‹ Anatomie comparée du système nerveux (volume 2)Chapitre 36 sur 66 · DES REPTILES · texte numérisé non relu

DES REPTILES

un bœuf, il s'enfonce dans Teau , va le saisir par une Jambe , raiiire an milieu de Peau et le noie pour le manger ensuite. Ils ne craignent pas non plus d'attaquer les hommes, de grimper dans des barqnes de pécheurs , ou de poursuivre à terre de malheureux fuyards, qui « s'ils n'ont pas l'art de retarder la marche de leur ennemi, en faisant de nombreux détours, sont bientdt saisis et dévorés. La raideur du corps des crocodiles les oblige à marcher droit devant eux, et le seul moyen d'éviter leur poursuite, c'est de prendre, quand on les Itait, une course tortueuse.

Les crocodiles ont pour ennemis le tigre, l'hippopotame, le poisson scie, plusieurs cétacés. Maintenant, partout où ils existent, les hommes leur font la guerre; autrefois, en Egypte, on leur élevait des temples, on les adorait, et c'est i eux que la ville d'Arsinoé élait consacrée.

Ils sont susceptibles , dit- on, d'être apprivoisés; je croirais plutôt qu'ils sont seulement susceptibles d'être rassasiés; car c'est en les nourrissant beaucoup et en ne les laissant jamais avoir faim , qu'on est parvenu à les empêcher de se montrer féroces. Ils vivent ensemble , parce que leur nature les porte à habiter les mêmes lieux , mais ils ne sont nullement sociables. Leur accouplement dure moins que celui des antres reptiles ovipares ; il a lieu la femelle étant sur le dos. Les soins du mâle se bornent, après l'accouplement, à aider la femelle à se remettre sur les pattes. Celle-ci fait quelquefois, avec des débris de plantes, un nid dans lequel elle dépose ses œufs, qui servent alors de nourriture à beaucoup d'animaux.

Parmi les reptiles , les crocodiles sont ceux dont la voix est la plus retentissante ; ils poussent des mugissemens qui glacent d'effroi ceux qui les entendent.

Appétit presque insatiable, ruse et cruauté, ces caractères appartiennent essentiellemeni au crocodile.

Jjjie serpent est le symbole de la {urudenoei c'est à ce titra et poQ ^as à d'autres qu'il a été regardé comine le dieu des p^decins. La prudence est, eu effet, une de ses qualités , ca? il praint le bruit, il fuit le dauger, et ue s'avauce que lorsri qu'^V^est à*peu-prè8 sûr de faire du mal sans avoir aucun risque ù courir. Cette prudence-là n'est pas de mon go6t, et le^^ergen^ de la Genèse est, à mon avis» beaucoup mieux 4ans son rOle que la serpent d'£sculape«

Parmi les animaux qui vivent de cbair, souvent nous ap«* pelons doux ceux qui ne s'attaquent pas à l'homme ou aux grands animaux , et nous appelons féroces ceux qui sont dans le cas contraire : notre jugement n'est pas alors sana partialité. Dans la classe des serpensi par exemple, noua avons plusieurs serpens proprement dits | et toutes les cou-* leuvres qui n'ont aucun venin et qui ne cherchent même pas à mordre. Ceux là ne nous inspirent aucun effroi» nous disons qu'ils sont doux ^ les autres, nous les redoutons, nous disons qu'ils sont cruels et féroces. Des voyageurs racontent qu'ils ont vu un énorme serpent lutter avec un tigre qui a fini par succomber, malgré la plus vigoureuse résistance $ ce serpent est mis au rang des animaux féroces; la couleuvre qui vit de grenouilles, le lézard qui chasse aux insectes, sont réputé» très doux. Pour les grenouilles, si elles pensaient, les rep-* tiles féroces seraient les couleuvres, pour les mouches ce seraient les lézards : à l'égard des grenouilles et des mouches, les boas, les serpens à sonneites seraient, au contraire,, des animaux justes, laissant dans le repos les animaux ijioffensifs , et faisant la guerre seulement à ceux qui peuvent leur nuire. Il arrive souvent à l'homme de ne pas raisonner autrement que ne feraient, dans ce cas, les grenouilles et les mouches.

