‹ Anatomie comparée du cerveau (volume 2)Chapitre 14 sur 59 · II · texte numérisé non relu

II

IJO MOELLE EPINIERE.

Ainsi les uns ne peuvent , comme les mammifères , s'élever au-dessus du sol; les autres planent dans les airs, et y restent suspendus des journées entières; ceux-ci sont grimpeurs, ceux-là sont nageurs; un grand nombre se servent alternativement des ailes ou des pieds pour leurs moyens de transport.

Tous ont deux renflemens à la moelle épinière , ainsi que nous l'avons dit ; mais le renflement inférieur prédomine sur le supérieur, ou le supérieur sur l'inférieur, ou bien les deux renflemens sont à-peu-près égaux, selon les habitudes locomotrices de l'oiseau.

Les oiseaux qui sont attachés au sol, comme les mammifères , ont des pieds très-développés et des ailes presque rudimentaires : tels sont l'autruche et le casoar. Le renflement inférieur prédomine tellement sur le volume du supérieur, que ce sont , sous ce rapport , de véritables bipèdes.

L'aigle, la cigogne, le pigeon, l'hirondelle, s'élèvent, au contraire, dans les airs à une hauteur prodigieuse , et y nagent avec autant de facilité que les poissons dans leur élément. Chez eux, le volume du renflement supérieur l'emporte de beaucoup sur le volume de l'inférieur : celui-ci est beaucoup moins développé. Aussi ces oiseaux qui voguent avec tant de facilité dans les airs , nous paraissent-ils déplacés sur la terre.

Ceux qui grimpent habituellement le long des

MOELLE EPÎNiÈRE. l5l

arbres , ou qui se meuvent dans les eaux au moyen de leurs pattes, ont le renflement inférieur plus saillant que le supérieur.

Enfin , les oiseaux qui , comme la poule et l'oie , se transportent d'un lieu à un autre , tantôt à l'aide de leurs pieds , tantôt à l'aide de leurs ailes , ou qui , comme le fou de Bassan , ont besoin d'une force égale dans les ailes et dans les pieds , sont remarquables par les dimensions â-peu-près égales de leurs deux renflemens.

La moelle épinière nous offre donc la répétition des différons moyens de transport que la nature a accordés aux animaux. La combinaison de ces moyens et les modifications de la moelle épinière qui leur correspondent , peuvent se réduire à quatre :

Premièrement , îes animaux sont privés de membres , et se meuvent par l'effet des ondulations de leur longue épine ; leur moelle épinière n'est renflée sur aucun point de son étendue.

Deuxièmement , la combinaison la plus générale est celle des deux pattes de derrière , et de deux pattes ou de deux ailes en avant : la moelle épinière est renflée en haut et en bas.

Troisièmement , de deux pattes en devant , sans pattes de derrière : la moelle épinière , renflée en haut , ne l'est point en bas.

Quatrièmement , enfin , des deux pattes de derrière, sans pattes de devant : la moelle épinière est renflée en bas et ne Test pas en haut.

l52 ilOELLE EPiNlÈRE.

Telles sont les variétés de forme et d'étendue que présente la moelle épinière dans le grand embranchement des vertébrés. Ces variétés sont les mêmes chez les animaux parfaits et chez les embryons : chez les uns comme chez les autres , elles dérivent des mêmes causes et nous offrent les mêmes rapports. L'ophidien a sa moelle épinière répétée par celle des embryons des vertébrés les plus élevés , parce qu'à une époque de leur existence ces embryons sont, par leurs formes, de véritables ophidiens. Ce type simple et primitif de toute moelle épinière est modifié de différentes façons , parce que la série des métamorphoses développe sur ses flancs des appendices destinés à modifier, à accélérer, à varier le mode de locomotion des animaux; ces moyens nouveaux nécessitent pour leur action des modifications correspondantes de la moelle épinière. Ces modifications sont des renflemens qui rompent çà et là l'uniformité de son calibre : ces renflemens étant destinés à ces appendices , on voit donc que leur nombre , leur volume et leur position , doivent être nécessairement et irrévocablement fixés par la position , le volume et le nombre des nageoires , des ailes ou des pieds que la nature a accordés aux dîfférens animaux pour se transporter d'un lieu à un autre, quelle que soit la différence des milieux où ils vivent, et quelles que soient les résistasices qu'ils aient à \aincre pour le transport. Le spectacle de ces divers changemens et de leurs

MOELLE EPIMEUE. 1 v)a

rapports est rendu pius intéressant encore par les changemeris et les rapports analogues qui se manifestent dans le système sanguin.

