Gomme dans les cruetaoés et dans plusieurs aundideSt
dee nerfs simples naissent des cordoDS inter^^ganglmaira^
13. Quelques inseetes présentent des rndimens da nerf grand sympathique.
$IL SV&UOIUBB DD STflÉKt mUtVBOX OSS AUlltikOSl ÈM!BUélÉê^
La conformation du système nerveux des animan srtîonlés est aussi variable que la structure en est uniforme i chesi teoa on retrouve les mêmes dispositions Imdamentales del élé«* mem orgamiques; car les diflléiiences que l'en observe portent seulement'sar la somme des parties et non aur lem* naiore« O» en aura la p^uve dans ce que je vais dire touchant la sirseture du lombric de terre , de la sangsue, de Técreviseev du grUoD domestique ec de l'abeille.
; Le ganglion eéphalique du ver de terres est tase donUe dminenoe mamelonnée ^blancbàtre^ sitvée au«*de«us de Foe^ sophagei les deax mamelons sont unis ent»e eux par msd commissure , et se joignent à la cbaino gaflgUoknâffK par Fentreitiiae d'un cordon^ Examiné au mleroacofKy oo vcritque eegaagliM emioompqsédQmàtiAregMnilcuae et de filanent. Panni ces AlamiQ^a ceux qpisent situés à.la partie interne se
72 STAUOyVB» AU STSTiMB IVgATBUX
dirigent d'vtt masielw à l'aulreet formeot la commissure, ceux qui sont en dehora entrent dans le cordon oesophagien ou vont former les nerfs destinés au pourtour de la ventouse orale. Toutes les fibres , tant celles des ner6 que cdlea da cordon œsophagien , ont une extrémité qui s'épanouit dans la substance globuleuse ; toutes les fibres de la commissure se rendent de la substance globuleuse d'on ganglion à la même substance du ganglion opposé.
Le cordon œsophagien du ver de terre est simple de chaque côté } je l'ai examiné à Tétat firais , et après l'avoir fait durcir dans Talcool , je n*ai pu parvenir à y distinguer aucune séparation correspondante à celle que j'ai signalée dans Tescargot. Ce cordon , contrairement encore à ce qai a lieu chez Tescargot, fournit des nerfs , mais ces nerfs ont tous leur point de départ ailleurs que dans le cordon ; on peut les suivre jusque dans le ganglion céphaliqne. Arrivés l'un près de l'autre au-dessous de Tcesophage , les deux cordons œsophagites s'accolent f sans se confondre, et leurs fibres marchent parallèlement les unes aux autres tout le long de la chaîne ganglionairtd où on peut les suivre sans interruption.
J'ai dit que la moelle se renfle de distance en distance et forme là une espèce de ganglion. En dehors de ce renflement, il jse détache deux nerfs de chaque côté , et dans l'iniervalle qui existe entre deux renflemens, il s'en détache une aeide paire. J'ai vu très distinctement les racines de chaque double pahre de nerfs , au moment où elles entrent dans la moelle , se partager en deux ordres de racines^ les unes transverses , air lant se rendre du nerf situé au côté droit, dans le nerf situé au côté gauche, et les autres se continuant avec les fibres longi«^ tudinales de la moelle. Il en est autrement , si toutefois j'ai bien vu , des racines des nerfs simples qui sortent par les ea« paces inter-^anglionaipies. Je n'ai pu distinguer, à ces raeîw
BBS AIUIIAUX AATlGULiS. 7i
nés 9 de fibres transTerses; elles m'ont paru se coniinoer sen*. tement dans les fibres longitudinales dont la moeUe est composée. Ce seraitMIpnc un double mode d'origine , mais je n'oserais pas l'affirmer.
Dé ce que je viens d'exposer il résulte que les parties fondamentales, du système nerveux du ver de terre sont : 1^ le ganglion céphalique ; %^ les fibres longitudinales composant le double cordon médullaire ou moelle ventrale , fibres qui se continuent dans l'anneau œsophagien pour arriver au ganl^n céphalique ; 3^ de fibres transverses qui se trouvent à. l'origine des doubles nerfs spinaux. C'est un fait de structure fort important à remarquer ici , que la double origine des fibres qui forment les nerfe partant de la moelle. Pour chacun de ces nerfs (les nerfs isolés exceptés^ car sur ce point je n'ai pas de certitude complète )9 il y a une série de fibres longitudinales et une série de fibres transverses. IVous retrouverons le même fait dans les antties animaux articulés dont il me reste à parler. Serait-ce là le point de départ, la première indication des doubles racines des nerfs spinaux des vertébrés? Pourrait-on en induire que cbes les vertébrés il existe des racines longitndinales et des racines transverses, racines qui , au lieu de se réunir dans un seul nerf en sortant de la moelle, c<wime dans le ver de terre, resteraient isolées jus-* qa'i leur entrée dans les ganglions spinaux? Cest une ques^ tion intéressante et qui trouvera plus loin sa solution.
Les fibres du ver de terre sont reetilignes et can^liculées comme ceHes des mollusques , comme les fibres composant tous les nerft dans la série animale : si on les comprime on en ftiit sortir des globules en très grand nombre. J'ai vu des globules s'échapper des sections faites à la moelle et aux nerfe ) j'en ai vu qui suivaient la direction longitudinale.de la moelle ei ^, arrivés au niveau de l'une des doubles r^cine^
7ft STRtrCflfltK BtT SWrtiHS KEHTEUX
sphiâlesy entràiém dans ees racines et HMett n'éthapp^ p^ la section de cette raefne. Ces ^ôbnles sntvaient \n dtreeiioti qtie J'avais reconnue aux fibres canaliculéesiiâi s'infléchissent et se courbent pour former les nerfs latéraux de tal moelle Off cbatne ^nglionalre.
J*aurà!s voulu mesurer le diamètre de ces fibres, cda ner ib'a pas été possible, parée que, dans Pétat frais , elles ne Se iftisè^nt ï>as isoler les unes des antres. £n les durcissant & Taidc^ de l'alcool on peut k la vérité les séparer , mais alon on a des fibres contractées , rétrécies et dont la mensaratlofl M peut , pour cette raison , donner que des résultats inexacts*
l)ans aucun des points Ai système nerveux du lombric M terre, je n'ai aperça l'espèce de fibres <|n'Ehrenberg appdie fibres varieiueuses.
Quoique placés dans la même classe par les AAtoraHstds » lé ver de terre et fa sangsue ne sont pas de tout point seadila^ Mes, quant à la forme et ^Uâfiit k la stroolurê de leur ftystènuii nerveux. Le ganglion sur^esoipliagien on cépbaHque est le même dans ces deux annelides^ nais ta moelle vtentrale ààt** fère beanicoup. Ghes la sangsue oefie noeUe est iamiée dé deux cordons seuleineni adossés et par alitement séfiirables^ tandis que les cordons du ver de urre sont très intînler mefit unis. Le moelle de la san^ue est pourvue de vtfrita« blés gangHons placés de distavce en dlsumee sur le trajei des cordons. Ces ganglions sont de ferme leuttculaire, et en les examinant au microscope ^ on y distingue des fibres lOnglmdinates qui viennent des cordons, des fibres transverses fDi sont^ pour les nerfs émanant des gan^^ions ^ une so^rte de commissure ^ enfin une substance granulée^ J'aî fait reprérr senter (pi. i'*") une portion de la ebahe gangUonaire de Ja sangsue (fig. 1*^) et un de ses ganglions gimsî. au iiictes*^ eope (fig. 3). fo haiM ei en ktt« sont les dêia cokiiaes mé»
doHaij^es bien isolées l'nne de l'autre ; dans le gàn^icm M-^ mfime on sait ces cordons , on les yoit s'y étaler et fournir des fibres vmx denx paires de nerfs placés latéralement. Le» nerfis ne reçoivent pas seuletnent des fibres tenant des cordons longitudinaux , ils reçoivent aussi des fibres transver' ses qui croisent les pre^^es à angle droit. Tous les ganglions de la sangsue , le pnglion oral et le gangUon anal exceptés, sont semblables à celui que Foii toit sur la plan-^ che; le premier ressemble au ganglion correspondant dtt Ydf dé terre, le dernier, plus considérable du double que cent de la chaîne , donne des nerfii qui vont à la ventouse anale. Il n'y a pas, chez les sangsues, de nerfe autres que ceux qui partent directement des ganglions.
Les fibres des cordons médullaires ventraux composant la chaîne gangllonaire, de même que les fibres des nerft, sont canaliculées, et Ton parvient à distinguer et à faire sor« tir les globules contenus dans leur intérieur. Ces fibres ne sont pas de la nature de celles qu'Ehrenberg Homme fibres articulées ; car les lignes qui en indiquent le trajet marchent toutes dans une direction parallèle, tl ne m'a jamais été pos^ sible de les séparer, de les isoler, ce qui m'a empêché d'en connaître le diamètre.
ÏA forme des organes médullaires de l'écrevlsse diffère de celle de la sangsue et du ver de terre, mais la structure en est la même ; ce sont, pour les faisceaux longitudinaux, des fi-* bres longitudinales , et pour les ganglions , des fibres tran»*> verses qui eroisent les premières, et, de plus, une matière globuleuse environnant ces fibres. Les faisceaux longitudi-' naux sont plus nombreux que dans les animaux préeédensi J'en ai compté trois de chaque cdté ; en tout six pour la moelle ventrale. Tootefelsoes faisceaux quoique distincts ne sont pas séparés les uns jdes auti^ par le moindre intervailcj Us sont
76 STRUCTUBE DU STSTÀHS lOUlVEUX
accolés et inséparables. Réunis trois à trois , comme je Tai dit y ils constituent les cordons latéraux de la moelle , cordons qui, dans certains endroits, sont naturellement séparés, et qui, dans d*autres, se séparent par la plus légère traction.
Trois paires de nerfs naissent^|^aque ganglion : deux en sortent directement , la troisièm^Rit quelque temps les cordons longitudinaux qu'elle abandonne dans l'espace inteivganglionaire. Les ganglions placés au thorax , ceux d'où naissent les nerfs des pattes et des pinces ont un caractère particulier; ils sontbilobés; chaque lobe est pyramidal, ayant sa, base en dedans tournée vers la base du ganglion corresrpondant et la pointe suivant la direction des nerfs qui y pren-' nent naissance. Sur le trajet des nerfs et tout près de leur origine , il existe une espèce de ganglion secondaire que Ton pourrait comparer aux ganglions spinaux des vertébrés. J'ai pu isoler une des fibres nerveuses de la moelle ventrale , et j'ai trouvé à cette fibre un diamètre de 0,005.
La structure du système nerveux des insectes rappelle de tous points celle des autres animaux articulés. On y trouve des fibres longitudinales composant la moelle ventrale et se continuant par l'anneau œsophagien jusque dans le ganglion cépbalique , des fibres transverses faisant communiquer les racines nerveuses d'un côté avec celles de l'autre côté , en passant à travers la moelle et cela dans l'endroit de cette moelle où se trouve de la substance globuleuse ; ce sont, com* me dans l'écrevisse, dans le ver de terre, des ner& sortant des cordons médullaires dans les espaces inter-^anglio* naires, mais venant aussi de la substance des ganglions.
Chez le grillon domestique et chez TabelUe, la moelle est formée de deux cordons, l'un à droite et l'autre à gauche ; ces cordons sont réunis par l'intermédiaire des ganglions et seu^
Des ANIMAUX ARTICULiâ. 77
leroent à Tendroit où se trouvent les ganglions > car partout ailleurs ils sont ou naturellement séparés ou très facilement sëparables. J'ai pu isoler des fibres de la moelle et des fibres des nerfe chez les deux insectes dont il s'agit ; mais ayant répété plusieurs fois cette expérience, j'ai obtenu chaque fois un résultat très différent, et je ne stris pas fondé à croire que l'un d'eux soit plus exact que l'autre. X^uand un phénomène ne se reproduit pas avec constance , c'est qu'il est mal observé : j'ai donc mieux aimé ne pas tenir compte des mensurations que j'ai faites y plutôt que de m'exposer à donner des chiffres sur la valeur desquels je suis moi-même en doute.
Vus à l'œil nu ou grossi avec la loupe , les ganglions de f abeille ont une apparence lenticulaire, ainsi qu'on peut s'en assurer en regardant la figure publiée par Ratzeburg et que j'ai reproduite (1); mais examinés au microscope, on les Yoit formés, comme les ganglions de la sangsue, de fibres entrecroisées, les unes transverses, les autres longitudinales. Le ganglion céphaliquederabeille,qui est beaucoup plus considérable que tous les autres ganglions du même animal , n'a pas une forme assez régulière pour que j'aie pu le mesurer, et il est trop petit pour que je l'aie pesé : il m'a donc été impossible de comparer son volume au diamètre des nerfs qu'il fournit. J'ai d'autant plus regretté de ne pouvoir établir cette proportion , que l'abeille est , parmi les insectes , l'un des plus élevés en intelligence et l'un de ceux dont le ganglion cépbalique est le plus volumineux; mais encore cette fois comme tout-àl'heure, j'ai craint d'avoir et de donner des à-peu-^èt pour la réalité.
Le système nerveux des insectes n'a que des fibres rectilignes; ces fibres sont canaliculées, et par la pression on en fait sortir des globules. Les ganglions de ces animaux sont opa-
(i) Voyez pi. i'*.
78 STRUOTUBS w srsTàn nftVBux
lins, Içs cordoQs médullaires sont transparens ainsi que las nerfs, Od peut voir à Tœil nu les ganglions de quelques insectes ^ on aperçoit aussi ^ quoique faiblement , les cordons médullaires i mais pour en bien connaître la forme et la dispor sition y pour apercevoir les nerfs , il £aut recourir à la loup^ PU au microscope. Quant à la structure, elle est très fiiç^li^ k découvrir lorsqu'on se sert de co dernier instrumenta
1. Le système nerveus; des animaux articulés est formé d^ deux séries de fibres ; les unes longitudinales qui vont de l'extrémité cépbalique à l'extrémité caudale ^ l^autres traiisyersales^ qui vont du çdté droit au cAté faocbe.
2, Les fibres longitudinate^ sont di&PQsées e« deu^: Cuitceaux latéraux distinci» l'un de l'autre, et ordinairemept aé^ parés dans riutervalle 4es ganglions.
i. Le croisement des fibres Umgitudijml^ avec les fibres iransverses s'opère dans les ganglions.
