‹ Anatomie comparée du cerveau, dans les quatre classes des animaux vertébrésChapitre 45 sur 50 · II · texte numérisé non relu

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6lO PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

giqiies, arrives au terme de l'accouchement, 1;> matrice resta dans une telle inertie , que chez l'une , le col ne se dilata pas suffisamment pour pouvoir introduire le forceps ; chez l'autre, on fut obligé d extraire l'enfant par l'opération césarienne. M. Brachet , de Lyon , cite le cas d'une dame devenue enceinte , quoique affectée de paraplégie. C'était une quatrième grossesse. Dans les trois premières, survenues avant sa maladie, l'accouchement avait été naturel : le forceps devint nécessaire dans celui-ci; il n'y avait point de douleurs expulsives ; la matrice toujours assez ferme ne se contractait point (i).

Si surdes femelles pleines, de lapin, de cochond'inde ou de chien , etc. , on fait la section de la moelle épinière à la région lombaire , quelque temps avant le terme de la parturition , celle-ci n'a point lieu. Ces animaux meurent sans mettre bas.

Si pendant le travail de la mise bas on fait la même section , les contractions s'arrêtent subitement, et la parturition ne s'effectue pas.

L'irritation de la moelle épinière dans cette même région produit , au contraire , l'avortement. Si après la décapitation des femelles pleines, on introduit un stylet dans la moelle épinière, et qu'on le dirige de haut en bas, arrivé à îa région

(i) Voyez, sur ce fait et le suivant, la dissertation de" M. le docteur Brachet, pag. 65.

PHYSIOLOGIE ET l'AiHOLOGlE. 6l^

lombaire, la contraction ^e» cornes utérines so manifeste, vl la parturilion s'accomplit. Sur des femelles de la|)in et de cochon-d'inde, i'injeclion de la teinture de noix vomique dans les veines crurales produit le même effet.

Des indications thérapeutiques importantes dérivent de ces expériences f^llans les cas de j^rossesse avec paraplégie , ou doit se garder de combattre celle-ci par la noix vomique, dans la crainte de provoquer l'avoriement. Au contraire, le travail de l'accouche ment étant commencé , son administration sera utile pour combattre l'inertie de la matrice. L'inerlie de la matrice ne pourraitelle pas être combattue par ce moyen dans les cas si fréquens où on a recours au forceps (i)?

Si des mammifères nous passons aux trois autres classes , nous voyons que les variétés de volume du cervelet ne peuvent donner une raison suffisante soit de la fécondité dont ils jouissent , soit de la volupté qu'ils paraissent goûter dans

(i) J'ai fait l'application de ce principe au traitement de la colique de plomb. Trois malades alîectés de cette colique ont clé guéris en quatre, cinq et six jours de traitement. La teinture de noix vomique a été employée en lavemens dans des potions, et en friclions sur la région lombaire et sur l'abdomen. Nul accident ne s'est manifesté, quoique le dernier se soit gorgé d'alimcns le quatrième jour du traitement, et ait eu une indigestion , qui a manqué d'avoir les suite» "les plus graves.

6i2 rnisioLOGiE et patholo&ie.

l'acte de la fécondation? A la vérité , la prédominance du lobe médian du cervelet des oiseaux rend compte jusqu'à un certain point de l'ardeur qu'ils présentent dans la génération ; mais chez les poissons osseux, et surtout chez certains reptiles, l'anatomie repousse cette corrélation jusqu'à ce que la physiol©|fie l'ait établie.

