‹ Anatomie comparée du système nerveux considéré dans ses rapports avec l'intelligenceChapitre 10 sur 144 · FACULTÉS DES MOLLUSQUES. A · texte numérisé non relu

FACULTÉS DES MOLLUSQUES. A

veloppes dont leur proie est couverte. Ils font une chasse si destructive des homards et des crevettes, que les pêcheurs n’en trouvent plus que de mutilés. Les hommes eux-mêmes ont été plus d’une fois victimes des céphalopodes , non pas, comme on le dit, qu'il y ait des céphalopodes assez grands pour manger des hommes, mais parce Que, en enlaçant les pieds des nageurs, ils empêchent leurs mouvemens et les font périr. | |

Après l'alimentation, qui entretient la vie de Pindividu, vient la reproduction, qui entretient la vie de l’espèce. Toutes les manières connues de se reproduire, excepté celle par bouiure , se retrouvent'chez les mollusques. Les acéphales se fécondent eux-mêmes, et les petits séjournent dans lépaisseur des branchies de plusieurs acéphales testacés avant de naître. Les scutibranches,et les tubulibranches n’ont pas non plus besoin du rapprochement de deux individus. Les limaces et les hélices sont hermaphrodites, mais seuls ils ne peuvent procréer; il faut que deux de ces animaux se rencontrent et se réunissent : c’est le premier et le plus infime degré de ce que, dans l'espèce humaine, nous appelons amour. Chez les colimaçons, à l’époque ou la chaleur du printemps les a dégourdis , il se forme une double sécrétion , l’une dans l'ovaire, l'autre dans le testicule : alors des rapprochemens, ‘des ‘caresses, des essais, puis l'union intime de deux individus. Il existe d’autres manières encore pour d’autres mollusques qui s’enlacent les uns dans les autres destelle façon qu'ils forment des cordons procréateurs, dont on peut lire la description dans les ouvrages des naturalistes (1). Quant aux céphalopodes, ils ont des sexes séparés , et en cela ils s'élèvent audessus des précédens; ils auraient même, si l’on en croit

(1) V. de Blainville, Manuel de malacologie, p. 182,

Aristote , des caractères différens suivant les sexes. La seiche mâle serait courageuse et viendrait au secours de la seiche femelle ; tandis que eelle-ci, timide et faible, fuirait toujours à l'approche du moindre danger. (1)

Un des céphalopodes, celui auquel Aristote a donné le nom de polype nautile et qui, aujourd'hui, est plus ordinairement désigné sous le nom d’argonaute, a été l’objet de l’attention des observateurs. « Le polype nautile, dit Aristote, s'élève du fond de la mer et vogue à sa surface; quand il veut monter, il renverse sa coquille , tant afin de faciliter sa sortie de l’eau, qu'afin de vider son vaisseau ; arrivé sur l’eau, il vide sa coquille. Entre ses bras est une espèce de tissu qui s'étend jusqu’à leur extrémité, et ressemble à la membrane qui joint les doigts des oiseaux palmipèdes; la seule différence consiste en ce que la membrane de ces oiseaux est plus épaisse, au lieu que celle du nautilé est mince comme une toile d’araignée, Lorsqu'il fait un peu de vent, le nautile se sert de cette membrane comme d’une voile; pour ramer il se sert de ses bras qui sont dans l’eau. Survient-il quelque sujet de crainte, il se plonge dans la mer en remplissant sa coquille (2). » Pline, Elien, Oppien, etc., partagent l'opinion d’Aristote, qui se retrouve presque entièrement reproduite dans le Règne animal de Cuvier. M. Laurillard m'a donné, sur la natation de l’argonaute, des‘renseignemens qui 1a rendent moins poétique. [ a vu l’argonaute avancer sans rame et sans voile, mais bien à l’aide de l’entonnoir avec lequei il aspire et repousse alternativement une certaine quantité d’eau. Cette eau qu’il projette devant lui, éprouve une résistance qui se transmet à l’animal et le fait avancer à reculons.

