CHAPITRE VL
ORIGIKES DES NERFS.
$ ft. CmuiUlénitaoïui sénéralMi «or le mode d'eri^lae de»
paires raelildli
On savait fort peu de choses, il y a quelques années, sur l'origine des paires rachidiennes; deux racines distinctes les rattachent à la moelle épinière; la racine antérieure pénètre dans le sillon latéral antérieur de la moelle, elle ne porte point de ganglions; la racine postérieure porte un ganglion, de là le nom de racine ganglionnaire; elle se rattache au sillon latéral postérieur de la moelle et plonge dans l'arête grise gélatineuse qui occupe le fond de ce sillon. Les meilleui*3 anatomistes n'allaient guère au delà.
Grâce aux progrès qui ont été faits dans l'art de construire les microscopes, on a pu, depuis quelques années, aller beaucoup plus loin ; des tranches minces de la moelle examinées à un grossissement de 350 fois environ» permettent de constater les faits suivants.
A. Racines antérieures. Les fibres qui composent ces racines sont de deux ordres, les unes se continuent dans l'épaisseur des faisceaux blancs antérieurs et latécaux, les autres se portent dans l'axe gris de la moelle.
Celles-ci ont un trajet constant; une ou plusieurs lames celluleuses divisent, de la surface aux axes gris, toute l'épaisseur des cordons antérieurs; c'est dans l'épaisseur de ces lames celluleuses que cheminent les fibres des racines antérieures destinées aux axes gris. Ces fibres sont le plus souvent obliques, et les tranches ne peuvent comprendre que des fibres horizontales, aussi la recherche de ces racines exige-t-elle une
CONSIDÉBÀTIOlfS GÉNBHÀLB8 SUB LB MODE, ETC. 1^7
grande patience. Quoi qu'il en soit, quand on a été assez heureux pour faire tomber la coupe sur un point favorable, on peut suivre leurs fibres jusque dans les tranchants an teneurs des axes gris, où leur connexion avec les cellules multipolaires est un fait bien certain. Ainsi, les fibres qui des racines antérieures vont aux cellules des cornes antérieures des axes gris, cheminent dans un système de cloisons fibreuses qui divisent, de la surface au centre, toute Tépaisseur des cordons latéroantérieurs.
B. Bacines postérieures ùu ganglionnaires. Elles plongent dans les sillons latéro-postérieurs de la moelle. Leurs fibres sont de deux ordres; les unes se continuent avec les fibres nerveuses qui composent les faisceaux postérieurs, les autres, soit directement, soit par Tintermédiaire des faisceaux posté* rieurs, se portent dans les tranchants postérieurs des axes gris et pénètrent dans le domaine des cornes spongieuses. Parmi ces fibres, quelques-unes se dirigent vers le ventricule de la moelle; d'autres s'unissent aux petites cellules multipolaires qui occupent l'intervalle des cloisons qui divisent Taire des cornes gélatineuses. Ainsi, parmi les fibres des racines postérieures, quelques-unes vont, comme certaines fibres des racines antérieures, s*unir au système des cellules multipolaires.
Si nous rappelons ici que, par les ponts intermédiaires qui les unissent , ces cellules forment un réseau très-serré, on peut concevoir ce réseau comme servant dlntermédiaire central entre les deux ordres de racines dans la moelle.
Par conséquent, si ces racines ont des fonctions diverses, ces fonctions pourront, par ce réseau, se coordonner d'une manière régulière ; Timpressionnabilité, par exemple, avec la réactivité; voilà comment la moelle est, par elle-même, un centre d'action réflexe, en même temps que par ses fasciculations blanches et par les anastomoses longitudinales de ses
les oBiGUfis DS8 lonm*
cellules, elle peut fttre considérée comme un conducteur et, êi j'ose le dire, comme un répartiteur d*impressioas et de réactions dans toute la série des segments du corps. Ces faits, bien simples, nous conduiront à Tintelligence des faite plus com« pliqué3 que nous allons maintenant exposer.
il. J. F. Heckel (1), disait qu*à peine pouvait-on ajouter i ce que Ton savait de son temps sur la structure du cerveau, ce qui était à coup sûr très-hasardé, mais il exceptait les origines Ses nerfs ; c*est là, en effet, une question fondamentale qui en domine beaucoup d'autres. De nos jours, tant d^habiles gens s'en occupent, que si le problème pouvait être résolu par les procédés dont la science actuelle dispose, il le serait bientôt d^une manière complète. Malheureusement, la matière est si difficile qu'il y a un point où il n'y a plus d'habileté suffisante, et oè les meilleurs procédés font défaut. le vais, toutefois, essayer d'exposer ce que l'on sait de plus certain dans l'état actuel des choses; je dis ce que Fon sait déplus certaifi^ car la question est bien loin d'être épuisée, et, ce que l'on voit aujourd'hui d'une certaine manière, pourrait bien être conçu d^nain dans un sens tout différent.