JNous voyons , au contraire, la moelle épinière augmenter de dimension à. mesure que l'on s'éloigne des mammifères supérieurs, et que l'on se rapproche des poissons ; en même-temps , plus la moelle épinière augmente , plus nous voyons la fécondité s'accroître , plus nous voyons la volupté liée à cet acte diminuer (autant toutefois que nous pouvons juger des impressions des animaux). On peut donc présumer , et présumer seulement par l'analogie de ce que nous montrent les mammifères que la moelle épinière est le siège ou l'organe delà fécondité , et le cervelet, le siège de la volupié. 11 est à remarquer sous ce rapport que la volupté de l'acte de la génération est essentiellement liée à la position qu'affectent ses organes ; or chez les mammifères seuls , les organes de la génération sont à l'extérieur. Leur situation plus ou moins intérieure , dans les autres classes, doit nécessairement amortir l'impression que peuvent éprouver lés animaux (i).

(i) Parmi les poissons , on sait que les raies et les squales

PHYSIOLOGIE ET PATBOLOGIE. 6l3

Si , des animainirvertcbrés . nous passons aux articulés et aux mollusques , nous trouverons que racle de la génération et la fécondation s'opèrent dans toutes ces classes hors de l'influence de la moelle épiniôre et du cervelet , puisque leur système nerveux ne présente ni cervelet ni moelle épinière.

Action du cervelet sur les mouvemens' volontaires.

Depuis trois siècles le principe des mouvemens volontaires a beaucoup occupé les physiologistes et les pathologisles ; après qu'on en eut placé le siège dans les membranes de l'encéphale , comme nous le dirons ailleurs ,A\illis, qui combattit cette opinion , en doua exclusivement les hémisphères cérébraux. Pourfour-Petit fit pour la sensibilité ce que Willis avait fait pour les mouvemens : rejetant l'idée que les nerfs sensibles puisaient leur origine dans les enveloppes du cerveau, il consacra le premier le cervelet à cette importante propriété. Dans les expériences qu'il tenta pour prouver son opinion , il ne tint qu'un faible compte des effcîs qu'il produisit sur les mouve-^ mens, regardant, comme Willis, les hémisphères cérébraux comme la source unique d«>s mouvemens

s'accouplent , îiu contraire de ce qui a lieu diin,>< presque toute celle cinsse. Or les raies et les s(fy.iales se rapproch-nt déjà des oiseaux par leur cervelet. Leur accouplement tiendrait-il à cov développement du cervelet?

Ôl4 PHYSIOLOGIE ET l'ATHOLOGlE.

volontaires. Aussi , de son propre aveu , ces expériences ne lui laissèrent-elles que des doutes. SauceroUe , Sabouraut etChopart, dans le concours dontjnous avons déjà parlé, avaient pour but de constater les résultats du médecin de IXaniur. Le premier, seul, fit des expériences, et, tout en admettant que le cervelet était l'organe de la sensibilité , il porta une attention plus sérieuse sur l'effet que les lésions du cervelet déterminent sur les mouvemens ; il détermina des convulsions générales , un opisthotonos assez constant sur les animaux dont le cervelet était profondément lésé , et une faiblesse plus grande du côté opposé où la lésion avait eu lieu. Malheureusement ces résultats furent gâtés par des explications, qui, les faisant méconnaître, les rendirent nuls pour la science. Sabouraut , plus diff'us encore que Saucerotte , resta beaucoup au dessous de lui. Enfin

• Chopart sanctionna l'ancienne erreur de W'illis , que le cervelet n'exerçait aucune influence sur les mouvemens volontaires. Zinn , avant tous ces auteurs , avait produit aussi l'opisthotonos et la paralysie générale par les altérations plus ou moins

^ profondes du cervelet ; il avait même vu sur des pigeons que , malgré l'ablation complète du cerveau , le cervelet restant intact , l'animal continuait à marcher; il mangeait aussi la nourriture qui lui était olferte. Le résultat de ces expériences confirmait l'inflUence du cervelet sur les mouvemens ; mais Zinn , l'un des plus zélés disciples de

TUYSIOLOCIE r.T l'ATHOLOGrii, 6l5

Haller, ne cherchait dans ces faits que des preuves îi opposer îi la doctriacde Willis concernant l'in- Hucucc do cel organe sur les mouvemens involontaires. Au milieu de ce vague et de cette incertitude , le cervelet avait été reconnu comme une des sources du mouvement ; mais son action avait été jugée directe, en sens inverse de celle des hémisphères cérébraux. Ce. lut l'opinion dcxMorgagni qui exerça sur les esprits celte fâcheuse induence

Après avoir restitué au cervelet son influence sur lis mouvemens volontaires , le point le plus important pour 1.1 pathologie était de déterminer si cette influence était directe ou croiséf^ ? Cette question a été résolue par les faits et les expériences que )*ai publiés , et dont voici l'exposé succinct.