&. Les fibres longitudinales d'nn côté ne se croisent pas ^veo celles du c^té opposé,.
^"^ Les gangtions nerveux des animaux articulée umt formée de substawe globuleuse et de substance fibreus^t
6"" Les cordons nerveux so»t fumés de substance fibreusi^
9ei|diement.
T Les fibres nerveujses sont canaliculées, rectilignes^et ^remplies de globule^ que Ton en peut faire sortir par expression.
9^ lies fibre» i^erveuses naissent tantes des ganglions.
9"" Les nerfs ont pour la plupart une double origine, l'uue dans les fibres longitudinales des cordons médullaires^ l'autre dans les fibres transverses des ganglions.
W 11 u> a 4'e^cepiio9 à m\e règle quQ pour ce qui cou cerne les nerfs provenant du ganglion céphalique. La çooir oiissure ^e ce ganglion qui répète les fibres tran^vei^ses da^ gapglions Abdominai^x » n« cofumunique .directemeut avf^ç Itucuf) oerf.
11^ L^ racine des nerfs qui vont aux pinces ataux paua^^ cbeys ^'écrevisse, es; pourvue d'un ]ég&: jr^flomwt f(>m^ .4^ ^lobstun^^ ga»{^iQ^aire,
M° Q y a 4^)iez l^s artlcid^s de pombr^i^s^ opowss«r^ »
g ni. 8I6NiriG.VTI05 DU SYSTÈME ITCRVEUX DES ANIMAUX
AETICULÉS.
Ck>nu)ftrx)n^ h chatnç gangljonaire du lombric de terre, ai pentrQ i^rvou^ cérébro^racliidteQd&rhomm/ç. Cbez le iofubriiç ^^e çolonpe jin^dulUire ^Qpjmi ^ dr^i^ite et à gaucb^ di^^y^rf» di^posé^ par paître ^t ^mkl i(m àm^ ùfi$m^'f le^ Abr^ d^ ^fe mo^le ^ prploogeant ^n avA,ot jusqu'à un ^vMê gof^gliw qa^ réunjt m^ poinpi^r^f Che;» l'bpmi^e, uuf p^Ji^une $;eap|^labie dpxw^dt an^i.des pa^r^ de nfund A i4fOît# pt à gauche , nerl^ ayaat /%al^^leltf deu?c or^ines^ cettç çi^ Ipup^ ^0. /lïiyisiinji, pqur aU^ ^ rmàr^ d9J9s Ifijs gangiiouf ^épl^aliques, lesqi^te ^affgjiiona soptr^i^ par4^^^H>{nwft- «fir^s. Sftf* qpflli»^ p;»F^ie^ portera )^ pri^p^ti^s 4iiïéT^nç^7
^,c]b^i;h9^njs^,,j.>nn^^u ff§rvmi^ (vi^ii^l^ pr<d(KDginiap
les insectes cip^p,^|^ l^s^ jwHu^uea, ppijur dAim^ fias^^
i( );exti^mU^ apt^riejàriç du fami ajmewntî^^^ «'i^ fermée
80 SIOHIflCAtlOH BIT STST^HV IflEliYKVX
chez les animaox pourvus d'un névro - squelette ; mais la trace de la séparation s'y yoit encore , elle est dans le sillon du quatrième ventricule. La place qu'occupent les organes de la vie de relation et ceux de la vie nutritive , est changée des invertébrés aux vertébrés; chez les premiers, le cœur , les gros vaisseaux , le tube digestif , sont au-dessus de la moelle dont la partie antérieure se bifurque pour laisser passer l'œ-^ sophage ; chez les seconds y la moelle s'est élevée au-dessus des organes de la vie nutritive , l'œsophage dont la position se trouve changée, n'ayant plus besoin de traverser la moelle pour arriver à la partie antérieure du corps , les deux côtés de cette moelle se rapprochent , mais conservent encore la trace de leur séparation. Tréviranus a donné cette interprétation au sillon médian qui se trouve dans la partie moyenne du quatrième ventricule, et je suis pleinement de son avis. Les mollusques eux-mêmes se trouvent, sous ce rapport, dans le même cas que les articulés. En effet, rapprochez les cordons qui entourent l'œsophage des mollusques, de manière à ce que ces cordons soient en contact l'un avec Fautre, vous aurez deux colonnes continues à elles-mêmes, et qui iront se rendre à l'encéphale; ouvrez au contraire le sillon du quatrième ventricule des vertébrés, et feites-y passer l'œsophage, tous aurez l'anneau des insectes et des mollusques. La potitioii respective des nerfs encéphaliques s'accorde par&itement nvecces changemens.Chez la seiche, le nautile, le poulpe, les nerfs auditifs naissent des parties latérales de l'anneau; si le quatrième ventricule des vertébrés s'ouvre comme Je l'ai dit, les nerfs auditife se trouvent précisément comme dans les mollusques que je viens de nommer ; il en est de même des nerfs de la huitième paire. Quant aux nerfe optiques , fls restent, dans les deux cas, au ganglion céphalique. Plusieurs anatomistes parmi lesquels Je citerai Cuvier ,
DBS ANIMAUX ABTIGULÉS. 8
Gall et Spurîbeiin , MM. Strauss-Dttrckeim et Léon Dafour , n*hësitent pas à regarder la chatne ganglionaîre des articulés comme Fanalogue du centre nerveux céphalo-rachi-' dien des vertébrés.
M. Léon Dufour (1) s'exprime ainsi à cette occasion : « La nature ne s'est pas écartée , pour l'organisation du système nerveux des hémiptères, du plan généralement adopté, car les insectes ont un cerveau, un prolongement rachidien, des ganglions et des nerfs; et les' diverses parties paraissent avoir les mêmes attributions physiologiques que dans les êtres les mieux organisés. » En. partie d'accord sur les choses avec M. Léon Dufour, je ne le serai pas sur les noms qu'il emploie. Ce n'est pas le cerveau que représente le ganglion céphalique des invertébrés , c'est l'encéphale ; la moelle ou chatne ganglionaire ne saurait être un prolongement rachidien chez les animaux dépourvus de raehU. Jetez un coup-d'œil sur la figure (pi. l'*) qui représente la partie supérieure du système nerveux du lombric de terre, et vous trouverez qu'elle a avec les organes encéphalo-rachidiens, une incontestable analogie; ce sont les mêmes organes, mais chez le lombric de teiTC, ces organes sont réduits à leur plus grande simplicité.
Gall qui a soutenu cette opinion , que j'adopte entièrement, n'a pas réussi à la faire prévaloir, parce qu'il avait mal choisi les preuves dont il s'étayait. La chatne ganglio-naire des articulés représentait, pour lui , la moelle rachidienne; mais il prétendait retrouver chez l'homme, à la naissance de chacune des paires de nerfe rachidieunes , un renflement qui constituait une espèce de ganglion (2). Comme
(i) Rtehérehei MOiom, êiphffs.nu' leshémiptires^ Ole.» pag. S159. (9) Gall et Spunheim : Amit, et pfysial, du s/stène nerveux en. général ei du cerveau en pardcuUer. P^ni, 1810, 4 vol io-4% tonu x*' pa^es, 53 et &4«
81 SIGKine4Tl01l su fttSTiia KIBTÏ1TX
ce renflement n'existe pas^ il n'était pis difficile de itge-* ter ce genre de preuve, et cette preuve une fois rcgetée, la conclusion Tétait également. On eût peut*étre mieux corn-* pris que Gall avait raison , s'il s'était moins attaché à la forme et plus à la structure. La forme des ganglions est très variable, chez la sangsue ils sont lenticulaires, quadrilatères chez l'abeiUe , triangulaires chez le grillon domesti** que, etc. ; ils diffèrent pour un même animal , daq» le thorax et dans l'abdomen » quelquefois ils se confondent au point de présenter à peine des renflemens. Quand ce dernier caa se présente , la matière globuleuse qui forme la substance caractéristique des ganglions, au lieu d'être agglomérée » se répand plus ou moins uniformément le long des cordona fibreux : c'est ce qui a lieu déjà chez le lombric de terre et k un degré plus marqué chez les vertébrés.
L'analogie qui existe entre la chaîne médullaire des insec«tes et la moelle épinière des vertébrés est tellement grande, que M. Serres, après l'avoir niée dans maint endroit de son jinaiamie comparée du eervwu , fournit lui-même des faita qui concourent à l'établir. On sait que, chez les vertébrés , la moelle épinière se termine par des filets en nombre plus ou moins considérable, et que la réunion de ces filets constitue la queue de cheval. Chez les jeunes embryons des vertébrés» la queue de cheval n'existe pas encore, parce que la moelle descend très bas dans le canal rachidien : mais plus tard, les rapports de la moelle avec le canal sont changés , l'extrémité caudale de la moelle est placée plus haut qu'auparavant, soit, comme on Ta dit» parce qu'elle a éprouvé un mouvement ascensionnel, soit, comme je le pense avec M. Tiedemann (i),
(r) Xiedentaim : Anat, du oerfeéut eonUmmi rbiitoin éU son dMcppement dans lejœtm^ opee wi« exposition eomparatiçê de sa structure dans les ont" mauSf tradaUe par M, Jourdw. Puii; iBa$, p; i3^.
DES AiriMAI]':! AATIGULÉS. ||
4[»arce que les vertèbre» lombaire» et sacrées s'étaot déTeloppées plus et plus tard que la moelle» les nerfe qui terminent cette moelle, out subi use élongatiou praportionnelle à Félongation du canal dans lequel elles sont contenues. Gbez quelques invertébrés, il se produit un phénomène inverse, la quéue^de fibeval se rencontre dans certaines larves pour disparaître dans l'Insecte parfait, M. Serres expose de la manière suivante qetM dernière transformation (1) : <l La jeune larve de la moucbe* asile a un axe nerveux (chaîne ganglionaire)» beaucoup plus €Ourt que la longueur totale de Fanimal ; les filets qui vien*< nent aboutir à sa terminaison divergent dans tous les sens, pour s'y rendre des parties moyennes et inférieures de la larve > ib forment^ de cette manière, la plw belle qtseuâ de eheval qu'il 4aii potHble 4e voir. Mais à mesure que la larv^ se développe, à l'époque où elle se change en nymphe, l'axe nerveux descend le long de la partie inférieure de l'animais à. mesure que cette descente a lieu, l'angle d'insertion des filets nerveux se redresse, les filets obliques deviennent horiaontaux} les filets parallèles deviennent d'abord obliques, puis ils s'insérât horizontalement comme les précédens, lorsque la terminaison de l'axa nerveux est descendue jusqu'à leur niveau, le bel éventail que formait la divergence des filets disparaît insensiblement, et, à l'examen de la fin de l'axe nerveux des insectes parfaits, on pe se douterait jamais qu'il ait pu exister, i» J'accepte ces faits tels que les expose M. Serres, j'accepte aussi l'interprétation qu'il leur donne, mais je lui dirai : si les filets terminaux de l'axe nerveux dp .la mouche-asile, eonstituent une queue de cheval, laplui belle qu'il sait posnble de voir, l'axe nerveux des invertébrés ne représente donc pas la réunion des gan^^ons spinaux des vertébrés, car chez les vertébrés , la queue de cheval est
(i) Jnat* comp* du cerveau, t. 9, p. x»o«
SA PÀOVLTÉS
entre la moelle et les ganglions, et non en dehors de ces gansions. Pour être conséquent avec Tinterprélation que vous avez donnée ailleurs de la chaîne ganglionaire des articulés, si cette chatne représente comme vous le dites, les ganglions spinaux des vertébrés, les nerfs terminaux de Taxe nerveux de la mou* che-asile, ne représentent pas la queue de cheval, mais les nerfs lombaires, sacrés et coccygiens, après leur sortie du rachis; par conséquent, la mouche asile n*a pas de queue de cheval. Si elle a une queue de cheval comme vous l'établissez, et comme je m'empresse de le reconnaître avec vous, il en ré* suite que Taxe nerveux ou chatne ganglionaire des invertébrés, est l'analogue de la moelle rachidienne des vertébrés.
Mais, en parlant de la signification du système nerveux des mollusques, j'ai déjà réfuté l'opinion des anatomistes qui rejettent toute analogie entre le système ganglionaire des invertébrés et le système nerveux cérébro*i3pinal des ver* tébrés ; je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'y revenir maintenant. Quand j'aurai parlé de la structure microscopique de la moelle rachidienne, de la manière dont se comportent dans cette moelle, les doubles racines de ses nerfs, j'établirai de nouveaux points de comparaison qui serviront de contrôle à tout ce que j'ai dit sur ce sujet.
RÉSUMÉ
1. Le ganglion céphalique des animaux articulés représente, pour ces animaux, l'encéphale des vertébrés.
2. Leur chaîne ganglionaire représente la moelle rachi* dienne.
3. Les cordons formant l'anneau œsophagien, et qui s'étendent du ganglion céphalique à la chaîne ganglionaire, représentent les pédoncules cérébraux.
U. Les nerfs de la chaîne ganglionaire ont une double origine qui rappelle la double origine des nerfs rachidiens.
DES MUIWlVX abtigvlés. 85
§ IV. FACULTÉS DBS AlflUAUX AATICTLÉS.
Les facultés dont sont doués les animaux et surtout les insectes, si elles ont excité Tadmiration des naturalistes, ont souvent mis en défaut le raisonnement des métaphysiciens. Les questions auxquelles elles ont donné lieu, négligées maintenant plutôt que résolues , intéressent à-Ia-fois la psychologie, la morale et les croyances religieuses. Peut-on dire des animaux qu'Us sentent, qu'ils comprennent, qu'ils combinent, qu'ils réfléchissent? S'ils sentent, ils sont sujets à la douleur. Pourquoi de la douleur aux animaux? Qu'ont-ils fait ponr mériter de souffrir? Quel dédommagement aurontils? Et s'ils n'ont pas de dédommagement que sera pour eux la justice ? S'ils comprennent, s'ils combinent, s'ils réfléchis* sent, que faisons-nous de plus? La forme... est-ce par là seulement que l'homme diffère de l'animal? A ces difficuliés, les uns ont répondu avec Montaigne : Que sais-je? les autres ont opposé des croyances qui ne permeileni ni l'examen ; ni le doute. Il en est qui, après avoir examiné, ont donné leur solution; de ces derniers, je citerai les principaux, mais je ne les imiterai pas.