Les nudibranches offrent quelque chose d'analogue à ce

(x) Histoire des animaux, 1. 1x, ch. 1.

(>) Zbid, liv, 1x. ch. xxxvir,

FACULTÉS DES MOLLUSQUES, o1 qu'on disait de largonaute : ils se renversent pour nager, et le manteau ainsi que les tentacules dont ils sont pourvus leur tiennent lieu de rames. L |

Je ne dois pas omettre, dans lhistoire nécessairement si bornée des facultés des mollusques, un fait propre À une espèce de gastéropode pectinibranche. La fripière, c’est le nom que l'on a donné à ce mollusque, est remarquable par l'habitude qu'elle a de coller à sa coquille des corps étrangers, tels que des petits cailloux et même d’autres coquilles ; elle s'affuble ainsi d’une espèce de vêtement bizarre que l’on a comparé à une friperie. Lu

L'intelligence des mollusques, excepté pourtant celle des céphalopodes , est, on peut le dire, entièrement nulle; leurs sens sont en petit nombre. Ils ont la sensibilité générale, ou le sens du toucher, qui paraît s'exercer par toute la surface de leur corps, non recouverte par une coquille, et en particulier par les tentacules ; le goût, s’il existe, est probablement très faible; l'odorat s'exerce certainement chez plusieurs, ainsi que la vision, et chez unplus petit nombre, on ne peut mettre en doute l'organe et la faculté de l'audition.

Dira-t-on que les mollusques vivent en société, parce qu'ils se trouvent ensemble, dans les mêmes lieux ? Pour les céphalopodes, cela serait tout au plus présumable ; maïs pour les autres,

s'ils se trouvent réunis, c’est parce qu’ils sont nés ensemble qu'ils trouvent ensemble Ja nourriture dont ils ont besoin, Du reste, il n’existe entre eux aucun lien; le rapprochement des individus pour la fécondation n'existe même que chez les céphalopodes et les gastéropodes. M. de Blainville, dans son Manuel de malacologie, a consacré un chapitre à l’exposé des rapports des mollusques entre eux; un autre, au rapport des parens avec le produit. de la génération; un troisième, au rapport des mollusques avec l'espèce humaine. Ces cha-

ki.

»e FACULTÉS DES MOLLUSQUES.

pitres , comme on le pense bien, sont fort courts ; il n’y avait pas matière à discourir longuement sur de pareils sujets. J’y ajouterai cependant un mot. M. Chamisso à vu que, parmi les biphores, les individus sortis d'un ovaire multiple n’ont pas d’ovaire, et produisent des individus isolés, tandis que ces derniers donnent naissance à des individus pourvus d’ovaires, et par conséquent semblables à ceux dont leur mère est sortie ; en sorte qu'il y a alternativement une génération d'individus isolés, et une génération d'individus agrégés (1). Ce fait en rappelle un autre que l’on retrouve quelquefois chez l’homme ; je veux pañler de la ressemblance des traits, des facultés et des maladies qui se transmettent aux enfans, moins fréquemment du père que de l’aïeul.

RÉSUMÉ

.4. Les mollusques n’ont pas de facultés que l’on puisse comparer aux facultés, de l’entendement.

2. Deux fonctions principales existent chez eux, l’alimentation-et la génération.

3. Parmi les mollusques, les plus élevés sous le rapport des facultés, sont les céphalopodes, c'est-à-dire ceux des mollusques qui ont le ganglion céphalique le-plus considérable.

h. Tous les mollusques jouissent de la sensation du toucher; beaucoup de la vue et peut-être de l’odorat; quélquesuns jouissent aussi de l'audition.

(1x) Cuvier, Règne animal, t°3, p. 161, et Chamisso, Dissert: de Salpa. Berlin, 1819.

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