Chez les ophidiens , Taorte ne fournit que des intercostales d'un calibre à-peu-près uniforme. Les embryons des oiseaux, le têtard des batraciens , Tembryon des mammifères et de l'homme, sont primitivement dans le même cas que les ophidiens ; mais à Tépoque où les membres apparaissent , on voit apparaître aussi , en bas les artères fémorales , en haut les axillaires. Les cétacées n'ont que l'artère axillaire ; les bimanes sont dans le même cas ; les bipèdes, au contraire, n'ont que la fémorale, et point d'axillaire. Les embryons monstrueux n'ont que l'artère axillaire , ou la fémorale , selon que la paire de membres qui leur reste est située en haut ou en bas ; le calibre des artères axillaires et fémorales est toujours rigoureusement proportionnel au volume des membres supérieurs et inférieurs, ou à la seule paire de membres chezles cétacées, lesbipèdesjlesbimanes, et chez les monstres qui nous offrent leurs conditions organiques.

Les oiseaux qui ont les ailes les plus fortes ont les artères axillaires les plus volumineuses ; et aux plus faibles ailes, comme chez l'autruche et le casoar, correspondent les artères axillaires les plus grêles. Ces derniers oiseaux, au contraire , ont les fémorales et les jambes les plus fortes, tandis que chez les premiers les fémorales et les jambes s'atro-

i34 MOELLE EPIiNlÈRE.

phieiit en raison directe du volume qu'acquièrent les ailes.

Cette coexistence de rapports entre le système sanguin et le système nerveux explique aussi les variétés du prolongement caudal des animaux. Tous les oiseaux ont la moelle épinière prolongée jusqu'à l'extrémité du coccyx; tous, à une ou à deux exceptions près, offrent le même nombre de vertèbres caudales ; l'artère sacrée moyenne partage cette fixité de rapports. Rien de si variable, iiu contraire , que le prolongement caudal des mammifères ; rien de si variable chez eux que le volume de l'artère sacrée moyenne et le prolongement de la moelle épinière dans le canal coccygien.

Jusqu'au troisième mois de l'embryon humain, l'artère sacrée moyenne est véritablement la continuation de l'aorte; son calibre est plus grand relativement, qu'il ne le sera à aucune autre période de la vie. A partir de celte époque , l'artère sacrée va toujours en diminuant de volume , jusqu'aux huitième ou neuvième niois , époque où elle a atleintle rapport qu'elle doit conserver. Il en est de même chez les embryons des chauve-souris sans queue : l'artère caudale diminue de calibre avec une rapidité qui est en rapport avec la prompte disparition de la queue de l'embryon.

La métamorphose du têtard des batraciens a excité dans tous les temps la curiosité des zootomistes ; un animal sans membres et à longue

MOELLE ÉPINIÈRE. l55

queue perd tout à coup celle-ci , et des membres apparaissent. Ce spectacle si remarquable , et que nous avons tous les jours sous les yeux, nous frappe par la rapidité de ses variations et par les transformations complètes qu'éprouve l'animal qui en est le sujet; il est au fond le même que celui de l'embryon de l'homme et des autres mammifères sans queue , comme certaines chauvesouris , le magot , les orangs , etc.

La éÊkxse de ces étonnantes métamorphoses a son siège dans le système sanguin et le système nerveux. Ouvrez un têtard du douzième jour, vous lui trouvez une aorte d'un calibre presque uniforme de la tête à la queue; il n'a ni artère axillaire ni fémorale , sa moelle épinière se prolonge jusqu'à l'extrémité du coccyx, en conservant un calibre considérable ( i ) . Aux dix-huitième 5 dix-neuvième et vingtième jours , l'artère fémorale paraît , la queue s'atrophie , le membre postérieur se dessine sous les tégumens , l'artère sacrée moyenne diminue , la moelle épinière s'amincit à sa terminaison d'une manière remarquable (2). Observez le même animal au quarantième jour : à peine a-t-il une queue, à peine pouvez-vous distinguer l'artère sacrée , tant elle est réduite à un petit calibre ; la moelle épinière (5) , remontée tout à coup dans

(1) PI. I,fîg.9,n"i.