Le révérend père J. B. de la Grange, prêtre de l'Oratoire , disait: « Je serais trop long si je voulais rapporter toutes les marques évidentes que nous avons que les bêles pensent, qu'elles ont des passions et de l'imagination. Il faut que les Cartistes (les partisans de Descartes) avouej^t ou que les bêles ont un âme, comme nous le soutenons, ou bien qu'elles sont possédées par quelque ange ou quelque démon qui leur fait faire les actions qu'elles feraient sielles avaient une àme7>(l).
(i) Les principes de la philosophie contre les nouveaux philosophes Deacarte»! Robaut, Kegius, Gassendi, le P. Maignan, etc, Iiip*8, Paris, 1675, p, 348»
S6 VACTTLTéS
Et pour appuyer sa thèse , il citait le passage suivant y tiré des proverbes de Salomon (1), passage dans lequel il est question de rame des bétes : (c Novit jtistus animai jumentarum niO' rum, vucera autem imptorum èrudelia. » Borarius (S), nonce du pape Clément Vit, à la cour de Ferdinand, roi de Hongrie , allait encore plus loin que de la Grange , car il a fait un livre tout exprès pour démontrer | non-seulement que les bétes sont des animaux raisonnables, mais qu'elles se servent de la raison , beaucoup mieux que l'homme. Philon, que Vhistorien Eusèbe appelle (3) oc vir in dicendo capioms, in sentenHis locuples, in divinœ seripturœ intelligentia êublimiê atque excelsus^ d a composé un ouvrage qui a pour titre : Alexander êive de ee quod hruia animalia raHone sintprœdiUi. Lactance (4) et Àrnobe (5) disent qu'à l'exception de la religion, il n'y a rien en quoi les bétes n'imitent l'homme. Pline (6) va plus loin encore, car il met la religion au nombre des vertus des éléphans. L'âme des bétes est regardée comme raisonnable , par Straton , Enésidème, Parmenide, Empédocle, Démocrite et Anaxagore. Plutarque a fait un traité tout exprès pour prouver que les animaux raisonnent.
Pereira (7), Descartes (8), Regius, Gassendi, et parmi les anciens un grand nombre de philosophes ont professé une doctrine entièrement opposée. Les animaux sont pour eux de sim« pies automates, des machines agissant sans conscience comme
(i) Proverbes f cfa. tu, xo.
(a) QnodnnimeMa hmtn reHéM utmUHrmdlut homlMé, Ânut. t654*
(3) Mtst^ eeelet, lib. n, eap, xtiin
(4) DeiraDei.
(5) Adversus génies. Ub. ix.
(6) Sec, Ptmii hist. Fiat. lib. vai, cap. x.
(7) Antorùana margarita.
(8) Traité de la méthode.
DB8 ANiMAIfX AATICUL^. 87
sans TolMté. GéB philosophes étaient poQf tant bien forcés d'admettre les phénomènes intellectuels, au moins en apparence 9 que présentent les animaux , mais ils les interprétaient à leur manière. Voici, par exemple, comment Gassendi expliquait Fantipathie que Ton dit exister entre le loup et la brebis, et entre le lion et le coq. «c La brebis fiiit natureOement le loup, dit Gassendi, quoiqu'elle n*alt jamais expérimenté le mal que cet animal peut lui feire^ parce qu'il sort dh loup des corpuscules qui sont propres à déchirer la brebis, et ne peuvent point frapper ses yeux sans les blesser et sans les diviser cruellement. La figure des corpuscules qui composent la voix du coq est si différente de la texture de Toule du lion , que ces corpuscules ne sauraient pénétrer dans IV reille du lion sans les déchirer n. (1) Régius qui se disputait comme on dit que font les théologiens quand ils n^ont pas raison , soutenait que les partisans de Fàme des bétes ne peuvent pas se défendre d'être eux-mêmes des bétes ou des athées.
Ce sont là les opinions extrêmes , if y en a eu d'intermédiaires. La plus généralement adoptée parmi ces dernières, donnait à Vkme des bétes une essence matérielle , on l'appelait sensitive par opposition avec Tâme de Thomme, regardée comme une substance incorporelle (2). La dignité de l'homme pouvait se monnrer satisfaite de cette distiuctf on , mais son esprit ne rétait pas. L'àme des bétes a-t-elle été créée en même temps que la bête ? Quand la bête meurt, son tme meurt-elle aussi ?Leibn{tz n'envisagea pas sans eflfroi ces deux questions;
(i) Foyez Gassendi, p. 354, et Bayle, Dict, hist, art. Psebira. (ft) la plupart des théologiens regardaient TAme des bétes comme inférieure i celle éb lliMniae; de U Onmgtt Ini-MièBe l'appelle 4&miihef aiaiê dans l' admiration où il cit de ses fKultés, il la place, en réalité, au-dessus de l*âme de rhomme, puisqu'il la compare à celle d*un ange ou d'an démon.
le nombre prodigieux de créations et d'annihilations d'&mes qui devaient s'opérer chaque jour, le troublai il ne put l'admettre et il conçut alors cette hypothèse, faite pour tout concilier. Avant sa naissance apparente , l'animal existait en germe depuis la création du monde, après sa mort apparente, il redevient ce qu'il était avant ce que nous appelons la vie , il se réduit à un degré de petitesse qui échappe à nos sens » jusqu'à ce que ses organes se pliant différemment ou se développant plus ou moins , donnent lien à une ressuscitation ou à une transformation, ce Au commencement du mondCi dit Leibnitz , Dieu a créé la forme de tous les corps et par conséquent toutes les âmes des bétes ; ces âmes subsistent toujours depuis ce temps-là, unies inséparablement au premier corps organisé dans lequel Dieu les a logées. » Le savant et malicieux Bayle (1) qui expose cette doctrine, a l'air de se féliciter de l'heureuse solution trouvée par Leibnitz : <c Sans elle , ajoute-t-il , il n'y avait d'asile pour les âmes des bétes> que dans la métempsycose ».
Entre des opinions si diverses, quel parti prendrai-je? Celui de passer outre, car, fort heureusement pour moi, je n'ai pas entrepris de composer un livre sur la métaphysique ; si j*ai parlé de l'àme des bétes, ce n'est pas avec l'intention d'en dis* cuter la présence ou l'essence ; j'ai voulu seulement que le lecteur ne fût pas effrayé quand il rencontrerait les mots intelr ligence^ passion ^ volonté^ appliqués par moi à ce qui concerne les animaux articulés et particulièrement les arachnides et les insectes. L'araignée , la fourmi , l'abeille , se montrent si ingénieuses que le mot inetinot dont on est convenu de se servir pour désigner le mobile qui fait agir les animaux ne saurait leur être appliqué, à moins qu'on ne le donne également au mobile de la plupart des actions des hommes.
(ï) Pictf hUtprljttc; art, Rûrahius,
DES ANIMAUX ABTiCVLiS. 89
« L'ensemble de la vie des animaux, dit Âristote (1), présente plusieurs actions qui sont des imitations de la Vie humaine ; cette exactitude qui est le fruit de la réflexion , est encore plus sensible dans les petits animaux que dans les grands. Dans la classe des insectes, on peut regarder comme les plus industrieux pour le travail , même comparaison faite avec tous les autres animaux, les fourmis et les abeilles. » (2)
Faisons donc Thistoire intellectuelle de ces insectes $ mais auparavant, afin de procéder du simple au composé, parlons d*abord des animaux articulés inférieurs, c'est-à-dire des annelides et des crustacés.
La plupart des annelides vivent dans Teau ; ils y trouvent leur nourriture presque sans avoir besoin de la chercher ; d'autres vivent dans la terre et ils s'en nourrissent. Il en est qui ont un tube calcaire, produit d'une sorte d'exsudation et dans lequel ils demeui^nt; d'autres qui réunissent, comme la fripière dont il a été parlé dans le chapitre précédent , des firagmens de coquille , des grains de sable, des morceaux de bois qu'ils agglutinent de manière à en former un tube. Quelques-uns ont le corps garni de soies , plusieurs ont des tentacules, et même des yeux, d'autres en sont tout-à-faU dépourvus. La sangsue se montre très sensible au contaa des acides, des sels; elle cherche le point de la peau qu'elle veut piquer , elle est sensible à la lumière , car elle s'agite quand on approche une chandelle allumée du vase où elle se trouve; elle paraît manquer entièrement de l'onie, de l'odorat et de la vue (3). Parmi les annelides, plusieurs ont les sexes séparés , comme le lombric de terre ; d'autres sont hermaphrodites, la sangsue est dans ce cas.
(i) Hist. des animaux, lib. zi, ch. yji.
(a) /c'., û/, ch. xxxviri.
(3) lloc|uiii>Tandoii, op. eit.
90 fkcvvrÈ»
La âimf^licité de ror^anisatioii des annelldeii doit fâire présumer que si Ton ne sait pas tout ce qui peut avoir quelque rapport avec leurs facultés céphaliques ou instinctives , il ne reste pourtant pas beaucoupàdécouvrir surce point; partout , en effet , le nombre et la perfection des organes sont en rapport avec les besoins ; et les besoins sont eux-mêmes en rapport avec les Ikcultés destinées à les satisiïiire. Or , chez les anneiides, il existe à peine quelques organes des sens^ ce qui rend presque nuls tous les rapports de ces animaui avec les choses qui leur sont extérieures.
Les crustacés sont, pour la plupart , au**dessus des anneiides ; ils savent se défendre et surtout attaquer , chercher et saisir une proie ; ils se cachent quand Us sont poursuivis t leurs principales fonctions sont bien encore de manger et d'engendrer y mais ils ont pour la nutrition surtout des organes 6t des fonctions accessoires. Ils voient , ils entendent , ils odo«rent, ils touchent; peut-être ont-ils un sens particulier qui les met en rapport direct avec Tétat de Patmosphëre» Ds vivent dans Teau et sont presque tous carnassiers. Ils sont at^ mes de pinces qui les rendent redoutables à beaucoup d'anima|m. <c On a vu , dit Latreille (1), des langoustes qui ayant saisi une chèvre lui faisaient perdre la terre , » elles avaient près dW mètre de long. Les corophies, nommées aussi pernys, font une guerre continuelle aux néréides , aux amphinomes , aux arénicoles. Suivant M. d'Orbigny père , qui les a observées, il n*est rien de plus curieux que de voir des myriades de ces animaux s'agiter en tous sens , battre la vase de leurs grands bras et la délayer pour tâcher d'y découvrir leur proie. S'ils ont trouvé un annelide, quelque gros qu'il soit , Us s'unissent pour l'attaquer et le dévorer. Ils ne cessent leur
(i) Mègne taUm, de Cwier, t. 4t P* 8o«
DES AlTiMàtm A)&TI(nJUi8. $1
earfiage qu'après avoir fbuillé partout ; ils se rejettent sur le» mollusques , les poissons et les cadavres restés à sec. On pré-» tend même , s^joute M» d'Orbigny ^ qu'ils coupent les soles des ôlayons renfermant des moulés, afin de faire tomber ces mollusques et de les manger. » Il y à des crevettes qui vivent dans le corps des méduses et de plusieurs autres xoophytes. Cer* tadns crabes appelés iourtourou» vivent dans les cimetières et se nourrissent de cadavres.
Leur penchant à la copulation n'est pas moindre que leur voracité. Aucun d'eut n'est hermaphrodite; ils ont , surtout les mâles , des organes sei:uels doubles. Les argules mâles ont tellement d'ardeur , qu'ils prennent souvent un sexe pour Tautre ou qu'ils s'adressent à des femelles mortes. Les iones, qui se tiennent sous le test de la calllanasse souterraine, sont toujours unies deut à deui, un màlé et une femelle : il en est de mémo de quelques autres crustacés amphipodes.
Plusieurs crustacés ont soin de leurs petits , les œufis des Icrevisses sont comme collés aui pattes de ces animaux ; et au moment où elles viennent d'éclore , les petites écrevisses restent sous le ventre de leur mère jusqu'à ce que Tenveloppe de leur corps ait acquis un certain degré de solidité. La fer** tilité des crustacés est très grande ; celles des cyclopes est telle, que dans Tespace de trois mois , la même femelle peut avoir donné lieu à quatre milliards et demi de naissances.
Quelques crustacés, dont le corps n'est pas entièrement récouvert d^une enveloppe solide , prennent domicile dans des éponges , des serpules , des alcyons , les autres dans des coquilles univales. L'hermite-beraard , pagurtu strebhnyœ^ se loge dans des coquilles tournées en spirales , comme sont les buccines , les turbines , les natices. Il se retire si avant dans sa coquille qu'on ne peut pas même l'apercevoir, mais s'il avance » au lieu d'un innocent mollusque, on voit sortir de
9S FACUI.TÉ8
grosses piûces comme celles de Técrevisse (1). Les autres crustacés vivent généralement au fond de Feau , sous les pierres et n'en s<H*tent que le soir , ou pendant la nuit.
A l'exception des hermiies , qui vivent isolés , chacun dans la coquille dont il s'est empai^, les crustacés vivent ensemble , ce qui ne veut pas dire qu'ils vivent en société , parce qu'il est au moins fort douteux qu'ils aient entre eux des rapports comme en ont , parmi les insectes, les abeilles ouïes fourmis ; parmi les oiseaux y les corbeaux ou les oies ; parmi les mammifères , les moutons ou les chevaux. On les voit en bandes nombreuses aller ensemble dans les lieux ou ils doivent pondre ^ se sauver quand ils entendent du bruit, et se précipiter ensemble sur leur proie 3 mais rien n'indique qu'ils agissent de concert ; leurs actions instinctives pour tous pa* raissent isolées, individuelles ou imitatives.
Les anciens (2) ont dit que certains crustacés vivaient en société avec des mollusques, et des auteurs presque modernes, Hasselquist et de Bomare, l'ont répété. Lorsque la pinnè ouvre ses valves, plusieurs cancres se tiendraient auprès d'elle et l'avertiraient, par un petit cri, de l'approche de quelque ennemi : ces cancres seraient alors reçus dans la coquille de la pinne qui se renfermerait aussitôt avec ses gardiens. Enfin le maïa ou araignée de mer figuré par les Grecs sur quelques médailles , serait doué d'une grande sagesse. De tels contes peuvent être cités, mais non pas réfutés.
