Plusieurs forment entre eux une sorte de société
7. Six espèces de poissons seulement s^unissent pour l'acte de la génération.
S. Ils ne soignent pas leurs petits; quelques-uns les mangent.
9. Un seul se creuse une demeure , mais beaucoup s'en* foncent dans la vase ; d'autres se mettent la tête dans la terre pendant la saison glaciale.
10. Les émigrations des poissons ont pour but la recherche d'un lien propre à la ponte et à la fécondation des œufs.
§ iy. BSCHSaCHE DU SIÂGE DES FACTTLTiS DÉPAATIES km
POISSOBTS.
Le siège des facultés intellectuelles est l'encéphale ; mais les facultés sont diverses et les encéphales diffèrent les uni des autres , il s'agit de déterminer quel rapport il y a entre ces variations ou, en d'autres termes, de savoir si une certaine capacité intellectuelle correspond à un volume déterminé de substance encéphalique^ et si chaque fiieallé spéciale correspond à, une forme déterminée d'une por* tion quelconque de cette substance. J'ai déjà touché ce si^et à Toccasion des mollusques et des articulés ; mais l'impossibilité de faire une appréciation rigoureuse de la forme et du volume du ganglion céphalique, chez la plupart de ces animaux , ne m'a pas permis d'examiner alors la question dont il s*agit ici.
Quant aux encéphales des poissons, ils se divisent en deux ordres bien distincts , celui des chondroptérygiens et celui des poissons ordinaires. Jetez un çoup-d'œil sur la planche deuxième et voyez la grande analogie qu'il y a entre l'encéphale de la baudroie, de la morue, du brochet , du rou-
216 &BCHBECHB BU 8IÀGB DSS FACULTÉS
get et même de l'anguille, et jugez de la différence que présentent ces encéphales avec celui de squale-renard. Les autres squales et les raies ont avec ce dernier une ressemblance très grande, ainsi qu'on en pourra juger, si on veut bien le comparer avec celui du requin (i) , du squale glauque (2) , du rochier (3), du mélandre (4), et de la raie bâtis (5). Ces derniers ont tous des lobes olfactifs très développés, un lobe cérébral volumineux et un long cervelet; ils ressemblent aux poissons osseux, principalement par les lobes optiques. Entre eux, ils n'offrent que de légères dissemblances; le lobe olfactifdu requin (j8q%uiluscarchariai)e&t encore plus considérable que dans les autres squales et que dans les raies; le ganglion céphaliqne est moindre dans la petite roussette ou rochier que dans la grande roussette (squaluê canieulà); dans la raie bouclée, les lobes sont peu prononcés.,
peu saillans , tandis qu'ils le sont beaucoup dans la grande roussette , le sqtiale renard et le requin. Le cervelet est l'organe qui présente les plus notables différences ; lisse comme tous les autres ganglions chez les poissons osseux , sa surface présente dans la raie bouclée , une dépression cruciale et en arrière quelques dépressions latérales que l'on retrouve aussi chez le squale rochier et la grande roussette, et qui se creusant davantage chez le squale-renard et le requin , se convertissent en véritables lamelles analogues aux circonvolutions cérébelleuses des oiseaux et des mammifères. J'ai compté huit lamelles complètes, c'est-à-dire allant de droite à gau-
(1) PubUc par Ajr»aky.
(a) Publié par Rolando.
(3) Publié [wr Desmoulins.
(4) Publié par le même.
(5) Publié liai* M. Swau» M. Martin Saiut-Ange a aus&i publié une excellente figure de Tencéplia-e de la raie^ mais il n'a pas indiqué bur quelle espèce il l'avait pris.
DÉPAATIE8 AUX M>ISSONS. 217
che, sans aucuBe interruptioD, sur le cervelet du squalenre** nard) et quelques autres circonvolutioDS très petites et in* complètes; dans le squMe-glauque, Rolando en a figuré dit.
