DE L'ENCÉPHALE DES POISSONS
donner toute l'exactitude desirable. Il n’en est pas de même de poissons. dont l'âge nous est presque toujours inconnu. Arsaky n’a pas osé donner une évaluation, même approximative, du volume relatif de l'encéphale des poissons, tant il y voyait d'incertitude ; il se borne à dire que l’encéphale des poissons est plus petit que celui de tous les autres vertébrés (1). L’obstacle que j'ai signalé et qui est réel, n’est pas le plus grand.
L’ encéphale des poissons consiste-il seulement dans cette réunion de ganglions que nous trouvons dans leur crâne, ou bien faut-il y joindre la substance grasse qui achève de remplir la cavité erânienne de plusieurs animaux appartenant à cette classe ? (2) On ne s’est pas encore fait cette question que mes recherches microscopiques m'ont conduit à proposer et à examiner, C’est, en effet, une chose bien singulière que l’exis+ tence d'une quantité ordinairement considérable de sub- ” stance oléagineuse dans la cavité crânienne. Supposera-t-on que cette substance n'ait d'autre usage qué de combler un vide, où bien faudra-t-il admettre qu’elle ait un rapport direct avec la substance cérébrale ? Elle est contenue dans un tissu dont la disposition aréolaire est très visible à l'œil nu et qu'un faible grossissement permet de bien étudier. Si on comprime le tissu dont il s'agit, il s'en échappe des gouttelettes globuleuses qui se réunissent les unes aux autres pour former des vouttelettes plus grosses, puis par des additions
(x) Op. cit. p. 11.
(2) La substance grasse, frufleuse, dont il est ici question, n'existe pas seulement dans la cavité du crâne, mais aussi dans le canal rachidien ; Haller pense que la présence de cette huile, dans le crâne, contribue à donner aux poissons la faculté d’élever la tête à la surface de l’eau; M. Gottsche ne partage pas cet avis, il regarde le liquide huïleux dont il s’agit, comme l’analogue du liquide eephalo-rachidien des autres vertébrés,
successives, de larges plaques huileuses. La substance de plusieurs parties encéphaliques se comporte d’une manière toute semblable, c’est-à-dire qu’elle laisse aussi échapper des gouttelettes huileuses de même aspect que celles dont il vient d’être question. Les deux liquides étant de même apparence et probablement de même nature, celui que contient de tissu celluleux intra-crânien serait-il là en réserve pour alimenter l’encéphale? Et devrait-on regarder ce tissu celluleux comme une addition aux tubercules encéphaliques? Je n’ai pas de données suffisantes pour résoudre cette question ; on voit pourtant qu'il y à des présomptions pour l’affirmative et qu’il faut au moins attendre de nouvelles observations, avant de croire qu’en ayant le poids de l’encéphale tel qu’on l’a pesé jusqu'ici, on a réellement le poids total de cet organe, |
Une troisième difficulté tient à la différence de dimensions que présentent les nerfs encéphaliques avant leur sortie du crâne : chez les mammifères où le cerveau et le cervelet sont considérables, tandis que les nerfs sont très petits, la différence de volume des nerfs peut être négligée, parce qu’elle n’influe pas sensiblement sur le poids de l'encéphale ; mais il n’en est pas de même chez les poissons dont les nerfs égalent quelquefois et surpassent l’encéphale en poids et en volume. On conçoit que cette condition influe beaucoup surles résultats obtenus, surtout si l'on compare ses propres recherches avec celles qui ont été faites par d’autres anatomistes ; car pour établir entre ces recherches une relation exacte, il faudrait qu’elles eussent toutes été faites d’après un mode uniforme de procéder.
* Cela dit, pour que l’on ne donne pas aux chiffres qui vont suivre, une signification plus grande qu'ils ne méritent, voici quels sont les rapports trouvés entre le poids de l’encéphale
DE L'ENCÉPHALE DES POISSONS. 153 et celui du corps, chez les poissons, par Redi (4), par Cuvier (2) et par moi.
Le poids de l’encéphale, comparé au poids du corps, a été Chez une carpe, comme 1 est à.. . 248 Chez une autre carpe....:..... 560 Chez un brochet......,.....° 1808 : °°. Chez un chien de mer......... 1344 Chez un second chien de mer.... 4333 Chez une anguille.........,... 1366 Chez un silure (glanis)....,.... 1937
Chez un requin..........,... 2496 Chez un@on....6........:37440
Ce qui donne pour moyenne 14 à 5668.
De nouvelles objections contre les conséquences que l’on pourrait vouloir tirer de la comparaison du poids de l’encéphale avec le poids du corps, chez les poissons, résultent de ce tableau. Les proportions sont tellement variables que chez deux carpes ; la différence est du double et que de la carpe au thon, il n’y à absolument aucune comparaison à établir. Notons seulement que le rapport moyen est comme 1 à 5668 et rappelons-nous que cette proportion serait nécessairement très différente si les observations étaient plus nombreuses.
On ne peut pas compter sur plus de précision quand on veut déterminer le volume comparatif de l’encéphale des poissons avec le volume des nerfs encéphaliques des mêmes animaux. Par voie directe, on ne saurait obtenir la mesure des diamètres de l’encéphale , parce que la forme de cet organe est trop.irrégulière pour ne pas offrir des difficultés insurmontables à une pareille mensuration; par voie indirecte,
(1) Degli animali negli animali, p. 114. — Maller, Élém. phys. Lausanne, 1766, L. 1v. p. 5.