Sous le rapport des instincts, les annelides peuvent être as-
(i) T. Du bernard-lliermite, par Réaumor. Coll. acad,X, 5, p. 345, pag. a. Voyez aussi Aristote, Swammerdam , Cahier, etc. Swammerdam était porté à croire que la coquille du beroard-rhermite était propre i cet ammal , mais en cela il s*est trompé.
(a) V. Âristote, Bîst, des amm,, art. pinne et pinnotère ; voyez aussi les notes de Camus, ajoutées à Touvr^ige cité d* Aristote, et le Diet. d'hist. Mat, de Bomare.
DES AKIMAUX AATICULÉS. $8
similés aux mollusques inférieurs et les crustacés aux céphalopodes ; chez tous y la nutrition et la génération sont les fonctions principales ; les plus infimes vivent pour ainsi dire dans la matière qui doit leur servir de nourriture , ils n'ont rien ou presque rien à faire pour la trouver. Les autres vivent de proie, ils tuent afin de se nourrir , et leur chasse n'est pas toiqours exempte de danger : on pourrait dire des premiers qu'ils sont de simples estomacs , des seconds qu'ils sont des estomacs armés de bras ou de pinces.
Au-dessus des uns et des autres se trouvent les arachnides, animaux qui possèdent des facultés supérieures à celles dont Il a été question jusqu'ici. Outre le sentiment du besoin de prendre la nourriture nécessaire à l'entretien de leur vie, outre la force sufiisante pour s'en procurer , les arachnides ont de l'adresse et de la ruse , elles font la chasse aux insectes, dont elles s'emparent avec une grande habileté; elles ont une demeure qui les met souvent à l'abri de leurs ennemis ; elles prennent soin de leurs œufs , et même de leurs petits, jusqu'à ce que ceux-ci soient en état de se procurer des alimens.
Cuvter a divisé les arachnides en deux ordres : l'ordre des pulmonaires', et celui des trachéennes. Dans ce dernier sont rangés plusieurs animaux microscopiques dont jusqu'à présent la vie est fort peu connue : quant aux arachnides pulmonaires, elles offrent pour la plupart des habitudes et des mœurs dont l'étude a toi^ours excité de la part des naturalistes, le plus vif intérêt.
Les arachdides pulmonaires sont des animaux domiciliés , et leur domicile diifère suivant leurs besoins. Les lycoses vivent dans la terre où elles se creusent des terriers : les mygales se tiennent dans des galeries souterraines, longues et tortueuses qu'elles garnissent de soie, et dont elles ferment
9h wAOjvstê
rentrée à Taide d'un opercule mobile q«e Ton a peine ji ti**
tinguer de la terre environnante : elles mettent tout à*la«foî$ dans la construction de ces galeries, de l'industrie et de la prévoyance: elles y sont logées commodément, et s'y trouvent à Tabri de la poursuite de leurs ennemis*
L'épéire à cicatrice se construit un nid de soie blanche dan$ lequel elle se tient à portée de sa toile. L'épéire fasciée filt une toile sur le bord des ruisseaux et s*y établit au*4essus di Feau. Il y a une espèce d'argyronète qui vit dans les eam donnantes $ on la voit s'y mouvoir avec vitesse , Tabdomen soutenu par une buUe d'air qui Tenvironne i elle s'y forme une coque qu'elle remplit d'air et qu'elle tapisse de soie : c-e|t I^ qu'elle passe l'biver. Le tbéridion que l'on nomme bienfaî* sant, parce que, diH)n, il préserve le raisin de la morsure des insectes, se place dans les grappes qu'il environne quelquefiais entièrement de ses toiles. Parmi les araebnides pulmonaires^ les scorpions sont à-^peu-près les seuls qui ne se construisent pas une demeure ou un nid; ils vivent à terrer se llennant dans des lieux frais et cachés sous des pierres.
Il est beaucoup d'arachnides qui sont parasites : les pyo^ nogonons se fixent sur les cétacés $ les ixodes sur les chiens, lesbœuis, les chevaux qu'ib tourmentent quelquefois au iiOMit de les faire mourir } l'acanis dans les boutons de la gale,etc«9 tous les autres vivent de chasse* Les aeorpions recbei^ chent avidement les œufo des aranéides et des^ insectes i ils mangent les cloportes, les charançons, ete« Une femelle de scorpion que Maupertuis avait renfermée dans une bouteillm dévorait ses petits au fur et à mesure qu'il naissaient. Pline connaissait déjà ceUe férocité des mères à l'égard de leurs petits $ il raconte que d'ordinaire, un seul de ees petits évite la mort en se tenant sur le dos de sa mère qu'il tue dès qu'il le peut. Entre eux , les scorpions se tu^t pour se manger ta
DES AinMATO JOOÏCVLis. 9$
uns ]e« autres ; Mauperuiis m avait réunis une centaine qiu ae mangèrent presque tous , en peu de jours il n'en resta qua quatorze qui avaient dévoré tous les autres, (i)
Les araignées vagabondes , que l'on a aussi appelées arai*' gnées-loupSf ne restent pas dans un même lieu, attendant leur proie, comme font les araignées sédentaires i elles vont à la recherche de quelque insecte dont elles croient pouvoir s'enH parer, le guettent et le saisiasent. Les philadromes guettent aussi leur proie i mais quand elles l'ont vue, elles t&ch^t de l'embarrasser dans des filets qu'elles tendent exprès pour la retenir. Les araignées saltigrades chassent d'une manière assez analogue à celle des araignéesrloups i quand elles ont aperçu une mouche , elles s'avancent doucement, et sautent dessus avec une grande promptitude. Ce qui les distingue des araignées-loups, c'est qu'elles se suspendent à un fil i l'aida duquel elles retournent où elles étaient , pour se mettre de nouveau en embuscade. La plupart des autres arachnides font des toiles et attendent , cachées dans un ooin , qu'un animal vienne s'y embarrasser i il en est dont les toiles sont si fortes qu'elles arrêtent les petits oiseaux et embarrassent même la marche de l'homme. Quand une mouche est venue se prendre dans la toile de quelques^-unes d'entre elles, n cette mouche est petite, l'araignée s'en saisit et l'emporte i si la mouche est grosse et que l'araignée craigne de la laiaser échapper, elle la garrotte sur sa toile; si elle croit ne pouvoiv pas l'emporter, elle déchire l'endroit de sa toile où la mouche est fixé0 et s'en débarrasse 2 alors eUe raivcommode l'endroit déchiré, ou fait une toile neuve« (2)
Qutire leurs soies qui les rendent d4i^ si redoutables aui^ înr
(i) E:^ér, sur les scorpions, par BlaupertiiM. Mém. èà YÂmL ém Moiqm. P. F. t. 7. p. aSo;
(3> MiB^ciii Ok^mf kê an^tgnéUf^ ÇOL and. F. S» t. S| if, fil%, ^
sectes, beaucoup d'arachnides ont un poison qui fait promptement périr leur victime. M. Latreiile s'est assuré qu'une seule piqûre d'araignée de moyenne taille, fait périr notre mouche domestique en quelques minutes. Quant aux grandes arachnides, celle de rAmérique méridionale, par exemple, que Ton a nommée araignée crabe, leur poison peut donner la mort à des oiseaux, et faire du mal à l'homme. Qui n'a entendu parler des effets attribués à la morsure de la tarentule? Des populations entières ont perdu la tête, seulement pour y avoir pensé. Des auteurs très dignes de foi racontent les accidens qu'ils ont vus survenir à la suite de la morsure de la tarentule : de ce nombre sont Perotti, Alexander ab Alexandre, Matthioli (1), Baglivi (2)^ etc. Tout récemment M. Salvatore de Renzi (S) a été témoin de faits analogues à ceux qui ont été rapportés par ces observateurs. On a contesté et même nié qu'aucune maladie grave ait jamais été produite par la piqûre de la tarentule; les phénomènes bizarres, les convijdsions dansântes des torantol», comme on dit en Italie, ont été attribués uniquement à l'imagination. En lisant les relations des historiens qui ont écrit sur le tarentisme, en considérant que l'époque à laquelle cette maladie a paru, est précisément celle où des convulsionnaires de toute sorte, se montraient dans les différentes contrées de l'Europe, et poiu* des causes étran-* gères à la piqûre d'aucun insecte, on ne pourra s'empêcher d'admettre l'influence d'une prédisposition générale qui a contribué à l'apparition et au développement du tarentisme ; toutefois la piqûre de la tarentule n'y était pas aussi étrangère qu'on l'a prétendu, car les convulsions se sont développées chez de jeunes enfans sur lesquels l'imagination ne pouvait
(i) Comm» sur Diaseondej liv. xz, ch. ltu.
(a) Op, omnîa ; dissertaiio de tarentule,
(3) T* Gaz. méd, de Paris, Ann. x833. J^o du x5 septtttbfe. p. 634,
DES AHIMACT AETlCULiS. 97
avoir été mise en jeu (i). Les scorpions sont réputés aussi venimeux que la tarentule, et les piqàrés faites par ces animaux paraissent aussi avoir été suivies d'accidens très graves. Les scorpions se servent de leur venin pour tuer les insectes dont ils font leur nourriture.
Les araignées sont très voraces ; elles tournent les unes contre les autres leur instinct destructeur. Un président de la chambre des comptes de Montpellier, nomikié Bon, ayant présenté à TAcadémie des sciences, en 1710, des bas et des mitaines faits de soie d'araignée, Réaumur voulut savoir comment on pourrait s'y prendre pour conserver des araignées et les faire filer. En conséquence, il en prit quatre à cinq mille, quil plaça, au nombre de cinquante à trois cents, dans des bottes, où il leur donnait pour nourriture du sang extrait des plumes de volaille : <c D'abord, dit Réaumur (2), les araignées cherchèrent cette nourriture avec empressement; mais bientôt les plus grosses et les plus fortes prirent goût à manger les plus petites, et, au bout de quelque temps, à peine en restat-il une ou deux dans chaque botte. y>
Les amours des araignées conservent quelque chose de la cruauté qui est naturelle à ces animaux; ce n'est pas sans crainte que le mâle s'approche de la femelle, il la féconde en l'effleurant à peine, et se sauve loin d'elle poar n'en étrc pas dévoré. La femelle prend ordinairement soin de ses œufs et de ses petits ; si elle est poursuivie, elle les emporte et ne s'en sépare que quand ils peuvent se défendre ou pourvoir à leur nourriture. Les araignées-loups femelles ont-elles été
(i) Le docleur Hecker a publié un excellent mémoire sur la chorée épidémique, mémoire dans lequel il trace d'mi point de vue élevé et tont4-fait philoiophique llûstoire du tarentiflne. ^0/9* œ mémoire traduit de l'allemand par le docteur Ferdinand Dubois, de Berlin , dam les jinaaUt d'hygiène et <U médecine ligaU^ Paris, z834» t xii, p. 3ia.
(a) Mtuanen d^iaioU darnùptéet, ColL acad, P, E. t. 3, p, 3o3«
98 PACui/ris
obligées d'abandonner leur cocon pour 9e soustraire à un danger » on les voit revenir chercher ce cocon quand elles n'ont plus rien à craindre. Swammerdam« qui conservait dans son cabinet des araignées dont il prenait un soin tout particu*lier, dit que pour bien couver ses œufs, une de ces araignées les portait avec elles comme dans une petite corbeillCi et que si on les lui ôtait , elle courait après» à la manière d'une poule à laquelle on a ravi ses poussins.
On est parvenu à apprivoiser des araignées ; M. Léon Du*four avait une tarentule qui venait prendre une mouche vivante qu'il lui présentait I ehaoun connati l'histoire de Pélis<son qui, dans son cachot , avait accoutumé une araignée à venir près de lui et jusque sur ses genouL, M. Walkenaer raporte le fait suivant : « Une dame, occupée à pincer de la harpe dans une chambre située au milieu d'un jardin, aperçut une araignée fixée au plafond, au-dessus d'elle. Aussitôt dlc se uransporte à l'autre extrémité de la chambre 9 mais à peine a-t-*elle fait retentir l'air de son instrument, que l'araignée commence à se mouvoir et s'arrête encore au-dessus de la dame et y reste sans mouvement comme attachée au plafond. La dame, dont la curiosité est excitée par ce phéno*mène, change de place une seconde fois, et reste quelques momeos sans jouer $ l'araignée ne la suit pas et reste immo«bile , mais à peine les Bxm& harmonieux ont-ib recommencé, que l'araignée court de nouveau se placer au-dessus de l'in^ stmment qui les produit. 11 (i)
Les araignées ont été consultées par les hommes qui se mêlaient de faire des prédictions. « MuUœ araneœ^ dit Pline, imhrium ngna i%mi. » Et ailleurs : « Sunt ejc eo auguria; qmpf$ mcremento aimniwtn fulwro, tehê suas aMus tôt-
(i) Bitt, dêt ttrmuMm-
DES AVtmàJJX AJUTICULÉS. 99
hmi (1). * Ce deniier passage s'applique aux araignées qui établissent leur demeure au-dessus des ruisseaux; il paraît que prévoyant la crue des eaux, elles élèvent leur demeure pour n'être pas submergées. Suivant Pline (2) , les araignées sentiraient les premières et les plus faibles secousses des tremblemens de terre, aussi bien que les souris. • RuinU imminentihu, assure-t^il, muieuH prœmigratU, aranœi eum telii primi eaduni. »
Uexistence de plusieurs organes des sens, chez les aranéi* des , ne saurait faire l'objet d'aucun doute , ces animaux sen^ tent, ils entendent et ils voient^ on ne sait pas s'ils odorent ou s'il leur serait départi quelque manière de sentir étrangère à la nature de l'homme.
Quelque élevées que soient les facultés départies aux ara^ néidesy ces animaux n'ont cependant qu'une vie solitaire $ ils manquent de la force que donne la réunion de plusieurs in«dividuSy des secours que la société peut seule procurer. Il n'y a entre eux de véritable relation que de la mère aux petits , encore est-*ce pour un temps très court. Quant à l'unioB sexuelle, elle semble être plutôt un piège destiné à la destruction du màle par la femelle, qu'un raprochement ayant pour but mie véritable jouissance. Tels %ODi la plupart des animaux destructeurs pu qui vivent de proie; leur vie se passe à tendre des pièges, à épier quelque animal, à manger et à digérw« Quelques-uns, il est vrai, se réunissent et forment entre eux ime véritable société $ mais ce sont les plus doux , ce sont ceux dont la faim s'apaise vite ; les autres , s'ils s'assemblent, c'est pour atteindre ou déchirer une proie qu'ils se disputent ensuite avec acharnement.
