La moelle altongëe est au cerveau, comme i eslà
27. La comparaison du volume des nerfs avec celui de l'encéphale, chez cinq mammifères, savoir: le chien, le cheval, rftne, la martre, le ohat et le lapin fait voir que le lapin a de gros nerfs et un petit encéphale, tandis que le chien a on gros encéphale et de petits nerfs.
28. Le rapport moyen du poids de la moelle épinière est à celui de l'encéphale comme i est à 5,12.
29. Le poids relatif de la moelle épinière et celui de Teucéphale, comparé au poids du «orps, diminue à mesure que l'animal grandit.
30. Le diamètre transverse du cerveau est généralement moindre que le diamètre antéro-posiérienr : le chien et le coati ont le plus petit diamètre transverse , l'éléphant et le marsouin, ont au contraire le plus grand.
31. Les ruminans et les solipèdes ont la partie antérieure du cerveau plus large que les earnassiers.
;:2. Le cerveau est plus développé en arrière , chez les singes et les makis, que chez tous les antres mammifères.
33. L'os pariétal est plus étroit, et l'os occipital est moins développé chez les moutons que chez les singes : c'est l'inverse pour Tos frontal.
3&. La largeur du cervelet comparée à la hauteur de cet organe est très Inégalé chez les difltérens mammifères ; le rapport varie de 0, 35, Jusqu'à 0, 77 : la largeur moyenne est à la hauteur comme i est à 0, 5fi.
85. Le pont de varole est aussi complet que celui de l'homme, chez tous les mammifères dont les lobes latéraux du cervean sont trèa développés ; ehez les antres , il est moins épais et surtout moins large.
§ II. STEtlCTtraS DU SYSTÈME NSEVBUX CÂBÉBÀO-SPUIAL D«&
HAJUUfàlUIS. . .
En exposant la structure du système nerveux cérébro-spinal de rhomme , faurai soin d'indiquer les diSërences qui se trouvent entre ce système considéré dans l'homme et d^n^ lea. mammifères, et je terminerai ce que j'ai à dire ici sur l'ana-' tomie des* mammifères , en donnant le diamètre des fibres nerveuses cher la cbauve-souris , le rat, le chien et l'an eu Dans le but de faire mieux ressortir la différence qui se trouv* dans le diamètre de ces fibres chez un même animal , suivant la partie du système nerveux cérébro-spinal où on les observ^^ j'ai mis à la suite les unes des autres toutes les mensurations qui concernent les fibres nerveuses de l'àne. Il résulte de ceà mensurations, que la moelle allongée et la moelle épinière ont des fibres de dimensions très différentes , et que ces fibres peuvent acquérir, par suite de la compression à laquelle on les soumet pour les examiner, des dimensions très considérables, ce qui n'arrive jamais aux fibres du cei^veau , du cervelet, ^t des parties secondaires de ces organçs, tellç que 1«». commissures, lea corps striés, les couches optique», etc.
MAiiiTaB BIS nBXBS mmvMusis bbs MAmiFteis.
GaAim^floimis . . Fibrt de la anoeUe épinière. «.....•• ^ 0^00100
OiiBH id. • , Q,009
Gbauw-soukis . • M . . , . , : - r * 0,P025 .
id. du nerf ma&Ulûre &upérimir « «^ • , , Q^0069P
Emt* ....•«. de )a moelle allongée 0,006
CsAvWfWVB». . de U iDoelle qpimir* i < « i Q9OO0M
id, da nerf brachial 0^01
C^eiui de la moelle épinière 0^01166
4M VACVLVÉS
Airs Vibra dn eorpscdleux 0,0013 ^
tJL delà liée interne des ventriciiles . . • 0,0013
IJL det rayons du corps strié 0,0013
id. de la racine du nerf optique 0,0013
td. jd. OyOoiee
id. de la bandeleue de rhippoca»pe . • • 0,002
td • • des pyramides postérieures de la moelle
allongée ; . . . . 0,002
id ^ • de la substance grise du corps strié • • O^OOS
JStf ••••••• . de la sttbstanoe blanche des droonfo-
Inlions • 0,002
/dC .•••••. « du fond du quatrième ventricule. . . . 0,0025
itf .•;«••. . de rintérieur de la moelle allongée. • • 0,003
Irf ••••••• • de U comnùsnire des tubercules qua-
drijumeauz poitérîeurs 0,003
id de U substance blanche du corps strié. 0,003
td de la substance grise périphérique dn
cerveau • • 0,008
Irf. .««..•• . delà substance grise du cervelet. . « . 0^00333' id, de la substance Manche du même organe • 0,00383
id de la cuisse du nerf optique 0^00383
A/.» des tubercules quadrijumeaux postérieurs 0,00403
/(/...«•:•.• des tubercules quadrijumeaux antr-
rieurs -^ 0,006
êd* de la racine du cerveau 0,005
iéU ; dulbndduquatrièaie ventikok . . • 0,005
id. de la pyramide postérieure 0,00033
itf.. . • ; • ; ; ; de la commissure de la quatrième paire. 0,007
JStf ...«.••• • du corps restiforme 0,0075
id. des circonvolutions (substance blanche) 0,0075
id rectUtgneàa nerf auditif 0,00783
/>r. ..;••• • du ganglion du nerf auditif 0,00017
M dn nerf iarial 0,01080
id. , , de la cuisse dn cerveau 0,01100
id, ; Renflement d*tm fibre variqueux du nerf optique . • 0,01100
AL ••••••• • Fibre de l*intmenr de la moelle allongée. • . 0,0225
vEê MijniiyiaiKs. 657
S m. VACULTlftS DV8 MAVHIViBRXS.
Âristote disait : a On découvre chez les animaux une faculte naturelle analogue aux différentes passions qui modifient notre âme : prudence, lâcheté, courage, douceur, rudesse ; je parcourerais ainsi toutes les habitudes de Tàme. Quelques-uns participent à une sorte de capacité d'apprendre et de slttstruire, tantôt en prenant des leçons les uns des autres, tantôt en les recevant de Thorame; ce sont ceux qui sont capables d'entendre et de discerner ht variété des signes. » (i)
Et Condiilac : <c II y a dans les bétes, un degré d'intelligence que nous appelons instinct, et dans l'homme, un degré supérieur que nous appelons raison. » (2)
La proposition d'Arîstote est vraie et sa pensée n'a pas be* soin de commentaire. La proposition de Condiilac est vraie aussi, mais le mot instinct dont il se sert n'est pas employé ici dans l'acception qu'on lui donne ordinairement. Pour Condiilac, rinstinct est encore de l'intelligence, mais une intelligence peu développée, tandis que le plus ordinairement on appelle instinct le mobile aveugle, inintelligent qui pousse à faire une action sans connaissance de la cause, sans prévision du résultat et sans modification dans les, procédés. Frédéric Cuvier (S) a parfaitement défini ce qu'il entendait, et ce que l'on entend généralement par actions instinctives et par actions intellectuelles.
a Les actions antérieures à toute expérience, dit-il, qu'elles soient simples ou complexes, sont instinctives.
