‹ Anatomie comparée du cerveau, dans les quatre classes des animaux vertébrésChapitre 20 sur 50 · II · texte numérisé non relu

II

274 TUBERCULES QUADRUUMEAUX.

des oiseaux. Tous les oiseaux offrent en effet une saillie plus ou moins élevée aux pédoncules cérébraux en cet endroit. Cette saillie est un résultat physique de la métamorphose de l'encéphale pendant l'incubation. En effet elle n'existe pas à l'époque où les lobes optiques occupent la face supérieure de l'encéphale , parce que les pédoncules cérébraux sont droits jusqu'à cette époque. Maïs au moment où l'encéphale se contracte, la ligne des pédoncules cérébraux est en quelque sorte brisée et ondulée. Il résulte de là , d'une part , l'excavation du quatrième ventricule , et la saillie si prononcée des pédoncules vers la moelle allongée ; saillie que Haller comparait à la protubérance annulaire des mammifères. Après que les pédoncules ont formé cet arc, dont la convexité est eii bas et la concavité en haut, ils en forment un second opposé au premier. Celui-ci commence un peu avant l'insertion de la troisième paire , et finit au niveau de l'infundibiUum, La concavité est en bas , et correspond à celle du quatrième ventricule du premier contour; la convexité est en haut et fait une proéminence sur le plancher de la scissure de Sylvîus (i). Cette proéminence est toujours proportionnelle au volume des pédoncules cérébraux. Elle est située sur chaque côté de la scissure de Sylvius ; on voit donc que le

(i) P!. IV, fig. 10 1, II" 5.

TUBEBCULES QUADRIJUMEAIX. ^{^5

même mécanisme qui creuse le quatrième ventricule, lait saillir considérablement les pédoncules cérébraux au niveau de la moelle allongée, et que la concavité qui se manifeste au niveau de la troisième paire produit par la même raison une proéminence des pédoncules cérébraux dans l'intérieur de la scissure de Sylviiis. Ces deux proéminences ne sont pas plus les tubercules quadrijumeaux , que la saillie de la moelle allongée n'est la protubérance annulaire. Ces deux saillies et ces deux concavités sont un effet mécanique de la concentration de l'encéphale pendant l'incubation.

La lame de réunion des lobes optiques ( i ) sert de voûte à l'aqueduc de Sylvius , de même que chez l'homme et les mammifères; sa formation est la même que celle des 'faisceaux transverses qui engrènent en arrière la moelle épinière. Du cinquième au huitième jour de l'incubation, on voit partir de la face interne du lobe optique, de petits faisceaux qui se dirigent vers ceux du côté opposé, de même que cela s'effectue chez les reptiles et chez les mammifères : leur engrenure s'opère par l'enchâssement des faisceaux de droite avec ceux du côté gauche , et vice vcrsâ. L'étendue transversale de cette voûte est proportionnée à l'écartement des deux lobes (2) ; son diamètre autéro-

(i) PI. IV, fig. go,ir 5.

(a) PK III, fig. 84, n" 6.

2y6 TUBERCULES QUADEIJUMEAUX.

postérieur est un peu moins grand (i); il est «tendu depuis la valvule de Vieussens (2) jusqu'à la partie postérieure de la couche optique (5) , qu'elle recouvre : sa grandeur absolue varie , du reste , comme celle des lobes optiques et des oiseaux ; elle va en augmentant graduellement du roitelet (4) , de l'hirondelle (5) , aux pigeons, aux perdrix, aux faisans, au poulet, à la bondrée (6) , au perroquet (7) , à l'oie," aux canards , à l'aigle (8), à l'autruche et au casoar (9). Son épaisseur est moindre que celle des parois des lobes.

La couleur des parois des lobes est grise chez l'embryon du poulet Jusqu'au sixième jour; le feuillet est alors si mince , qu'on voit au travers le liquide dont la vésicule est remplie. Au dixième jour , ce même feuillet est'blanc : comment s'est opérée cette conversion du gris au blanc? le voici. Au septième jour de l'incubation , on voit naître en dehors de chaque lobe des rayons de matière

(1) Pî. III, ng. 84, ir r.

(2} PI. UI, fig. 84, n- 4.

(3) PI. III, fig. 83, n-Set;.

(4) PI. IV, fig. 102, n-4.

(5) PI. IV, fig. 100, n" 4.

(6) Pi. IV, fig. 90, n°3.

.(7) PI. III, fig. 84, n" 5.

(8) Pi. IV, fig. «01 , n° 5. .

(9) PI. III, fig. 83, h" G.