(2) PL I, fig. i5, n" 1 et 2.

(3) Pl.II,f,g. 42,nM.

l56 MOELLE ÉPINIÈRE.

le canal vertébral, n'est plus qu'un filet capillaire (i). Que sont devenus les muscles, les artères et les vertèbres cartilagineuses qui formaient celte énorme queue? Ce riche appareil organique a disparu avec l'artère sacrée moyenne et la moelie épinière : en même temps les membres se sont développés , et leur accroissement s'est opéré aux dépens de la queue. J'ai suivi ce rapport inverse entre la queue et les membres dans les lois de l'osléogénie; je me contente de le rapfl^ler en ce moment.

La métamorphose de la queue du têtard et de celle des mammifères et de l'homme est donc sous l'influence de l'artère sacrée moyenne ; plus l'artère sacrée moyenne est forte , comme chez le bœuf, le cheval , le lion, le renard, l'écureuil, plus la queue est volumineuse, plus son calibre se réduit, plus la queue s'atrophie, comme on 1 observe chez le cochon, le lièvre et le lapin.

Le volume de la queue des animaux est donc rigoureusement proportionnel à celui de l'artère sacrée moyenne ; l'absence des membres chez les ophidiens et les jeunes embryons coïncide donc avec le non-développement des artères axillaires et fémorales , l'existence d'une seule paire de membres est donc en rapport avec le développement isolé, soit de l'artère axillaire, soit de la fémorale. Enfin l'antagonisme qui se renouvelle

(i) PI. II, Hg. 45, n-i.

MOELLE EPiiNIERE. 107

surtout chez les oiseaux , entre la force des extrémités antérieures et postérieures , est donc aussi expliqué par l'antagonisme des artères axillaires et fémorales.

Ces rapports, très-importans , sans doute, puisqu'ils nous donnent l'explication du tronc des animaux vertébrés , le sont moins peut-être que ceux que la moelle épinière présente avec l'encéphale , ses nerfs et l'ensemble de la face où ceuxci prennent leur origine. Hàller fut le premier qui s'aperçut que l'encéphale ne suivait pas chez les mammifères la progression directe de la moelle épinière ; Sœmmering et M. Cuvier exprimèrent ^ensuite plus nettement cette pensée, en disant que de l'homme aux mammifères inférieurs on voyait accroître la moelle épinière et décroître l'encéphale. MM. GalletSpurzheim tirèrent de ce rapport inverse une singulière déduction , comme nous le rapporterons plus bas. Carus dit que le cerveau seul y était soumis, tandis que, selon cet anatomiste, le développement du cervelet suivait la progression croissante de la moelle épinière. Enfin Tiedemann fit une remarque bien ingénieuse , en observant que ce rapport opposé avait principalement sa source dans le décroissement de l'encéphale.

En comparant à la moelle épinière toute la masse encéphalique , on voit , en effet , cette dernière décroître progressivement de l'homme aux poissons, tandis que Taxe nerveux du tronc

l58 MOELLE ÉPI?*iÈRE.

conserve ou accroît même ses dimensions. On peut suivre ce rapport opposé en comparant le volume de ces deux parties chez l'homme, les singes, le dril! (i) , le mandrill (2) , les cétacées (5) , les phoques (4) ; chez les carnassiers , tels que l'ours (5) , le raton (6) , le lion (7) , la loutre (8) , la marte (9); les pachydermes, comme le cheval (10) , le pécari (1 1) ; les ruminans , comme le lama ( 1 12) , le chameau (10), le bouc ( 1 4) ; les rongeurs, comme le porc-épic (i5), le castor (16) et le lapin ( 1 7) . Ce même rapport se maintient d'une manière générale chez les oiseaux , les reptiles et les poissons , ainsi qu'on peut le voir chez le coq (18),

(i)PI. VIII, fig. 199, A,B,C,D,G.

(2) PI. VIÎI, fio. 196,11° 1, B, C, G, M. (5) PI. XI,fîg. 220, A, B, G, K, N, (4)P1. IX,fig. 309, A, B, G, G, M, N.

(5) PI. XI, fîg. 23o, A, B, G, E, G.

(6) PI. VIII, fig. 202, A, B, G, H, K, N.