(t) Histoire des animaus, 1. jx, c. r.
(a) Tmitê des animaux , %* part , coDclu«ion.
(3) Dict, des Je. nainrelles^ t, xxiii. p. Sa 8; anti. i8'ia.
4d8 FACULTÉS
ce Les actions produites ou modifiées par l'expérience, sont électives, intellectuelles.
<c Le chien, lorsqu'il va enfouir dans la terre les restes de son repas; le cheval et le renne, Iorsqu*ils enlèvent la neige qui recouvre la terre pour y trouver leur nourriture; les vaches lorsque menacées par la présence du loup, elles placent leurs petits au milieu d*un cercle dont leur tête et leurs cornes forment la circonférence; les castors lorsqu'ils élèvent leurs huttes et leurs digues, lorsqu'ils vont couper le bois nécessaire à leurs constructions, lorsqu'ils réparent les ravages que leurs ennemis et le temps peuvent avoir faits à leurs habitations; le lapin lorsqu'il se creuse un terrier, l'oiseau lorsqu'il construit son nid (i), font des actions instinctives, i»
(( Les autres (i) actions des animaux sont le résultat ma« nifeste d'une intelligence, parce qu^elles se conforment en tous points à la variété fortuite des circonstances au milieu desquelles elles se passent ou que ces circonstances seules occasionnent. Elles s'expliquent naturellement et sans effort, continue Frédéric Cuvier, en admettant dans les animaux des facultés intellectuelles semblables à celles qui nous auraient été nécessaires pour les produire, et toute autre explication serait inadmissible. »
Suivant Tauteur <c ce qui distingue surtout rintelligence des animaux de celle de l'homme, c'est que les animaux sont dépourvus du sens intime, de la perception du moi et de la fiiculté de réfléchir, c'est-à-dire de considérer Intellectuellement par im retour sur eux-mêmes leurs propres modifica-
(i) Quelques-unes de ces actions ne sont pas purement instinctives, mais h distinction établie par F. C n*en est pas moins très juste.
(a) Examen de quelques observations Se 9t, DugM^Ste^UMurt , qui iendmti à détruire l'analogie des phéwmèites de tùuiiHei mpee emtM de Vkâhitmde^ In-40, Paris, iSiS.
IhES HâMMirftRKS. AdU
Uoo8. Ilfl ignorent qn'lb reçcrfyent Timpreaiion des corps antërieurs, qu'ils pensent, qn*ils agissent. »
Ils pensent donc, sans tontefois s*éle?er à des idées abstraites, mais sans lé langage, la piensée ne lenr serait qae d'an fiible secours. J'ai établi précédemment que les oiseaui ont en effet un langage qui leur est propre, les mammifères ont aussi le leur. C. G. Leroy (1) s'exprime ainsi à ce sujet : « Si nous suivons de près les actions des animaux, nous voyons qu'il est impossible qu'ils ne se communiquent pas une partie de leurs idées, et qu'ils ne le fassent pas par le secours des mots. Ils ne confondent pas entre eux le cri de la ftrayeor et le cri de l'amour. Si une mère ed^ayée pour sa famille n'a- Tait qu'un cri pour l'avertir de ce qui la menace, on verrait à ce cri la famille faire toujours les mêmes mouvemens. Mais, tantôt la famille précipite sa fuite, tantôt elle se cache, tantôt elle se présente au combat. Puisqn'en conséquence de l'ordre donné par la mère, les actions des petits sont différentes, il est impossible que le langage ne l'ait pas été. Peut-on dire que les expressions ne soient pas fort diversifiées enti'e un mâle et une femelle pendant la durée de leur commerce, puisqu'on remarque clairement entre eux mille mouvemens de différente nature? Empressement plus ou moins marqué de la part du mâle; réserve mêlée d'agacerie de la part de la femelle; reftis dissimulés, emportemens, jalousies, brouillerles, raccommodement. Pourrait-on croire que les sons qui accompagnent tous les mouvemens ne sont pas variés comme les situations qu'ils expriment?
« Il est vrai que le langage d'action est d'un très grand usage parmi les bétes, et qu'il est suffisant pour qu'elles se communiquent la plus grande partie de leurs émotions. Ce
(0 Op, «ir., ^ 84 et sdv;
A60 IrACUiinb
langage familier, à ceux qui sentent phis qu'ils ne pensmt, fait une impression très prompte, et produit presqu'à rin" stant la communication des sentimens qu'il exprime, mais il ne peut pas suffire dans toutes les actions combinées des bétes qui supposent concert , convention , désignation de lieu, etc. Deux loups qui, pour chasser plus facilement ensemble, se sont partagés leurs rôles, dont l'un est allé attaquer la proie, pendant que l'autre, s'est chargé de l'attendre à un lieu donné pour la pousser avec des forces fraîches, n'ont pas pu agir ensemble avec tant de concert sans se communiquer leur projet, et il est impossible qu'ils Talent Adt, sans le secours du langage articulé. 9
Les fonctions de lieutenant des chasses de Versailles et de Marly, que remplissaient G. Leroy, l'obligeaient à pratiquer les animaux, et les faits qu'il raconte ne sauraient être mis en doute. Quant à ses déductions, nous devons les examiner, et libres dans notre jugement, les adopter ou les rejeter, suivant qu*eUes nous paraîtront justes ou erronées. L'autorité de Fréd. Cuvier, celle de Condillac, celle d'Aristote ne nous arrêteront pas davantage , si mise, en regard des Aits, leur opinion n'en est pas une conséquence nécessaire.
En esquissant l'histoire psychique des mammifères, je par^ lerai d'abord de l'intelligence et des instincts des carnivores ; je ne me conformerai donc pas entièrement. à Tordre que j'ai suivi en exposant la conformation de leurs circonvolutions cérébrales. Pour les circonvolutions, le point de départ et celui d'arrivée étaient fixés d'avance ; le premier était caractérisé par le plus faible développement ou même par l'absence des circonvolutions; le second par le développement des circonvolutions le plus rapproché de celui de l'homme* Entre ces deux points, j'ai coordonné les cerveaux de la manière qui m'a paru la plus favorable à l^r description.
