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luenibrane pituitaire soicnit moins sensibles physiquement que celles de l'œil et de la bouche, néanmoins sa sensibilité disparaît ; aucun corps odorant ne l'affecte , soit qu'il soit placé à distance^ ou en contact ; les corrosifs même ne l'excitent pas ; circonstance que nous avons déjà vue produite par la section du nerf olfactif Cet effet est en grande partie expliqué par l'anatomie comparative ; car on sait d'une part que les divisions du nerf olfactif ne dépassent pas les cornets ethmoidaux, et de l'autre j'ai montré que l'étendue de la chambre olfactive était principalement due, chez les animaux, au volume du cornet inférieur, sur la surface duquel se distribuent uniquement les filets de la cinquième paire.
G. M. Magendie, à qui j'emprunte ces faits importans , croit avoir remarqué aussi que la section de la cinquième paire entraîne la perte de l'ouïe ; circonstance qui expliquerait l'audition des animaux dont le nerf acoustique paraît n'être qu'une division du trifacial (i), et qui en serait expliquée à son lour.
Des résultats si nouveaux ne pouvaient manquer d'exciter vivement l'attention des physiologistes; à une autre époque, peut-être, iis eussent été stériles pour la médecine; les médecins n'eussent pas oanqué de renouveler contre eux toutes les préventions qu'ils ont conçues contre la phy-
(i) Toin. I", p;'g. 38 i , 599
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siologie expérimentale. Mais à peine étaient-ils connus , que j'en fis à l'homme les plus heureuses et les plus utiles applications. J'avais . depuis plusieurs mois , dans ma division , à l'hôpital de la Pitié , un jeune homme qui avait successivement perdu l'œil droit, et la vue, l'odorat et le goût du même côté. Quelle était la cause de cette affection simultanée des sens , dont les annales de la science n'offraient point d'exemple ? on va le voir dans l'observation détaillée que j'en présente ici.
Histoire cC une altération organique dunerf trijumeau, suivie de la perte de la vue „ de l'odorat j, de rouie
et du goût du même côté.
Hubertin-Joseph Laine, âgé de vingt-six ans, garçon chapelier , entra dans ma division à l'hôpital delà Pitié , le 29 septembre 1820. Sa constitution était délicate, son tempérament lymphatique ; sa vie avait été régulière , mais il s'était souvent livré à la masturbation.
Son air était hébété, sa physionomie donnait au premier aspect l'idée d'un homme imbécille; il paraissait concevoir lentement et comprendre avec difficulté les questions qu'on lui adressait. Lorsqu'il avait compris et qu'il voulait répondre, on voyait qu'il éprouvait de la difficulté à s'exprimer. Il prononçait difficilement , et le peu qu'il disait , semblait exiger de sa part un effort tressa
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prononcé. Son crâae était \oiumineux proportionnellement au reste du corps. Quelques élèves^ soupçonnant un commencement d'hydrocéphale^ crurent remarquer un écartement entre les pariétaux et lestemporaux; mais la saillie très-prononcée des yeux me fit rejeter cette conjecture. Les os maxillaires et les jugaux étaient un peu écartés , ce qui avait produit l'aplatissement du nez ; les os de la face du côté droit étaient un peu plus volumineux que ceux du côté gauche , ce qui faisait que la face était légèrement déjetée dans ce dernier sens. Le malade avait quelque peine à mouvoir la langue : les mouvemens et la sensibilité des membres n'étaient point affectés ; toutefois , il agissait moins librement des extrémités inférieures que des supérieures.
Tel est l'état dans lequel il se présenta à nous ; il nous apprit d'ailleurs , qu'il était affecté d'épilepsie , maladie dont il faisait remonter l'invasion à une des deux années précédentes, sans pouvoir lui assigner de cause. Il avait perdu son père et sa mère; il avait une sœur sourde et muette; il n'était en relation habituelle. avec personne; circonstances qui nous privèrent de plus amples détails sur sa vie antérieure , que nous ne pouvions du reste connaître par lui-même à cause de son état moral.
Dans les premiers temps nous ne portions notre attention que sur les accès d'épilepsie , qui se remarquaient assez fréquemment , et qui toujours
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commençaient par une convulsion du côté droit ; l'œil droit était en outre affecté d'un ophthalmie chronique , que nous jugeâmes de nature scrophuleuse, à cause de la constitution du malade. JNous combattîmes ces affections par les moyens ordinaires , et nous nous abstînmes le plus possible de lui adresser des questions à cause d'une circonstance qu'il est important de ne pas négliger. 11 nous était mort depuis quelque temps des malades affectés d'épilepsie , dont les altérations morbides de l'encéphale avaient vivement excité notre intérêt; ce jeune homme nous présentait quelques-uns des symptômes que nous avions précédemment observés- Nous nous arrêtâmes plusieurs jours de suite àsonlit, afin d'apprendre de lui Tordre de leur succession , et le sentiment qu'il en éprouvait pendant l'accès, ou dont il devait conserver le souvenir après l'accès , dont la durée ne dépassait pas ordinairement un quart-d'heure. Or il nous arriva fréquemment de provoquer le retour de l'accès par l'attention qu'il mettait à nous comprendre, et les efforts qu'il était toujours obligé de faire pournous répondre. Aussitôt que nousnous fûmes aperçu du mal que lui faisaient les renseignemens que nous cherchions à obtenir , nous cessâmes nos recherches , et pendant près de deux mois nous lious contetitânies de l'examiner en passant à la visite, sans lui adresser d'autres questions que celles qui étaient relatives à ses besoins.