(x) Lib. XI, cap«i4.
(a) MUt»Wi vtti, Mp. «S, Promniica anîmétUumw
iOO FACULTÉS
Plusieurs insecles se placent, sous ce rapport, fort au-des^ sus des arachnides ; ils se réunissent, vivent et travaillent en commun, font des provisions pour Tépoque où la terre ne fournit rien dont ils puissent se nourrir, et, s'ils sont attaqués, ils savent se prêter mutuellement secours. Dans la série des invertébrés, ces insectes sont les premiers; et dans la série des vertébrés, y compris le singe et même l'éléphant , aucun animal n'est au-dessus d'eux. Toutefois, il est des insectes
moins intelligeus que les arachnides, et les plus élevés parmi les insectes ne sont pas semblables à eux-mêmes dans les différentes époques de leur vie. La plupart ont trois périodes fort distinctes; d'abord ils sont chenilles, restent sous cet état pendant un temps plus ou moins long, et ressemblent aux annelides autant par la forme du corps que par leurs facultés instinctives. Ces chenilles se dessèchent, ou plutôt elles paraissent se dessécher, et dans leur état de mort apparente, elles sont ce qu'on nomme chrysalides. Puis l'enveloppe de la chrysalide se fendille, s'entrouvre; il en sort un papillon. Je n'entreprendrai pas l'histoire complète des facultés des insectes, de nombreux volumes n'y suffiraient pas; je renvoie pour cela aux ouvrages d'Aristote, de Pline, de Harvée, de Swammerdam , de Réaumur, de Redi, de Ch. Bonnet, etc., etc. Je m'attacherai seulement à exposer ce qui concerne les fourmis Bt les abeilles , considérées sous le point de vue de leur instinct, de leurs habitudes, de leurs mœurs et de leur intelligence. Je vais d'abord exposer les faits, je les discuterai ensuite , car les conséquences qui en dérivent tout évidentes qu'elles soient, on les a niées, afin de donner à l'homme une prééminence dont rien de ce qui vit sur le globe terrestre ne put même approcher.
Les fourmis vivent en société, elles se construisent des babiiations, prennent soin de leurs petits, se rendent de^ $e-
DBS ANIMAUX ABTICULBS. JOi
cours mutuels et trayaillent de concert pour atteindre un but déterminé; elles ont un langage particulier, se livrent de fourmilière à fourmilière, j'allais dire de peuplade à peuplade, des guerres acharnées, savent faire servir à la satisfaction de leurs besoins d'autres insectes, tels que des pucerons et des galle-insectes qui sont pour eux une espèce de bétail; enfin il en est certaines espèces qui, supérieures aux autres par la force et par le courage, soumettent les espèces les plus faibles et se font servir par elles. L'histoire des fourmis est en partie l'histoire de l'homme. Suivant de graves métaphysiciens, qui vivaient au xvi* siècle (1), l'homme est supérieur aux animaux, principalement en ce qu'il a inventé la magie ; rien ne prouve, en effet, que les animaux les plus intelligens, comme sont les fourmis et les abeilles, aient jamais cultivé les sciences occultes, ni même qu'ils aient la moindre notion de métaphysique, mais ce n'est pas seulement pour cela que nous mettons l'homme au-dessus d'eux, nous avons heureusement d'autres raisons pour le faire, raisons que nous développerons en lieu convenable. Qu'ici il soit question seulement des fourmis. L'habitation des fourmis est toiqours construite par elles et adaptée à leur genre de vie. Les fourmis fauves logent sous des monticules qu'elles forment avec des débris de chanvre, de morceau de bois , de feuilles, de grain de blé, d'avoine ou d'orge, de pierres et d'autres objets qu'elles trouvent à leur portée. Dans diffcrens points de ce dôme sont des avenues ménagées avec soin que les fourmis fauves tiennent ouvertes pendant le jour et dont elles gardent l'entrée, et qu'elles ferment pendant la nuit. Au-dessous sont des salles spacieuses dans lesquelles logent les fourmis et où elles déposent les larves et les nymphes dont
( i) r. le Dtet, (U Ua^ie, «rt. RoaAaiPS.
102 vkcvvrÈs
elles prennent 50in. Les fourmis brtines, appartenant à Tespèce des fourmis maçonnes, sont logées sons un monticule qu'elles forment elles-mêmes; elles ont plusieurs étages élevés au-dessus du sol, un rez-de- chaussée, et des étages souterrains ; quelquefois il y a jusqu'à neuf étages à la partie supérieure et autant à la partie inférieure. Ces étages sont cloisonnés, voûtés, et communiquent tous les uns avec les autres ; suivant qu'il fait chaud ou firoid , les fourmis brunes se tiennent dans l'un ou dans l'autre de ces étages et y transportent leurs larves.
P. Huber (1) auquel j'emprunte la plupart de ces détails, parce qu^il a vu plus et mieux qu'aucun autre observateur qui se soit occupé d*un pareil sujet, décrit ainsi les manœuvres de plusieurs fourmis noir-Cendré et dont il a suivi le travail.
ce Un jour de pluie, dit cet auteur, je vis une ouvrière creuser le sol auprès d'un trou qui servait de porte à la fourmilière ; elle accumulait les brins qu'elle avait détachés et en faisait de petites pelotes qu'elle portait çà et là sur le nid ; elle revenait constamment à la même place et paraissait avoir un dessein marqué, car elle travaillait avec ardeur et persévérance. Je découvris, d*abord en cet endroit, un léger sillon tracé dans l'épaisseur du terrain ; il était en ligne droite et pouvait représenter l'ébauche d'un sentier ou d'une galerie ; l'ouvrière dont tous les mouvemens se faisaient sous mes yeux, lui donna plus de profondeur, l'élargit, nettoya ses bords et jô vis, sans pouvoir en doutei*, qu'elle avait eu l'intention d'é-* tablir une avenue, conduisant d'une certaine case à Touver-^ tttre du souterrain. Ce sentier, long de deux à trois pouces,
(i) Recherches sur les fourmis indigènes. Paris et Genève, 1810, iiw8. avec plandies.
DBS ANIMAUX AMIGULéS. 101
formé par une seole ouTtière^ était ouvert au-desaus et bordé des deux côtés d'une butte de terre $ la concaTité, en forme de gouttière, se trouva d'une régularité parftiite, car Tarcbiteote n'avait pas laissé, dans cette partie, un atome de trop. Le travail de cette fourmi était si suivi et si biea entendu que je devinais presctue toqf ours d'avance ce qu'elle voulait faire et le fragment qu'elle allait enlever.
« Les fourmis qui tracent le plan d'un mur, d'one case, d'une galerie, travaillant chacune de leur cdté, il leur arrive quelquefois de ne pas ftiire coïncider exactement les parties d'un même objet: œs cas ne sont pas rares, mais ils ne les embarrassent point : en voici un oà Ton verra que l'ouvrière découvrit l'erreur et sut la réparer.
oc Un mur d'attente était élevé et semUait placé de numiàre à dévoir soutenir une voûte encore incomplète jetée depuis le bord opposé d'une grande case \ mais l'ouvrière qui l'avait commencée lui avait donné trop peu d'élévation pour le mur sur lequel elle devait reposer. Si la voAte eût été continuée sur le même plan, elle aurait infailliblement rencontré cette cloison à la moitié de ssT hauteur, et c*éta»t «e qu'il fallait éviter. Cette remarque critiqne.m'occupait, lorsqu'une fourmi arrivée sur la place, après avoir visité ces ouvrages, parut être frappée de la même difficulté, car elle commença aussitêt à détruire la votoe ébandiée, relevu le mur sur lequel elle reposait, et fit, «ous mes yeux, une nouv^le voûle avec les débris de l'ancienne.
ce }e me suis assaré, continue Hnber, que chaque fourmi agit indépendamment de ses compagnes. La première qm «onçefit un plan d'une exécution facile, en trace uussHêt l'esquisse; tes autres n'ont plus qu'à continuer ce qu'elle a oommeoeé. Celles-ci jugent, par l'inspection des premiers travaux, de ceux qu'elles doivent entreprendre; eHes savent toutes éhau-
cher, continaer, polir ou retoucher lenr ouvrage selon Toc* caston; l'eau leur fournit le ciment dont elles ont besoin , le soleil et Tair durcissent la matière de leurs édifices; elles n*ont d'autres ciseaux que leurs dents ^ d'autre compas que leurs antennes, et de truelles que leurs pattes de devant,dont elles se servent pour appuyer et consolider leur terre mouillée. » (1)
U est d'autres fourmis qui se logent dans des troncs d'arbres où elles se creusent des cases ou chambrettes qui communiquent dans des vestibules communs , et dont les cloisons sont aussi minces que des feuilles de papier ; d'autres enfin qui construisent leurs habitations^ avec de la sciure de bois ou quelque matière pulvérulente qu'elles mouillent pour les solidifier par la dessiccation.
Les fourmis se nourrissent de substances végétales et de substances animales ; elles sont très friandes de sucre et de miel ; elles recherchent aussi avec avidité une matière qui s'échappe par gouttelettes, de l'anus des galle-insectes et des pucerons; elles savent même, lorsque ces gouttelettes ne sor^ tent pas aussitôt qu'elles le désirent, en provoquer l'excrétion, en flattant avec leurs antennes la partie postérieure du corps des pucerons. On a cru que les fourmis mangeaient des graines céréales, parce que l'on a souvent trouvé de ces graines sur le ddme du nid de quelques espèces de ces animaux; on s'est ti*ompé , les fourmis ne mangent pas ces sortes de graines, elles les réunissent afin de s'en servir comme matériaux propres à bâtir. Les fourmis ne font pas provision de nourriture, mais de bétail; elles entraînent les pucerons dans leur fourmilière , les placent sur les racines qui s'y trouvent et les laissent s'y fixer. Les pucerons extraient de U
(0 ^F^ <^^ P« ^5 et w^i
DI0 ASÏMAJJX A&TICULis. 105
racine un sac qni les nourrit, et l'excédant de leur nourri lure ils le donnent aux fourmis qui en provoquent la sortie avec leurs antennes. Les galle-insectes et les cochenilles donnent aux fourmis un aliment semblable à celui qui sort de l'orifice postérieur des pucerons ; mais on n'a pas encore vu que les fourmis les aient mis en réserve pour s'en servir au besoin.
Toutes les fourmis sont ou mâles ou femelles ; cependant, il y en a, et c'est le plus grand nombre, qui ne prennent aucune part à l'acte de la génération. Les femelles qui doivent produire et les mftles sont pourvus d'ailes. A une certaine époque, ils s'élèvent dans l'air pour s'accoupler; cela fait, la femelle descend sur la terre, s'arrache les ailes, et se fait un nid où elle pond ses œufs et nourrit ses larves; quant au mâle, on ne le revoit plus; on suppose qu'il meurt peu de temps après l'accouplement. Toutes les autres fourmis, celles qui n'ont pas d'ailes , sont les ouvrières ; c'est à elles que sont dévolus tous les travaux intérieurs , ceux de construction , d'éducation des petits , la recherche des alimens , et la défense contre les ennemis du dehors. Elles prennent un soin extrême des œufs et des larves. S'il fait du soleil, elles les portent au-dehors de la fourmilière, pour les échauffer ; s'il pleut, elles les rentrent bien vite; le liquide nutritif qu'elles ont recueilli dans leurs courses> elles le partagent avec leurs compagnes , avec les femelles ailées et les mâles , mais c'est aux larves qu'elles en donnent la meilleure part. Très souvent les nymphes sont enfermées dans un tissu qu'elles ont filé lorsqu'elles étaient à l'état de larves. Quand l'époque de leur sortie de cette coque est arrivée, les ouvrières en arrachent, pincent et tordent les fils, jusqu'à ce qu'elles aient fiiit un trou suffisant pour que la nouyelle fourmi puisse passer,
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Des fourmis ourf ières sont toty'onft placées en setttittelles à l'entrée de la fourmilière ; si le soleil parait , ces sentinelles vont trouver leurs compagnes qu'elles touchent d'une cei^ taine ihçon avec leurs antennes , et aussitôt celles-ci iront au soleil , puis elles vont en chercher d'autres, et ainsi de suite jusqu'à ce que toute la fourmilière soit dehors. Elles se préviennent également quand quelque danger les menace ou quand un ennemi s'approche. Quelquefois elles ftaient^ le plus souvent elles s'avancent pour combattre. On ne sait pas si les fourmis d'une même fourmilière se font Jamais le moindre mal, mais de fourmilière à fourmilière elleë se livrent souvent des combats à outrance. On les voit s'accrocher l'une à l'autre et ne lâcher prise que lorsque l'une d'elles a arraché la tète ou un membre de son ennemi. Ordinairement les fourmis d'uno même espèce se prêtent mutuellement secours; tantAl elles s'a<y crochent Tune à l'autre pour tirer dans le même sens et enMt» ner leur ennemi ; tantôt elles le tirent chacune dans un sens différent pour l'ëcarteler.La cause de leur guerre est d'abord la différence d'espèce , car rarement les espèces diflérentea peuvent se supporter ; pttis^un voisinage trop immédiat et la possession d'une fourmilière, l'ai vu des petites fourmis bni-* nés attaquer des fourmis à ventre fauve, chaque fois qu'eUes en trouvaient l'occasion et ne les quitter qu'après les avoir tuées; les fourmis à ventre fauve se sauvaient toiyoursà moins qu'elles ne fiissent en grand nombre et près de leur fourmilière. Dans ce dernier cas , malgré son énergie et sa rage > la fourmi brune était prise par tant de fourmis à^a^ fols, que malgré ses efforts elle auccombait déchirée en lambeaux. Il n'est pas rare que toute une fourmilière (à rexception toutefois des femelles ailées ou des mâles des* tinés seulement à procréer et jamais A combattra ) «e ai* rlge vers une fourmilière voisine , pour en expulser les kM*
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tam. Daii6 ôe cas une guerre acharnée se livre, les vainqueurs entraînent les vaincus et pendant ce temps an certain nombre d'individus de la fourmilière menacée court s'emparer des petits pour les soustraire aux vainqueurs. Les fourmis , sons ce rapport comme sous plusieurs autres , font exactement ce que nous ftiisons. Il y a chez elles des fourmis qui ne vivent que par la guerre j Huber les appelle fourmis amazo* ses ; celles-là ne prennent aucun soin de leurs petits^ ne construisent rien , et ne vont jamais Chercher leur nourriture ati dehors i leur métier est la guerre y elles ne sortent que pour voler aux fourmilières voisines , des larves et des nymphes , qn^elles emportent chez elles et dont plus tard elles font lenrs esclaves. Yoici comment Huber raconte une de leurs excursions» ^
« Yers cinq heures de raprè»-midi Je vois des fourmis ama- Bones sortir de leur retraite 5 elles s'agitent, s'avancent au de^ hors de la fourmilière, leur nombre augmente de moment ea moment , un geste se répète constamment entre elles* Toutes ces fourmis vont de l'une à l'autre , en touchant de leurs en** tenues et de leur liront le corselet de leurs compagnes ; celles* ci , à leur tour , s'approchent de celles qu'elles voient venir et leur communiquent le même signal , c'est celui du départ. L'effet de ce signal n'est pas équivoque , car on voit celles qui l'ont reçu se mettre en marche et se joindre à la troupe. La colonne s'organise 9 elle avance en ligne droite et bientôt on ne voit plus aucune fourmi amasone sur la fourmilière, f c La tète de la légion semble quelquefois attendre que l'arrière-garde l'ait rejointe^ elle se répand à droite et à gau* Che, sans avancer, l'armée se rassemble de nouveau en un sevd coipS) et repart avec rapidité. On n'y remarque aucttii chef) toutes tes fourmis se trouvent tour^à-tour les premières; eHes semblent drercher à se devancer. Cependant, quelques-
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unes d'entre elles vont dans an sens opposé , elles redescendent de la tète à la quene, puis reviennent sur leurs pas, et suivent le mouvement général.