Chez les poissons, osseux, Fencéphale varie aussi sur plu* sieurs points. Le lobe optique est assez uniforme , mais le lobe olfactif n'est pas, à beaucoup près, également développé chez tous I quelqlyefois, ainsi que je Tai dit ailleurs, il est doublai tandis que d'autres fois il existe à pefâe ou se confond avec le ganglioor cérébral. 11 est très petit dans la baudroie, le brochet, le rouget,';et devient plus considérable dans la morue. Chez le xiphias , il est cinq à six fois plus gros que le ganglion olfactif, et il est double de celui du cervelet. Je ne connais aucun poisson qui ait le ganglion cérébral , comparé aux autres ganglions encéphaliques , plus considérable que le xiphias. Le cervelet très petit dans la baudrçie et le brochet , est allongé dans le rouget et 1^ morue, et tend à se rapprocher du cervelet des raies et dea squales.
Sons le rapport des facultés , ainsi que nous l'avons vu dans le précédent article , les poissons peuvent se diviser en plusieurs catégories : les stupides , c'est le plus grand nombre , les féroces , les rusés , les industrieux , les sociables et les amoureux. Par amoureux , j'entends ceux chez lesquels la fécondation s'opère au moyen de l'union intime des deux sexes. En tête des poissons féroces : sont le squale et le brochet; tous deux également sanguinaires , dévastateurs , insatiables , 11$ régnent en véritables tyrans , l'un sur les eaux salées, l'autre sur les eaux douces ; tous deux ayant recours à la ruse la font servir à l'assouvissement de leurs appétits gloutons. Insociables au même degré , si on les trouve réunis , chacun avec ceux de son espèce , c'est parce que ensemble ils cherchent une proie; mais s'ils n'en rencontrent pas, ils se livrent entre eux des guerres acharnées. Ils diffèrent cependant en un point »
318 BKCHUGBE DU 80BGB DBS FACULTÉS
le squale mâle s'uait au squale femelle , ce que ne fait pa» le brochet. Comparons les encéphales (Voyez planche il), ils sont aussi éloignés Tun de rauire^^uant à la forme, qu'un enc^ale de poisson puisse être éloigné de l'encéphale d'un autre poissQO. Ce sont les ieux extrêmes. La morue , animal des plus stupides , est plus rapprochée du squale-renard , en ce qui concerne son encéplfale , que le brochet. Chez le brochet , c'est le ganglion optique qui l'emporte sur les autres, chez le squale-renard , c'est le ganglion cérâ)ral ; le cervelet du squalç-renard est énorme et tra.versé par des lamelle^ dont on n'aperçoit pas la moindre trace chez le brochet. Ici se présente une question phénologique , la première que j'aie à exar miner et sur un point qui , au dire des phrénologistes, est des mieux établis. Le squale-renard, ainsi que les autres squales et les raies ont de l'amour , au moins de l'amour physique ^ et leur cervelet a une organisation plus parfaite que celle de presque tous les autres poissons. Y a-t-il là corrélation» rapport de cause à effet, ou simple coïneidence? les phrénologîstes établissent qua le cervelet est l'organe de l'amour physique, que si le cervelet est peu développé, l'amour est faible $ que, &'il est grand , l'amour est passionné ; que s'il est malade, l'amour s^altère ; et pleins de confiance dans cette opinion , Us V ont examinant la nuque des uns et des autres, dans le monde, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les pris(ms, dans las bagnes, et disant à chacun quelles sont et l'intensité et la variété de ses penchans amoureux. J'ai toujours ambitionné de posséder cette science, aussi belle au moins que la science divinatoire, et toujours elle m'a fui. Dans ma jeunesse, je voyais Spurzbeim découvrir sur une tête, telle saillie que je n'apercevais pas , et dans un cerveau , tel volume comparatif qui ne m'était pa& démontré. Doutant de la justesse de mon coup-d'œil , car souveni j'éia» le seul parmi les assistaw,