^O CONCORDANCE DU SYSiî-ME NER\Ei:X
Le calme moral , le repos daas lequel il restait, firent diminuer considérablement le retour des accès ; il restait souvent huit . quinze et vingt jours sans en éprouver , tandis qu'au moment de son entrée ils se répétaient tous lès jours . quelquefois deux ou trois fois. L'appétit était revenu, le malade mangeait les trois-quarts de la portion, et digérait bien; l'embonpoint revenait de jour en jour; de jour en jour aussi il paraissait plus content et plus gai.
Mais ce bien-être ne fut pas de longue durée : vers le milieu du mois de décembre, une ophthalmie aiguë se manifesta sur i'œil droit: elle fut accompagnée d'un œdème des paupières, et d'une opacité commençante de la cornée transparente ; l'iris de ce côté ne présenta rien de particulier. Un séton fut appliqué à la nuque : l'ophthaimie se dissipa au bout de dix à douze jours ; mais pendant que l'inflammation de la conjonctive diminuait , l'opacité de la cornée augmentait de plus en plus, de telle sorte que, l'ophthaimie ayant disparu , la cornée parut épaissie et tout-à-fait opaque dans toute son étendue. La perte de la vue de ce côté en fut le résultat inévitable; du reste , les accès épileptiques devinrent plus fréquens et se manifestèrent principalement pendant la nuit. J'administrai les anti-spasmodiques, le nitrate d'argent associe au camphre rlesaccidens se f:almèrent de nouveau , et le malade revint à-peuprès dans l'étal où nous l'avons vu précédemment
DAiXS LK HiiGiNE ANIMAL. 71'
Toutefois, nous nous étions aperçu que l'œil droit était insensible, dans le cours de janvier et en février 1824- Plusieurs fois les accès épileptiques avaient , eu lieu sous nos yeux. Je remarquai que les convulsions dont il était affecté, se manifestaient exclusivement du côté droit , et consistaient dans une extension et une flexion alternative du bras et de la jambe de ce côté , mais principalement du bras ^ qui souvent , pendant plusieurs minutes, restait dans une rigidité tétanique ; du reste , la face était aussi injectée , spécialement du côté droit. Ayant remarqué encore que nos questions le fatiguaient beaucoup et provoquaient le retour des accidens épileptiques , nous discontinuâmes des recherches qui lui paraissaient si nuisibles. Dans le cours des mois d'avril et de mai , nous nous aperçûmes qu'il quittait rarement son lit , et nous apprîmes qu'il lui était resté une faiblesse très-grande du bras et de la jambe du côté droit.
Le 1"'. juin 1824 , je fus invité par M. Magendie à aller voir les animaux sur lesquels il avait pratiqué la section de la cinquième paire: à l'aspect des effets que j'aperçus sur les yeux de deux ou trois lapins, je fus frappé d'un trait de lumière relativement au malade qui fait le sujet de cette observation. Je me rappelai que l'ophllialniie de l'œil droit , et l'opacité de la cornée qui en avait été la suite , avaient offert une marche à-peu-près semblable à celle dont ces animaux étaient affectés.
7^ cors CORDA XCK \)\ SYSTKMK M-UVKUX
Est-ce d'une affection de ia cinquième paire que serait atteint notre malade ? telle est la conjecture qui s'offrit à mon esprit. Rentré à l'hôpital , je me rendis aussitôt auprès du malade , je m'assurai que le globe de l'œil droit était insensible , ain-i que la partie interne de la paupière. Je constatai que la narine du même côté était insensible aux odeurs , tandis que î'œil gauche et la narine correspondante jouissaient de leur sensibilité naturelle. Je n'aperçus rien sur les gencives , ni dans l'intérieur de la bouche. C'en était assez cependant pour m'arrêter à celte idée , après en avoir abandonné d'autres pour lesquelles j'avais répété quelques expériences importantes (i).
(Craignant d'aggraver l'état du malade en le soumettant pendant la visite aux expériences qu'il devenait indispensable de tenter pour avoir sur le diagnostic de sa maladie quelque chose de plus positif, je pris la résolution de le voir seul dans le cours de la journée le 7 et le 1 1 juin; je vérifiai
(1) Cette observation me présentant des phénomènes insolites dans les maladies organiques du ceryeau , j'attribuai les effets observés sur l'œil, à la lésion du nerf intercostal, jivant de connaître le? expériences de 31. Magendie sur la cinquième paire.
On sait que le célèbre médecin Petit, de Namur, avait fait la section du nerf intercostal, chez le chien, au niveau de hi troisième et quatrième vertèbre cervicale, pour prouver (ivjc ce nerf cxeiçait une iniluence sur certaines parties de l'wii. {Hislolrc de l\4ca(lenùe Royale des Sciences, aîinée
de nouveau l'insensibilité du globe de l'œil droit, la perte de l'odorat du même côté ; j,e plaçai du poivre en poudre sur la moitiédroite de la langue, il ne le sentit point; je l'appliquai à gauche , il en ressentit vivement l'impression.
Du i5 au 20, je m'aperçus que les gencives s'enflammaient du côté droit, d'abord à la mâchoire supérieure, puis à l'inférieure Le 20, j'invitai M. le professeur Lisfranc à se joindre à moi pour répéter les précédons essais. Un stylet boutonné fut promené sur toute la surface de l'oeil droit ; celuici resta immobile, il n'y eut point de clignotement de la paupière ; le malade n'en avait aucun sentiment. L'œil gauche, au contraire, était très-sensible , le malade fermait l'œil en voyant approcher lestylet, et quand on était parvenu à l'appliquer sur sa surface , il y portait sa main pour le frotter et détruire la démangeaison que cet attouchement avait provoquée. Nous lui fîmes prendre du tabac par la narine droite, il ne le sentit point; il le sentit vivement de la gauche , et éternua deux fois.