Un marchand de fer, de€oixante-un ans, affecté depuis long-temps d'une paralysie du côté gauche, paralysie dans laquelle le membre inférieur était plus immobile que le supérieur , succomba des suites d'une rétention d'urine. Les hémisphères cérébraux étaient intacts ; la base de l'hémisphère droit du cervelet contenait un ancien foyer apoplectique dont les pourtours s'étaient ramollis, et le centre occupé par une certaine quantité de pus.

Sur Un homme de soixante-huit ans , une hémiplégie du côté gauche coïncidait avec un foyer sanguin, creusé dans le çoyau médullaire de l'héniisphère droit du cervelet.

Un journalier desoixautc-six ans, hémiplégique du côté droit, nous offrit un ramollissement qu»

6l6 PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

avait envahi et désorganisé dans presque toute son étendue l'hémisphère gauche du cervelet.

Dans tous ces cas et dans plusieurs autres que )é néglige de rapporter, parce qu'ils sont la répétition de ceux-ci en ce qui concerne la perte du mouvement, on observe donc que l'altération de l'un des hémisphères du cervelet, produit l'abolition du mouvement dans les membres du côté opposé. Si l'altération organique est à gauche , la ^paralysie est à droite , et vice versa. Parmi les faits analogues qui ont été observés depuis la publication de mes mémoires, j'extrais le suivant , rapporté dans une thèse soutenue dans le cours de l'année i895^ à la Faculté de Médecine.

Un fabricant d'étoffes de soie , de Lyon , âgé de soixante-treize ans ;, entra à l'Hôtel-Dieu de la même ville .le 18 octobre 1824 , pour une attaque d'hémipFégie qui affectait le côté gauche. I en avait déjà éprouvé deux semblables dans le courant de la même année. 11 succomba aprèfj le troisième jour de son entrée à l'hôpital. A l'ouverture du cadavre on trouva les trois quarts du lobe droit du cervelet ramollis dans toute son épaisseur; le ramollissement s'étendait jusqu'à la protubérance annulaire. Altération de l'hémisphère droit, paralysie à gauche, résultat de l'action croisée du cervelet sur les mouvemens des membres. Telles sont les données de la pathologie , telles sont aussi celles de la physiologie expérimentale.

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Un chien de moyenne taille ("ut trépané à la parlie postérieure du pariétal droit ; le sang ayant été épongé , je plongeai un bistouri à lame trèsmince dans l'ouverture; je le dirigeai de haut en bas et de gauche à droite, afin de faire la section de l'hémisphère du cerveau du même côté; cela fait , le chien fut dégagé de ses liens; tout le corps • de l'animal était courbé du côté droit , la tète surtout était fortement penchée de ce côté. En cherchant à expliquer ce phénomène , nous aperçûmes qu'il était produit par la contraction des muscles de ce côté, ceux du côté gauche, qui sont leurs antagonistes, ayant éprouve une diminution sensible dans leur action. Le chien restait d'abord immobile; excité par mes aides, il fléchit d'abord sur le côté gauche , tomba sur ce côté , et y resta environ trois minutes ; il sereleva ensuite , marcha l'espace de vingt pieds, en décrivant un arc de gauche à droite, ce qui indiquait que les muscles du côtexlroit étaient beaucoup plus forts que ceux du côté gauche; il arriva alors contre un mur et appuya contre lui le côté gauche du corps. Lorsqu'on le retirait, et qu'on l'appuyait du côté droit, il se retournait et appuyait le côté gauche; l'animal éprouvait le besoin d'être soutenu de ce côté. 11 fit ce manège aussi souvent qu'on le retourna. Un peu plus tard on le plaça au milieu de la cftur , et on le contraignit do marcher : il 8e sonlenait à pcitic sur le côté gauciic ; les pattes antérieure <t {)Oslérieure de ce côté étaient