DlfePÀBTIES AUX POISSONS. 219
qpi ne pouvais voir coiHme SpHrzheim , je psis le compas et la balance, puis plus tard le scapelf et je passai du douie à Viocrédulité.* La manière dont Gall appréciait le volume et dans certains cas, la turgescencç de l'encéphale ou des différentes parties de cet organe, m'avait toujours paru singtlière. Pour peser le cervelet, par exemple, il le prenait dans la main et jugeait de son poids; pour en connaître les dimeisions, il 1q mettait dans leau et jugeait de son élargissement (1). Quant à la turgescence, Gall compa^rait Tétat du cervelet des oiseaux, par exemple, au printemps et en automne, il décidait qu'au printemps la turgescence avait augmenté, et il fais^it remarquex* que cette saison est celle des amours (2). Pour admettre ces Caita comme réels, il fallait avoir une grande oonfianee 4ms l'exactitude d'un couprd'œil, dans la fidélité d'un souvenir ; et cette confia^<;^, je ne l'avais pai^ Dès-Jors, je résolus tl'ebserver, de peser , de disséquer* Abordant la question des rapport» de rintelligence , des passion& et des instincts avec le développement des centres nerveux , non pas pour prouver une doctrine, mais pour en chercher une, je m'atiachai strieldment et sans idée préconçue à Tobservation des faits. Ceux qui liront mon livre jusqu'au boui^ dîvont si j'ai ou raison d'avoir cbosi eetie route.
Pour obt^ûr sur le . rapport de la perfection du cervelet des poisson^ et le développement de leur amour quelque donnée satisfaisante; il faut ehereher d'abord s'il y a ooincî* dtence entre ces deuxfiftlts. £h! bieB> cette coineidoiice n'existé même pas. Les squales, les raies, les chimères, les syDm%<thés , les blennies , les silures , et les anguilles présentent le phénomène de l'union sexuelle, et parmi eux il y a seulement un certain niDmhre d'espècea de sqoalea ^ de raies qui aient
(0 Sur les foncdons du cerveau, etc., t, 3, p. 455. i^) Ëèid, ^ag» aSt,
220 ABCHBaCBfl' DU SliGB DK8 FACULTÉS
des lamelles an cervelet ; la petite et la grande roussette n'en ont pas, U en est de même de la raie bâtis : ces trois derniers animaux présentent seulement de très légères dépressions : je ne sache pas qua l'on ait examiné sous ce point de vue, les syngnathes, les blennies et les silures ; ainsi , pour ce qui les concerne , je reste en suspens : quant à l'anguille , il est hors de doute que son cervelet n'a pas de lamelles et qu'il y a, chez elle , comparativement moins de cervelet que chez la morue ; et cependant elle exerce l'acte de la copulation , de la même manière que les squales et les raies. Si, pour surabondance de preuves , on compare le cervelet de la morue qui ne présente pas le phénomène de l'union sexuelle , à eelui des chiens de mer ou roussettes, on leur trouvera une analogie presque complète , et l'on aura ainsi , pour le même organe, dés fonctions diflMrentes.
Ainsi, d*9né part copulation avec un cervelet très développé et avec un cervelet à pefaie dévelopj^ ; et d*auure part absence de copulation avec un cervelet bien développé; d'où' U faut conclure qu'entre l'acte de la cop«latioi> et la perfection du cervelet, il n'y a , chez les poissons, ni corrélation , ni même coïncidence; or la copulation étant le phénomène principal de l'amour physique, il est rationnel de conclure que l'amour physique ne réside pas dans le cervelet, chez les poissons.
Quant à la ruse, elle n'a pas plus que l'amour physique, un développement ou siège particulier appréciable , dans l'encéphale des poissons, car la raie et la baudroie' (v. pL il) qui sont deux animaux doués de ruse, ont l'une et l'autre un encéphale très différent ; l'encéphale de la raie ressemble à celui des squales, et l'encéphale de la baudroie à celui du brochet; or la raie et le squale n'ont pas les mêmes instincts, pas plus que la baudroie et le brochet.