1707.) Parmi les phénomèue? observés, il avait constaté la rougeur de Ja conjonctive et l'opacité de la cornée, que j'ob servais chez ce malade. Je répétai cette expérience , qui ne nie réussit qu'une fois , et (jui détermina l'aplatissement et l'opacité partielle de la cornée, l'injection de la conjonctive et une altération sensible du bord libre des paupières. Je rapporterai ailleurs Jcs résultats de cette expérience, qui , eu ce qui concerne l'œil, diilcrent de ceux produits par la section de la cinquième paire.
74 rOCOP.DA.NCii i.)L SYSTKME NERVEUX
Je lui fis flairer une potion éthérée ; il reconnut la présence de lether de la narine gauche , et ne put jamais le distinguer de la narine droite. Je n'aperçus rien du reste sur la membrane pituitaire. Il est inutile de dire que nous fermions avec soin la narine opposée à celle sur laquelle on faisait l'essai.
Nous examinions avec soin l'intérieur de la bouche . et nous reconnûmes sur les gencives droites un commencement d'affection scorbutique qui n'existait pas à gauche ; les gencives étaient rouges, quelques plaques blanches existaient ç à et là ; elles étaient gonflées au pourtour des alvéoles , surtout à la mâchoire inférieure. La langue se mouvait toujours avec quelques difficultés; du poivre en poudre fut encore appliqué et non ressenti sur la partie droite (ie cet organe; sur la gauche , il excita le ptyaîisme et une vive cuisson. L'ouïe du côté droit ne parut nullement affectée.
Cet état restait stationnaire. Dès le 5 juillet, je fis observer aux élèves Lafifection scorbutique qiîi se remarquait du côté droit et point à gauche. 11 survint à cette époque une gêne de la respiration que nous n'avions pas remarquée jusqu'à ce jour. Le 1 1 juillet , ralTccttou scorbutique avait fait des j3rogiès; la partie £;auche en élait encore exemple. Le i6, les gencives sont plus boursouflées à gauche, fendues vers la partie qui embrasse le collet (les dents, i'aifcction commence à s'étennr<^ aux
DAAS LE BEr.iNE ANIMAL. ■Jb
gencives du côté gauche. Du 17 au 1" août , l'intérieur de la bouche devient de plus en plus ma- , lade ; mais la partie droite reste toujours plus profondément affectée que la gauche; du côté droit, les racines des dents commencent à abandonner leurs alvéoles, c'est-à-dire à être déchaussées. Cet état fait des progrès jusqu'au 10 août; à cette époque les gencives étaient écartées à droite du collet des dents ; il existait entre ces dernières et les gencives des vides , où avaient pénétré du tartre et des parcelles d'alimens.
Sa santé d'ailleurs déclinait de jour en jour. Le soin que nous avions eu de ne point fatiguer le malade, avait presque fait cesser les accès épileptiques ; mais une cachexie générale s'était lentement développée. Le malade était d'une faiblesse extrême. La respiration était gênée plus à droite qu'à gauche. Le pouls était concentré , petit et fréquent. La face, qui s'était conservée jusqu'alors, offre une altération profonde des traits. L'appétit disparait , et le malade tombe dans une taciturnité qui jamais ne s'était manifestée.
On conçoit , d'après l'exposé de tout ce qui précède , qu'il ne me restait aucun doute sur le siège de la maladie. Trop de caractères , trop de signes indiquaient une lésion de la cinquième paire, pour qu'il lût possible do la méconnaître , quoique ce fût le premier fait de ce genre qui s'offrait aux regards des médecins , et que je ne fasse dirigé , <lans ce diagnostic, que par I05 iiîductions de la
^O CO.NCORDAACli Dl SYSTEME iNERVEUX
physiologie expérimentale et de l'anatomie corn-? parative. Aussi, dès le 7 août, discutant devant la Société philomatique sur le prétendu nerf optique de la taupe , et réfutant les objections qui s'élevaient contre l'action que j'avais attribuée à la cinquième paire sur les sens , je n'hésitai pas à ni'avancer devant cette honorable assemblée , en l'assurant que sous peu de jours je produirais un cas de pathologie qui justifierait ce que j'avais avancé. Tout , dès-lors , annonçait une fin prochaine de ce malade.
Jusques-là, je n'avais fait qu'énoncer aux élèves les conjectures que j'avais formées sur le siège de la maladie. Je m'étais abstenu , par les raisons indiquées plus haut ^ de faire devant eux les expériences qui m'avaient mis sur la voie du diagnostic. Je jugeai cependant qu'un hït de cette importance devait être publiquement constaté ; en conséquence , le 10 août, à la visite du matin, j'invitai M. Dimbarre, interne de ma division, jeune médecin très-instruit, et excellent observateur, à xépéler lui-même les expériences devant les autres élèves.
M. Dimbarre frotta l'œil droit avec les barbes d'une plume à écrire : le malade n'en eut aucun sentiment , il n'y eut point de clignottement des paupières : la face interne de ces dernières parties était également insensible. La ïuème expérience faite sur l'œil gauche, produisit une vive sensation cl un clignotement long-temps prolongé. On rci-
léra deux ou trois fois cet essai , parce que le malade n'en parut pas fatigué , et que cette insensibilité de la conjonctive , de la cornée et de la face interne de la paupière, jointe à l'immobilité complète du globe de l'œil et de ses dépendances , excitait un vif étonnement parini les assistans.