61 B PHYSIOLOGIE ET PAïHOLOGiB.

légèrement fléchies ; ranimai paraissait pouvoir plus diffîcilemoht mouvoir les muscles extenseurs. Il resta jusqu'au soir dans cet état; le lendemain on ouvrit le crâne pour examiner sur quelle partie de l'encéphale avait porté le bistouri.

L'encéphale ayant été retiré du crâne avec beaucoup de soin^ je trouvai que le bistouri avait divisé l'hémisphère droit du cervelet en intéressant* légèrement le pédoncule du même côté , et passé à une ligne de la partie externe du corps ciliaire: je n'avais intéressé ni la partie postérieure de l'hémispli^e droit du cerveau , ni les tubercules quadrijumeaux du même côté , accident qui m'était fréquemment arrivé dans les autres expériences , et qui avait compliqué les effets que j'avais obtenus.

Un autre chien , trépané de la même manière, et aussi du côté droit, offrit les mêmes phénomènes, mais, de plus, il tournait constamment de gauche à droite; placé sur le dos, n roulait sur lui-même , pivotant toujours sur le côté droit; il était plus faible que le précédent du côté gauche , se soutenait moins bien sur ce côté, et se couchait après quelques pas; laissé en repos, il présenta des mouvemens convulsifs des membres gauches, mouvemens plus forîs dans la patte de derrière que dans celle de devant. H mourut sept heures après l'opération. S%r celuici le cervelet avait été lésé plus profondément ; rhémisphère droit du cervelet avait élé incisé

niTSIOLOGlIi ET PATIIOLOGIR. 619

dans sa partie inoyennc, cl presque dans toute sa profondeur.

Un chien trépané rlu côté gauche , et opéré de la même manii'^re , nous offrit le niômc ordre de phénoftièncs , mais en sens inverse : le côté droit était celui qui fléchissait constamment; l'animal tombait §ur ce côté quand il s'élanrait pour marcher; il s'appuyait à droite et jamais à gauche ; les membres du côté gauche étaient dans une demi-flexion, ce qui arrive l'réquemmeut dans les hémiplégies, à cause de la prédominance des muscles fléchisseurs sur les extenseurs; prédominance qui trouve sa cause dans le plus grand nombre de nerfs que reçoivent ces muscles , proportionnellement aux extenseurs. L'hémisphère gauche et le pédoncule du cervelet du même côté avaient été divisés par l'instrument tranchant; en arrière, l'hémisphère était coupé dans sa totalité.

A cette époque (1819), je me rendais fréquemment à la grande voirie de Montfaucon , pour me procurer les embryons des animaux qu'on transporte en cet endroit de Paris et de ses environs : je soumis à celte expérience cinq chevaux destinés à être abattus ; dans un seul je réussis à n'intéresser que l'hémisphère du cervelet.

Le cheval était de moyenne taille ; j'enlevai avec deux couronnes de trépan la partie gauche de l'occipital; j'incisai la dure-mère et j'épongeai le sang résultant de la plaie : je portai ensuite le bistouri dans l'ourerture; je le portai dans Utie