M8 HAimitiEtS. 461
La netteté avec laquelle se dessinent les cireonvoluiions du renard, du loup et du chien, m'a obligé de placer ces animaux à la suite de ceux qui n'ont sur le cerveau que des dépressions plus ou moins profondes; après le renard, le loup et le chien J'ai dû, pour me conformer au même principe, placer à la suite les chats, les ours, les mangoustes; alors j'ai repris la série des herbiyores, pour aiTiver jusqu'à l'éléphant et au singe. Mais si je n'avais pas eu à coordonner les quatre grou* pes des carnivores dans la série des autres groupes; si la fa* ciUlé de faire comprendre la description de leur cerveau ne m'avait été nécessaire pour éclairer la description du cerveau des herbivores, je les aurais placés à part et après le second groupe dans lequel se trouvent la marmotte, le lièvre, le sarigue; j'aurais dans le troisième groupe, placé l'ai, l'unau, le tatou, etc., et les autres groupes seraient venus après celui-là, suivant l'ordre que j'ai établi. Il y a une filiation directe entre le cerveau des rongeurs et celui des herbivores, des piscivores et des omnivores. Le cerveau des carnivores a un type particulier qui le place en dehors de celui des autres animaux. Si donc, je change ici l'ordre établi dans le premier paragraphe, si je parle d'abord de l'état psychique des carnivores, il n'en faudra rien induire contre l'analogie d'organisation du cerveau et la nature des facultés intellectuelles. Cette analogie sera examinée dans le paragraphe suivant ; mais ici, on va déjà être frappé d'un premier fiiit : c'est que la plupart des groupes établis d'après la conformité des circonvolutions cérébrales , est en rapport avec la conformité des facultés intellectuelles, et que la base de la division organique devient, jusqu'à no certam point, celle de la division psychique.
La nécessité de se nourrir de proie donne aux carnivores nn caractère particulier : leur oi^nisation les rend capables
A6S FACVLTte 017 UKARB^
de combattre et de vaincre les auirea animaux ; U$ sont doués d'une intelligence qui les rend aussi habiles cbasseurs que prompts à reconnaître les dangers auxquels les exposent la poursuite de leurs ennemis. Il ont une habileté inconnue aux herbivoresi et si l'éléphant n'existait pas» on les mettrait avec raison^ au premier rang des animaux.
1** OBOUPB. — Renard, loup, chien, chacal*
Fin comme un renard, dit un vieux proverbe , et ce pro«> verbe est bien fondé. Le renard est adroiti rusé et patient; aa voracité est aussi grande que celle du loup, mais comme il est plus faible que le loup, il agit avec plus de circonspection et il fait, quand il en trouve l'occasion , des provisions abon* dantes, ce qui le dispense de chasser toutes les fois qu'il a faim. Il se nourrit d'animaux vivans, tels que volaille, lièvre, rats, mulots, serpens, lézards, crapaux; il recherche aussi le miel et le lait. S'il est dans un pays où l'on ait établi des pièges pour les oiseaux, il va de grand mattUi avant l'oiseleur, enlever le produit de la chasse: dans le voisinage d'une ferme, il guette le moment d'entrer dans la basse-cour, y pénètre, tue force volailles et emporte en autant de voyages qu'il le fiut, tout ce qu'il peut emporter. S'il s'est Jeté sur une ruche pour voler le miel qui s'y trouve, les mouches se précipitent sur lui , le piquent de leur aiguillon \ lui se roule sur la terre , les écrase, et revient 4 la charge jusqu'à ce qu'il se soit rendu mature de la ruche.
Il est très habile à reconnaître les pièges qu'(m lui lend , il les évite presque toujours surtout sll est vieux, car rexpé«> rience lui profite et le rend encore plus ciroonq>ecc qu'il n'était pendant sa jeunesse.
Généralement, il se tient près des habitations de l'homme et surtout dans le voisinage des fermes $ quelquefiMS H ae
creuse un terrier; d'amres fois il s'empare du terrier d'un blaireau ou de celui qu'habite une famille de lapins. « Si Ton a mis un piège à l'entrée de son terrier , il resterait 15 jours sans mangeri plutdt que de sortir ; mais si par fortune , un lapin qui était resté caché dans ce terrier , en est sorti et s'est laissé prendre au piège, le renard ne craignant plus le piège, sort aussitôt. y> (1)
Il n'y a pas d'attachement durable entre le m&le et la femelle ; celle-ci , lorsqu'elle est prèle à mettre bas , prépare dans son terrier, un lit de feuilles destiné à ses petits. Devenue mère, elle brave des dangers qu'en tout autre temps , elle aurait fui» Quoique entourée de pièges , elle sort pour chercher des provisions et si elle est trop souvent poursuivie elle déloge emportant sa famille avec elle.
On n'apprivoise le renard que difficilement et incomplète* ment ; on a essayé de l'accoupler avec le chien , mais on n'y a pas réussi.
D'après Buffon , il n'y a rien de bon dans le loup que sa peau: nous ne pouvons guère, en effet, retirer autre chose de cet animal, mais les facultés qu'il possède ne le rendent pas moins digne de notre attention. Ses sens sont exquis , Une manque pas de courage et il a beaucoup d*adresse à la chasse. S'agit-il d'enlever un mouton, deux loups se réunissent, l'un se se dirige vers le chien qui garde le troupeau, se fait poursuivre par ce chien qu'il éloigne ainsi des moutons, et le second loup profite de l'éloignement du chien pour enlever sa proie ; s'agit-il, pour un loup et une louve d'attaquer une bête fauve? le loup se met en quête, poursuit l'animal et le met hors d'haleine 'y la louve, qui d'avance, s'est placée à quelque défilé, le reprend avec des forces fraîches et la béte poursuivie est vain-
(r) Leroy, op. cit., p. 3o et 3 r.
I kik FACUtTÉS BU EENAHOi
cae (1). Cest de la même manière que le loup attaque les cerfs, les bœufs, elles chiens. (2)
Ainsi que le renard, le loup fait des provisions, en cachant dans la terre les débris d*aniniaux qu'il n*a pu manger ; le chien sauvage a la même habitude, et parmi les chiens domestiques, ceux qui vivent peu dans la société de Thomme, l'ont également.
Le loup n'a pas de terrier, il entre en amour une fois l'an, on présume que le mâle reste avec la même femelle pendant toute sa vie, cependant à Tépoque du rut, le même mftle cherche successivement plusieurs femelles; celles-ci élèvent souvent seules leurs petits, qu'elles retiennent environ deux mois au liteau , puis elles les conduisent à la chasse , et les gardent jusqu'à répoque où elles entrent en amour. Alors elles abandonnent leurs petits capables désormais de se procurer la nourriture dont Ils ont besoin.
H y a une antipathie naturelle entre le loup et le chien ; ces deux animaux ne peuvent pas se rencontrer sans se ftiîr ou se battre : cependant on est parvenu à faire couvrir une louve par un chien, mais il a fallu faire bien des tentatives avant de réussir (d). Pendant les premiers mois de leur vie, les loups sont moins féroces qu'ils ne le deviendront plus tard, mais presque jamais on ne parvient à adoucir leur caractère. La familiarité, Tapprivoisement dont ils sont susceptibles , n'approchent pas de ce que nous observons, sous ce rapport, chez le chien. Ils ont beau être repris, ils n'en sont pas moins disposés à égorger les animaux plus faibles qu'eux. Il y a une circonstance dans laquelle ils se montrent timides et inoifen-
(i) Leroy» op. cit., p. 24.