* a Arrivées'à plus de trente pieds de leur habitation , elles s*arrétent, se dispersent et tâtent le terrain avec leurs antennes , comme les chiens flairent les traces du gibier ; elles découvrent bientôt une fourmilière souterraine occupée par des fourmis noir-cendré, et dont les habitantes sont retirées au fond de leur demeure. Les fourmis légionnaires , ne trouvant aucune opposition , pénètrent dans une galerie ouverte , s'emparent des nymphes qu'elles rencontrent, sortent par plusieurs issues et retournent chez elles. Là elles déposent leur làrdeau qui est reçu par des fourmis rousseàlres, et retournent jusqu'à trois fois prendre de nouveau butin.
« Les fourmis auxquelles on enlève leurs larves et leurs nymphes, cherchent à les défendre; mais elles sont vaincues par l'ardeur et l'impétuosité des fourmis amazones. »
Le but des fourmis amazones n'est pas de détruire des fourmis, mais de s'emparer des nymphes et des larves des autres fourmis, pour en faire des serviteurs; elles n'emportent jamais que des larves et des nymphes d'ouvrières, parce que les autres ne leur seraient bonnes à rien. Une fois leur excursion finie, elles se reposent, tandis que les fourmis ouvrières soignent les petits et vont chercher la nourriture dont elles leur apportent une partie. Les fourmis amazones ne savent ni construire, ni trouver à manger, ni élever leurs larves. Huber en enferma trente avec des nymphes et des larves de leur espèce et une vingtaine de nymphes noir-cendré, dans une botte vitrée dont le fond était couvert d'une épaisse couche de terre , et il versa un peu de miel dans un coin de leur prison. Seules, sans serviteurs, la plupart moururent de faim en moins cie deux jours, s^ps même avoir cherché à ^ cousti*uirQ
DES AKIBIAUX Al^TICULÉS. 109
une loge dans la terre; les autres étaient languissantes et sans force. Huber donna à celles-ci une fourmi noir-cendré, qui seule rétablit l'ordre, fit une case dans la terre, y rassembla les larves , développa plusieurs jeunes fourmis des deux espèces , et conserva la vie aux amazones qui subsistaient encore. (1)
On connaît un seul exemple de cruauté exercé par une fourmi sur un puceron ; il a en pour témoin oculaire M. Auguste Duveau,quile raconte presque en pleurant (2). ce Je voyais, dit M. Duveau, un puceron se cramponner comme pour mettre bas un petit; une fourmi se mit à le palper, et se retira à plusieurs reprises. Enfin, impatientée, je suppose, de ne point obtenir la gouttelette qu'elle attendait, elle saisit le puceron par le ventre, l'entraîna à un demi-pouce du lieu où il était, le suça fortement, de manière à l'aplatir, et le laissa comme mort sur la place. C'est la seule brutalité, ajoute M. Duveau , que j'aie vu exercer par les fourmis sur leui's amis. » Les exemples du contraire sont beaucoup plus fréqueus. C'est encore M. Duveau qui parle : a Je terminerai , dit-il, par un trait dont je fus fort édifié et presque attendri. Une fourmi avait saisi une gouttelette qu'elle tenait en l'air avec ses deux pattes antérieures et s'apprêtait à la sucer. Une autre fourmi vint à passer, elles se reconnurent, se convinrent apparemment, et bientôt les deux nouvelles amies, dressées comme deux écureuils, l'une en face de l'autre, sucèrent ensemble la gouttelette (3). » M. Latreille raconte que des fourmis voyant souffrir leurs compagnes auxquelles il avait coupé les antennes, faisaient sortir de leur bouche une liqueur qu'elles versaient sur la partie blessée.
(i) Op* cit, p. »4o*
(2) Nouvelles rech, fwr thist, nat. des pucerons» Mém* dii Miiaéum d'imtf Hat.t. %\ s8a5.
(3) Loc. eit.
. Les (onmiis vivent en république : il n'y a parmi elles ni première, ni dernière , elles se prêtent un appui mutuel, vont au secours Tune de l'autre au moment du danger 9 s'eor tr^aident dans tous leurs travaux. Elles n'ont pas de reines comme en ont les abeilles $ les femelles pleines sont, il est vrai , l'objet d'une attention particulière , on va au-devant de leurs besoins, on les escorte, mais o'eat afin de les garder , parce que ce sont elles qui sont chargées de perpétuer la fourmilière. Les femelles qui restent, ou plutôt qw l'on force à rester , ont été fécondées au moment où toutes les fourmis ailées s'apprêtent à sortir : aussitôt après la fécondation , les femelles sont retenues prisonnières dans l'intérieur du nid Jusqu'à ce que leur ventre ait grossi t dès ce moment, comme elles n'ont plus envie de sortir , on les laisse libres, et elles deviennent l'objet des soins et des caresses des fourmis ouvrières. Les fourmis ama- Eones fbnt exception , leur gouvemem^t est une véritable aristocratie qui exploite les fourmis ouvrières, comme dans beaucoup de pays les blancs exploitent les nègres, comme chez les blancs , les classes supérieures , quand on les laisse faire, ei^loitent le peuple.
Passons à la monarchie des abeilles.
Il y a peu de ressemblance entre la monarchie des abeilles et les monarchies humaines, il y en a pourtant, et les voici : Pœuf qui doit fournir une reine est placé par sa mère dans une alvéole quatre ou cinq fois plus grande que celle des autres abeilles; il entre souvent dans la construction de cette alvéole plus de cire qu'il n'en faudrait pour loger cinquante abeilles ouvrières. Sa larve est alimentée avec profusion d'une gelée particulière destinée à elle seule. Devenue abeille , elle est dispensée de tout travail, d'antres abeiHes la suivent constamment et font cercle autour d'elle quand il lui platt de
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s'arrêter. La manière dont la reine se repose est commune à toutes les abeilles; elle entre la tête la première dans les grandes cellules à mâles et y reste très long-temps immobile. Uattitude qu'elle y prend ne permet pas aux abeilles delui rendre alors des hommages; cependant, même dans ces circonstances, les ouvrières ne laissent pas de faire le cercle autour d'elle et de lui brosser la partie postérieure du ventre qui reste à découvert, d Huber, fidèle historien des abeilles (1) a été plusieurs fois témoin de ce fait qui représente assez bien, quoique aufiguré, les rapports étabUs parmi les hommes,eDtre les courtisans et les souverains. Enfin j jamais il ne peut exister qu'une seule reine dans la même ruche. Ici commencent les oppositions. Si une seconde reine s'est glissée dans une ruche, ou si , pour faire une expérience, on Ty a introduite , deux groupes d'abeilles toujours très nombreux, se forment aussitôt, et chacun d'eux entoure une reine qu'elles étreignent de toutes parts, mais sans lui faire de piqûre. Quand, au travers du tourbillon d'abeilles qui les pressent, les reines se reconnaissent et tentent de se diriger l'une contre l'autre , à l'iQtant un passage leur est ouvert qui leur permet de se saisir et de se battre. Il lïiut que dans ce combat, l'une des deux soit mise à mort , car si elles se quittent vivantes, elles sont de nouveau entourées, comprimées et n'opt de chances d^ vie que dans un combat nouveau. Quant aux ouvrières, ell^s ne se font jamais la plus petite égratignure pour soutenir les prétendantes : elles laissent aux reines le soin de s'entra* luer, Est-ce prudence , est-ce respept? Yoi^i une autre circonstance de la vie des reines qui soulèye ja même questiiop. La reine est , sauf quelques exceptions rares , la seule
(x) NowelUs obseryationt sur les aieilles, a* édit. Pvis et Genève, x8z4j, a yoU in-S. a?ec planches, vol. i, p. ax5.
abeille qui ponde des œufs, ses premiers œufs sont déposés dans de petites alvéoles , il en nattra des ouvrières; les seconds sont des œufs de faux-bourdons , leurs alvéoles sont plus grandes que celles des ouvrières; enfin les derniers doivent donner naissance à des reines, ils sont dans des ruches royales ^ et comme je l'ai dit, une gelée royale que Huber a trouvé d'un goût aigrelet et relevé , est placée près d'eux. Ces derniers œufs peuvent éclore et leurs larves se nourrir comme tous les autres, sans que la reine s'en occupe; changés en nymphes, ils deviennent, dans certains cas, l'objet d'une attention particulière. Uentrée de toutes les alvéoles contenant une nymphe est fermée par une pellicule de cire , et cette pellicule est graduellement amassée par les ouvrières qui l'ont placée de telle manière que la mouche une fois formée, n'a pas de peine à la briser et à sortir. Il n'en est pas ainsi pour les reines. En temps ordinaire, la reine ne laisse sortir vivante de son alvéole, aucune reine nouvelle ; elle les tue à l'état de nymphe et les autres abeilles, spectatrices de cette destruction, viennent enlever les nymphes tuées, elles prennent la bouillie restant au fond des cellules, sucent le fluide que les nymphes ont dans l'abdomen et détruisent leurs cellules (1). Si plusieurs reines doivent sortir de leurs alvéoles, et que la ruche manque de reine, la première formée s'échappe, et ce qu'elle fait d'abord, c'est d'aller atta* quer et détruire dans leurs alvéoles , toutes les autres reines. Mais quand le temps d'essaimer est venu , quand le nombre des abeilles est trop considérable pour une seule ruche , la reine doit quitter le domicile commun avec une partie des ouvrières. Alors , il faut de nouvelles [reines : les ouvrières veillent à ce qu'il en naisse. Avant de quitter la ruche , la
(i) 0/9. 0ii, 1. 1, p. Z79«
DBS ANIMAUX ARTICULÉS. 1|3
reine essaie de s'approclier des alvéoles contenant des nymphes royales y mais les ouvrières font bonne garde et la repoussent. La reine partie , s'il ne faut pas un nouvel essaim , la mouche royale qui est la première formée peut sortir librement et détruire ses rivales; mais s'il y a un nombre suffisant d'abeilles, pour l'organisation de plusieurs essaims, des reines sont conservées autant qu'il en est besoin. Je ne puis résister au désir de transcrire ici la narration que fait Huber de la manière dont se forment les essaims, et du soin que ies ouvrières prennent de conserver les reines qui doivent les conduire. Cet auteur parle d'une ruche vitrée qu'il observait au temps où se forment les essaims.
«Le 80 mai, la reine avait pondu beaucoup; le 2 juin à onze heures du matin, tout était parfaitement tranquille dans la ruche ; mais à midi , la reine passa tout-à-coup de l'état le plus calme à une agitation très marquée qui gagna insensiblement les ouvrières, dans toutes les parties de leur domicile. Quelques minutes après, elles se précipitèrent en foule vers les portes et sortirent avec leur reine ; elles se fixèrent sur une branche d'arbre du voisinage. J'y fis chercher et enlever la reine , afin que les abeilles en étant privées , rentrassent dans la ruche ; et effectivement, elles ne tardèrent pas à s'y replacer. Leur premier soin, parut être de chercher leur femelle ; elles étaient encore fort agitées, mais peu-à-peu elles se calmèrent et, à trois heures, tout était tranquille et bien ordonné.
a Le 7, nous nous attendions avoir sortir une reine de la cel* Inlle royale qui avait été formée le 80 mai. Dès la veille, cette reine était arrivée à son terme, ses sept jours étaient accomplis. Le guillochis de sa cellule était si approfondi que nous apercevions un peu ce qui se passait dans l'intérieur, nous pouvions distinguer que la soie de la coque était coupée cirddairement à une ligne et Aemit au dessus de la pointe i mais I. 8
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comme les abeilles n'avaient pas voulu encore que la reine sortit , elles avaient soudé le couvercle contre la cellule , avec quelques particules de cire. Ce qui nous parut alors fort sin* ^lier, c'est que cette femelle rendait, dans sa prison^ une espèce de son , un claquement fort distinct. Le soir^ ce chant était composé de plusieurs notes qui se suivaient rapide* ment.
«Le 8, nous entendîmes le même chant dans la seconde cellule. Plusieurs abeilles faisaient la garde autour de la cellule royale.
«Le 9y la première cellule s'ouvrit. La jeune reine qui en sortit était vive, sa taille effilée, sa couleur rembrunie. Nouii oomprtmes alors la raison pour laquelle les abeilles retiennent captives, au-delà de leur terme, les jeunes femellea dans leurs alvéoles ; c'est afin qu'elles soient en état de voler dès l'instant où elles sortent. La nouvelle reine devint l'objet de toute notre attention : dès qu'elle passait près des cellules royales, les abeilles qui gardaient ces cellules, la tiraillaienti la mordaient et la chassaient, paraissant fort acharnées con-* ire elle, et ne lui laissaient de tranquillité que lorsqu'elle s'était fort éloignée de toute cellule. Ce manège se répéta très fréquemment dans la journée. La nouvelle reine chanta deux fois, et lorsqu'elle chantait, elle était arrêtée, son corselet ap^ payait contre le gâteau, ses ailes étaient croisées sur son dos» elle les agitait sans les décroiser et sans les ouvrir davanta-? ge. Quelle que soit la cause qui lui ait fait choisir cette attitude, les abeilles en paraissaient affectées, toutes baissaient alors la tète et restaient immobiles.