Se nourrir de chair, c'est être carnassier; prendre une

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proie vivanie, c'est être cruel; choisir pour victime un animal égal ou supérieur à soi , c'est être féroce $ vivre d'herbes on de petits animaux qui ne se défendent pas, ou de grands animaux que l'on ne tue pas soi-même , c'est être doux et paisible : voilà une des vérités humaines contre lesquelles il ne s'est élevé que de rares et inutiles protestations.

A ce compte , les espèces dont l'humeur est paisible soot en assez grand nombre : la Qouleuvre commune est timide, presque docile, et jusqu'à un certain point, susceptible d'être apprivoi^ i la couleuvre à collier est dans le même cass on la trouve quelquefois dans les étables, attachée au pis des vaches dont elle tette le lait ; la lisse , le serpent d'Escubiipe, la couleuvre des dames , la bande noire, Tagile , la rhomboi* dale, la daboie que l'on a divinisée dans le royaume deJoida^ sur la côte occidentale d'Afrique , et plusieurs autres , toutes également dépourvues de venin , n'attaquent que les petits animaux tels que les grenouilles, les lézards , les petites soi^ ris, les jeunes oiseaux et les insectes. £lles s'adressent ne rement à des animaux d'une force égale ou supérieure à la lem* ; aussi ne luttent-elles presque jamais que pour se dé^ fendre. Il y a cependant une époque de l'année où elles de<viennent U*ascibles , c'est Tépoque de leurs amours ; alor^ elles ne svpportent pas la contrariété et se monurent très disr posées à mordre. La faim n'a pas sur elles autant d'empire que l'amour , et comme elles trouvent presque toiyours en abondance des animaux qui ne savent pas se défendre et dont elles font leur nourriture, elles n'ont besoin ni de ruse ni du force pour s'en procurer. J'ai conservé pendant quelque» temps une couleuvre à collier , dans une botte percée do trous : elle y restait ordinairement fort tranquille, et de loin à loin , je lui donnais une grenouille à manger. Il hii arrivait parfois de faire de violens efforts pour sortir de sa prises , et

si elle y parvenait, elle allait déposer ses excrémens dans un Ken retiré dont elle s*éloignaU anssitât ; si après des efforts redoublés , elle trouyait une résistance qu'elle ne pouvait vaincre» elle rendait ses excrémensdans sa botte, mais il était évident que c'était faute d^avoir pu faire autrement : c'est là un instinct de propreté qu'il ne faut pas passer sous silefice*

La proportion des serpens venimeux est aux autres serpens à-peu*près, dans la proportion d'un tiers. Les serpens venimeux n'ont pas tons un instinct de cruauté en rapport avec l'intensité d'action du poison que contiennent leurs vé^ sicules dentaires; quelques-uns peuvent même s'apprivoiser après qu'on leur a arraché les dents canines ou crochets. Toutes les vipères sont venimeuses, et il paraît qu'elles le savent, car souvent elles se cachent pour épier ime proie qu'elles mordent à l'improviste, et se retirent aussitôt, comme pour attendre l'effet de la morsure qu'elles ont faite. Parmi elles , on cite le naya ou serpent à lunettes , qui , malgré sa férocité et son audace, obéit à la voix ou au geste de certains Jongleurs indiens. Plusieurs autres sont dans le même cas ; mais aucune de ces vipères, quoique privées de leur venin, ne devient timide et douce avec l'homme, autant que les couleuvres. Les serpens à sonnettes sont tous très venimeux, rusés, et rien n'a pu encore adoucir leur naturel féroce. Tonte proie leur est bonne, car il suffit qulls mordent pour tuer, tant leur poison est subtil. On dit même du boîqitira que son regard stupéfie les animaux , au point qu'ils viennent d'eux mêmes se jeter dans sa bouche. Toutefois leur extrême gloutonnerie leur est souvent fatale : comme ils ne peuvent pas toujours engloutir leur victime en une seule fois , il n'est pas rare que Ton en rencontre ayant dans la bouche un animât qui n'a pu y entrer qu'en partie. Engourdis par l'acte de bi