(«) Buffoii, art. loup,
(S) Baffoo» art. hup et ehiw.
lit CaiCN ET DU tOM9. ^63
âifs,e*e2>i quand ils sont pris dans un piège. Alors on peut les luer sans qu'ils se défendent.
Le loup chasse la nuit plus souvent que le jour ; le voisinage de rhomme le rend très prudent : jeune on le prend sans beaucoup de peine , vieux il est défiant et se tient toqjours sur
ses gardes. (1) Le chien» tel que nous le connaissons en Europe et dans tous
les pays civilisés, est pour le caractère et pour les mœurs, presque Topposé du loup; mais, à l'état de nature, ces deux animaux se comportent presque absolument de la même manière. Dans les pays dései:tS|OÙ se sont multipliés des chiens sauvages, ces animaux se réunissent en troupes qui se composent quelquefois de deux cents individus; ils chassent tous ensemble et ne craignent pas d'attaquer les sangliers, les taureaux, et même les lions et les tigres. Dans les pays barbares, ils se sont déjà rapprochés de l'homme et reflètent quelques-unes de ses qualités. Les voyageurs qui odt visité la Nouvelle-Hollande, disent qu'ils y ont rencontré des chiens attachés à leur roattre , mais à leur maître seulement; du reste, hargneux , voleurs et incorrigibles, se jetant sur l'homme et sur les animaux avec la férocité du loup (2). Ces chiens ont la plus grande ressemblance avec les loups; comme eux, ils mangent presque exclusivement de la chair crue et fraîche.
Lechien debefger et le chien-loup sont ceux qui, cher, les peuples civilisés, se rapprochent le plus du chien sauvage que Ton a appelé aussi chien marron, a Ils lui ressemblent beaucoup, dit F. Cuvier, par les formes générales et par la délicatesse des sens ; mais le besoin de la société de rhomro«
\t) Leroy, op, c'a, y p. a3.
(i) The Toyage ofgovernor PkîGp io Boiany'-Sa , in*4** fjond.', 1789, «t Fréd. Cuvier. Obseiv, sur le chien des hahitatts ât la KouveUe^BioHandet Anii. du Muaé«^ t. xi, p. .171,
4M VACtJL'rts hv MnrAAH,
est déjà très tnarqu^ en eux ; c'est rkomme qni fait leur femillei et tous les individus de leur propre espèce auxquels ils ne sont psis habitués, sont traités en étrangers, dès qu'ils se présentent. Cependant ils ne portent d'affection qu'aux seules personnes qui les protègent; ils s'attachent exclusirement à celles qui les nourrissentji toutes les autres ne leur sont rien; leur dé* pendance ne va pas jusqu^à les soumettre à tous les hommes en général , comme quelques autres races. Aussi leur fidélité est-elle sans bornes, quoiqu'ils soient très peu caressans.
« Ils ne supportent les corrections que jusqu'à un certain point, au-delà duquel ils fuient ou se défendent.Tous les objets qui sont la propriété deleurmattreet sa personne surtout, sont défendus par eux , avec un dévoûment sans bornes. La faim ne suffît plus pour les déterminer à s'emparer d'une proie. Ds ont très peu de voix, comparativement à d'autres races, et leur activité est extrême. Chargés d'une surveillance continuelle, leur repos est rare et léger, et quel que soit Taboudance de leur nourriture, ils conservent l'habitude de cacher les restes de leur repas, en les enfouissant. (1)
Les chiens dogues, ceux que l'on commet à fa garde des fermes et qui n'ont pour maîtres que des paysans mal façonnés, ont, dans le caractère, une rusticité, une sauvagerie que l'on ne retrouve plus chez les chiens habitans des villes.
Les formes du chien, son organisation se modifient d'une manière très marquée par le genre de vie auquel on le soumet, et les qualités physiques ou morales que l'homme est parvenu a lui donner, se transmettent, jusqu'à un certain point, par la génération. Aucun animal n'est aussi modifiable que lechieU| aucun ne présente plus de variétés. Il est de tous les animaux le Meilleur élève de rhomme, «t souvent il m est le«eiUe«r ani.
' (i) Fi". Cwiep, opï cU,y p. 469.
i»u CHtiir BT w tùvp. M7
Ce serait une chose incroyable, si elle n'élail vulgaire^ que la facilité avec laquelle les chiens entrent en communauté d'idées et de sentimens avec Thomme. Ils comprennent, non*seulement les choses qui sont à leur usage, mais celles qui y paraîtraient les plus étrangères, et Féducation qu'ils reçoivent n'a pas seulement pour résultat de perfectionner leurs qua<« lités innées, mais aussi de leur en donner de nouvelles.
Il n'est personne qui #àit eu occasion de voir quelques* uns de ces chiens, appelés chiens savans, et qui n'ak été frappé de leur intelUgence. Les plus remarquables en et genre que l'on ait montrés à Paris, depuis un certain nombre/ d'anùéesyiélevés par des Italiens, avaient diacun reçu un nom; ' c'étaient Munito, Fido et Bianco. Le premier faisait, disait^ on, des choses incroyables; mais comme je ne l'ai pas vu , j'aûne mieux parler seulement des deux autres que j'ai db*»^ serves avec autant Ae surprise que de plaisir.
Fido et Bianco appartenaient au même mattrè, M. Parinfti qui les-montrait au public. L'affiche portait :
« X* Fido compogM'atoiis les mots deklangua italieiiiM qu'on IsidicCii», répondra à toutes les demandes qui lui seront Mtes et traduira Uê mots suivans, en dictant seulement les nombres correspondans et ea désignant sHls doivent être traduits en français, en Kalîen» en latin, en anglais, en «Ikmand ou ea grée.
Cinquante meuéiftiant éctiiadant ees sk langues, «l vmt^^ mérol^ ainsi :
I. Univers f Universo^ UaipersuSf llnhcrsCy ÏVett^ Oitutmeu, 9. Europe f Earopa, Muropa^ Ettrope^ Muropa, Europe, etc,
m d* Fido fera raddilion, la soustraction, là multiplication et la dîtision,
aussi bien et pins vit« que l«s farsonnas ka fthis eieretea d«M Ift
science dascabails^ « 3* Fido et Bianco joueront aux cartes emsmble, ta avee qni^' ^ppe «P
soît, et aussi bien que les meilleurs joueunQ « 4** Us copieront tous les écrits qn*on leur présentera. • S* Ils connaitaantt^uaka objets, tovUi les oanlcuM, foulas las Hms,
la valeur des monnaies, ete« «• 6° Fido fera des tours d'adresse et de mémoire. »
/|(>8 PACULTÉfl »V KtlIARDi
En tenant compte de la part qu'avait prise le niattre dans rexécuUon d'un pareil programme^ la pan d'intelligence des chiens était encore assez grande pour exciter Fadmiration.