direction d'abord directe, puis un peu oblique de droite à gauche. On détacha 1 animal; son corps se courbait en arc comme dans les expériences précédentes : la courbure avait lieu à gauche , par la contraction des muscles de ce côté , et à cause du relâchement de ceux du côté droit. L'animal était couché ; on le releva avec beaucoup de peine ; il fléchit aussitôt du côté droit et tomba sur ce côté. On le releva de nouveau , on le soutint du côté droit; il marcha, mais avec tant de difficulté des membres droits, que, sans plusieurs hommes qui le soutenaient , il serait tombé à chaque pas. On l'appuya à droite contre un mur ; il y resta plusieurs minutes dans un équilibre apparent : les muscles du côté droit fléchirent ensuite d'une manière graduelle , et il tomba à droite. Deux heures après celle première tentative , je la fis réitérer ; elle offrit les mêmes résultats. Mais , de plus , ayant voulu voir si l'animal se relèverait seul, je l'excitai vivement : dans les efforts qu'il fit, il se roulait sur lui-même; la rotation avait lieu de droite à gauche , parce que les muscles du côté gauche étaient évidemment les plus forts ; ceux du côté droit obéissaient à leur action. Il était sensible dans toutes les parties du corps ; la respiration ne paraissait pas gênée. Il aurait sans doute vécu quelques jours; mais il fallut tuer l'animal , les ouvriers attendant après lui pour travailler.

J'enlevai la calotte du crâde avec ime scie à

PUYSlOLOGir. ET PATHOLOGIE. 62 l

amputation , et je détacliai l'cncéphaic sans lui faire éprouver aucune déchirure : les hémisphères cérébraux étaient intacts ; je n'avais pas même intéressé la partie postérieure de l'hémisphère gauche , qui , chez le cheval , déborde légèrement la |)artie supérieure du cervelet; l'instrument avait divisé l'hémisphère gauche de ce dernier en commençant en haut sur les feuillets transversaux du lobe médian antérieur; et intéressant dans la profondeur les faisceaux moyens du processus cerebelli ad testes : l'incision divisait ensuite ua peu obliquement, de droite à gauche , toute l'étendue de l'hémisphère. Son lobule antérieur était coupé dans la partie moyenne jusqu'au tiers supérieur du pédoncule du cervelet : le lobule moyen était tranché ainsi profondément dans son tiers externe; enfin le petit lobule postérieur n'avait été touché qu'à trois lignes en dehors. La moelle allongée et la moelle épinière n'avaient éprouvé aucune altération.

On voit donc que les résultats de ces expériences coïncident parfaitement avec ceux que m'avaient offerts les malades que j'avais observés. Si j'opérais sur l'hémisphère droit du cervelet, l'animal fléchissait du côté gauche; les jambes de ce côté supportaient difficilement le corps ; en même temps l'animal se courbait en formant une espèce d'arc, dont la concavité correspondait à droite, et la convexité à gauche. Cet effet était surtout remarquable au cou. En cherchant à expliquer ce

phénomène , on trouvera , je pense, que les muscles du côté gauche ayant perdu leur action en totalité ou en partie, les muscles antagonistes du côté droit conservant toute leur énergie , tout le corps 'se- trouvait nécessairement entraîné de ce côté. L'inverse avait lieu sur les animaux dont l'hémisphère gauche du cervelet avait été lésé : la concavité de l'arc était à gauche, quand l'animal faisait des efforts pour se relever, et la convexité à droite : c'était du côté droit qu'il fléchissait, qu'il cherchait un appui. Plaçait-on l'animal sur le dos , et le forçait-on à se relever , dans les efforts qu'il faisait, les muscles opposés à la lésion du cervelet entraînaient ceux de l'autre côté; l'animal roulait sur lui-même: cette rotation avait lieu de droite à gauche, ou de gauche à droite, selon qu'on avait blessé l'un ou l'autre des hémisphères. Tout indiquait donc que le côté opposé à l'hémisphère lésé était celui qui était frappé de paralysie (i).

Cette rotation des animaux m'avait beaucoup frappé, parce que j'avais précédemment observé un malade qui , au lieu de voir tourner les objets comme cela arrive dans les prodromes de la plupart des apoplexies , tournait au contraire luimême, et se roulait dans son lit pour peu qu'on

(i) M. Flourens ayant parfaitement établi le croisement il 'action du cervelet chez les oiseaux, je m'abstiens de rapporicr mes proprt.'S expériences.

rabaiidouuât. Ce fait étant <;ncorc unique dans la science , je vais le reproduire avec quelques détails.