(7) PI. XIV, fig. 264, 1 , 2 , 3, 4, 6 , 8 ef 9.

(8) PI. X, fig. 225, A, D, H, F.

(9) PL XV, fig. 2n8,A,B,G,n"7, 8,9et 10.

(10) PI. XV, fig. 274, A, B, G, D, G, M, N.

(11) PI. XVI, fig. 298, A, D, F, G, N.

(12) PI. XVI, fig. 294, A, Px, D, M , G, N. (i5) PI. XIII, fig. 248, A, B,G, E, G.

(i4) PI. XlV^ fig. 261 , n° 1 , 2, 5, 4 > 7? 9 et 10. (i5) PI. XIII, fig. 252, A, B, G, L, K.

(16) PI. XIV, fig. 265, 11° 1, 2,5, 4, 7, 8 et 9.

(17) PI. II, fig. 57, n'M , 2, 5, 5, 6 et 7.

(18) PI. II, fig. 41, n" 5, 6, 7 et 8.

MOELLE El'lNLLRE. 1 39

la poule (i) , le casoar (2) , le perroquet (3) , la boridrée commune (4) , l'autruche (5) , la cigogne (6) , l'aigle (7) , l'hirondelle (8) , le roitelet (9) ; l'orvet (10), le lézard vert (11) , le caméléon (12), le tupiuambis (i3), le crocodile (i^):, la vipère hajé ( 1 5 ) , la vipère à raies parallèles (16), la vipère de Fontainebleau (17), le caïman (iS) , la grenouille (19) , la tortue grecque (20) , la tortue franche (21) , la perche (22) ,

(1) PI. III, fig. 85, n" 1, 5, 5 et 8.

(2) PI. III, fig. 77,n'2,3, 4 et 7.

(5) PI. III, fig. 84, n° 1, 10, 11 et 12,

(4) PL IV, fig. 9ï.n° ï. 2, 7 et 8.

(5) PI. IV,fig. 95,n"i, 5, 4 et 6.

(6) PI. IV,fig. 99, n"' 1,3, 4 et 5.

(7) PI. lY, fig. 101 , II" 1 , 2. 8, 9 et 10.

(8) PI. IV,fig. 106, n" 1, 3 et 4.

(9) PI. ïV,fig. 108, n" 1, 5 et 4.

(10) PI. V, fig. 109, n" 1 , 2 , 5, 4 et 5.

(11) PL V, fig. 110, ir 5, 7, 9 et 10 (la)PL V,fig. iii,n°i,4,6et7.

(i5)PL V,fig. ii4, n''5,6, 8 et 9.

(i4) PL V, fig, !i5, n° 1, 5, 5 et 0. (i5) PL V, fig. 126,11'^ 2, 5 et 7.

(16) PL V, fig. x55, n°2, 5 et 7.

(17) PL V, fig. 102, 11° 2, 5 et 7.

(18) PL V, fig. i55, n" 2 etc.

(19) PL I, fig. 16, îv^ 1 , 3 et 5.

(20) PL V, fig. 125, n" i5, 7 et 9.

(21) PL V, fig. 119, II" 2, 5, 7, 90I 10.

(22) PL I, fig. 14, II' î , 25 5 et 4.

l4o MOELLE ÉPIiMÉRE.

le brochet (i) , le trigle (2), la 'morue (5), le turbot (4) , l'cgrefin (5), le barbeau (6), l'anguille (7), la baudroie (8), la tanche (9), le merlan (10), le congre (11) , la lamproie ( 1 2) , la raie (i5), le requin (14)5 l'esturgeon (i5) , l'ange (16) et Faiguiliat (17).

Ce rapport inverse se répète chez les embryons d'une manière admirable ; plus ils sont jeunes , plus la moelle épinière est volumineuse, moins le cerveau est développé , plus ils se rapprochent conséquemment des classes inférieures. Ainsi les douzième (18) , quinzième (19) et dix-huitième

(1) PI. I, fig. i5, n" 1 , 2, 5 et 4.

(2) PI. VU, fig. 1 55, 11° 2, 4, 5 et 7. (5) PI. YII, Cg. i65, n° 4, 7, 8 et 9.

(4) PI. VII, %. 191, n" 1,5 et 4.

(5) PI. YII, fig. 177, n»i, 2 et3.

(6) PI. VII, fig. i85, BB,n° 1 , 2 et 5.