Un assistant témoigna le désir que Fido écrivit, en anglais, le mot inscrit sous le numéro 19 : Fido alla chercher de grosses lettres mobiles, jetées sur le plancher ; il les rangea les unes après les autres, et, quand il eut fii\i, on lisait me* mary : c'était en effet le mot qu'oiAui avait demandé. Son matlre ne lui disait rien-, en arrangeant ses lettres , le chien ne pouvait le voir, et, s'il existait quelque connivence entre eux, ce que je crois volontiers, cela se faisait si habilement, cpie je n*ai pu en rien découvrir, quoique mon attention tdi dirigée sur le matlre, plus encore que sur le chien.
Ou demanda au chien , par l'intermédiaire de son maître : Quel est le roi des animaux ? Le chien alla chercher la lettre o/ je le crus en défaut, et mes yeux se fixaltnt très auentive* ment sur son matlre, afin de m'assurer s'il ne lut ferait pas quelque signe pour le tirer d'embarras ; mais je ne vis rien. Après la lettre o, il alla chercher la lettre n, puis la lettre d. Ya-t-il mettre Ondatra.^ me disais-je, c'est assez mal choisir. Dnfin, après un peu de temps et presque sans hésitation, il écrivit : On dit que c'est le Ion. Il y avait ime faute, ou plutôt ime omission: le maître appela Bianco, auquel il dit: on a demandé à Fido quel est le roi dés animaux ; voilà sa réponse, regarde s'il n'y manque rien. Bianco, très pétulant, très vif et même étourdi, alla chercher aussitôt la lettre t qu'il porta sur le mot lanj et se sauva bien vite, après avoir reçu un morceau de sucre que M. Farima ne manquait jamais de lui donner, ainsi qu'à son compagnon, quand ils avaient bien Mu
Un jeune collégien se présenta pour jouer aux caries; il Jtat battu par Fido.
»u CHiiiif BT DU u>ur. 669
On demanda à Fido de désigner plusieurs objets ; il le lit sans se tromper.
Je voulus qu'il m'indiquât l'époque du règne de François premier; il me l'indiqua : celle du règne de Henri IV ; il me l'indiqua également.
Enfin, le programme fut rempli en tous points, et ni Fido, ni Bianco, ni leur matlre ne laissèrent échapper le secret des moyens à l'aide desquels ils s'entendaient si bien et agissaient avec tant d'harmonie.
Restreignons autant qu'il nous plaira, la connaissance de ces chiens, en ce qui concerne la valeur des lettres, des mots, des chiffres et des cartes ; supposons que dans tous les choix qu'ils ont faits, iR aient été dirigés par un signe de leur maître, et qu'ils aient exécuté en quelque sorte matériellement, les ordres qu'ils en recevaient, il n'en restera pas moins pour eux une grande intelligence des signes que leur maître a pu leur faire dans le but de leur indiquer à chaque fois la lettre, ou le chiffre, ou la carte, ou l'objet qu'ils devaient choisir. Et, comme dans toutes leurs opérations , Fido et Bianco n'ont que rarement regardé M. Farima, comme celni-ci i^a fait aucun geste ni aucun bruit indicateur que j'aie pu saisir, quoique je me ftisse placé très près de lui, nous nous trouvons forcés d'admettre, au moins sur ce point , une sorte de cou- Tention tacite entre les chiens et lui. Mais nous savons cornbien les chiens comprennent avec facilité la parole de l'homme, et nous avons tous vu les plus intelligens d'entre eux, obéir à des ordres qu'on leur donnait, sans que ces ordres fussent nécessairement accompagnés de signes.
Les chiens de berger sont , sous ce rapport, presque aussi ûitélligens que les autres. Il sufSt souvent de leur dire : va ne chercher tel ou tel objet, et ils obéissent avec ponctualité.
Non-seulomentles chiens comprennent les paiDles, mais, à
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4fe que Ton rtcoAtei il en aurait existé nn qui serait panrenu à apprendre quelques mots. Leibnitz est cilé comme ayant été témoin de ce fait, (i)
<c Sans un garant tel que M. Leibnitz» témoin ocolaire, nous n'aurions pas la hardiesse de rapporter qu'auprès de Zeitz, dans la Mismie, il y a un chien qui parle. C'est un chien de paysan, d'une figure des plus communes et de grandeur lOédioere. Un jeune enfant lui entendit poussertquelques sons qu'il crut ressembler à des mots allemands, et sur cela se mit en tite de lui apprendre à parler. Le maître qui n'avait rien de mieux à faire, n'épargna ni son temps, ni ses peines, et heureusement le disciple avait des dispositions qu'il eût été dilBcile de retrouver dans un autre. Enfin, au bout de quelques années, le chien sut prononcer environ une trentaine de mots. De ce ikombrei sont : ihe\ café^ ehooolaif auemblée^ mots français qui ont passé dans l'allemand, tels qu'ils sont. Il est i remarquer que le chien avait bien trois ans, quand il fut mis à recelé. Il ne parle que par écho, c'est-à-dire après que son mattre a prononcé un mot, et il semble qu'il ne répète que fÊX force et malgré lui, quoiqu'on ne le maltraite point. jEncore une fois, M. Leibnitz l'a vu et entendu. »
Ce fait qui est au moins rendu vraisemblable par la manière dont il est raconté, est moins extraordinaire que celui dont M. Dureau de Lamalle a réceaunent entretenu l'Acadénie des sciences, et dont l'authenticité ne peut faire rol^ d^eiicttn doute. Il s'agit d'un chien* auquel son mattre, médecin Ibrt estimé, mort il y a peu de temps i Paris, est parvenu à apprendre la musique.
Le docteur Bennati, musicien habile, avait un bai4>et qui venait toujours se placer près du piano, quand il tonchait
(i) V. CoUection académique, ^, f . t. rv, p: ao;.
cet instniBieQti et ^i semblait aimer beaucoup la nmaîque. Le docteur) qui étudiait alors le système de Gall| examine soigneusement le cr&ne de son chieUi et y cbercbe Torgane de la musiquei il n'en trouve nulle trace. Lldée lui prit d*e$- ^yer d'apprendre la gamme à son chien. Il commence avec le piano et n'obtient rien; avec le violoncellci la flùtCi la clarinette, il n'a pas plu$ de succès. Enfin il se rappelle que le^ chiens hurlent ordinairement quand on sonne une cloche^ il en conclut que ce ^n particulier exerce une action propre sur l'organe auditif des chiens. Il $e procure sept clpcbes diatoniques, et, en les fipiisant vibrer successivemept avec un archet, il est parvenu en Qeuf jours, à faire chanter lagamm#| très juste, à son élève. Il a poussé même l'éducation musicale du barbet au point de lui foir<) exécuter des tierces, et d*açcompagner correctement le chant de son mattrci qui possède une des voix les plus étendues que Ton connaisse. (1)
M. Guerry a été témoin d'un résultat analogue obtenu cb.ei un chien épagneul auquel une danx^ avait appris à chanter une sorte de gamme chromatique. Quand sa maltresfie le regar^ dait fixement en lui commandant de chanter, ce chien poussait très lentement,et en élevant le miyseau, un long hurlemeni qui passait du grave à l'aigu. Le i^on ressemblait assez à celui que l'on obtient en glissant le doigt du sillet au cbevalet, sur une corde de violon.