«Le lendemain, la ruche présentait les mêmes ai4[iarenceS| il y restait encore vingt-trois cellules royales qui étaient toutes assidûment gardées par un grand nombre d'abeilles. Dès que la reine s'en anurochaity toutes tes gardes s'agitaient.
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foift elle chaaiaU, ep reprenant TatUtude que j'ai diicrite taifttT à-f beuTei et dèft ce Boment, le$ abeillaa deTeoaiant îmmobilea» ce La reine ^mprâoQiiée dans iine seopuda celliile, quoique Sonuéef n'était pas encore 90f:Ue> noii^ i'entiendtnie^ chanter à différentes» reprista* Noua vtoiaii aussi la manière dont 1^ abeilles la nourrissaient. En Texaminant attentivement^ noup (Kunarquàmea une petite ouverte dfm la partie du bwt de la coque que cette reine avait coupée au moment où eli|| était d^à en état de sortir et que ses gardes avaient recouvert de cire, pour la retenir prisonnière. Par cette fente, elle faisait sortir et rentrer alternativement sa trompe. Les abeilles ne virent pas d'abord ce mouvement^ mais enfin l'une d'elles l'apei^ çut et vint appliquer sa boucbe sur la trompe de la reine cap^ tivci puis fit place à d'autres qui vinrent également s'en approcher, pour lui donner du miel. Quand elle fut bien rassasiée, elle relira sa trompa, et les abeilles rebouchèrent avec de la cire, l'ouverture par laquelle elle l'avait fait sortir, ^a Entre midi et une beure^ ce même jour, la reine devint fort agitée. Les cellules royales de sa ruche étaient très multipUées, elle nç pouvait aller nulle part sans en rencontrer quelqu'une çt^dçs qu'eUe s'en approchait, elle était fort maltrfûtée^ frappait ^iUei^s et iie trouvait nulle part un meilleur ^ccueiL Ses cquhqs agitèrent enfin les abeilles qui restèrent pendant lon^^-temps d^^ns la plu? grançle confusion, puis se |irécipitèrenjt,vers la porte de la ruche, sortirent et allèrent se. placer sur un arbre du jardin. Ce qu*il y eut de singulier, c'est que la reine né p^t pas les suivre, ni conduire elle-même Tessaim« ;^Ue avait, voulu passer «ntre deux cellules royales avant que lés abeilles en eussent abandonné la garde, et elle
en avait été tellement serrée et mordue, qu'elle ne pouvait plus
te mouvoir. Nous renlevàraes et nous la plaçâmes dans une Tucbe séparée; les abeilles qui étaient formées en essaim , et qui s'étaient accumulées en grappe sur une branche d*arbre, reconnurent bientôt que leur reine ne les avait pas suivies et elles rentrèrent elles-mêmes dans leur habitation.
«Nous étions très curieux de savoir ce que deviendraient les autres cellules royales; outre celles qui étaient fermées, il y en avait quatre qui contenaient des reines parfaitement développéeSy et qui auraient pu sortir «i les abeilles ne les en avaient empêchées. Elles ne furent point ouvertes pendant le temps qui précéda l'agitation de Tessaim, ni dans Tinstant du jet.
«Le 11, aucune des reines n'était encore libérée; Tune d'elles avait dû subir sa transformation le 8 ; elle était donc prisonnière depuis trois jours. Enfin le 12, elle sortit et fut traitée exactement comme sa devancière ; les abeilles la laissaient tranquille lorsqu'elle était loin de toute cellule royale , et la tourmentaient cruellement lorsqu'elle en approchait. Le même jour deux reines étaient sorties avec leur essaim » (1), Huber décrit avec le même soin la conduite des abeilles ré^ tées dans la ruche et les luttes que se sont livrées les reines, fiorties de leurs alvéoles ; c'est à son ouvrage que je renvoie le lecteur désireux d*en connaître toutes les particularités. liOrsque la reine vient à manquer, les abeilles parais^nt fort tourmentées de cet événement, pendant Vingt-quatre heures environ ; s'il y a des nymphes royales dans les alvéolesi on en attend la sortie et on les laisse se disputer la royauté comme je l'ai dit tout-à-l'heure; s'il n'y a pas de nymphe royale, on élargit l'alvéole d'un œuf d'ouvrière, on lui apporte la gelée aigrelette préparée pour les reines, et le temps venu, on
I (t) Op* du t; I,p.ft55 «t laiv.
DM ARIHiLVX A&nCVLÉS. 117
r^Hiferme pour la laisser sortir ponmie des attributs de la royantë. Cette noarritare suffit pour qpéref la transformation d*iuie ouvrière et développe en elle les organes générateurs femelles, au point où ib doiv^t être pour engendrer; car les ouvrières sont aussi des femellesi mais dont les partie» sexuelles sont atrophiées. Dans aucun cas, les ouvrières ne vont chercher une reine ou une nymphe de reine dans une ruche étrangère; il ne leur faut, pour en faire une, qu'un peu de* gelée aigrelette donnée à une de leurs larves, et une grande alvéole dans laquelle cette larve puisse se développer oomplètement.
La reine des abeiUes'a une cour ; elle est entourée, de ce qse parmi les hommes, nous appelons des respects et dea bommagea; ellea une nourriture k part et, comme on l'a vu plus haut, sa loge coûte cinquante fois autant de cire qu'une loge ordin|||re : ces privilèges auxquels il faut joindre celui de la fécondation qui lui est exclusivement réservé , et celui de se mettre à la tète d'un essaim, sont les seuls dont elle jouisse , aussi est-il vrai de dire que ce sont des fonctions maternelles qu'elle exerce dans la ruche, plutât qu'une véri«* table royauté. Les ouvrières sont, les unes chargées de con<* atruire la ruche, les autres de récolter le mieL Les premières travaillent non pas isolément, mais successivement; on voit celle-ci poser les fondemens de l'alvéole, être remplacée par une seconde, puis par une troisième et par d'autres qui continuent et achèvent son œuvre ; tandis que certaines ouvriè"^ res avancent le perfectionnement d'une pièce, d'autres commencent k dégrossir les cellules adjacentes; s'il faut une reine^ elles élargissent plusieurs loges contenant des eeu& d'ouvrières, destinées à donner des reines. Pour les mâles et pour elles-mêmes, elles construisent des loges dîfféredtes* Si Ton oppose des obstacles à ce qu'elles construisent comme
flB' WÊkCovtéê
fiUesont lliabitndede le Mre^ ellet ft'aoeommodanlaniKCirooih sunces, modifient leur pian et Tiennent à bont de lenr entre* prise. Capal>)es de remplir k-A^-Ms les fonctions de maçons et œUes d'ingénieursi elles sont chargées de la sàretë de la l^ace. Les abeilles ont à se défendre contre les guêpes, les frelons, les teignes, les souris et les reines étrangères ; pour eitipécher ces animauit d'entrer dans la ruche j des abeilles teni tovtjours bonne garde, mais cela ne suffit pas toujours^ surtout quand elles ont à redouter un nouvel enaemi qui pro* fite de la nuit pour pénétrer chex elles) cet ennemi est le sphinx atropos, ou téie de mort. Quand les abeMles craignent ses attaques, elles munissent leurs portes comme nous faisons pour nos places de guerre. Tantôt elles y bâtissent un mm* dont les ouvertures sont en arcade et trop petites pour per^ mètre an sphinx de s*y introduire) tantôt elles élèvent plu* rfeurs cloisons les unes derrière les autres, ou megiuent leurs portes par des murs placés au-devant d*eyes« Contre Tinva^ don des abeilles appartenant à d'autres ruches et que le dei^r du pillage pourrait attirer, elles se défendent par des porter étroites qui ne laissent de passage que pour une seule adieille à-la^bis.
Leur prévoyance ne se borne pas là ; elles secondent les AelIleA mélliRres et préparem des alvéoles destinées à garder la provision de miel. En temps de disette, les alvéoles oHIttaires suffisent et au-delà, mais quand la réoolte de miel est Ctièft considérable, non-^ulement les abeilles cirières construisent ded cellules très grandes^ mais elles les multiplient beaucoup et les placent partout où l'espace le permet. On voit, dans le temps de grande abondance, des gâteaux irréguiiers doet lès cellules ont quinze et même dix*huit lignes de ptyrfbndeur. (1)
MS AlflVAVX AETICULis. 119
« Quant aux abailles qui ont pour destination de récolter In ntiel> ellee nourrissent tonte la ruche et font des provisions peadant la saison des fleurs, pour tout le reste de Tannée ; si les ruches sont remplies de gâteaux, les cirières vont aussi à la récolte du miel et le rapportent dans les magasins de la ruche. Tout le miel emmagasiné est enfermé soigneuse* ment : les cellules où il est déposé sont garnies d'un couver* cle de cire, qu'on n'enlève que dans les cas de besoin extrême et lorsqu'il n'y a aucun moyen de «s'en procurer ailleurs. On n'ouvre jamais ces magasins pendant la belle saison ; d'autres aiservoirs, toujours ouverts, fournissent aux besoins joumaners de la peuplade, mais chaque abeille n'y prend que ce qui lui est absolument nécessaire pour satis* fiiire au besoin présent, (i)
Jusqu'à présent Je n'ai parlé que des femelles; c'est qu'ai-* les Jouent le principal rôle dans la monarchie des abeilles, les mâles y sont comparativement en très petit nombre et n'y servent qu'à rscconpiement. La reine abeille, quand elle est en état d'être fécondée, s'avance vers la porte de la ru** che, et s'envole en la regardant, sans doute afin de la recon* nattre, et revient environ un quart d'heure après. Une se^ conde fois, elle sort, mais pour plus ldng*temps et sans qu'on puisse la suivre des yeux. Ainsi que les fourmis et beaucoi|> d'insectes, die est fécondée dans les airs où elle rencontre des ftiux-bourdons , revient dans sa ruche, et commence à pondre au bout de quarante-six heures. Le màfe qui l'a fécondée meurt bientêt, mutilé par l'acte même de la fécondation; les autres mâles continuent de. vivre
jusqu'au mois d'août. Vers cette époque, parfois même plus tôt, comme ils ne sont plus nécessaires et qu'il faudrait les
(i) Op, cir« t. 9, p. 6t.
120 FAGUtTÉS
nourrir sans enreiirer aucun avantage, on les met tous à moH^ et on détruit les nymphes qui pourraient en produire. L'heure de leur massacre arrivée, ils sont saisis par les ouvrières qui les tiraillent, les écartellent, les déchirent et les percent de leur aiguillon. Ceux qui ont échappé à la fureur des ouvrières, et qui ont cherché un refuge dans d'autres ruches, n'ont retardé leur mort que de peu d'instans , car partout on les détruit. Il y a pourtant une exception, c'est quand, dans une ruche, il n'y supas de reine ; on les laisse vivre pour féconder la reine qui viendra. Voilà quel est le rôle des mâles, et quelle part la nature leur a départie chez ks abeilles.
Pour accomplir toutes les actions dont je Tiens de parler, il faut que les abeilles aient des organes d'une grande perfection, et des sens délicats, aussi sont-elles douées de la vue» du toucher , de l'odorat, du goût , peut-être même de l'ouïe. Auraient-elles quelque autre manière de sentir? nous ne pouvons qae le supposer. £t au-delà des sens , au-delà des sensations qu'ils procurent , qu'y a-t-il ? Un centre nerveux et des facultés : une âme encore , ont dit un grand nombre des théologiens et de métaphysiciens ; mais pour mon propre compte , je n'oserais pas l'assurer.
Les facultés des insectes ont fourni matière à beaucoup de controverses , comme on a pu le voir en lisant le commencement de cet article ; les uns ont donné à ces animaux^ine véritable, intelligence , les autres la leur ont refusée. Buffon s'est rangé au nombre de ces derniers. Je vais rapporter textuellement les argumens dont il s'est servi, et j'y répondrai. Dans son DUeours $ur la nature des animaux , Buffon .s*exprime ainsi :
« Y a-t-il rien de plus gratuit que cette admiration pour les mouches, et que ces vues morales qu'on voudrait leur prêter; que cet amour du bien commun qu'on leur suppose, que
DBS ANIMAUX AETICULÉS. iSi
cet instinct singulier qui équivaut à la géométrie la plus sa* blime, instinct qu'on leur a nouvellement accordé, par lequel les abeilles résolvent le problème de bâtir le plus solidement quil soit possible , dans le moindre espace possible y avec la plus grande économie possible. Que penser de Texcès auquel on a porté le détail de ces éloges? Car enfin , une mouche ne doit pas tenir dans la tête d'un naturaliste , plus d'espace qu'elle n'en tient dans la nature $ et cette jrépublique merveil* leuse ne sera jamais aux yeux de la raison, qu'une foule de petites bétes, qui n'ont d'autre rapport avec nous que celui de nous fournir de la cire et du miel.
« Ce n'est point la curiosité que je blâme ici, ce sont les raisonnemens et Jes déclamations. Qu'on ait observé avec attention leurs manœuvres , qu'on ait suivi avec soin leurs pnn cédés et leur travail , qu'on ait écrit exactement leur génération , leur multiplication , leurs métamorphoses , tous ces d)jets peuvent occuper le loisir d'un naturaliste : mais c'est la morale , c'est la théologie des insectes que je ne puis entendre prêcher ; ce sont les merveilles que les observateur» ; mettent , et sur lesquelles ensuite ils se récrient , comme si elles y étaient en eflet, qu'il fàul examiner : c'est cette intelligence , cette prévoyance , cette connaissance même de l'avenir qu'on leur accorde avec tant de complaisance, et que cependant il faut leur refuser rigoureusement, que je vais t&cher de réduire à sa juste valeur.