TlTîEnr.ULES OUADUIJUMKAUX. 277

blanche , qui convergent de la circojiféienee au centre. On en compte trois ou quatre; au huitième jour il y en a huit on neur(i). Ces stries blanclies sont parallèles et concentriques entre elles : on dislingue la lame qui est au-dessous et dont la couleur grise tranche avec celle des fibres médullaires. Au neuvième jour (2) , ces fibres se rapprochent en s'étendant; au dixième, elles se touchent, et ne forment plus qu'une lame blanche unique étendue sur toute la superficie du lobe (5). Celte couleur est la même chez tous les oiseaux adultes ; mais chez ceux-ci , celte couche fibreuse blanche qui forme Técorce des lobes optiques , se continue par sa base avec le nerf optique; sa formation est de beaucoup postérieure à celle de ce nerf; ce qui prouve qu'elle ne lui sert pas d'origine.

Les parois des lobes optiques sont formées de quatre couches : l'une, interne, est grise (4) ; la seconde , blanche (5) , envoie quelques faisceaux sur les pédoncules cérébraux (6) ; la troisième couche est grise, plus épaisse quela j)i'emièro (7); la qua-

( 1) PI. H. li-. 55, n° 7.

(2) PI. I, (ig. G, n-S.

(5) PI. I, fig. 7,n";.

(4) 'PI. IV, fig. ,01, tr,',.

(:») PI. IV . fig. ir.!, n" 5,

(fi) PI. IV . r.g. ç), . n- .',.

(:) PI. IV, fi-. ,01 . IV iG.

2*^8 TUBERCULES QUADRIJUMEAUX.

trième, la plus extérieure, est blanche (i) : elle se prolonge en grande partie dans le nerf optique (2) ; quelques-uns de ses faisceaux se jettent dans îa partie postérieure des hémisphères cérébraux (3). On voit la disposition et les rapports de ces quatre couches dans les diverses coupes de ces lobes , chez l'hirondelle (4)', le roitelet (5) , le perroquet (6) , la bondrée (7) , l'aigle (8) , et le casoar (9}.

La lame rayonnée ( 1 o) qui forme la voûte de l'aqueduc de Sylvius , et qui sert de commissure aux deux lobes optiques , est formée comme ceux-ci par la matière grise et blanche (1 1) ; son épaisseur étant moindre , on n'y trouve plus les quatre couches. Ces deux substances affectent la disposition striée (12) , que l'on remarque sur les lobes du septième aux huitième ( 1 5) et neuvième jours ( 1 4)

(1) PI. IV, fig. 101, n" 17.

(2) PI. IV, fig. io5,n'> 2 et 5.

(3) PI. IV, fig. 91, n" 4 et 6.

(4) PI. IV, fig. 93, n°3. ,

(5) PI. IV, fig. 107, n»3.

(7) PI. IV, fig. 91, n"4,6et5.

(8) PI. IV, fig. 101 , n" 4, 5, 16 et 17.

(9) PI. IV, fig. io5, n" 2,8,9, ^0 ^' ^

(10) PI. IV, fig 90 , n" 3.

(11) PI. IV, fig. 100, n"4.

(12) PI. IV, fig. io2,n°/|.

(i3)Pl. II, fig. 33,'^n°7, (i4)ri. î,fig.6,jn"8.

TlliEUCULES QUADRIJLMEAUX. 279

de l'incubation ; clic est formée par des slrics alternatives et parallèles de ces deux substances ( i ) : les stries grises sont la continuation de la matière grise des lobes , les blanches font suite à leur matière fibreuse. La force et l'étendue de ces fibres sont proportionnelles à l'étendue de cette voûte et des lobes, ainsi qu'on peut le remarquer chez l'hirondelle (2) , le roitelet (3) , la bondrée {>]) , le perroquet (5) et le casoar (6). La formation des stries blanches n'a souvent lieu que quelque temps après la naissance.

Le nombre des stries blanchâtres varie donc chez les divers oiseaux : j'en ai compté quatre chez le roitelet , le rouge-gorge , le serin , le chardonneret , le pinson ; cinq chez la pie , chez le pigeon , les perdrix rouge et grise ; six chez la poule , les faisans doré et argenté, l'orfraie, la bondrée, le milan, l'épervier; sept chez le canard ordinaire, le canard musqué, l'oie, le dindon, les cigognes blanche et noire , et huit chez le casoar et l'autruche. Ce nombre est du reste sujet à varier chez les individus de la même espèce. Ces fibres de- \iennent d'autant plus épaisses et plus solides

(i) PI. m, Dg. 85, n G. [2) PI. IV, fi":. 100, n" .\.

(5) PI. IV, flg. 102, n' :\.

(4) PI. IV, Gg. 90. n"3.

(5) PI. III, fig. 84, iV'O.

