MOELLE ÉPINIÈRE
ques. Les autres faisceaux n’existent pas aussi constamment, et M. Serres qui, autant que je sache, en a parlé le premier, a peut-être eu le tort de les trop généraliser; car malgré le soin que j'aie mis à les chercher, il m'est arrivé de ne pas les apercevoir chez de très petits poissons.
Les racines des nerfs qui naissent de la moelle épinière, sont doubles chez les poissons comme chez l’homme : elles viennent l’une de la face fulcrale, l’autre de la face spinale : chacune de ces racines a quelquefois des sous-divisions, mais en petit nombre ; le plus souvent elles restent simples à l’endroit de leur insertion à la moelle. Assez communément, on les suit jusqu’auprès du sillon médian, les racines fulcrales étalées sur le faisceau médullaire, les racines spinales pénétrant directement dans un sillon. On verra la raison de cette différence quand je parlerai de la structure de la moelle.
La forme de la moelle de l’anguille diffère de celle des autres poissons ; elle présente des renflemens (1) successifs qui l'ont fait comparer à la chaîne ganglionaire des animaux-articulés. Si l’on s’en rapportait à la simple vue, l’analogie que l’on a voulu établir paraïîtrait fondée; mais si l’on étudie la structure comparée des parties dont il s’agit, on y découvre une différence complète. Dans les ganglions des articulés, il existe des fibres longitudinales, des fibres transverses, et une substance granulée propre aux ganglions. Dans les renflemens de la moelle de l’anguille, aucune fibre transverse et pas de substance granulée en plus grande proportion qu'ailleurs. L’apparence ganglionaire de la moelle de l’anguille est, comme celle du lombric de terre, le résultat d’une sorte de froncement de cet organe. La colonne rachidienne de l’anguille est très flexible; pour que la moelle ren-
(x) F pl rs.
DÉS POISSONS. AGL
fermée dans cette colonne en suive les monvemens sans se rompre , il fallait ou que la moelle fût extensible, élastiqué, ou qu’elle füt plissée. Or, la substance nerveuse n’est rien moins qu'élastique; molle ét fragile, elle se déchire à la moindre traction : elle ne pouvait qu'être plissée, et elle l’est en effet.
L’extrémité caudale de la moelle rachidienne est, en général, très longue chez les poissons ; chez l’homme au contraire, elle se termine au niveau des premières vertèbres lombaires. Mais, pour l'homme, il n’en a pas été ainsi à tous les âges de. sa vie : le fœtus humain a la moelle beaucoup: plus descendue que l’adulte; elle remonte, comme je l'ai déjà dit ailleurs (1), au fur et à mesure que le fœtus se développe. Certains anatomistes qui se qualifient de éranscendans ont vu dans ce rapport uñe preuve à l'appui du système en vertu duquel ils prétendent établir que l'homme, avant d'arriver à son état parfait, a été successivement poisson, puis reptile, puis oiseau, puis mammifère. D’après ce système, le germe de tous les animaux serait semblable et se développerait d’une manière uniforme ; mais suivant qu'il appartiendrait à telle ou telle classe, il s’arrêterait plus tôt ou plus tard. Les poissons conserveraient d'une manière permanente une des formés transitoires de l’homme ; les reptiles, une forme également transitoire, mais plus avancée, et ainsi progressivement pour les oiseaux et les mammifères. On est même descendu jusqu'aux mollusques, et on en a fait des élémens d’embryons humains. Pour arriver là, on a procédé. d’une manière assez nouvelle : on à saisi toutes les analogies que l'on a pu rencontrer, souvent même on les a forcées, et l’on a négligé toutes les différences. Quant à ce qui concerne les
(x) 7. p. 87 de ce volume, I, | 11
162 vs ‘ MOELLE ÉPINIÈRE spas mollusques, par exemple, on a comparé les enveloppes de leur corps aux enveloppes du fœtus; et de la coquille; onsa fait la membrane caduque, sans considérer que la membrane caduque appartient à la matrice, qu’elle n’est pas du fœtus , mais de sa mère, tandis que la coquille appartient exclusivement'au mollusque qu’elle recouvre. On n’a pas eu égard non plus à Ja différence des fonctions, différence qui exclue nécessairement la similitude d'organisation. Ainsi, voyez quelles sont les fonctions qui prédominent chez les mollusques {ce sont la digestion et la génération. Or, je le demande à quel degré existent ces fonctions chez le fœtus ? Nous verrons tout-à-l'heure que l’on n’a pas été plus heureux dans ce qu'on à avancé touchant la moelle épinière.
