état primitif de ces parties chez les embryons de l'homme et des mammifères , par l'état permanent de ces corps chez tous les reptiles. S'ils ne présentaient que cette difficulté pour être ramenés à leur analogie avec les tubercules quadrijumeaux , il nous suffirait de reproduire les rapports que
TUBEP.CLLES QUADRIJUMEAUX. 267
nous avons exposés pour la classe des rcplilcs : mais leur changement de j)osition chez tous les oiseaux vient apporter une nouvelle inconnue dans le problème ; et comme rien d'analogue, n'existe dans les autres classes , cette transposition a été la source de toutes les erreurs dont l'encéphale de cette classe a été le sujet. 11 est donc très-important, en suivant celte métamorphose, d'apprécier tous les changcmens qui en sont l'effet.
Jusqu'aux cinquième et sixième ( i ) jours de l'incubation , les lobes optiques sont doubles , symétriques, placés, comme dans les autres classes, sur la face supérieure de l'encéphale ; aux septième, huitième ou neuvième jours, selon qu'on observe la formation du poulet, des faisans, de l'oie , du canard ou du dindon , un sillon oblique se place en arrière de chaque lobe (2) , et le divise en deux parties inégales , Tune antérieure , plus grande (5) , l'autre postérieure , plus petite (4). Les lobes sont alors quadrijumeaux , de même que chez les têtards des grenouilles (5) et des crapauds , du seizième au dix-septième jour. Jusqucs-là ces lobes sont restés parallèles l'un à l'autre , représen-
(i) PI. I,fig. 5, n-G.
(2) PI. l,ng.6,n-8.
(r>)Pi. i,fig. 6,u-8.
(/,) PI. I,Û-. G,n-r.
(:») Pl.Ijfjg. i5, u'5.
26S TUBERCULES QUADRIJUMEAUX.
tant un ovoïde légèrement aplati sur les côtés ( i ) , de la même manière que chez le têtard du vingtième Jour (2J. Les lobes optiques des oiseaux conservent leur forme aussi long-temps que la couche optique reste à l'état rudimentaire , ce qui s'observe jusqu'au huitième jour (5) ; mais aux neuvième et dixième jours , ce renflement augmente tout-à-coup de volume (4) , de même que cliez le têtard du vingtième au vingt-cinquième jour (5). L'effet produit par la présence de ce renflement est le même dans les deux classes ; chez l'oiseau (6) comme chez la grenouille (7) , les lobes optiques s'écartent en avant pour le loger: ils cessent d'être parallèles, ils deviennent obliques dans les deux classes (8) , se bombent sur les côtés, au lieu de rester déprimés comme ils étaient auparavant. Si la métamorphose des lobes optiques s'arrêtait à ce degré chez les oiseaux , ils seraient entièrement analogues à ceux des reptiles ,• notamment de la grenouille adulte (9) , du camé-
(1) PI. I, fig. 5, n'G.
(2) PI. I , fig. 11, n" 5.
(5) PI. I, fig. 6,.n°9.
(4) Pi. I, fig. 7, n» 8.
(5) PLI, fig. ia,n'-4.
(6) PI. I, fig. 7,n"7-
(7) PI. I, fig. Î2,.r5.
(8) PI. I, fig. 7,1107.
(n) FI. I, Gg, iG, n" 3.
TLDERCL'LES Qt'inniJU.MEAUX. 269
lOon (1) et thi crocodile à deux arêtes (2). Chez certains oiseaux nionstnicux ils conservent souvent cet état ; je l'ai surtout observé sur des œufs de poule soumis par M. Gcoffroy-Saint-IIilairc à des expériences dont le but était do produire des monstruosités arlilicielles. La ressemblance ne se borne pas aux lobes optiques , elle est encore partagée parle cervelet , la couche optique et les lobes cérébraux : l'encéphale des oiseaux est l'analogue alors de celui des reptiles , et celui des reptiles est l'état embryonnaire permanent des oiseaux. Ce parallèle est des plus curieux, et un des résultats les plus intéressans de l'anatomie comparative des embryons.
Mais le cerveau des oiseaux ne s'arrête pas à cet état , il continue ses évolutions dans l'élat normal ; toutes ses parties se concentrent en même temps qu'elles se développent; la couche optiqud augmente en avant , le cervelet en arrière ; les lobes cérébraux se portent en arrière , le cervelet en avant; ils marchent ainsi à la rencontre l'un de l'autre. Or , si on considère l'encéphale de l'oiseau aux sixième (5) , huitième (4) et dixième (5) jours de l'incubation , on s'aperçoit de suite que celte
(i)Pl. V, fig. m, n-6.
(a) PI. \',fig. 116, n°5.
(5) PI. I, fig. 5, n° 5, 6, 7 et S.
(/OPl. I,fig. 6,n-7, 8,9et 10.
(5) PI. T,r.g. 7, n-e, 7, «et 9.