(7) PI. VII, fig. 190, n° î,2, 5, 4 et 5.

(8) PL VII, fig. 179, n° 1,2, 3, 4 et 5.

(9) PI. VII, fig. i85, n° 1,4, 5 et 6.

(10) PI. YII, fig. 193, n" 1 , 4 et 6.

(11) PI. VI, fig. 149, n" 1, 3,4et9.

(12) PI. XI, fig. 224, n" 1,4, 5, 6 et 7. {i5) Pi. YI, fig. i52, n" 1, 2, 4, Set 14. (i4j PI. VI, fig. 142, n" 1, B, C, i4eti5. (i5)Pl. XII, fig. 235, A,B, C, K.

(16) PI. XII, fig. 237, A, B, D, E, F.

(17) PI. XII, fig 236, A, B, G, H.

(18) PI. I, fig. 9, n" 3,4, 5 et 7.

(19) PI. I, fig. 10, n" 3. 3. ^et 5.

MOELLE EPIMÈRE. l/fl

jours de sa formation ( i ) , le têtard de la grenouille reproduit les proportions des poissons ; aux quatrième (2) et sixième (5) jours de l'incubation , l'oiseau répète les poissons ; au neuvième jour, les reptiles (4) ; aux quinzième (5) et seizième jours (6) , il offre les rapports de sa classe. Ainsi le veau de la cinquième semaine de formation est d'abord poisson (7) , puis reptile (8) , puis oiseau (9), puis rongeur (10). Ainsi, par le volume de sa moelle épinière et l'atrophie de l'encéphale, l'embryon humain de la cinquième semaine (11) se rapproche du poisson ; au milieu du deuxième mois, du reptile (12) ; au commencement du troisième (i3), de l'oiseau; puis il devient rongeur (i4)) ruminant (i5), car-

(1) PI. I, fig. i5, n° 3, 4, 5 et 7.

(2) n. I, fig. 4, n" 5, 7el8.

(3) PI. I, fig. 5, n°5, 5, 6 et 8.

(4) PI. I, fiç. 6, n°6, Set 10.

(5) PI. II, fig. 58, n'6, 8 et 10.

(6) PI. Il^fig. 39, no 7, 8, 9 et 10.

(7) PI. I, fig. 19, n» 3, 4 et 5.

(8) PI. I, fig. 27, n'2, 3, 4 et 5.

(9) PI. II, fig. 5o,n°4, 7, 8 et 9.

(10) PI. II, fig. 49^ï^°4. 5, 7 et 8.

(11) PI. I , fig. 24, n" 2 , 3 , 4 et 5.

(12) PI. I, fig. 25, n° 5, 6, 8 et 9. (i3) PI. I, fig. 32, n'>4, 5, 6, 7 et 8. (i4) PI. II, fig. 65, n°3 et 4.

(i5) PI. II, fig. 70, n" 1, 2, 3, 5 et 6.

l42 MOELLE ÉPINIÉRÉ.

iiassier (i), quadrumane (2), et enfin homme. Mais ce rapport de la masse encéphalique avec le volume de la moelle épinière , chez les embryons et les animaux adultes, ne nous offre encore que les premiers pas de la science dans un de ses points les plus élevés et les plus difficiles. Les rapports les plus féconds pour la physiologie et la pathologie sont ceux qui nous donneront la valeur positive des diverses parties de Tencéphale avec la moelle épinière : là, nous verrons les tubercules quadrijumeaux développés constamment en raison directe de la moelle épinière; nous trouverons, dans le cervelet , l'une de ses parties suivre la progression croissante delà moelle épinière, l'autre sa progression décroissante ; nous trouverons , dans les hémisphères cérébraux , certaines parties développées en raison directe de l'axe nerveux du tronc , d'autres en raison inverse : nous puiserons , enfin , dans ce balancement continuel des élémens de l'encéphale 5 l'explication de cet organe dans les différentes classes, et dans les embryons qui reproduisent les variations des classes.

Mais j pour suivre le développement du plan que nous nous sommes tracé dans cet ouvrage, nous ne pouvons, en ce moment, établir ce parallèle qu'entre le volume de la moelle épinière et celui des nerfs encéphaliques. 11 est connu,

(1) PI. II, fig. 7'2, n" 1 , 5, 9, 10 et 1 1

(2) PI. II, fig. 68, 11- 1,0, 5 et 4.