On passa ensuite aux fosses nasales , on introduisit la plume dans la narine droite, on l'agita dans tous les sens : le malade y fut complètement insensible. On passa à la narine gauche, la sensibilité la plus vive se manifesta dès son introduction. On présenta à la narine droite un flacon contenant de l'ammoniaque liquide : le malade en ressentit une faible impression après une forte inspiration ; à gauche , rappror»he du flacon ne put même être supportée.
On vint à la bouche : nous constatâmes de nouveau l'altération profonde des gencives du côté droit, beaucoup plus affectées que celles du côté gauche. La langue ne parut pas sensiblement altérée , le malade la portait hors de la bouche , en ligne directe. Du sulfate de quinine, réduit en poudre , fut appliqué sur la partie droite de la langue , le malade ne le sentit point , ne le dégusta point ; on en mit sur le côté gauche , il le cracha aussitôt. Interrogé sur la saveur qu'il lui avait trouvée , il en désigna l'amertume par le terme de chicotin , usité parmi le peuple.
On a remarqué dans les expériences premières que nous fîmes sur (-e malade , que l'audition
n'avait point éprouvé d'altération sensible. Le malade paraissait entendre également bien de Vun et de l'autre côté. On a dû remarquer aussi que dans ses expériences sur les animaux , M. Magendie n'était pas sûr que l'ouïe fût affectée , ce dont il est du reste très-difficile de s'assurer dans les vivisections. Cette circonstance tient peut-être à ce que la partie de la cinquième paire qui communique avec l'oreille, est la. dernière à ressentir l'effet de la section ou de l'altération du nerf : c'est du moins ce qu'on pourra inférer du. fait ^ extraordinaire que nous rapportons. L'ouïe se conserva du côté droit et du côté gauche jusqu'au 5 ou 4 août ; mais vers le 5 et le 6 , il devint presque sourd de l'oreille droite. Informé par le malade de ce nouvel accident , je fis appliquer un vésicatoire à la nuque. Les 7 , 8 et 9 , la surdité diminua, et le 10, au moment où on répétait les expériences précédentes , il entendait encore bien moins de l'oreille droite que de la gauche, la sensibilité était parfaitement conservée dans toute l'étendue du côté droit de la face et du col. Si on pinçait légèrement la peau , il en ressentait aussi bien l'impression à droite qu'àgauche. Tel fut le résultat des expériences faites publiquement à la visite du 10 août.
Le malade était d'ailleurs dans une triste position ; la faiblesse était extrême , la respiration était courte 5 précipitée ; le côté droit de la poitrine était immobile, le son qu'il rendait était mat, on
bA.NS LE KliGNE ANIMAL. ng
n'entendait pas la respiration par l'application du cylindre; le pouls était très-petit, très-fréquent et facile à déprimer : la face, décomposée, offrait déjà un aspect cadavérique ; ces mauvais symptômes augmentèrent d'intensité le 1 1. Il mourut dans la nuit du 1 1 au m août, après une agonie de huit à neuf heures.
Aussitôt que je fus informé de sa mort, j'écrivis à MM. les docteurs Magendie , Lisfranc et Georget, afin qu'ils se réunissent à moi pour faire l'ouverture du cadavre. Elle fut faite le lendemain à deux heures , en présence de ces médecins , et d'un concours nombreux d'élèves , alors présens à l'amphithéâtre des hôpitaux.
Avant de procéder à la nécropsie , je fis lire l'histoire de la maladie par l'interne de ma division , j'en résumai ensuite les circonstances principales, en les rapprochant des effets qui suivent la section de la cinquième paire chez les animaux. Je fis remarquer l'aitéraiion de la cornée de Tœil droit ; l'ophthalmie chronique et aiguë qui avait précédé cette transformation de tissu ; l'insensibilité complète du globe de l'œil , qui avait supporté les irritations les plus vives sans que ce malade en eût la conscience, sans qu'il y eût eu le clignotement des paupières qui a constamment lieu toutes les fois que la sensation la plus légère affecte l'œil. Je fis observer ensuite que dans toutes les expériences la membrane pituitaire avait paru insensible , soit qu'on l'ait irritée avec un stylet ou les barbes d'une
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plume , promenées en divers sens dans la narine droite. Toutefois, l'odorat n'avait pas complètement disparu , puisque le malade avait senti les potions éthérées , puisqu'il avait été affecté par l'ammoniaque liquide. Cette différence apparente de ce qu'avait éprouvé le malade et de ce qu'on avait observéchez les animaux^ me parut expliquée par la difficulté qu'il y a à s'assurer si un animal éprouve ou non une sensation , toutes les fois que celle-ci n'est pas portée à un degré qui l'affecte vivement ou désagréablement.
En rappelant ce qu'on venait d'entendre sur les altérations des gencives et du goût , j'observai que les effets étaient identiques chez les animaux et chez l'homme ; que dans les expériences , de même que dans le cas pathologique , les gencives du côté expérimenté ou du côté malade avaient abandonné le collet des dents et avaient été profondément altérées; le goût avait disparu sur la moitié de la langue. Notre malade, dans ces diversesexpériences, n'avait senti ni le poivre , ni le sulfate de quinine, que l'on avait placés sur la partie droite à diverses reprises et à des époques éloignées les unes des autres. Ces faits confirmaient donc ce que l'expérience avait appris; et, ce que l'expérience ne pouvait apprendre sur les animaux , ils constataient positivement que cette sensation était anéantie. Il en était de même de l'ouïe ; car si chez les animaux il est difficile de s'assurer si ce sens est perdu ou non d'un seul côté , il n'en était pas de
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même chez l'homme : notre malade nous indiqua lui-même l'époque à laquelle la surdité du côté droit commença à se manifester. En définitif , donc , les altérations de l'œil , celles des fosses nasales , de la bouche et de l'oreille , se réunissaient pour nous permettre de pronostiquer que nous allions trouver sur le cadavre une altération plus ou moins profonde de la cinquième paire , soit à son insertion snr la protubérance annulaire , soit \ers son ganglion.