Les anatomistes anciens comptaient sept paires nerveuses crâniennes. Willis et Vieussens en ont compté dix, mais en y comprenant les nerfs sous-occipitaux, ce qui réduit k neuf le nombre de paires qu'ils distinguaient dans le crâne. Quelques anatomistes modernes en admettent douze. Sœmmerring a, le premier, donné cet exemple, qui ne méritait pas, à coup sûr, d'être suivi.
Bidiat proposa une autre classification qui n'a point été icoeptée, mais qui était un véritable progrès, Dans sa mé-
OBIGWE^ i>E$ »m^9 GftAmSNS. It9
tbode, les nerfs cr&nieos étaient fMPg^ en tfoU dêsses. La première contenait les nerfs du carvewi ; le «eeonjde, eciu die la protubérance; la troisième» eafa du iHilbe. il «yiât, «xmaie on le voit, égard au& lieux d^origiAe des aerfii.
M. de BlainviUa oouKOevait aiftsî lee ifêUnA MfvaaM eiAmennes; on ^ait ^^ue» f»^ eêUa eipittagioii» |mww rwWârtng, on désigne renfiaqable des fileis «ervew ^ jptisseaft fpar las deux trous de eonjuga^mi coaafins astre deux vertUms. Or, dans la manière de voîr4eoe gw#d laMralâAe, il fa, diM le crâne, quatre vanèbros comprasant ttôit ÎDtdrndLn* f 1 «i*aimettait, en conséquence, fiie Iroît paires dtei^nei*
U. Cruveilber, dans êom euMemi <«vrage, a*a çmA jugé à propos d'accepter Tinnliie modification afiporCée par Skeflimerring à la olatflîÉoatioD die WilUa. )1 admet donc, comme cel4ii*ci, neuf paires de nerfs crâniens; d'aîlienv, eo cédaat aux naages anciens, l'habile anatonâsta que oons eîtona ici fatt ses réserves, <!; noiis fiaens, À la fin de son livre, cas figues remarquables :
c La compairaÂaon dn mdlie avec ks feirtèbres et lèpossic bilité de décomposer cette èolte ossevae en un certaia noac bre de vort^res crâniennes, a dà conduira Tidée d-éUMjr € un parallèle entre lesneiis crânieas et les iierGs «achidîens. « On eopçoit que le norabce des paures nenreuaes a diû J6tre « subordonné au nombre des ventèbres erâninnnes «dmiaes « par les divers anatomisles; /oa conçoit en outra que; pour « qjue le parallèle entre les paires crâittenpes et les paires c veriébrales soit légitime, il imperie de f$àr€ dmtraUùm a des nerfs spéciaux de la face y savoir y des m&fs ûffatêifè^ « opiiquas et auditifs, t»
Or, M. CruMeillier coBipte dans le :ontne lioia ^votèfaMs; il ad4Q6t, en cqpaéqu^Mie, deux paires nervenaas firâmennas, l'une f«stâie«re, l'untre antérâeiAre.
300 ORIGINES DBS NSBFS.
La paire nerveuse postérieure comprend le pneumogas* trique, le glossopharyngien, le spinal et l'hypoglosse. Le pneumogastrique et le glossopharyngien, qui sont pourvus d'un ganglion analogue aux ganglions intervertébraux, représentent les racines postérieures des nerfs rachidiens. ,
La paire nerveuse antérieure se compose, a, du nerf de la cinquième paire dont le ganglion est parfaitement analogue aux ganglions intervertébraux et qui, par sa grosse racine, représente très-bien les racines postérieures des nerfs spinaux; 6, du perf de la troisième paire ou moteur oculaire commun, de la quatrième ou nerf pathétique, de la sixième ou moteur oculaire externe, de la portion dure de la septième (nerf facial), et enfin de la portion non ganglionnaire de la cinquième paire. M. Gruveilher propose en outre d'énumérer les nerfs crâniens en sens inverse des méthodes anciennes , c'est-à-dire d'arrière en avant. Ces idées sont à coup sûr heureuses, et je n'hésite point à dire qu'à cet égard l'anatomie philosophique lui doit beaucoup.