« Les mouches solitaires n'ont de l'aveu de ces observateurs, aucun esprit, en comparaison des mouches qui vivent ensenn ble: celles qui ne forment que de petites troupes, en ont 0H>in8 que celles qui sont en grand nombre , et les abeilles qui , de toutes , sont peut-être celles q ni forment la société la plus nombreuse , sont aussi celles qui ont le plus de génie. Gela seul ne suflit-il pas pour faire penser que cette apparence d'es-
in fAeuiffis
prit on dé génie ^ n'es! qa'im réniltat mfciiilqae, mie cou* Mnâboii de moaTemeot proportiontièl au nombre, itn rapport 4iii n'est compliqoé que paroe qu'il dépend de plusieurs mil«* Vers d'Individus? Ne saiKon pas que tout rapport, tout désop* dre même , pourvu qu'il soit eonstant , nous paraît une hai^ mottie dès que nous en ignorons les causes, et que de la sup^ position de cette apparence d'ordre à celui de l'intelligenoey ti n'y a qu'un pas, les hommes aimant mieux admirer qu'ap-* proibndir?
' « On conviendra donc d'abord , qu*à prendre les moudias une à une, elles ont moins de génie que le chien, le singe et la plupart des animaux ; on conviendra qu'elles ont moinsde
docilité, moins d'attachement, moins de sentiment, moins, en un mot, de qualités relatives aux nôtres : dès- lors , on doit convenir que leur intelligence apparente ne vient que de leur multitude réunie. Cependant cette réunion même ne sup* pose aucune intelligence ; car ce n'est point par des vues mo^ raies qu'elles se réunissent , c'est sans leur consentement qu'elles se trouvent ensemble. Cette société n'est donc qu'un assemblage physique ordonné par la nature , et indépendant de toute vue, de toute connaissance, de tout raisonnement» La mère abeille produit dix nulle individus tout àr4arfois » et dans un même lieu ; ces dix mille individus» fussent-ils. en-* oore mille fois plus stuptdes que je ne les suppose , seront obligés , pour continuer seulement d'exister , de s'arranger de quelque fl^^n : comme ils agissent tous les uns comme les autres, avec des forces égales , eussent^ils commencé par se nuire, ils arriveront bienlêt à se nuire le moins qu'il sera possible, c'est-à-dire à s'aider^ ils auront donc Tair de s*en«* tendre et de concourir au même but. L'observateur leur prêtera bientôt des vues et tout l'esprit qui leur manque : il voudra rendre raison de chaque aoiion^ chaque mouvemeat:
DIS AMiMAVL umeuhis. 119
MTft bkniAe am aioti^ et de là sortiropl des merfeillee «» des rekesDemens tans nombre $ car ces dbL mille IndiH» dos qui ont été tous produits i-*ISrfois , qoi ont habile en» semble^ qni S6 sont tons métamorphosés à^'pen-près en même temps, ne penTOnt manquer de fiire tous la même chose, et pour peu qu'ils aient du sentiment, de prendre des habitudes communes, de s'arranger, de se trouver bien ensemble , de s*ooottper de leur demeure ^ d'y retenir après s'en être éloi* gnés, et de là l'architeeture, la géométrie, Tordre, la pré-* voyance, Tamour de la patrie , de la république, en un* mot i le tout fondé, comme on le Toit, sur l'admirât^ de r^bser-^ teur*
4t On donne plus dPesprit aux mouches dont les outrages sont les pins réguliers i les abeilles sont, dit<on, plus ingénimises que les guêpes, que les frelons qui savent aussi rarehitecture, mais dont les constructions sont plus grossie^ m et plus inrégulières que celles des abeilles. On ne veut pas voir oi l'on ne se doute pas que cette régularité plu^ ou meioi grande, dépend uniquement du nombre et de la figure, etnnOèmentde nntelligenee de ces petites bêtes t pins eHes SBot nonkbreuses, plus U y a de forces qui agissent également et qui s'opposent de même, plus il y a par conséquent de con^ trainte mécanique, de régularité forcée^ et de perfection ap^ parente, dans laur production.
a Cest par sentiment et non par raisonnement qu'agissent les abeilles c elles ramassent beaucoup pltis le cire et de miel qu'y ne leur en fnit , ce n'est donc pOint du produit de leur intelligence, c'est des.efltets de l^r stupidité que nous pro* fltoqs , car l'intelligence les porterait nécessairement à* ne ramasser qu'&^pett-près autant qu'elles ont besoin et à s'épargner la peine de tout le reste , surtout après la triste expérience que ce travail est en pure perte , qu'on leur enlève tout ce
lak VAGULTÉ8
qa'elleftODC de trop, qu'enfin cette abondance est là seirte cuilse de la guerre qu'on leur fait, et la source de la désolation el du trouble de leur société. »
' On ne saurait prendre au sérieux plusieurs de ces allégations. Dire « qu'une mouche ne doit pas tenir, dans la tète d'un naturaliste, plus d'espace qu'elle n'en tient de la nature, d c'est juger de la valeur des animaux d'après leur volume relatif; or , à ce compte, la fourmi serait au-^lessous du hanneton, l'hirondelle au-dessous de la buse , le chien an^essous du bœuf, et l'homme , combien n'aurait-il pas d'animaux snpérieurs à lui ? Buffon consent à ce que l'on examine les ma* nœuvres des msectes , leur génération , leur multiplication , leur métamorphose , et puis il veut que l'on en reste là : les abeiOes n'ont ni intelligence , ni prévoyance , ni connaissance de l'avenir ; ce sont «de petites bétes qui n'ont d'autre rapport avec nous que celui de nous fournir de la cire et du miel. » Que les abeilles n'aient pas la connaissance de l'avenu*, je l'accorde sans peine $ mais sous ce rapport, l'homme a-i4l plus d'avantages que les abeilles? Non, assurément. Quant à ce qui regarde la prévoyance et l'intelligence, discutons : a Les abeilles recueillent plus de cire et de miel qu'il ne leur en Haut; elles pourraient s'épargner la peine de tout le reste, nous profitons, en leur prenant ce qu'elles ont de trûp, des effets de leur stupidité. » Mettons, pour un moment, l'homme riche ou économe à la place de l'abeille ; un voleur vient , qui lui prend seulement ce qu'il a de trop , disonsnous que le voleur prefite des effets de la stupidité de celui qu'il vole? Et l'avare qui , pour amasser, se prive des cfioses uécessairesà la vie , n'esl-il pas plus stupide sous ce rapport que l'abeille. L'abeille économise, mais elle jouit; l'avare économise et ne jouit jamais.
« La mère abeille produit dix mille individus tout à-la-fois
DSa ANIMAUX AttncutÉs. 196
et dans un mèoie lieu; pour continuer d'exister , ces dix milfe individus sont obligés de s'arranger de quelque façon , de se nuire le moins possible , puis de s'aider , de s'entendre , de concourir au même but, de prendre des habitudes communes, de se trouver bien ensemble, de s'occuper de leur demeure, d'y revenir après s'en être éloignés, etc. i» Que les abeilles soient obligées de s'arranger de quelque façon, je ne le conteste pas , mais que cette obligation provienne de ce qu'elles naissent toutes à-la*fois et dans un même lieu , je ne l'accorderai jamais. Pourquoi tant d'autres animaux qui nais-» sent aussi à-kbfois et dans un même lieu, n'ont-ils pas des faa* bitudes semblables à celles des abeilles? Et d'ailleurs, comment concevoir que toutes les actions des abeOles soient dues à cette cause? Tantôt, on les voit agir individuellement, tantôt agir de concert; les unes travaillent, les autres restent dans l'oi"siveté. Dans la même ruche , on ne souffire pas deux reinea, et si par hasard, il s'en rencontre deux, elles sont obligées de se battre jusqu'à ce qu'une d'elles périsse. N'est-ce pas là me grande preuve de sagesse, et, dans nos monarchies, quand deux prétendans se disputent un trône , le peuple qui prend part à ces luttes , ne ferait-il pas mieux d'imiier les ' abeilles, plutôt que de s'entre-égorger ? Le premier soin de la reine qui sort de son alvéole est d'aller tuer les reines non encore sorties de la leur, et ai les. ouvrières n'ont pas besoin de plusieurs reines , elles \sl laissent agir, sinon eUea f6nt bonne garde pour conserver des reines précisément autant qu'il leur en faut. Le massacre de tous les mftlesi lorsque l'on n'a plus besoin d'eux, leur conservation dans les ruches qù il n'y a pas de reine féconde, peuvent-ils être re* gardés comme les effets d'une force aveugle? La plupart dea actions des abeilles sont de même nature , et l'interprétation qpe leur donne Buffon, doit être considérée connue n'ayani
jm IkVïQ^Êàit nlemt* 3t le demande/si low ne* commis ,8ioii» pas Itê ftbaUlM et qu^io observatetir q«l en anraft èêooaveit rexîâience elles moeurs, vtm an^ourd'hal nous révéler toat oe qae l'on en a appris depuis Aristote Josqa^à Bid>er, et si, pour éprooirer notre sagacité) cet observaiemr M noua décrivait pas la ferme des abeilles et nous talsak également c^taines particnlarités relatives à leur féeonda^ tifm^ eal41 beaucoup d'Iionounes qui n'en fendent pas das 4lres très approchant de l'espèce humaine?
« Les abeilles ont moins de docilité, moins d^tmcliament, moins de sentiment, en un mot moins de qualités relatives ana n6tres^ que le chien, le singe et la plupart des animauL > Cela est vrai, Thomme ne peut pas se metuns en rapport aveu une abeille comme avec un chien ou un singé, malsest««s la fiiute de l'abeille ou la tente de l'homme? Estnce parce que 19a organes de l'abeiUe sont trop petits, eu parce que ceux da l'homme sont trop volumineux , que les rapporta entre edi aant impossibles 2 Cette cireonstance toute matérielle, fùt^^Ua seulea flMtirait nécessairement entre l'homme et Tabeille UM barrière infranchissable.
Gondillae qui, le premier, a réAité plusieurs des argumens deBnflbn, admet que les bétes sont capables de quelques cofp naissanceg. s Ce senttanent , âit<41 (i), qui est eelui du rtû^ gaire, n'eu combattu que pm* les phfloso^es, c^est-ft^^ref par des hommes qui d'ordinaire uLneni mieux une absurAf té 4u'Hs imaginent, qu'une vérité que fout le monde adopte, tr Il admet qu'entre les bètes et l'homme, la différence, pour ce q«d eohcerae la pensée, n'est que du plus au moins ; le moine dont sont pourvus les animaux, il s'appelle instinct; le plus qni appartien t à niomme, il l'appelle raison, a Ce qui man^^
" (1} T\raUé da animaux^ a* partie : Dei fecuUes des animaux.
DXS AiriKâfiK AITICULÉI. ttf
qnê surtout aux Mtet, ajoute-t-il, c'est nu taoycn de sa eooH Draniqoer leurs idées, c'est le langage : privées de cette re»r source, chacune d'elle n'a guère pour s'instruire que sa seule expérience, tandis que rhomnie accumule sur les connais^ sanees de ceux qui l'ont précédé , les résultats de son expé* rience particulière. » Le langage ne manque pas aussi euiièt rement aux animaux que le croyait Coodillac, nous ayons vu que les fourmis sont loin d'en être dépourvues , et nous m pouvons guère le reftiser aux abeilles, quand nous oonsidé^ rons raccord qui règne dans leurs actions. Les unes et les autres, de même que tous les animaux, ont sans doute le iaù^ gage qui convient à leur nature et à l'étendue de leurs idées i car on ne conçoit pas qu'elles puissent avoir des idées de re« lation, par exemple, sans posséder aucun des moyens néces« saires pour les exprimer.
Le meilleur historien des abeilles, Hnber, dans une lettre qu'il écrivait à Charles Bonnet (1), a laissé échapper eette phrase : c Les abeilles n'ont que dês iddeê pwnmiîâMi êetui* hlês et pas de prévoyance, pas de combinaison, elles agissent entQitnées par le plaisir ou la crainte de la douleur. » Quel plaisir, demanderai«je à Huber, peuvent prendre les abeilles à renfermer les nymphes royales, à retenir les reines caltaH trées dans leurs alvéoles, et à les y nourrir en attendanl qu'elles en aient besoin pour conduire un essaim ? Pourquoi mettent*eUes des couvercles diiférens aux dillérentes sortes d'abeilles ? Pourquoi portent-elles la bouillie royale aux lai» tes des reines? Pourquoi dire que les reines ont une cour él sont entourées de respectueuses ouvrières? De pareilles ao^ lions, chez les hommes, n'indiquent-elles que des idées sen«^ sibles, ou n'exigent^elles pas au contraire de la prévoyanêi
(0 Op. cit., t i,p; 3i3.
itt FACULTÉS
et delà réflexion? Aa reste, c'est dans un seol endroit qn'Hnber donne aux abeilles des idées purement sensibles , souvent il est comme ravi d'admiration devant les marques nombreuses d'intelligence qu'il découvre en elles, et il exprime cette admiration d'une manière tellement positive, qu'il va presque jusqu'à l'égaler à celle de l'homme.
Les psychologistes qui refusent toute intelligence aux ani-* Biaux, allèguent que chaque animal agit comme tous ceux de son espèce, sans y rien :^outer, sans y rien retrancher, sans avoir eu besoin d'apprentissage^ et sans pouvoir lui-même rien transmettre à ses semblables; ils comparent à cette uniformité d'actions presque toiyours restreintes dans d'étroites limites, l'immense variété des actions de rbomme, l'étendue et l'élévation de ses idées, et surtout ils font valoir la perfectibilité de l'espèce humaine dont les générations s'enrichissent successivement de toutes les connaissances acquises avant elles : la brute, comme ils disent, tient au monde physique seulement, tandis que l'homme s'élève au monde intellectuel 61 moral. Les conséquences qu'ils tirent de ces fiiits, c'est que l'homme seul a conscience de ses actions, que seul i^ est libre, tandis que les animaux ne savent en aucune manière comment ou pourquoi ils agissent, ou qu'ils le savent tout au {dus comme nous le saurions dans un rêve.
Pour ce qui concerne les animaux, on ne saurait discon-» ïenir qne leurs actes ne soient infiniment moins variés que ceux de l'homme, cependant ces actes ne sont pas tellement réglés à l'avance qu'ils ne puissent être modifiés suivant une foule de circonst^ces imprévues. Les animaux attaquent et se défendenti ceux qui chassent emploient m{lle ruses pour réussir; ceux qui construisent varient souvent leur travail suivant les localités; s'ils se sont trompés, ils détruisent ce qu'ils ont fait et recommencent une nouvelle constructiQU. Ce