(G) PI. III. flg. 8:), nM). .

28o TUBERCULES QUADRIJUMEAUX.

qu'on les considère plus en arrière et plus en dehors vers les parois des lobes.

Les tubercules quadrijumeaux des oiseaux recouvrent donc l'aqueduc de Sylyius, puis ils se portent sur les côtés des cuisses cérébrales (i) , qu'ils embrassent , et avec lesquelles ils contractent en avant une adhérence qu'il faut détruire (2) pour découvrir les pyramides antérieures (5). Chez certains oiseaux, ils se renflent de nouveau après avoir ainsi adhéré aux pédoncules (4) ; de telle sorte que , considéré par sa base , l'encéphale de ces oiseaux , comme celui du casoar (5) et de l'autruche (6) , offre quatre lobules quadrijumeaux , deux antérieurs , sur les côtés de la jonction des nerfs optiques (7) , et deux postérieurs , dont le milieu correspond au niveau de l'insertion de la troisième paire (8). Ces lobes sont séparés par une rainure, qui correspond au point où leurs parois adhèrent aux pédoncules cérébraux ; plus la paire antérieure est développée , plus la rainure est profonde : lorsque ces lobes s'affaissent la

(1) PI. III, fig. 84, n'8.

(a) PI. III, ijg. 83, n" 5.

(3) Pt. III , f>g. 8a , n" 8.

(4)P1. IIÎ,fig. 79, n" 9.

(5) FI. III, fig. 7Ç).

(6) PI. IV, fig. 98.

(7) PI. III, fig. 79, nVj; p!. IV, fig. 98, n- 12.

(8) PI. III, fig. 79, n" 5 et G.

TUBERCCLES QL' ADRIJL'MEAUX. 28 I

rainure disparaît, On voit le commencement de cet eflet sur la cigogne blanche (1).

Tels sont les rapports naturels des lobes optiques des oiseaux avec ceux des reptiles et les tu hercules quadrijumcaux des mammifères : cependant , avant MM. Gall et Cuvier, tous les anatomistes avaient considéré ces lobes comme les analogues des couches optiques de l'homme et des mammifères. Les deux anatomistes que nous venons de citer fondèrent principalement leur détermination sur l'insertion des nerfs optiques , qui , chez le» oiseaux , se continuent en totalité avec ces lobes , et en partie , chez les mammifères , avec les tubercules quadrijumcaux antérieurs : je crois l'avoir démontré anatomiquement, parla comparaison de ces lobes chez les embryons des diverses classes , et par les métamorphoses qu'ils éprouvent pendant l'incubation , afin de répondre par des faits aux objections r(?centes du célèbre Trcviranus.

Dans l'examen de cette détermination et de l'analogie primitive des lobes jumeaux des mammifères et des lobes optiques des oiseaux , Trcviranus a fait une omission importante : celle de comparer ces organes aux époques correspondantes de la formation des embryons des deux classes. Cette omission l'a conduit à signaler des différences qui ne sont que le produit des divers degrés de développement, et à donner des explica-

(i) ri. IV, f.g. ,0.-, iro-

282 TUBERCULES QUADRIJUMEAUX.

lions qui sont détruites par l'examen de la formation de l'encéphale pendant l'incubation.

Je ne m'arrêterai pas à la position différente des lobes optiques des oiseaux adultes; j'ai expliqué cette mutation, en montrant que primitivement ils occupent la même place que chez les reptiles , les poissons et les mammifères. Treviranus explique cette différence et l'affaissement des lobes optiques, par la faiblesse -des cuisses cérébrales chez les oiseaux ; mais cette explication est détruite par la considération de l'encéphale chez les embryons de cette classe ; car jusqu'au douzième jour de l'incubation, les lobes optiques sont sur la face supérieure de l'encéphale , quoique les cuisses cérébrales soient plus faibles que chez les oiseaux adultes ; bien plus , le déplacement des lobes optiques s'opère à l'époque même où les cuisses augmentent de volume.