MOELLE EPÎMKP.E. 1 /jO

depuis les travaux de SœmiTiering, de MM. Cuvier et Gaîl, que le volume des nerfs encéphaliques augmente à mesure que le cerveau en niasse décroît : de là à la découverte du rapport direct du volume de la moelle épinière avec les principaux nerfs crâniens, il n'y avait qu'un pas; ce pas n'a pas été fait : il n'a pas été fait, parce que, d'une part, la véritable origine des nerfs était méconnue ; de l'autre, parce qu'on n'avait pas distingué les rapports opposés des divers éléniens de l'encéphale ; et en troisième lieu , enfin , parce qu'on n'avait pas appliqué au système nerveux de la tête l'analogie aperçue entre les os qui composent cette dernière partie et les vertèbres.

S'il est vrai , en effet, que la tête ne soit qu'un assemblage de vertèbres, ainsi que l'ont établi MM. Duméril , Oken, Spix, Bojanus, Bîainville , GeofFroy-Saint-Hilaire , et moi-même [Lois de l'Ostéogénie) ; s'il est démontré , en second lieu, que le diamètre de la moelle épinière est proportionnel à l'étendue de la vertèbre ; s'il est prouvé , de plus, que les nerfs puisent leur origine dans l'étendue des organes , on voit que nécessairement l'étendue des chambres des sens et le volume de leurs nerfs doivent accroître dans la même proportion que le volume de la moelle épinière. Le raisonnement conduit â ce rapport : l'observation , qui , dans les sciences exactes , n'est que le raisonnement décomposé ^ le justifie de point en point. Elle montre que, de

i44 MOELLE É PI X 1ÈRE. -

même que les nerfs du tronc, les nerfs olfactif, optique et trijumeau, sont développés dans les quatre classes en raison directe de la moelle épinière , ainsi qu'on peut le voir en comparant ces nerfs à la moelle épinière, chez les quadrumanes (i), les cétacées (2), les phoques (5), les pachydermes (4) , les ruminans (5) , les carnassiers (6) , les i^ongeurs (7) , les oiseaux (8) , les reptiles (9) , les poissons cartilagineux (10) , et les poissons osseux (11). Les nerfs acoustique et facial suivent, en général , le même rapport.

Si certains éîémens de l'encéphale sont dans des rapports opposés avec la moelle épinière ; si les uns sont développés en raison directe de cet axe nerveux , et les autres en raison inverse , on voit aussi que les nerfs crâniens devront partager le contraste de ces rapports ; ils devront suivre le rapport direct des parties qui concordent avec la moelle épinière , et le rapport

(1) PL Ylll,fig. 194 et 197.

(2) PL XII, fig. 234.

(3) PL IX,fig. 208.

(4) PI. XV, fig. 275.

(5) PI. XVI, fig. 295.

(6) PL XIV, fig. 266.

(7) PL XIV , fig. 258.

(8) PL IV, fig. «8, 96, 97, 98 et io5.

(9) PI. V,fig. 122 et i3i.

(10) PL VI, fig. i3'8, 142, 148 et 162.

(11) PL VII, fig. 162, 164, i65, i78eti83.

inverse de ceux qui sont en discordance de développement avec elle : c'est ce que prouve rigoureusement l'observation , ainsi que nous le montrerons en traitant des élémens particuliers de l'encéphale. La proposition qui établit que les nerfs des sens sont développés en raison inverse de l'encéphale, n'est donc pas généralement exacte; elle ne l'est que pour certaines parties; et de môme que, dans les rapports de la moelle épinière , il est de la plus grande importance , pour les progrès de la science, de préciser quelles sont ces parties , et de les distinguer soigneusement de celles qui présentent un rapport opposé, c'est pour arriver, autant que possible, à cette précision dans les rapports , que je me suis si particulièrement attaché à distinguer les élémens divers dont se compose l'encéphale dans les diverses classes.

Sont exceptés du rapport précédent les eétacées pour le nerf olfactif (i); la taupe (2) , la musaraigne , lezemni (5) , le rat-taupe du Cap , la chrysochlore , la cécilie et le protée, pour le nerfoptique.