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éigestioDv embarrassés par le reste de proie dont leur bouche esl remplie I ou s*en empare alors et on les tne. Certains cocIhmis en sont friands ; de grosses couleuvres s'en nourrissent; les nègres eux-mêmes ne dédaignent pas d'en manger. Les serpens à sonnettes voguent sur Teau avec facilité, poursuivent les barques des pécheurs , et une espèce de ces ser* pens nommés piscivores, se cachent dans les arbres qui pendent aux bords des fleuvesi pour guetter et saisir au passage les poissons, les oiseaux et même les hommes.

Les plus grands et les plus forts des serpens , sont les boas. Us ont vingt, trente, et jusqu'à cinquante pieds de longueur. Pline parle d'un de ces animaux qui se présenta de* vaut l'armée romaine, sur les côtes septentrionales de l'Afrique, et l'empêcha d'avancer. Quoique non venimeux, ils n'en sont pas moins redoutables^ ils avalent des animaux d'un grand volume, et du temps de l'empereur Claude, on en tua un à Rome, qui avait dans le ventre un enfant tout entier, ils ne craignent pas d'attaquer les quadrupèdes les plus féroces» Us les enroulent autour de leur corps et les écrasent; s'ils sont près d'un arbre, ils y attirent leur victime qu'ils broient contre cet arbre, en les comprenant l'un et l'autre dans une même étreinte. Us joignent la ruse à la force; ils savent attendre un ennemi, le menacer, le fuir, et saisir le moment favorable pour s'emparer de lui. L'un de ces serpens, le devin, plus redoutable que tons ceux du genre auquel il appartient, a eu de nombreux adorateurs : on lui a élevé des temples ; des prêtres ont sacri&é des victimes sur ses autels. Long-temps , et dans plusieurs pays, des hommes lui ont immolé des hommes !

Une passif est, chez les serpens, plus forte que la feim, plus forte que le sentiment de leur conservation; cette passion est celle de l'amour. S'ils sont surpris au moment de leur union , le màlc défend sa femelle , il s'expose à toutes sortes

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d« périls pour la conserrer, il se laisse mutiier ptait6t que de fuir. Cette union dure un jour tout entier ^ et même plusieurs jours : puis quand elle est consommée j les deux indrridas se séparent l'un de l'autre et ne se reconnaissent plus. Ceux des serpens qui sont ovipares vont déposer leurs œufs tantôt dans le sable où la chaleur du soleil les fiiit édote y tantôt dans un fumier qui^ en s'ëchauffant par la fermentation, produit le m Ame résultat. Ceux qui sont vivipares (les vipères) ne prennent aucun soin de leurs petits.

Les grands serpens vivent seuls; les vipères et les couleuvres sont souvent réunies dans un même lieu, plusieurs de la même espèce : on en trouve quelquefois entrelacées les unes dans les autres, et elles passent ainsi la saison froide pendant laquelle elles restent engourdies.

Il est des circonstances dans lesquelles les serpens font en» tendre un cri ou plutôt un sifflement qui varie suivant les espèces et suivant les émotions qu'ils éprouvent. La menace, la frayeur ou Tamour s'expriment par des modes différens.

Malgré tous les moyens de nuire que la nature a donnés aux serpens , ces animaux sont eux-mêmes victimes d'un grand nombre d'ennemis qui leur font une chasse contimtelle. Dans nos contrées, le blaireau, le hérisson, la belette, la martre, le putois, les détruisent. Ailleurs, ce sont les civettes , les mangoustes , le messager du Cap , le tsucon, la cigogne , le milan , le corbeau , la buse , le crocodile. Ils se dévorent aussi entre eux. (1)

(i) ▼. H. Scblegel, Essai tw ia physionomie des serpens, la Raye, \S57.

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BÉSUHÉ.

1. Parmi les reptiles, il est seulement quelques espèces de tortues qui se nourrissent de végétaux, les autres mang^t des animaux yivans.

2. Les crapauds, les grenouilles, les salamandres, .çont stupides.

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