Nous ne possédons malheureusement qu'une assez nuiuvaise
DiPABTIBS àVX POISSONS. 221
Égare du xiphiag giadku^ ou xiphias espadon, c^est flrile qui a été publiée par Arsaky (1) j toutefois on y peut distinguer de très petits ganglions olfactifs 5 des ganglions cérébraux très considérables , des tubercules optiques recouverts, en grande partie par l'extrémité postérieure dft lobe cérébral, et un cervelet allongé à-peu-près comme chez le chien de mer , mais sans^mcune dépression. Ainsi le voli^ne le plus aonsidérable appartiendrait au cerveau, ce qui se trouverait en harmonie parftûte avec le développement inl^Uectnel du xiphias, considéré d'une manière générale , mais ce qui ne nous apprend rien sur le siège des qualités ou des facultés spéciales dont ce poisson est pourvu.
La .première conséquence à flrerde ces faits, c'est qu'il ne faut pas attribuer à la forme qu'affecte la substance- nerveuse encéphalique, un très grande • import^ce ; en effet,- rien ne prouve que, cVea les poissons, ello corresponde avec le développement ou la nature des facultés. Sans dcpte, on doit la prendre en considération, mais la* regarder comme pouvant servir à indiquer les attributs de la substance cérébrale, •. c'est s'exposer à de nombreux' mécomptes. Avec des formes très simples, le système nerveux des insectes donne des pro-* duits extrêmement variés, tandis que les poissons qui par la division de la masse encéphaiique, se placent au-dessus des insectes, sont, quant à leurs facultés, fort au-dessous 4e» araignées, des fourmis et des abeilles. Ampère a placé sur le même échelon, dans des séries parallèles, les crustacés et les poissons \ les instincts de ces animaux sont en efljpt très analogues, pourtant il y a dans la forme »du système nerveux céphalique des uns efrdes autres, une tf es grande différence. La comparaison du volume de la substance nerveuse encéphali-
(1) Op, eii, pi. 1 » fig. (S et 6,
2S^ EBCHEBCflV m SficlB 1»» VAGrVfiS, STC.
qne, à G«liii do corps entier et à celui de la moelle épinièrei et des nerfs, fonrnira des données plus satisfaisantes, mais co n'est pas encore ici le lieu d'en parler.
Le degré d'ouverture de l'angle facial ou angle de Camper^ s'applique à la détermination du degré d'intelligence des poissons , d'une manière aussi malencontreuse que la phrénologie.- On sait que Camper lirait une ligne qui, partant dulhont, des^ cendait jusqu'au bord alvéqlaire de la mâchoire supérieure et qu'il coupait cette ligne par une autre qui, partant du trou oc-« cipital) se prolongeait en avant, pour aboutir au même point de la mftcboire. Le degré de l'angle formé par la rénnion de ces deux lignes indiquerait, s'il est grande une grande intelli-* gence i s'il est aigu, de riftibétillité. Cette règle appliquQd aux poissQps tomberait plus d'une fois à rebours $ le xiphias a svr la mftclioire supérieure, un prolongement osseux qui a jusqu'à deux mètres de longueur ; et les poissons si habiles à chasser aux io^etea, tels que spare trompeur et le zëe ont une sorte de bec allongé en ibrme de tuyau , qui rapetisse singulièrement leur angle facial et mettrait an-dessus d'eu te stupid; morue.
BÉSUMÉ.
1. La forme de l'encéphale des poissons ne corrrespond pa^ avec la natufe et le développement des facultés dont ces anf» maux sont pourvus.
2. La lamellatîon du cervelet, indice du perfecfionnefflenf de cet organe ,*li'est pas liée au phénomène prmcipal qui caractérise l'amour physique.
«TâTiU IfERTBUt DBS BBPTItBS. 22S