Chez plusieurs animaux , tous les nerfs crâniens ne suivent pas un rapport direct entre eux : d'où naissent encore plusieurs exceptions. Ainsi , les oiseaux, qui ont le nerf optique si développé,

(i)Pl. Xîl,fig. 204, L.

(2) PI. XIV, fig. 260, n'2.

(5) n. XV,fig. 372, n\6.

u\6 MOELLE ÉPINIÈRE.

ont la cinquième paire moins forte proportionnellement : au contraire, chez le castor, la cinquième paire est énorme et le nerf optique ( i ) trèsgrêle , quoique la moelle épinière soit très-développée. 11 en est de même chez le raton (2). De plus , les nerfs de la troisième, de la quatrième et de la sixième paire, offrent des variations de volume qui ne sont point partagées par la moelle épinière, comme on le remarque chez le raton (3) et chez l'ours (4)' Cette dernière observation est surtout applicable aux poissons , chez lesquels ces derniers nerfs, surtout la quatrième paire, sont très-faiblement développés, en comparaison du volume de la moelle épinière.

L'axe nerveux des invertébrés supérieurs est manifestement formé de deux cordons, tantôt réunis en un seul , tantôt séparés sur divers points de leur étendue , toujours disjoints pour livrer passage à l'œsophage : aussi les sentimens des anatomistes sont-ils unanimes sur la double origine de cet organe. 11 n'en est pas de même de l'axe nerveux du tronc des animaux vertébrés : cette partie est simple chez tous ; elle forme l'un de ces organes auxquels les anatomistes ont donné le nom d'impairs. La moelle épinière n'est séparée

(1) PI. XIV, fig. 258, n°2.

(a) PI. Vin, fig. 200, n''2.

(3) PI. VIII , fig. 200 , n" 5 , 4 et 6.

(4) PI. XI,fig. 33i, n°3,4€t6.

MOELLE EPINIÈRE. 1 47

T5Î disjointe chez aucun d'eux ; elle offre seulement un hiatus à la partie postérieure de la région sacrée des oiseaux (i), hiatus formé par Técartement en arrière des deux cordons primitifs qui la constituent.

Cette disposition permanente de la moelle épinière des vertébrés a été la source de plusieurs conjectures : les uns Font considérée comme un cordon unique ; les autres , en beaucoup plus grand nombre , ont admis deux cordons pour sa composition, l'un droit, l'autre gauche. Quelques auteurs , enfin , comme Hygmore et Monro , ont avancé que chaque cordon se subdivisait en quatre cordons secondaires ; ce qui porte à huit le nombre des faisceaux de la moelle épinière; nombre qui s'élèverait même à dix, si le faisceau admis par Charles Bell sur le flanc de chaque cordon s'y rencontrait réellement.

Dans l'examen de cette question, dont il est inutile de faire sentir l'importance, à une époque où'les travaux de tous les physiologistes marchent sur l'isolement des propriétés des diverses parties du système nerveux , il est nécessaire d'envisager cette pKiralité des cordons sous deux points de vue : le premier , relatif à la formation de la moelle épinière; le second, à la structure qu'elle présente chez les vertébrés parvenus au terme de leur développement.

(i) PI. II, fig. 35, n'2.

l/jS MOELLE ÉPINIÈRE.

Quant à sa formation, l'étude de rorgauisation pouvait seule nous éclairer de ses lumières. Or, que nous enseigne cette étude? Elle nous apprend que, dans toutes les classes, la moelle épinière est primitivement formée de deux cordons (i), et uniquement de deux cordons ; jamais il n'y en a plus , jamais il n'y en a moins. Il ne pouvait y en avoir moins , d'après la loi du double développement des organes , mais il pouvait y en avoir plus ; et dès-lors il était important de s'en assurer par l'observation directe. Or , l'observation directe des jeunes embryons n'a montré que deux cordons primitifs, le premier (2), le second (3) et le troisième jour de l'incubation (4) des oiseaux ; le douzième (5) et le quatorzième (6) de la formation du têtard des batraciens; le huitième du lapin et du cochon-d'Inde ; les quatrième et cinquième semaines du mouton (7) , du veau et derembryon humain (8). Il n'y a donc eu que deux cordons pour le développement de la moelle épinière.

Mais ces cordons ne restent pas dans l'état de

(1) PI. I, Cg. 1, n° 5 et 4; fig. 10, n° 2, 5 et 4; ùg. 25^ n" 1,5 et 5.