Le nommé F. E. Duval , âgé de soixante-huit ans, cordonnier, d'une constitution faible, grand buveur , fut sujet dans sa jeunesse aux saignemens de nez, plus tard auxhémorrhoïdes , et toute sa vie à une faiblesse d'estomac qui rendait ses digestions pénibles : souvent il était pris de diarrhées, qui duraient huit ou dix jours et cessaient par le régime. A l'âge de cinquante ans il eut dans l'articulation du genou gauche un gonflement que l'on combattit par les bains , et qui rendit les mouvemens difficiles pendant plusieurs mois; la jambe fut œdématiée ; un ulcère situé à la malléole interne ('suite d'un coup) fut très-long-temps ù se cicatriser. Telles étaient les affections morbides dont le malade et ses amis avaient conservé le souvenir.

Le 5 janvier 1819, le malade ayant dîné chez un de ses amis, et bu beaucoup, comme à son ordinaire , fut néanmoins plus étourdi par le vin qu'il n'avait coutume de l'être. Une circonstance qui l'avait frappé dans cet état , c'est qu'il ne voyait pas tourner les objets comme cela arrive d'ordinaire, mais qu'il lui semblait au contraire qu'il tournait lui-même ; ce qui porta ses amis à croire qu'il était ivre , et le fit conduire chez lui. A peine y était-il arrivé, qu'il se mit à tourner réellement <ur lui-même. Le tournoiement ayai»

lieu de droite à gauche ; on le coucha ; peu de temps après il vomit quelques gorgées de vin. Dans la nuit il eut une attaque d'apoplexie avec hémiplégie du côté gauche ; on la combattit par les saignées , les vomitifs et les purgatifs ; les symptômes apoplectiques se dissipèrent , mais il resta paralysé de la ^ambe gauche; le bras avait repris assez de force et assez d'agilité pour que le malade pût travailler sur son lit , ou dans un fauteuil où on le plaçait pendant le jour.

Néanmoins il s'affaiblissait de jour en jour : une diarrhée opiniâtre se manifesta; la maladie s'augmentait encore par l'usage du vin et de l'eau-de-vie. Ce dévoiement l'obligea de garder le lit pendant tout le mois d'avril ; les astringens les plus énergiques avaient été sans effet ; le malade allait involontairement à la selle : ce fut cette dernière circonstance qui détermina ses parens à l'amener à l'hôpital de la Pitié, le 12 mai 1819.

Il était pâle , émacié , les muscles flasques , légèrement infiltrés , surtout ceux de la jambe gauche; la langue était rouge, racornie; l'abdomen douloureux principalement vers les fosses iliaques ; le pouls [était petit , concentré et assez fréquent ; la peau, aride, offrait une desquamation légère et générale ; le dévoiement était continuel.

La jambe gauche était immobile : quelle que fût la volonté du malade, il ne pouvait lui faire exécuter le plus léger mouvement. Le sentiment était copservé; le bras gauche exécutait librement

pnYsioi.ocii: tT rATiioLocii:. 6-ifi

les niouvoiiiens , quoique moins bien que le bras liroit. Intorroi^r sur la cause de cette immobilité de la jamb(>, le malade l'attribuait à la tumeur blanche qu'il avait eue au genou gauche plusieurs années auparavant, et à l'habitude qu'il avait de frapper ce genou dans son travail.

On conçoit que dans cet état on ne put rien entreprendre contre cette hénii-paraplégie. Je ])orlai toute mon attention sur la diarrhée chronique, que j'essayai de modérer, mais en vain, par l'usage de l'opium fractionné. Le malade succomba le 24 du même mois , après douze jours de séjour dans ma division,

A l'ouverture du cadavre, nous rencontrâmes des ulcérations chroniques dans tous les gros intestins , mais spécialement' au cœcum , à l'arc transversal du colon et à VS iliaque du même intestin.