Désirant donner à notre pronostic le degré de certitude que mes recherches antécédentes sur les maladies des hémisphères cérébraux m'avaient appris , je rappelai aux élèves de ma division que les accidens épileptiques de ce jeune homme avaient suivi la même marche que ceux d'une femme décédée quelques jours auparavant, et sur le cadavre de laquelle nous avions trouvé une inflammation chronique dans l'hémisphère opposé au côté sur lequel les convulsions étaient plus prononcées. Il était donc à présumer qu'avec la lésion de la cinquième paire , nous trouverions de plus une altération plus ou moins grande de l'hémisphère gauche du cerveau.
Cela posé , on procéda à l'ouverture du cadavre. Le crâne fut scié avec le plus grand soin pour ne point ébranler l'encéphale; celui-ci étant mis à découvert, la face interne de la dure-mère parut injectée du côté droit; du côté gauche elle était épaissie, d'un blanc sale; la tente du cervelet, Tî. 6
Su CONCORDANCE DU SYSTÈME NERVEUX
plus épaisse encore , adhérait à la face supérieure de cet organe. L'encéphale fut détaché de la ba&3 du crâne avec la plus grande attention , le tronc de la cinquième paire du côté droit se détacha néanmoins de la protubérance annulaire , par le seul effet du soulèvement de cette dernière partie.
La base du crâne ainsi dégagée parut inégale; elle était plus étroite à droite qu'à gauche : cette inégalité portait plus spécialement sur la fosse sphénoïdale.
La dure-mère étant détachée de la fosse sphénoïdale droite, nous aperçûmes à son côté interne le ganglion du nerf trijumeau dans un état insolite : ce ganglion était boursouflé , d'un gris jaune , une petite quantité de sérosité en séparait les granulations. A sa partie interne , la portion du ganglion d'où se détachait le nerf ophlhalmique était rouge , injectée ; cette injection et cette rougeur étaient partagées par la dure-mère, qui la recouvrait. En arrière du ganglion, les faisceaux nerveux étaient isolés par une petite quantité de sérosité. Les faisceaux internes étaient d'un blanc plus mat que les externes, les uns et les autres étaient un peu ternes; cette disposition faisait ressortir les faisceaux musculaires du nerf trijumeau qui , parfaitement sains , occupaient le côté interne du nerf, et qui passaient au-dessous du ganglion, après avoir dépassé la ligne supérieure du rocher. Tout-à-fait en arrière , le tronc du nerf qui débordait dans la fosst- occipitale était
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jaune comme le ganglion lui-même ; cette couleur se remarquait dans l'étendue de deux lignes environ. Il est à remarquer encore que les filets musculaires ne partageaient point cette altération ; ils étaient dans leur état ordinaire , en arkièro comme en avant.
Ualtéralion du ganglion et son hypertrophie se prolongeaient en avant sur ses trois principales divisions ; le nerf ophthalmique paraissait le plus anciennement affecté, le nerf maxillaire inférieur était impeu plus altéré que le supérieur. Ces trois nerfs étaient d'un jaune terne, dont la coloration contrastait avec «elle des nerfs opposés, qui étaient découverts. Ils conservaient cette couleur jusqu'à leur sortiedu crâne; au-delà, le nerf ophthalmique la perdait avant d'arriver à la fente spliénoïdaie : le nerf lacrymal, le nerf frontal et le nerf nasal , nous offrirent du reste leur structure ordinaire. La couleur jaune du maxillaire supérieur disparaissait tout-à-fait dans la fosse sphéno - maxillaire , les rameaux orbitaires , dentaires antérieurs , postérieurs et supérieurs, et les branches du sousorbitaire, disséqués avec soin, ne présentèrent aucun changement dans leur texture ni dans leur organisation ; la troisième branche du nerf trijumeau, ou le nerf maxillaire inférieur, conservait son boursouflement et sa couleu r jaune dans le crâne , et en partie dans son trajet dans la fosse zygomatique: dans cette fosse, il paraissait divisé en deux parties par l'altération dont il avait été le
siège ; une partie interne conservait encore îa nuance jaune du tronc, Texterne ne difTérail pas du nerf du côté opposé. De la première partaient les rameaux dentaire inférieur, lingual et auriculaire ; de l'autre se détachaient plus spécialement les rameaux temporaux profonds, lesptérygoïdiens, le masséterin et le buccal. En disséquant ces derniers rameaux d'avant en arrière, nous aperçûmes qu'ils correspondaient aux faisceaux intacls qui se remarquaient au côté interne et inférieur du ganglion de Glaser. Cet isolement des branches musculaires du nerf trijumeau, produit par cetle altération pathologique, est un fait d'autant plus important que l'anatomie normale est loin de pouvoir la mettre en évidence d'une manière aussi marquée.
Le nerf optique droit est, en arrière de l'œil , un peu moins volumineux que le gauche. Dans le reste de leur trajet , ces deux nerfs sont identiques.