(2) PL l,fig. I, n°2, 3et4.

(3) PI. I, fig. 2, n° 2, 3 et 4.

(4) PLI, fig. 3, n» 4.

(5) PLI, fig. 9, II" 2, 3 et 4.

(6) PL I, fig. 10, ri° 1, 2 et 3.

(7) PL I, fig. 20, n" 1 et 2.

(8) PL I, fig. a3, uM et 3,

MOELLE ÉPIMÈRE. 1 /jQ

simplicité où on les observe à leur apparition ; des faisceaux secondaires se développent dans leur épaisseur et compliquent la structure de la moelle épinière. Il arrive en partie à la moelle épinière ce qui survient dans la série des transformations du canal osseux qui l'enveloppe. Ce canal, membraneux d'abord , est formé de deux lames qui se réunissent en avant et en arrière ; puis ces lames se transforment en cartilage , sur lequel nous ne remarquons aucune intersection dans le pourtour de l'anneau qui environne la moelle épinière; puis le rachis cartilagineux devient osseux, et nous voyons alors cet anneau être formé par la réunion de plusieurs pièces, toujours conformément à la loi primitive de conjugaison. Il y a une pièce distincte pour chaque masse transverse de la vertèbre, deux pièces pour former le corps, souvent deux pièces pour la composition des lames postérieures, et dans les vertèbres les plus étendues, deux noyaux osseux surmontant les apophyses épineuses ; ce qui porte à huit le maximum des élémens osseux de chaque vertèbre, qui, confondus par la série des transformations , constituent un anneau unique , autour duquel on n'aperçoit plus aucun indice de sa primitive composition.

Chaque segment de la moelie épinière répète t-il la composition de l'anneau osseux qui l'environne ? Chaque noyau de la vertèbre est-il représenté par un cordon distinct dans l'axe nerveux

ÏOO MOELLE EPINIERE.

du tronc? Chaque moitié de la moelle épinière se subdivise t-elle en quatre faisceaux , comme chaque moitié de la vertèbre en quatre élémens osseux? L'analogie l'indiquait; c'était à l'observation à le prouver : or , l'observation le prouve.

Si vous considérez la moelle épinière des embryons des oiseaux , des reptiles et des mammifères , au dernier tiers de leur formation , vous trouvez d'abord en avant un cordon centrai de chaque côté, marchant parallèlement à la suture antérieure des lames de la moelle épinière : ces deux cordons correspondent aux deux noyaux osseux du corps de chaque vertèbre. Vous distinguez ensuite deux cordons plus étendus sur chaque côté de ceux-ci ; ce sont les représentans des masses transverses des vertèbres. Vous apercevez ensuite quatre semblables cordons en arrière, deux au centre et deux sur les côtés, qui correspondent aux lames vertébrales et aux noyaux des apophyses épineuses. Il y a donc huit cordons à la moelle épinière, comme il y a huit noyaux osseux dans les vertèbres les plus composées.

Si des embryons vous passez aux animaux parfaits, vous trouvez chez les poissons osseux la répétition des huit cordons que vous ont offerts les premiers. Soit, par exemple, la morue : vous voyez en avant de la moelle épinière (i) quatre cordons très-distincts et très-apparens , deux au

(i) P). VII, tig. i64, A,ji" 2.

ceiilic (i) et deux sur les côtés (2) ; vous trouvez en arrière quatre faisceaux semblables , deux sur les côtés (3) et deux sur le centre (/|). Pareillement chez le trigle , vous avez quatre cordons en avant (5) et quatre cordons en arrière (6) ; pareillement chez le turbot, vous rencontrez les quatre cordons antérieurs (7) et les quatre postérieurs (8) , formant un relief saillant sur la surface extérieure de la moelle cpinière. De même chez la perche (9) , de même chez le congre (10) , de même chez le merlan. Les poissons osseux reproduisent donc d'une manière permanente et très-distincte les huit cordons que l'on rencontre chez les embryons des autres classes.

Déjà chez les poissons cartilagineux les huit cordons sont moins distincts ; il n'y a plas de visibles, sans préparation, que les quatre antérieurs (11), les postérieurs sont confondus en

(1) PI. VII, ùg. 162, B.

(2) PI. VII,fig. 162, A.

(3) PI. VII, ùg. 161, C.

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