Les hémisphères du cerveau étaient dans leur état ordinaire ; au centre de l'entrée du pédoncule du cervelet dans l'hémisphère droit de cet organe, il existait une excavation de neuf lignes de long, oblique de dehors en dedans , et large de cinq lignes dans son plus grand diamètre transversal. Au pourtour de ce foyer la substance blanche était devenue jaunâtre, plus consistante que dans l'état naturel. Le foyer était traversé par une bride jaunâtre, et divisé en deux petites loges, une antérieure, l'autre postérieure; la loge postérieure, qui s'enfonçait le plus profondément II. /,o

626 rHYSIOLOGlE ET PATHOLOGIE.

dans l'iiémisphère du cervelet , étiit remplie par une matière de la consistance de la bouillie , d'une couleur brune. La loge antérieure était remplie par une substance plus épaisse , d'un jaune brun, entièrement détachée des parois de la caverne ; tout l'hémisphère droit du cervelet était plus consistant que le gauche ; les radiations de la substance blanche avaient une teinte jaunâtre qu'on ne remarquait pas dans les radiations du côté opposé. Le reste de la protubérance annulaire, la moelle allongée et la moelle épinière , ne présentaient rien de particulier.

Dans les expériences sur les animaux , la rotation était l'effet de la section plus ou moins profonde des segmens qui recouvrent le quatrième ventricule; mais, dans ce cas, la tendance presque irrésistible qu'avait le malade à tourner , provenait évidemment de la lésion du pédoncule droit du cervelet. C'est ce qui, peu de temps après, a été mis hors de doute par les expériences de M. Magendie. Ainsi les animaux sur lesquels l'on coupe l'un des pédoncules du cervelet, se roulent sur leur axe et du même côté que la section , avec une vitesse qui va en diminuant à mesure que l'on s'éloigne du pédoncule. Ainsi, une fois encore , la physiologie expérimentale a confirme une des données fournies par la pathologie.

Depuis douze ans j'ai varié de mille manières les çxpçpie/îces^q^iGjj'fîl tentées sur les animaux

rilYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE. Gzr

pour produire nrtificicllcnicut les effets que nie dévoilait l'observation des maladies organiques du système cérébro-spinal de l'homme. Un fait que j'avais souvent remarqué dans les apoplexies eérébelleuscs était le renversement et la chute des malades en arrière. Dans ces cas , le cervelet avait été détruit dans la base des hémisphères et des deux côtés; quelquefois même le quatrième ventricule avait été mis à découvert par l'étendue de Il désorganisation.

Si sur un animal on blesse le cervelet iiorizontaiement et dans toute son étendue , la tête est renversée en arrière; si l'on se rapproche des pédoncules , il y a opisthotonos , le corps est courbé en un arc, dont la concavité est sur le dos et la convexité sur la face abdominale. Si dans cet état on le force à marcher , l'animal s'élance en avant ; mais après quelques pas une force irrésistible l'entraîne , et il recule. Cet effet a été produit avec diverses modifications , par Zinn , Saucerotte , MM. Magendie et Flourens.

La tendance au reculement est alors un effet de la tendance invincible qui porte les animaux à se maintenir en équilibre ; ils cherchent cet équilibre en reculant: si dans cet état, et lorsque la tête seule est renversée, on coupe les muscles qui la portent en arrière , la tendance au reculement est arrêtée , l'animal marche devant lui ayant sa télé entre les jambes de devant. .. >

J'ai bien remarqué cet effet sur une jeune fille

628 physiologik et pathologie.

de douze ans , que MM. Magendie et Laurent placèrent dans ma division. Dans de courts accès d'épilepsie , qui se succédaient avec une grande rapidité , cet enfant était irrésistiblement entraîné à reculer. La tête était portée en arrière ; le corps lui-même était légèrement incliné en ce sens. Si on s'opposait au renversement de la tète , le reculement s'arrêtait ; lorsqu'on lui laissait parcourir ainsi un certain espace en la tenant par la main , elle décrivait une courbe , qui fut en augmentant à mesure que la malade approcha du terme de la guérison. Elle sortit deux mois après son entrée , très-bien rétablie , et depuis deux ans elle n'a éprouvé aucune rechute. Le renversement et la chute en arrière de certaines apoplexies cérébelleuses, et le reculement de cet enfant me paraissent donc expliqués par les expériences précédentes.