* Deux faits signalés d’abord par Arsakwy, vérifiés par Desmoulins, et dont j'ai Constaté l'exaétitudé, font une grande exception à la règle concernant la longueur de Ja moelle épinière des poissons. D'après Arsaky, chez la baudroiïe (/ophius piscatorius), 1a moelle épinière se rétrécit tout-à-coup au niveau de la troisième paire cervicale, comme elle diminue chez les mammifères à la hauteur de la région lombaire, et avant la huitième vertèbre, elle a complètement disparu. J'ai disséqué une baudroie chez laquelle la moelle avait dispart encoré plus promptement : aü niveau du urou oécipital, elle était déjà rétrécie, et au niveau de la deuxième vérièbre cervi= cale, on n’én voyait à peine quelque trace (1). Dans le poisson= luné (fetrodon mola), sur deux individus dont le canal vértébral avait cinquante-quatre centimètres de longueur, | Desbas a vüles filets nerveux qui forment la queue de cheval, (
24r) Fe l'encéphale de la baudroïe, pl. 11. La tête de PR 4 a fourni ce très petit cerveau, était large de 380 mill.; l’intervalle entre les deux yeux, était de 89 mill., et la longueur de la tête, mesurée depuis là bouche jusqu’au trou occipilal, était de 310 mill, #7
7 DÉS POISSONS. 168 # naître de la moelle, immédiatement au-dessous du quatrième
ventricule, et ces filets au nombre de soixante-quatre paires, tous ,,d ne. grande ténuité, étaient réunis en un faisceau logé *dansle canal rachidien (4). Le tetrodon quej'aiexaminé n'avait pas moinsède 4 mètre 18 centim. de circonférence ; la longueur du rachis était de 0, 87, et la moelle épinière était tout aussi
-nulle que dans le cas précédent. Au niveau de chaque trou de conjugaison, deux nerfs depuis long-temps séparés des autres sortaient du canal etaliaient se confondre en un ganglion commun. De ces deux nerfs, l’un venait du côté fulcral, et l’autre, du côté Spinal.
L’isolement des filets nerveux chez la baudroïe et le poisson-lune n'indique pas entre le prolongement rachidien de ces animaux et celui des autres poissons, une différence aussi grande qu'on le croirait au premier abord. La structure dé cet organe’ nous montrera quil y a au contraire une très grande analogie, sur ce point, entre tous les poissons, el que le poisson-lune et la baudroie présentent, d’une manière manifeste, une disposition qui existe déjà chez tous les autres animaux de la même classe. (2)
RÉSUMÉ
1: L'encéphale des poissons se compose de ganglions distincts, implantés sur les prolongemens antérieurs de la moelle épinière. |
. Outre les ganglions, il existe chez les poissons et no-. tamment chez les poissons osseux , un Corps calleux, une
“li 1) Op. cit. p.144.
€) Jé réübirai dañs un Friètet articlé ce que j'ai à dirétouchanile sie glions spinaux dés poissons ef ceux des atitres animaux vertébrés, |
164 STRUCTURE DU SYSTÈME APAIAUx
voûte, des ventricules latéraux et moyens, un fn des commissures, un aqueduc de Sylvius. .
3. Presque tous les nerfs encéphaliques qui existent chez l'homme , se retrouvent chez les poissons. un
hi. Pat ces nerfs, les uns appartiennent aux fibres longitudinales , les autres aux fibres transversales dont se compose le système nerveux encéphalo-rachidien.
. La comparaison du poids de l’encéphale des poissons, au ER du corps de ces animaux a donné de rapport 1
6. Les nerfs optique, moteur commun des yeux, pathétique et abducteur, comparés à l’encéphale, sont plus volumineux chez le brochet que chez le sqale-renard : une différence analogue existe quant aux rapports de l’encéphale avec la moelle épinière des mêmes animaux.
7. La moelle épinière des poissons se compose de huit faisceaux, quatre de chaque côté.
8. Elle est creusée par un canal qui s'étend dans toute sa longueur.
9. Les racines des nerfs spinaux sont doubles comme chez les hauts vertébrés. |
10. Les renflemens qui paraissent sur la moelle épinière de l’anguille, n’indiquent pas la trace de ganglions.
11. Chez quelques poissons, la moelle épinière est excessivement courte. |