La cornée de l'œil droit est opaque et épaissie dans toule son étendue. L'iris est adhérente à sa face postérieure , ce qui détruit l'espace désigne sous le nom de chambre antérieure, La pupille est contractée; la face antérieure de l'iris est couverte d*une fausse membrane blanchâtre, qui adhère à la face postérieure de la cornée. Sur cette dernière on aperçoit plusieurs petits vaisseaux formant deux demi-cercles. La choroïde est un peu rougeatre; l'humeur vitrée paraît moins transparente que dans l'œil gauche.
DANS LE hègne animal. 85
La membrane muqueuse nasale est un peu injectée à la narine droite , principalement dans la portion qui correspond au cornet nasal inférieur.
Les gencives sont noires du côté droit à la mâchoire supérieure et inférieure. Son tissu , mou, boursouflé, se déchire avec la plus grande facilité. Les dents sont tout-à-fait déchaussées en haut et en bas ; le tissu osseux formant les alvéoles supérieures et inférieures, est comme injecté. A gauche, le tissu des gencives est brun , un peu ramolli ; mais Taltéralion est bien moins profonde que du côté opposé.
La langue ne présente d'abord aucune trace d'altération à sa superficie ; mais disséquée avec soin , le tissu muqueux paraît un peu plus mou à droite qu a gauche.
L'oreille droite ne présente aucune lésion sensible, soit dans son appareil osseux interne, soit dans ses nerfs. Le nerf acoustique , la portion dure de la septième paire dans l'aqueduc de Fallopc , la corde du tympan , sont dans leur état normal.
L'encéphale fut examiné avec le même soin que les parties dont nous venons de présenter l'état insolite. Ce qui d'abord frappa nos regards, fut le côté droit de la protubérance annulaire , correspondant à l'insertion du nerf trijumeau altéré. A la place de ce jnerf qui , comme nous l'avons dit , s'était détaché en soulevant le cerveau , nous trouvâmes une matière gélatineuse, jaune, ana-
bb COISCORDANC!' 1)L SYSTEiU: ^fliRVEUX
logue à celle qui existait a l'oxtrémité du nerf , restée libre au uiveau du bord supérieur du rocher. Ecartant ensuite les faisceaux trans verses du pont, nous suivîmes les traînées de cette matière jaune, dans l'étendue environ de deux lignes: en même temps , nous remarquâmes , au côté interne de la matière gélatineuse , deux petits faisceaux blancs, intacts , que nous mîmes à découvert jusqu'au bord supérieur du bulbe racliidien. Ces faisceaux étaient la continuation des faisceaux médullaires quiexistaient sur le côté interne du ganglion sphénoïdal de la cinquième paire. Les filets musculaires étaient donc sains dans toute leur étendue , ils paraissaient n'avoir point participé à l'altération profonde dont le nerf trijumeau de ce côté avait été atteint. Du côté gauche, le nerf de la cinquième paire était dans son état normal.
En outre , l'hémisphère gauche du cerveau était ramolli, légèrement jaune à sa surface supérieure, principalement en avant et en arrière. Sa face inférieure était tellement adhérente à la dure-mère , qu'une petite partie de la substance corticale resta attachée à celte membrane , au moment où on soulevait l'encéphale pour en considérer la base. Tout le lobe moyen et postérieur parut alors ramolli et jaune ; cette altération s'étendait dans la profondeur du lobe jusqu'au niveau du demicentre ovale du côté gauche. La couche optique et le corps strié du même côté étaient un peu plus mous que du côté opposé. L'hémisphère
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gauche du cervelet offrait une altération analogue à celle de l'hémisphère cérébral du même côté ; elle était néanmoins beaucoup moins profonde. Le ventricule latéral gauche était plus étendu que le droit ; la glande pinéale est plus volumineuse et plus dure que dans l'état normal (i).
Les deux poumons sont tuberculeux à leur sommet.
Un fait de cette nature n'a pas besoin d'un long commentaire , pour peu que l'on soit au courant de la marche sévère que présentent de nos jours la physiologie expérimentale et la pathologie ; l'accord de ces deux sciences sur un point si -important de leurs recherches devait nécessairement arriver , du moment que M. Magendie avait précisé les effets résultant de la section de la cinquième paire; du moment qu'il était descendu de la cause aux effets, la pathologie ne pouvait manquer de remonter des effets à la cause. Mais se serait-on attendu que les effets fussent absolument les mêmes ? Se serait-on attendu qu'une maladie de l'homme répétât de point en point tout ce que la physiologie expérimentale avait fait connaître? Disons-le hautement , im tel accord est encore trop rare pour ne pas être signalé à l'attention des physiologistes et des médecins ; de ces
(1) J'ai fait peindre ces diverses altérations; ces dessins feront partie du grand ouvrage que je publierai après celuici sur les maladies organiques du cerveau et de la nioelle épinière.
derniers surtout, dont la plu part regardent comme oiseuses les recherches expérimentales sur les animaux.