En outre , dans le cervelet réside réellement la force qui coordonne les mouvemens pour le saut. M. Flourens l'a dit ; mais ses expériences ne me paraissent pas aussi décisives que les suivantes.

Si , un animal étant libre, on transperce le cervelet avec un poinçon très-ac^é , au niveau de son tiers supérieur , l'animal fait un bond qui peut s'élever à plusieurs pieds de hauteur. Cet effet est ' si prompt, si instantané chez le lapin, que l'on croirait que le saut est produit par la détente d un ressort.

PHYSIOLOGIE 1:t PATHOLOGin. QuQ

(IcUo |)roj)rit'té cxplicjno oc q'io l'un a cru re-- Uiarqiicr de contradictoire' dans la grenouille : la progression de cet animal est bien difTérente, selon qu'elle s'exécute dans l'eau ou sur le sol. Dans l'eau, elle nage; sur la terre, elle saute. Cette circonslance est donc bien propre à éclairer ce point de la physiologie du cervelet.

Si sur une grenouille on enlève cet organe , ce qui n'est pas très-diffîcile , et qu'on la plonge dans l'eau , elle nage comme avant cette ablation. Si on la met à terre, elle reste immobile : on a beau l'exciter, elle remue les pattes; mais elle ne marche point, parce qu'elle ne peut marcher sans sauter. En perdant son cervelet , elle a donc perdu cette faculté.

De ce que la grenouille ne peut plus sauter lorsqu'elle a perdu It? cervelet, en conclure que la marche est abolie chez tous les reptiles qui ont subi cette mutilation , ce serait n'avoir pas saisi l'anomalie particulière de la marche de ce batracien. Eu efl'et , de même que la grenouille nage après cette ablation , de même les lézards et les couleuvres continuent de marcher , les oiseaux de voler, mais beaucoup plus faiblement, et seulement pendant quelque temps , après l'ablation du cervelet.

Lecervelet exerce donc une influence très-puissante sur les moùvemens des membres; mais celte influence n'est pas la même sur les membres supérieurs ou antérieurs, et sur les inférieurs ou posté-.

65o PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE.

rieurs* Les maladies elles mutilations artificielles de cet organe affectent plus les membres inférieurs que les supérieurs. C'est un résultat que j'ai constaté par la pathologie et la physiologie expérimentale, et dont l'application, comme je l'ai montré dans mes mémoires, est très-importante pour la pathologie (i).

Un homme était paralysé de la jambe gauche , le bras conservait quelques mouvemens , l'hémisphère droit du cervelet était détruit en grande partie.

Chez un maçon qui avait fait une chute sur la partie postérieure de la tête , le bras gauche exécutait quelques mouvemens, tandis que la jambe du même côté était complètement immobile; l'hémisphère droit du cervelet était aussi le siège de l'altération organique.

Sur deux femmes les résultats furent les mêmes, excepté que chez l'une l'hémi-paraplégie était à droite, et l'hémisphère gauche du cervelet avait seul été désorganisé. Chez une femme qui est en ce moment dans ma division depuis sept mois, la jambe et la cuisse gauches sont dans l'immobilité la plus complète; le bras gauche exécute tous ses mouvemens aussi bien que le droit , et avec la même force.

Chez les animaux que l'on expérimente, les

(i) Voyez trois Mémoires publiés en iSaS, dans le journal de M. Magcndie.

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