270 TUBERCULES QUADRIJUMEAUX.
transformation ne saurait s'effectuer si les lobes optiques conservaient leur position et leur saillie sur la face supérieure de l'organe; il faut nécessairement qu'ils soient déplacés. Voici le mécanisme de ce déplacement :
Du dixième au douzième jour de l'incubation , les lobes optiques , écartés en avant pour la couche optique, en arrière pour loger le cervelet , s'affaissent tout-à-coup dans leur partie moyenne et s'écartent l'un de l'autre; par cet écartement ils font une saillie très-prononcéesurles côtés, du treizième au quatorzième jour (1) , et sur la base de l'encéphale , où ils deviennent visibles dès les dixième (2) et onzième jours. Les seizième (3) et dix -huitième (4) jours , le mouvement demi-circulaire des lobes continue , et ils s'arrêtent enfin vers le vingtième à la position qu'ils conservent chez tous les oiseaux adultes (5) ; en même temps, la lame qui les réunit supérieurement s'amincit et s'allonge de toute la longueur dontleslobes s'écartent: telle est la métamorphose qui donne aux lobes optiques des oiseaux leur caractère classique. Mais ce déplacement a-t-il détruit leur analogie avec les lobes optiques des reptiles et les tubercules qua-
(1) PI, I, fig. 8,n"7.
(2) PI. II, fig. 5G, n° 9.
(3) PI. II, fig. 58, n°8.
(4) PI. II, fig. 39,u°8.
(5) PI. II, fig. 40,1^7.
TUBERCULES QUADRIJUMEAUX. 'A"] l
«Irijumcaux des inammifùres à leur époque lobulaire? non sans doute. Qui ne voit, en effet, que ce ehangcment de position n'influe en rien sur leur signification'/ Qui ne voit que c'est le même organe, à la marche circulaire près, qui s'est effectuée? Ces lobes sont donc un organe identique chez les reptiles, les oiseaux et les embrjons des mammilcres.
Chez tous It^s oiseaux adultes , la forme des lobes joptiques est celle d'un sphéroïde saillant sur les côtés (i) et légèrement déprimé en dedans et en haut (2) , en dedans et en bas (5). Leur forme est la môme chez la poule (/|) , les faisans, les perdrix, les pigeons, les canards, la bondrée (5), la cigogne (6), l'hirondelle (7) , le roitelet (8) , le verdier , le chardonneret , les moineaux, le serin , l'autruche (9) , le perroquet (10) et le casoar (11). Leur volume va en augmentant graduellement du
(1) PI. III, fig. 84, rr5.
(2) PI. III, ûg. 84, n» G.
(3) PI. III, ûg. 79, n"6.
(4)P1. III,fig. 87,n"4. (5)PI. IV,fig. oo,n»4.
(G) PI. IV, fjg. io5, n"C.
f7)Pl. IV, fig. 92,n- 11.
(8)P1. IV,fig.94,n"4.
(0) PI. VI, fig. 98, n° 5.
(10) PI. III, fig. 84, n°G.
(.i)Pl,III,Cg. 79,n"7.
272 TUBERCULES QUADRUUMEAUX.
roitelet au casoar , c'est-à-dire des plus petits aux plus grands oiseaux.
Leur couleur est d'un blanc mat analogue à celui de la moelle allongée et de la moelle épinière , couleur qui les distingue de celle du cervelet et des hémisphères cérébraux. •
De même que ceux des reptiles , les lobes optiliques des oiseaux sont creusés d'uu ventricule. La capacité de ce ventricule, assez grande relativement à l'étendue des sacs membraneux dans lesquels il est renfermé , est toujours proportionnée au volume de ces lobes , des nerfs optiques et de l'œil; très-petit chez le roitelet, l'hirondelle, le serin , le moineau , il devient très-spacieux chez la bondrée (1), l'aigle (2) et le casoar (5). Les deux ventricules s'abouchent dans la scissure de Sylvius par un petit canal court dirigé transversalement à la scissure, et que l'on distingue facilement sur la section longitudinale de l'encéphale, ainsi qu'on le voit chez le roitelet (4) , chez l'hirondelle (5) et chez le perroquet (6).
L'ouverture de communication, très-étroite chez
(1) PI. IV,fig. 88, n°4.
(2) PI. IV,fig 101, n° 4.
(3) PI. III, fig. 83, n* i3.
(4) PI. IV, fjg. 107, n° 5.
(5) PI. IV, fig. 95, n" 3.
(6) PI. III, fig. 80, n"5.
tubeucules ql'adrijumeaux. 373
les petits oiseaux , s'agrandit comme les lobes : chez le roitelet, le serin, le pinson, le chardonneret, elle reçoit à peine une soie de sanglier; chez l'oie , le canard , le coq-d'inde , le milan , les aigles , on peut y introduire la tête d'une épingle; chez le casoar et l'autruche elle a donné passage à un petit stylet. Si après avoir découvert le ventricule par sa partie supérieure, comme je l'ai fait chez le casoar (1) , on insuffle l'ouverture mise à nu, alors on dilate la scissure de Sylvius, le ventricule du côté opposé, on soulève la lame transverse des lobes et même la valvule de Yieussens , ce qui prouve la libre communication de toutes ces parties.
Le plancher des ventricules des lobes optiques est forifté par une couche grise , cotonneuse, qui est évidemment la continuation de celle du quatrième ventricule. Le milieu de ce plancher offre une rainure assez profonde , qui forme l'axe de la scissure de Sylvius. Celle-ci est très-longue chez les oiseaux; elle s'étend du quatrième au troisième ventricule, et présente, de chaque côté , à l'union du tiers postérieur avec les deux tiers antérieurs, un renflement grisâtre, que Collins considérait comme le corps géniculé interne des mammifères , et que depuis Haller et Malacarne on avait pris pour les tubercules quadrijumeaux
{i)V\. m,ljg. i5, n-. 3S.