A côté de ces classifications, dont l'anatomie est la base, il s'en est élevé de nouvelles où Ton n'a eu égard qu'aux données physiologiques. C'est ainsi que Ch. Bell les range en quatre classes; 1« nerfs de sensations spéciales; 2^ nerfs de sensibilité générale; 3*" nerfs du mouvement volontaire; 4'' nerfs du mouvement respiratoire. Telle est la classification de Ch. Bell. M. J. Mûller prend un autre parti; il divise les nerfs crâniens ainsi qu'il suit : !<> nerfs purement sensitifs; 2» nerfs principalement moteurs à racine simple; 3^ nerfs mixtes à racine double.
H. Longet les groupe ainsi d*après leurs propriétés : 1* nerfs de sensations spéciales; T" nerfs de sensibilité générale pouvant en outre servir à des sensations spéciales; 3* nerfs présidant à la fois aux mouvements volontaires et respiratoires.
ORIGimSS DBS l^RFS CRANIENS. 301
Dans ces classiflcations dernières, on s'est, comme on le voit, beaucoup éloigné des anciens, et l'idée d'une division en paires distinctes a été complètement oubliée. Nous allons essayer d'y revenir, parce qu'à cAté des propriétés physiologiques dont il faut tenir compte, il y a un plan d'organisation que l'anatomiste ne doit jamais perdre de vue.
B. Nous admettons avec notre illustre maître, H. de Blainville, quatre vertèbres crâniennes.
La première a pour corps l'os basilaire, pour lames supérieures, les deux occipitaux, et pour arcs inférieurs des pièces analogues aux ailes ptérygoidiennes, auxquelles nous donnons, quand elles existent, le nom d'os palatins occipitaux : cette vertèbre est la vertèbre occipitale.
La deuxième a pour corps le sphénoïde postérieur, pour arc supérieur ses grandes ailes et les pariétaux, et pour arc inférieur les apophyses ptérygoîdes des auteurs, auxquelles nous donnerons ici le nom d'os palatins sphénoidaux pos* térieurs. Celle-ci est la vertèbre sphéno-pariétale.
La troisième a pour corps le sphénoïde antérieur, pour arc supérieur ses petites ailes et les os frontaux, pour arc inférieur, les os palatins proprement dits, c'est-à-dire, dans notre nomenclature, Ibs palatins sphénofdaux antérieurs. Cette vertèbre sera appelée vertèbre sphéno-frontale.
La quatrième est terminale et rudimentaire ; elle a pour corps la masse de Tethmoîde, pour lames supérieures les 06 du nez et pour lames inférieures les deux lames du Yormer, terminées par les deux intermaxillaires. Cette vertèbre sera désignée sous ce nom : vertèbre ethmo-nasale.
Nous ne comptons point ici parftii les éléments du crâne les os qui composent le système des mâchoires, et dont l'ensemble constitue la charpente de la face. Ces os, comme l'a enseigné M. Oken, sont des membres de la tète, aussi étaient-
' ils compris par M. de BlainvîHe sous le nom d*appeirilces. Nous ii'ajouloos« dans ceUe émimération, à la doctrine de notre illustre mailre, que ce qui a irait à h déterminatioii des arcs inférieurs des vertèbres crâniennes.
Aînai, comme lui, nous comptons quatt» Vertèbres dans le crâne. Quelques philosophes éllemànds» adaaeUaat dans lepir aystème des ¥ertèbras intermédtatree» «i oam^iteiKt six. Dans cette hypothèse il me semble qu**! faudrait en admettre sept» ce qui nous ramèa^ait» mais par une autre ifiote, au nombre proposé par le fameux M. £t. Ceoffiroy; mais noua p'admeltons pas ces vertèbres intermédiaire^.