Rarement les chiens retombent dans les fouies p^ur h^ê-r quels on les a punis; ils savent par des gestes et des cris sur la signification desqoals on ne peuf pas se tromper, ûmniw pardon à leurs maîtres; ils ont même le sentiment du juste et de l'injuste, ainsi que l'on peut s'en convaincre par le récit
(i) Dureaù de Lunallei Mémoire sur le développemaUdeifacubés inieUee^ tueliet des animaux sauvages et domestique*. La & llniUtoli le % iQai i33o« ▲oD. ^et Sdencet nalnreUtt, t. xfcu, ia3l*
&72 FACULTÉS DU BBMAllV,
dtt fait saivant qui s*est passé sous les yeux de M. Ârago : ce M. Arago se trouva arrêté par un orage, dans une mauvaise auberge, à quatre lieues de Montpellier. II n'y avait qu*un poulet à lui donner pour dtner, il comoianda qu'on mit ce poulet à la broche. La broche était munie d'un tambour ou l'on faisait entrer des chiens qui donnaient le mouvement. L'un de ces chiens était dans la cuisine. L'aubergiste voulut le prendre, le chien se cacha, montra les dents, se refusa obsti* nément aux injonctions de son maître. M. Arago surpris, en demanda la cause. On lui répondit que le chien résistait, parce que c*était le tour de son camarade. M. Arago demanda qu'on allât chercher son camarade. Celui-ci arriva et, au premier signe du cuisinier, il entra dans le tambour et tourna la broche pendant dix minutes. M. Arago, pour rendre l'expérience décisive, fit arrêter la broche et sortir le chien, puis ordonna qu'on appelât le chien qui s'était montré si rétif. L'ordre fut exécuté. L'animal, dont le refus avait été si obstiné, convaincu que son tour de corvée était venu, entra de lui-même dans le tambour et se mil à tourner, v
M. Dureau de Lamalle(l), auquel j'emprunte ce récit, ajoute que quatre gros mâtins noirs tournaient la broche au collège de la Flèche, dirigé alors par des jésuites. Ces chiens connaissaient parfaitement leur tour de service et se révoltaient constamment, comme contre tue injustice évidente, lorsqu'on voulait les contraindre à une corvée qui devait être acquittée par un de leurs camarades.
' Fréville (S) a fait un livre de plus de trois cents pages sur l'attachement, la reconnaissance, l'adresse des chiens les plus célèbres dont il ait été fait mention, et l'on regrette que ce livre soit si court, car on pourrait entreprendre de faire de
(t) Op. cit,
'a) Lvs chifns ccUbra^ Y éJit. Pari», in-8 de S3j pagpb.
DU caiKH BT i»u liOur. 47S
nombreux volumes sur ce suyet, et la manière ne manquerait pas. Là, ce sont les chiens du mont Saint-Bernard qui vont à la découverte des voyageurs haletans et couverts de neige, pour les conduire au couvent; là, ce sont d'autres chiens exercés à retirer de Teau les hommes en danger de se noyer; dans les bei^eries, des chiens souvent plus soigneux des intérêts du troupeau que le berger lui-même; dans toutes les fermes, des chiens qui gardent les propriétés de leur mattre. Combien de fois des voyageurs attaqués en chemin n*ont-ils pas dû leur salut au courage et au dévoùment de leur chien? Et des hommes qui seraient restés enfouis dans des carrières si leur chien ne les en avaient délivrés, soit en allant chercher du secours, soit en creusant eux-mêmes une issue pour délivrer leur maitre.
Le nombre des crimes que les chiens ont aidé à découvrir est maintenant assez grand pour que, les cas échéant, les juges ne manquent pas de tenir compte des indications fournies par le chien dont le maître aurait disparu, soit pour déterrer sou corps, soit pour désigner Tassassin.
Enfin, il n*cst pas rare que des chiens se laissent mourir d'inanition, sur la tombe de leur mattre, tant ils sentent vivement la perte qu'ils ont faite, tant la vie sociale a affaibli en eux l'instinct de la conservation.
Je ne parle pas des ruses que les chiens emploient dans la poursuite du gibier, et de la docilité avec laquelle ils attendent qu'on leur abandonne une faible portion d'une proie à la conquête de laquelle ils ont souvent la plus g)*ande part; la chasse est un talent qu'ils partagent avec les loups et les renards, et leur sobriété dans le cas dont il s'agit est une qualité qu'on leur a imposée par des traitemens sévères. A la chasse, ils sont animaux carnassier; dans les maisons, ils sont les compagnons et les amis de Thommc.
On a vu quelques exemples d'amitié entre un chien et un cheval, un chien et un bœuf, et même celui d'une passion violente d'un chien pour une truie; mais ces exemples sont rares; c'est à l'homme que le chien s'est donné , il aime son maître plus que les chiens, plus même que sa propre famille.
Le chacal tient du loup par sa férocité, et du chien par la facilité avec laquelle il se laisse approcher de l'homme; il vit avec les animaux de son espèce, et ne chasse jamais seul. A défaut de proie récente, il fouille dans la terre, comme l'hyène, pour y chercher des cadavres.
2* GEOUPE. — Liofij tigre royal, jaguar ou tigre d^Amériquey panthère^ léopard, once, cougouard, chat-cervier, eara^ cal, ocelot^ chai^ guépard, hyène.
Tous ces animaux vivent de proie^ et généralement il leur faut une proie vivante; ils ont moins d'intelligence que ceux du groupe précédent; ils ne vivent pas en troupe, ni en famille; ils ne deviennent jamais domestiques, ne s'attachent pas à l'homme, et si quelques-uns d'entre eux consentent à vivre dans nos habitations, c'est parce qu'ils y trouvent une vie Cacile, abondante et douce, et non pour nous rendre des services. Dans les pays chauds et à l'état de liberté, ils sont tous au moins aussi féroces que le loup; en captivité et dans les climats tempérés, leur caractère parait s'adoucir, on peut en apprivoiser quelques-uns et se faire craindre des autres.
Us ne fo9t pas de provision, et tuent seulement pour satisfaire leur appétit du moment, et sans aucun instinct de prévoyance pour l'avenir.