Tout a concouru pour donner à cette nouvelle acquisition de la science toutes les applications que la médecine pouvait désirer; car à peine avions-nous constaté par l'autopsie le siège positif de celte maladie, que deux nouveaux malades, un homme et une femme, se présentèrent dans ma division, offrant les symptômes primitifs que nous avait offerts le jeune homme dont nous venons de tracer l'histoire : rougeur de la conjonctive , insensibilité de la cornée , dureté de Fouïe, diminution de la sensibilité de la langue , tels étaient les préludes d'une affection qui aurait eu peut-être les tristes suites de la précédente , si , éclairé comme nous l'étions , nous n'en eussions arrêté la marche. La [femme fut guérie en cinq semaines, et l'homme, sur lequel MM. Magendie et Edwards répétèrent avec nous les expériences, fut rétabli , et sortit après vingt-six jours de séjour dans l'hôpital (i). De semblables faits, je le répète , n'ont pas besoin de commentaires ; ils prouvent que la cinquième paire exerce une influence très-puissante sur l'action des sens , chez
(i) C'est par des faits de cette nature, c'est par des résultats semblables que la physiologie expérimentale doit repousser les attaques sans cesse renouvelées contre elle, et qui portèrent tant d'amertume dans la carrière scientifique des Harvey, des Malpighi et des Haller. tne maladie in-
les mammifères , et même chez l'homme ; ils expliquent parfaitement la vision des animaux privés du nerf optique , et pourvus d'un nerf oculaire provenant du rameau supérieur du nerf trijumeau. Ils ouvrent un nouveau champ aux études de l'action du système nerveux chez les vertébrés et les invertébrés.
J'ai parlé , dans le premier volume ( 1 ) , de deux enfans anencéphales chez lesquels les ganglions des nerfs trijumeaux , réunis dans le crâne, servaient d'inserlion aux différens nerfs des sens. L'un d'eux vécut dix-huit heures; l'autre deux jours et une nuit; tous les deux prirent le sein de leur mère ; tous les deux ouvraient et fermaient les yeux; ils exéculèreot des actes que nous sommes accoutumé à attribuer exclusivement à l'encéphale et que nous pouvons expliquer aujourd'hui malgré son absence , puisque les deux ganglions des nerfs trijumeaux étaient réunis et très-développés.
Ces actes étaient purement instinctifs comme ceux qu'exécutent les articulés. Nous pouvons présumer, d'après cela, que les actes instinctifs sont sous la dépendance de la cinquième paire, et que
connue signalée et déterminée, deux malades guéris dans l'espace de moins de six mois> et dans une seule division de rhôpital de la Pitié, voilà les meilleurs argumens à opposer aux détracteurs de l'anatomie comparative et de la physiologie expérimentale.
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le cerveau n'y prend que peu ou point de part. Lorsque l'encéphale disparaît complètement, et que la cinquième paire le remplace , les actes instinctifs devront donc se manifester au plus haut degré. C'est le cas des invertébrés (i).
Toutes leurs déterminations ont un caractère qui les distingue ; elles sont purement instinctives : elles se répètent si exactement . si nécessairement , lors même que les résultats nous paraissent les plus surprenans , qu'on voit manifestement que la volonté n'y €St pour rien , et que , conséquemment , leurs actes sont de simples effets organiques. Tous les zoologistes et tous les psychologistes sont d'accord sur ce point; tous considèrent ces animaux comme les êtres instinctifs par excellence. Si cela est, on entrevoit sans peine la conséquence qui on découle.
Si les crustacés et les insectes sont les êtres instinctifs par excellence, et s'ils n'ont pas d'encé-
(i) Je ne puis m'empêcher, dans l'intérêt delà science, de t'ai/e remarquer ici, que M. Ampère, auteur des deux articles qui ont paru dans les Annales des Sciences naturelles, sur la détermination du, système solide et du système nerveux des animaux articulés , est arrivé , par des considérations psychologiques, à des vues peu différentes de celles énoncées dans le premier volume de cet ouvrage , et de celles que je développe présentement. [Soy.Aitn. se. nat., tom. III, pag. 202.)
Une réÛexion sur laquelle nous devons insister, c'est que M. Ampère et moi, nous sommes parvenus à ces résultats par de? voies très-différentes.
phale , ce dernier organe est donc él ranger à l'instinct.
Si leur système nerveux céphalique représente le système ganglionnaire de la cinquième paire , la cinquième paire est donc le siège de Tinstinct chez les animaux (i).
C'est dans cette direction que nous paraissent devoir être dirigées désormais les recherches physiologiques sur les facultés et les actes de cet ordre ; et si l'on parcourt d'un coup-d'œil la classe des mammifères , on verra les actes encéphaliques décroître des quadrumanes aux rongeurs, tandis que les actes instinctifs accroissent dans la même proportion. Gela est, et un instant de réflexion montre que cela devait être ; car il fallait bien que la perte des facultés encéphaliques fût balancée [)ar l'accroissement des facultés instinctives, jusqu'à ce qu'enfin les facultés encéphaliques venant à disparaître, les animaux pussent vivre sous la seule influence des actes instinctifs.
Or 3 ces données générales de la psychologie me paraissent en rapport avec les données de l'anatomie comparative , car nous voyons l'encéphale décroître chez les mammifères en raison directe du développement des actes encéphaliques, et nous voyons les aclcs instinctifs se développer en
(1) Foy. eiiuore à ce bi^jcl les belles idées de M. Ainpcrc, Mémoire déjà cité, Annales des Sciences naturelles , lom. Il, pag. 5o5.
ga CONCORDANCE DU SYSTÈME NEKVEUX
raison directe aussi du développement de la cinquième paire. De là naît encore le rapport inverse qui s'observe chez les mammifères entre l'étendue de l'encéphale et le volume de la cinquième paire: plus l'encéphale diminue , plus la cinquième paire augmente ; le développement de la cinquième paire compense la diminution de l'encéphale; ce que les animaux perdent d'un côté , ils le gagnent de l'autre.