Considérantnéanmoius que l'enveloppe des lobes jumeaux de l'embryon des mammifères est formée par une lame mince , Treviranus ajoute que cette considération l'a conduit à rechercher les tubercules quadrijumeaux des oiseaux dans une lame semblable : cette analogie n'est pas heureuse , car le degré d'épaisseur d'un organe ne peut jamais, ce me semble , servir de base de détermination. Quoi qu'il en soit, la bande transverse qui joint les deux lobl^s sur la partie moyenne (1) lui fournir

(0 PI. m, fig. 85, n" r?; ûg. 84, n- :•

TUBERCULES QUADRIJUME.VLX. 283

une partie de ces tubercules (i). Une objection insurmontable s'ollre (l'abord à celte première partie de la détermination de Treviranus. Nous avons vu, en elFet, que les tubercules quadrijumeaux sont les premières parties qui se forment dans l'encéphale des embryons : or . celte lame transverse , de même que toutes les commissures , ne se développe que très-tard ; elle n'existe pas les troisième (2), quatrième (5) , sixième (4) et huitième (5) jours de l'incubation (6) , elle ne se forme que lorsque les lobes s'écartent, les dixième (7) , douzième , quatorzième (8) et dix-huitième

(1) Hallcr hésita beaucoup dans la détermination des tubercules quadrijumeaux des oiseaux. Nous avons déjà vu qu'il trouvait ces corps sur les côtés de la scissure de îrvlvius, en remarquant toutefois que ces proéminences ne présentaient pas une élévation arrondie. En parlant du voile médullaire ou de la commissure des lobes optiques, il ajoute: Cette éminence, qui néanmoins n^a pas une élévation de figure déterminée , est d'ailleurs analogue à l'éminence quadrijumelle de IVinslow. Ainsi voilà deux opinions très-distinctes émises par Ilaller sur les tubercules quadrijumeaux des oiseaux. De ces deux opinions, Treviranus n'en a fait qu'une, sans se rappeler peut-être los idées de Hallcr.

(2) PI. I,ng. 5,n"7.

(3) PI. l,fig.4,n»7.

(4) PI. I,fig. 5,n''6.

(5) PI. II, fig. 55, H" 7.

(6) PI. I, fig. 6, n'S.

(7)PI. I,fig. 7,n^r.

(S) Pi. I, fig. 8, n°;.

2S4 TUBERCLLES QUADRIJUMËAUX.

jours (i) : encore chez un très-grand nombre d'oiseaux , et surtout chez la pic , le geai , la buse, les stries blanches ne paraissent que dans le premier mois de la naissance. Que sont jusqu'à cette époque les tubercules quadrijumeaux des oiseaux? Il remarque ensuite que Haller et Malacarne ont observé au - dessous de cette bande , sur les côtés de la scissure de Sylvius ( 2 ) , et en haut du quatrième ventricule (3) , ime paire de renflemens gris , qu'ils ont considérés à tort comme les tubercules quadrijumeaux en totalité , tandis que , selon lui , ce ne serait que les restes de la base de ces tubercules , dont il faut chercher la continuation dans la lame transverse. En lisant cette opinion , on est surpris qu'elle ait pu séduire un aussi bon observateur que Treviranus ; qu'il ait cherché à former un même organe de parties si dissimilaires, si étrangères les unes aux autres; qu'il n'ait pas vu enfin que la lame transverse n'est autre chose que la commissure des lobes optiques , analogue à la lame qui réunit les tubercules quadrijumeaux des mammifères.

Cela posé , l'auteur en vient à une nouvelle détermination des lobes optiques ; il propose à leur égard une modification semblable à celle qu'il

(i) PI. Il, ûsr. 59, n- 8.

(a) PI. HT, fig. 8r, n" x-i.

(5) PI. IV, fig. 10], n^ 12.

IlIBERCULES QLADniJl MEAUX. 285

vient (Je faire à raiicicniic opinion sur les tubercules quadri jumeaux, llaller , Malaearnc , avaient vu ces tubercules dans les renfleniens grisâtres des côtés de la scissure de Sylvius ; Treviranus ne leur accorde que la moilic' de cette dcslinalioa : ces anatoniistes avaient assimilé ces lobes à toute la couche optique ; d'après le même système , l'anatomiste allemand ne voit en eux que la moitié postérieure de cette couche des mammifères qui se serait affaissée chez les oiseaux. 11 y a beaucoup de sagacité dans cette observation et dans ce rapprochement , mais il me paraît hors de toute vraisemblance : d'abord , ce morcellement des tubercules quadrijumeaux et de la couche optique , cette séparation des parties qui les forment chez les mammifères , n'est qu'une supposition ; aucun fait ne l'atteste , rien ne prouve même sa possibilité dans l'encéphale des embryons ; en second lieu , à aucune époque de la formation du cerveau , on ne trouve dans aucune classe que la partie postérieure de la couche optique des mammifères où les corps géniculés soient creux comme les lobes optiques. Comment se creuseraient-ils chez les oiseaux? autre proposition à démontrer avant d'admettre cette analogie. En troisième lieu (i), chez tous les vertébrés sans exception (2) , la couche optique (3) ne se déve-

(I) PI. I,Gg. 5, ..•;.

(12) PI. I, fjg. l5, M" G.

(3) PI. H, fig. G(>, n" 7.

Page 1