(2) Lecons d'anat. comp. Paris 1800, t, 11, p. 152.
on lobtient facilement, on la calcule d'après le poids spécifique de l'organe; maïs pour les nerfs, c’est à peine si l’on peut: avoir des données approximatives. Le diamètre de la plupart des nerfs (car c’est à cette mesure que l’on est.obligé de s’en tenir pour calculer le volume des nerfs) varie suiyant le point du nerf que l'on examine. Choiïisira-t-on, pour prendre le diamètre, l'endroit le plus large, ou le plus étroit, ou celui qui est intermédiaire? La forme des nerfs varie à l'infini, il en est de circulaires, de triangulaires, d’aplatis, de coniques, etc., et presque tous changent de forme comme de dimension dans les différens points de leur étendue. Enfin, plusieurs d’entre eux sont divisés en de nombreux filamens qu'enveloppe un névrilème, tels que les racines du nerf pneumo-gastrique; d’autres divisés aussi en filamens sont dépourvus de névrilemme, tels que les nerfs olfactifs des raies et des squales; comment réunir entre eux ces filets pour en déterminer le diamètre comment, si l’on parvient à les réunir, faire la séparation des fibres nerveuses et celle de leurs enveloppes? Cette séparation serait pourtant nécessaire, car ce qui constitue le nerf, c’est la fibre nerveuse, et le nombre des fibres nerveuses, ne peut pas se déduire à priori du-volume du nerf, car il y à des nerfs dont le névrilème double et triple le diamètre, tandis que d’autres en sont presque entièrement dépourvus. Ainsi, on ne doit pas compter sur l’exactitude de l'opération qui consisterait à additionner le diamètre dé tous les nerfs, pour en Comparer le total au volume de lencéphale; parce que, quant aux nerfs, ce serait réunir des unités de nature dissemblable. Toutefois, on peut comparer un même nerf dans les animaux de toutes les classes; on peut également comparer chaque nerf (je parle de ceux que l’on parvient à mesurer exactement) au volume de lencéphale et, de cette manière, obtenir des données appliquables à la ques-
DE’ L'ENCÉPHALE DES POISSONS. 155 tion dont il s’agit ici. C’est ce que j'ai essayé de faire pour..le squale-renard et pour le brochet, deux animaux très dissem blables pour l’encéphale est néanmoins très analogues pour les instincts et les mœurs, (1)
Squale-renard. L'encéphale pèse: . . . + 1, 9,4 gram.
+ Son poids spécifique est de. . 1,030 x: Donc son volume est , . . « + 9,126 mill. cubes,
Le diamètre de la section des nerfs suivans qui sont circulaires, est,
…Pour le nerf optique des . . . . . 3,00 Le moteur commun des yeux . . 1,5 Le pathétique, . . . . . . . 0,8
LADA à. + . + se + , O0" w + 0
Donc, le rapport entre chacun de ces nerfs et l’encéphale est :
Pour le nerf optique, le rapport de.
. Le moteur commun les ÿeux. 1 à 5,164 * Le pathétique. . . . . . 1 à 18,155 L'abducteur. . + . . . . ‘1 à1,161,955
Je ne parle pas des autres nerfs dont la forme est trop irrégulière pour que j'aie pu les mesurer.
Soit que l’on considère la moelle épinière comme une production de l'encéphale, soit que l’on admette que l’encéphale est produit par elle, soit enfin que l’on nereconnaisse de l’une à l’autre ces deux parties aucun rapport générateur, il n’en est pas moins fort intéressant de les comparer entreelles, afin d’établir 4eur volume relatif. Scmmering et Tiedemaun l'ont fait pour l’homme et quelques mammifères, et les conclusions qu'ils en ont tirées offrent trop d'intérêt pour que l'on ne
(1) Pour enlever l’encéphale, j'ai coupé les nerfs à l'endroit où ils pénètrent
daiis les trous crâniens, et la moelle épinière au niveau de la première paire des nerfs cervicaux.
156 POIDS ET VOLUME PROPORTIONNELS se pas la nécessité de voir jusqu'à quel point elle s’applique” aux poissons. Chez le squale-renard, la section de la moelle épinière mesurée au-dessous du point d’ insertion de la paire vague, ou nerf branchial, est,
En largeur de. . + + + + 7 mill.
Et en épaisseur de . . + + « + 5
Ce qui donne, pour le rapport de la section de la moelle
épinière, au volume de l’encéphale, le rapport de 4 à 260.
Brochet. L’encéphale pèse. . . . . . * 1,3 Son poids spécifique est de. . . 1,030 Donc son volume est. . . . . 1,262 mill. cubes.
Le nerf optique est aplati, la plus longue dimension de sa section est, |
De. + e e e e e è e e e e 2,5 La plus petite de. . . « . . . 2 Donc son diamètre moyen est de 2,236
Les nerfs suivans qui sont circulaires , ont pour diamètre,
Lenerfmoteur commun des yeux. : 1,0 Le’pathétiquén. LE Mer st 05 L'abducteur. . : 44 . 0,3
Ce qui donne, pour le rapport de ces nerfs avec l'encéphale,
Pour le nerf optique, le rapport des” . 1 à 321 Le moteur commun des yeux . + 1 à 1,607 Le pabétique. E SHUD AU 40 402 SP à 6,428 L'abducteur .. . , + . . . . 1 à 17,853 Quant à la moelle épinière, sa section mesurée, Comme celle du squale-renard, au-dessous de l'insertion de la paire des nerfs branchiaux, est,
En largeur, de, . . . . . .*, 3,5 En épaisseur, de, . . . . . + 3,0
Donc, elle est, avec le volume de l’encéphale, dans le rapport de 1 à 120.