Us ont moins d'odorat que le chien, le chacal, le loup et le renard; leur vue est faible pendant le jour, et s'accommode du crépuscule ou de la nuit*
IHtt CHATS. kli
Dans leur manière de chasser, on trouve plus de prudence que de force, plus de ruse que de courage. Us sautent ou grimpent beaucoup mieux qu'ils ne courent, aussi leur arrive-t-il de se tapir et de guetter une proie au lieu de lui don^ lier la cbasse.
On a établi entre le lion et le tigre un contraste beaucoup plus grand qu'il ne Test en réalité; la noblesse du lion a été vantée oulie mesure, et la férocité du tigre a été exagérée. Il y a une grande analogie entre le caractère de l'un et de l'autre. Si l'on en croit ^Piine (1) : (c Les lions sont démens envers ceux qui les supplient; ils épargnent ceux qui se prosternent devant eux, et lorsqu'ils sévissent, c'est plutôt contre les hommes que contre les femmes, et ils ne se jettent sur 1^ enfans que lorsqu'ils ont bien faim. En Libye, on est persuadé que leur intelligence va jusqu'à comprendre le son des prières qu'on leur adresse. Pline ajoute qu'il a entendu raconter k une captive de Gétulie, qu'ayant rencontré un lion dans une forêt, elle l'avait fléchi en lui disant qu'elle était une pauvre femme, infirme, fugitive, et indigne de devenir la proie de celui qui commande aux autres animaux. » Cest sur des contes de cette nature qu'est fondée la réputation de clé* ittence et de magnanimité que l'on a faite au lion.
On attribue à cet animal deux faits qui, s'ils étaient vrais, obiigei'aient cependant à croire non pas qu'il comprend les paroles qu'on lui adresse, mais qull est capable de reconpaissance et de souvenir envers ceux qui lui auraient fait du bien, même au bout d'un temps assez long. Blessé à la patte, et guéri par Androclès, un lion aurait reconnu cet homme contre lequel on voulait l'exciter à c^Moibattre, et m lieu de s'élancer sur lui, U l'aurait comblé de caresse^. Un autre Uo«
(i) Pline, liv. ti 1 1, cluip. i6.
atteint d'un abcès à la patte, et guéri par les soias d*uii homme qu*il aurait rencontré depuis, se serait jeté à ses pieds au lieu de le dévorer. Il faudrait pour ajouter foi à ces histoires qu'elles fussent racontées par des hommes moins amis du merveilleux, que ne le sont ceux qui nous les ont transmises.
La nature du lion le porte à la férocité, et s'il est adulte, on parvient rarement à l'adoucir. Il faut alors beaucoup d'intelligence et de tact pour s'en rendre maître et oser l'approcher. Jeune , on peut l'apprivoiser et l'habituer à une certaine obéissance. A cet âge , il est sensible aux caresses , et si on les lui a ménagées de manière à lui en faire un besoin, on peut conserver sur lui une certaine influence, même après la puberté. Nous avons vu à Paris , il y a quelques années, une ménagerie composée de la plupart des gi*ands chats et notamment d'un lion très vigoureux et adulte qui luttait avec son mattre sans jamais lui faire aucun mal. La ménagerie du Jardin des Plantes possède maintenant un jeune lion, de la taille d'un lion adulte, qui bondit de joie quand on .approche de sa loge, qui est avide de caresses et avec lequel M. Sénéchal, aide-naturaliste employé au Musée , a joué en se roulant avec lui sur l'herbe, pendant plusieurs heures, sans en avoir éprouvé aucun mauvais traitement.
S'il est douteux que le lion conserve quelque temps de la reconnaissance pour le bien qu'on lui a fait, il est certain qu'il se souvient des coups qu'on lui a donnés on des menaces qu'il a pu croire dirigées contre lui. L'un des gardiens actuels de la ménagerie du Jardin des Plantes, voulant faire rentrer un tigre dans sa loge, s'approcha brusquement de lui, armé d'une tige de fer. Le lion placé près de la loge du tigre et qui jusqu'alors avait paru assez inoffensif quand on ne l'approchait pas de trop près, crut que le gardien voulait l'attaquer, et de-
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puis lors quand il le voit^ il le menace du regard et du geste, Cest du reste ce que font aussi la plupart des animaux féroces envers leufs gardiens, lorsque ceux-ci sont en habit de ira-vaily car c'est en habit de travail que les gardienj^les harcel* ient quelquefois pour les forcer à changer de loge. Habillés proprement , les gardiens sont moins souvent menacés, parce que les animaux dont il s*agit ne les reconnaissent plus.
Les lions sont très ardens en amour, et une lionne est parfois suivie de huit ou dix mâles qui s'entre-déchirent pour la posséder.
L'amour maternel est vif chez la lionne, elle nourrit et protège ses petits qu'elle cache avec soin pendant les premiers temps de leur naissance; et si elle se voit poursuivie , elle fait de nombreux détours avant de rentrer an gtte, afin de ne pas mettre ses ennemis sur la trace de ses lionceaux.
Dans les déserts où il ne peut connaître la puissance de l'homme , le lion ne craint pas d'attaquer une nombreuse caravane ; près des lieux habités, il est plus timide, ne s'avance qu'avec précaution, et l'on raconte que des enfans lui ont fait l&cher prise.
m le lion, ni le tigre, ni aucun animal sauvage ne sont bien connus tant qu'ils sont à l'état de liberté ; en escl|ivage on ne les connatt qu'esclaves, mais si on ne peut, dans ce dernier cas, observer toutes leurs actions, on peut au moins étudier qnelque»-unes de leurs inclinations. Or , ce que l'on a été à même déjuger, relativement au tigre, c'est qu'il n'est pas plus cruel que le lion , mais qu'il l'est autant ; et qu'il faut égale*ment se tenir en garde contre Tun et l'autre.
Le jaguar est le tigre du Nouveau-Monde ; on le dit moins féroce que le léopard et la panthère , mais on a dit la panthère plus féroce qu'elle ne l'est en réalité. Il se pourrait que l'on eût conclu d'un individu observé pendlmt peu de temps,
À78 i»àCt}tTi$
ù tous les individus du même genre. Ce qui me porterait à croire qu'il en est ainsi, c*est que le jaguar qui est maintenant à la ménagerie du Musée, est presque toujonr^menaçant, et ne se laisie jamais approcher.