Dans un ouvrage de cette nature, je suis forcé de me restreindre a chaque instant I je ne ferai donc que rappeler l'industrie des chauve-souris, des taupes et des autres mammifères qui sont dans ces conditions organiques, et j'indiquerai seulement que les actes qui ont été attribués à une intelligence supérieure ne sont que des effets instinclifs en rapport avec le développement que présente la cinquième paire chez tous ces animaux.
J'expliquerai de la même manière l'industrie des phoques et des castors , qui les a fait placer si haut, par certains psycholcgistcs, dans l'échelle de l'intelligence. Les actes qui chez ces animaux semblent justifier cette assertion, découlent de la même source que ceux des abeilles, dont ceux-ci ne sont qu'une bien faible imitation ; l'anatomie comparative peut, je crois, en fournir la preuve.
Si les actes des phoques et des castors étaient des effets encéphaliques , ces animaux devraient
DANS LE RÉGNE ANIMAL. gS
être sur la même ligne pour le développement de l'encéphale ; le castor devrait même occuper un rang plus élevé que le phoque. Or , comparez leur encéphale, et voyez quelle distance immense sépare ces animaux sous ce rapport : le phoque égale presque les quadrumanes par l'étendue de son encéphale, et le castor est descendu jusqu'aux rongeurs par les formes imparfaites du même organe ; l'un est aux degrés inférieurs de l'échelle , l'autre en occupe les marches supérieures. Deux organes si diflférens ne peuvent donc produire un ordre d'effets si rapprochés.
Mais si ce sont des effets instinctifs , et si la cinquième paire en est l'organe producteur, tout s'explique : ces animaux , si éloignés par leurs autres caractères, se touchent par celui-ci. Les phoques et les castors sont remarquables par le développement du nerf trifacial; le castor surtout dépasse tellement tous les mammifères par le volume et l'étendue de ce nerf, que nul ne peut lui êlrB comparé sous ce rapport; nul aussi ne peut être mis sur sa ligne pour les facultés instinctives. Ils sont aux vertébrés ce que les abeilles sont aux invertébrés ; et chez les uns comme chez les autres, les effets sont proportionnés à la cause , les actes sont en rapport avec l'organe qui les produit.
Si l'on se rappelle maintenant que le système nerveux se développe de la circonférence au centre, on trouvera peut-être , dans la formation primitive de la cinquième paire, la raison pour laquelle les
actes instinctifs se manifestent constamment chez les animaux avant les actes encéphaliques; on expliquera de cette manière aussi comment des fœtus anencéphales ont pu exercer certains actes, tels que la succion du lait de la mère, quoiqu'ils fussent privés de cerveau. Il est peu d'anatomistes qui n'aient été dans le cas d'observer ce phénomène une fois au moins dans le cours de leur vie. Or, il est inexplicable dans la théorie qui fait partir ces actes de l'encéphale ; et il se trouve d'autant mieux expliqué dans nos idées , que personne n'ignore que , chez les monstres anencéphales , la cinquième paire est d'autant plus développée que l'encéphale est plus imparfait, ou que même il manque complètement.
Tous les physiologistes et les psychologistes ont échoué dans leurs tentatives pour ramener les facultés instinctives aux facultés de l'encéphale. L'admirable travail des abeilles et des arachnides supposerait une intelligence à laquelle ne s'élèvent jamais les animaux les plus élevés de la classe supérieure des vertébrés , supérieure même à celle à laquelle pourrait parvenir un homme isolé , s'il cherchait à exécuter un travail si géométriquement parfait. Or , voyez la contradiction dans laquelle on se trouvait nécessairement entraîné par ces idées! On convenait , d'une part , que les insectes étaient mille fois plus descendus que le dernier des vertébrés , relativement à leur cerveau , et l'on attribuait en mêmr temps à cet organe des
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effets mille fois supérieurs à ceux que produisent les vertébrés les plus favorisés par l'étendue de leur encéphale : une contradiction si manifeste ne pouvait être dans la nature ; elle n'existait que dans nos idées.
J'ajouterai une dernière considération à ce sujet ; c'est que l'homme, auquel nul être ne peut être comparé pour le développement de l'encéphale et de ses facultés , est le plus descendu de tous par ses facultés instinctives , parce qu'il est le plus inférieur de tous . relativement au volume proportionnel de la cinquième paire. Je remarquerai ensuite que l'abeille est à la têfe des invertébrés par ses facultés instinctives , parce que ses ganglions crâniens sont les plus développés : elle occupe^ sous le rapport des ganghons de la cinquième paire, le haut de l'échelle anatomique des invertébrés , comme , sous celui de l'encéphale , l'homme occupe le sommet des animaux vertébrés.
De tout ce qui précède nous pouvons donc conclure :
1*. Que, chez les animaux vertébrés et l'homme, la cinquième paire exerce une influence très-marquée sur l'action des sens;
2". Que la taupe est privée de nerf optique, comme la chrysochlore du Cap, le rat-taupe, le protée, etc. , et que cette absence n'empêche pas chez elle l'exercice de la vision ;
3'. Que la cinquième paire paraît être le siège de l'instinct ou des actes irréfléchis chez les animaux ;
4°. Que, chez les animaux vertébrés, le développement de l'instinct paraît en rapport avec celui de la cinquième paire ;
5". Que les ganglions ccphaliques des animaux articulés étant les analogues de ceux de la cinquième paire , les propriétés instinctives sont les plus développées chez ces êtres ;
6\ Enfin , que les vues nouvelles que pourront nous dévoiler les expériences physiologiques sur le système nerveux des invertébrés , doivent être comparées à ceux de la cinquième paire et de» ganglions intervertébraux chez les animaux vertébrés.
MOELLE ^eiM\Lï\Z,