Pline assez crédule pour être riche en histoires sur les mœurs des animaux sauvages (1), parle , d'après le physicien Démétrins, de la rencontre qu'un homme aurait faite d'une panthère, et du service qu'il lui aurait rendu.
a La panthère était couchée au milieu du chemin , atten*^ dant qu'il passât quelque voyageur, lorsqu'elle fut tout à-coup aperçue par le père du philosophe Philinus. Saisi d^effiroi, le père de Philinus veut retourner sur ses pas, mais l'animal se roule devant lui, joignant aux caresses les plus pressantes , des signes de tristesse et de douleurs très intelligibles, même dans une panthère. Elle était mère, et ses petits étaient tombés dans une fosse d'où elle ne pouvait les tirer. Le père de Philinus fit ce que la panthère désirait, il lui rendit ses petits, et celle--c{, bondissant de joie, l'accompagna quelque temps pour lui témoigner sa reconnaissance. »
Quoi qu'il en soit de la véracité de Démétrius, on peut assu-^ rer que les paothères «wt plus douces que les ja^ars, elles se laissent v0k>ntiers caresser. L'onede ceUet qol sont aiMiel'* leraent à la ménagerie ^ natureHement naiokante > se laisie approcher quand elle est en amour et cherche k être flatiée. C'est au reste ce qai arrive à la plupart des antres aaimauK féroces. Des besoins vivement etotis dosneat prise ear eux ; ceux qui sont très avides de nourri twre s'apprivoisent souvent par la nourriture j ceux auxquels ea peut donner le besoin des caresses, finissent par en épronver tant de plaisir, qnlls en désirent toiqours.
Le léopard a les mêmes iostiaeisipe la pantiière , il ee
(i) Pline, Hht,^ li?; vni, cb. xm.
ti«kity dit- on ) dans le voisinage des lieux où les autres animaux viennent s*abrettver ; là il les guette et saute dessus quand il les aperçoit à sa portée. Il monte sur les arbres comme la plupart des autres chats.
L'once se laisse apprivoiser, et quand on Ta pris jeune, on peut le dresser h la chasse.
Le cottgouard ne s'attaque pas s^Bulement aux animaux sang chaud , comme font en général les individus appartenant à la famille des chats ; il se nourrit aussi de caïmans, de lézards , de poissons et même de bourgeons de palétuviers. C'estlui qu'on a surnommé le tigre-poltron, parce que, dit-on, quand^I est repu, il fuit à la moindre apparence de danger.
Le lynx ou loup cervier est avide du sang et» du cerveau des animaux dont il s'empare, il abandonne le reste du cadavre pour chercher une nouvelle proie.
Le caracal, faible quoique vorace, n'osant pas toujours atlaqner les animaux capables de se défendre, s'attache aux pas du lion pour manger, après lui, les restes de ses repas.
L'ocelot, comme le lynx, aime mieux le sang que la chair; aussi déiruit-il un grand nombre d'animaux : on prit un jour deux petits servals et on les donna à une chienne qui avait du lait; ils dévorèrent leur nourrice. Le serval se lient presque toujours sur les arbres, et fait la chasse aux oiseaux plutdc qn^aux mammifères. Les autres chats diffèrent des précédens en des choses trop peu importantes pour mériter une mention spéciale, à l'exception cependant de l'hyène, du guépard et du chat domestique.*
L'aspect de l'hyène est repoussant, celui du lion a de la majesté ; les historiens de ces deux animaux ont écrit d*aprèft les impressions qu'ils en ont reçues , plutdt que d'après les faits. Quoique bien laide, l'hyène n'est pas plus cruelle que les autres chats, et souvent on la trouve si avide de caresses,
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qu'o.n est presque teuté de la plaindre de n*étre pas jolie. La ménagerie en possède maijiienant quatre que Ton peut toucher; il y en a deux surtout qui, à l'approche des visiteurs, se placent près des barreaux de leur loge, ferment les yeux et la bouche, et présentent leur dos pour qu'on les flatte. On peut les caresser sans aucune crainte, même à la léte, et, tant qu'elles sentent la main de l'homme , elles restent immobiles , comme dans une sorte d'ivresse. On dirait qu'elles craignent dé faire un mouvement qui pût effrayer celui qui les touche, et faire cesser le plaisir qu'eHes trouvent à sentir sa main.
Le chat appelé domestique n'est rien moins qu'un serviteur de l'homme ; il a quelquefois des complaisances pour SQ^ mat* tre, mais 11 ae lui obéit jamais. « Il a, dit Buffon, une malice innée, un caractère faux, un naturel pervers; il est voleur, souple et flatteur, adroit pour faire le mal et n'a que l'apparence de l'attachement ; s'il se montre sensible aux caresses, c'est pour le plaisir qu'elles lui font, bien différent en cela du chien , chez lequel tout est dévoùment. La femelle est plus ardente que le mâle ; ceux-ci dévorent souvent leurs petits. 9
Le guépard parait être , d'après la conformation de ses pieds qui sont pourvus d'ongles non rélractiles , aussi rapproché des chats que des chiens; par ses habitudes, il le serait également, d'après l'observation de Temming (1), quoique pour le cerveau, il soit tout-à-fait seinblable aux chats comme on en pourra juger en jetant les yeux sur la figure qu'en a publiée M. Richard Owen (2). Le naturel du guépard est doux; cet animal devient facilement familier et reconnaissant. Une dame de ma connaissance avait donné à la ménagerie du Musée, un guépard qu'elle avait conservé quelque
(0 0/>. ci/., p. 9f. • ^
(i) Op. cif.
DE l/0UR9, DU RA.TOX, P.TC. 481
tènipâ ; elle alla le voir au bout d'un an, celui-^ci lu reconnut et lui fit des démonstrations de la plus vive amitié. Contraire-^ ment aux autres chats, le guépard joue avec les chiens ; le lion y joue aussi quelquefois, mais pour un petit nonibre de chiens que le lion a épargnés, il y en a beaucoup qu'il â'mis à mort, sans aucune provocation de leur part.
3* GROUPE. — Ours, raton, panda, henturon§, eoati^ blair reau, glautouy martre, fouine, putois ^ furet, mouffette, loutre, civette, gefiette, mangouste.
Les animaux compris dans ce groupe ne sont pas exclusivement carnivores, ils* ont un domicile choisi plutôt qu'arrangé par eux, ils grimpent ou nagent, vivent solitaires, chassent plutôt la nuit que le jour, et Ton est parvenu à en apprivoiser plusieurs. A la diflërence des chats qui ne mettent rien en réserve pour la faim à venir, et du chien, du loup, du renard et du chacal qui se contentent d'enfouir quelques lam^ beaux de chair, un grand nombre d'entre eux font des provisions de petits mammifères, d'oiseaux, de reptiles , d'œufs, de miel et de fruits. Pour les instincts, ils forment la transition entre les carnivores et les frugivores; cependant ils pit^ rais8ent,à certains ^ards, plus cruels que les premiers : ceux d'entre eux qui pénètrent dans lesbassesHsours, par exemple, y font plus de dégât que les carnivores, mais cela tient à ce qu'ils sont friands du sang et du cerveau des animaux , et que, pour satisfoire cette friandise, il leur faut plus de victimes qu'il n'en faut à un lion qui mange également toutes les chairs d'un animal , pour assouvir sa faim. Le lion mai^e un animal tout entier et il est rassasié; la fouine qui suce le sang des poules et leur mange le cerveau, ne se rassasie qa*après en avoir tué plusieurs, et comme elle fait des provisions, elle tue beaucoup, afin d'amasser beaucoup.