Ces prëtenduas vertèbres «ont» ce que M. de filainviUe appelait des phanéros et des àtUlm. L*idée était bonne, mais les expressions soirt eat^eophoniques* H «4t miâttic valu dire tout simpleineiilt q^e ces os ae déitrelo^pent dans des pbantoas OH dana des hulbes. (Jn de ces 0$ entra dans la compo^tion du bulbe audittf et devj^ni iJi baaa du raiclier. Un atatre wf* partient au pbanère oeuiajre (A n'eKiifte, à réiàt osseux du moins, que dans un petit noiikbre d*animaHx« Un antre correspond aui: sacs oUactifa.
Il esjt fori i repaar quer que diacua de ces os est compris, à la basa du erâoe^ entre deux vertèbres .«ontiguês. Le premier bulbe, TacoUstiquei est en effet compris entre la vertèbre occipitale, et la sphéno-pariétale. Le deuxiènie. Toptique, entre la sphéno-pariétale H h aphéno-frontale. Le troisième enOn^ IWactil, entre la sphéno-fronlale et l'ethmonasale* Ainsi, i chacun des trous de conjugaison crâoieus, car il y en a trois, correspond le bulhe de Tun des organes des sens spéciaux, et par» chacun d'eux passe le nerf esseotid de Tun de ces organes, à savoir : l'acoustique pour le trou de conjugaison postérieur, Toptiquepour le moyen, TolCaetif {mur rantérieur. Ce «sept Iji Jea ,9«aîea fajnw ner-venaas 4a cxim.
0BIGIRB8 DBS SEBYS <JUNIENS. A^8
Toutefois, outre les sensations spéciales qui fpuraisieiil à rintelligence la matière de ces créalîoos iotérieures^ il y a dans la face une vie matérielle, sa^^oir: de la sensibilité et du mouvement. A cet égard, la face ressemble au 4roac. U ^unra donc y avoir dans chacune des paires nerveuses crflnieatiidis, des nerfs pour la sensibilité générale» et 4es nerfs {jour le mouvement automatique ou volontaire» et m léaliié les choses se passent ainsi.
Ainsi, la paire postérieure comprend, ^uire le laerf aeeiittique, des nerfs de mouvement tels que Thypoglesse, le spinal, le facial et le crotaphyto-buccinateur; et des nerfis de sentiment, tels que le glossopharyngien, le pneumo-gw* trique et la branche maxillaire inférieure du trijumeau.
Dans la paire moyenne sont compris, .outre le nerf optique, des nerfs moteurs, savoir : le pathétique, le moteur oculaire externe et le moteur commun; et des nerfs de tseatiHient, savoir: la branche maxillaire supérieure, (1), et Tophtbalroiquedu trijumeau.
Enfin, la paire nerveuse fintérieiire le âiâtriboant à un bulbe immobile, est uniquement composée des nerfe olfactifs auxquels s*unit seulement un petit filet nerveux du trij^anieau, savoir : le filet ethmoidal du rameau nasid de ropbtfaaloiîque deWillis(2).
Cette simple énumération fait apparaitie im fiût fendanien-
(1) Le nerf maxillaire supérieur passe, il est vrai, dans Thomme, par un trou portidilier, savoir: fo troA rond» Mais ce troa n'est qti'ttne dépendance de la fente sphénoïdale d«nt M n'etl podU dklinet éate un ^rand dodUnk d animaux et en particulier dans les ruminants.
(2) Celte manière de concevoir la composition des paires nerveuses crâniennes rend raison do trajet »tngftl(er i|ue «aft le HM êthmotdat da ramemi Da»al de l'ophthal inique qui d'abord sort du erine, puis y rentre jpmur en lOrlIr de nouveau sur les côU^s de l'apophyse cristd galli. Mais celte anomalie Tient en atde à la Ihéorie, en montrant Tunlté du plan de composition de toutes les paires nerveusea crfUiienaes,
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tal, savoir: que le trijumeau est une souche commune de racines sensitives pour les trois paires céphaliques. 11 donne, en effet, au moins un rameau à chacun des trous de conjugaison du crâne. Parmi les nerfs de sensation générale, celui-ci est évidemment dans le crâne le nerf normal, car le glosso-pharyngien et le pneumogastrique, que Ton range parmi les nerfs sensitifs, pourraient bien avoir quelque chose de particulier et d'exceptionnel, ce que sembleraient démontrer d'ailleurs leurs connexions intimes avec la chaîne du nerf grand sympathique.
Dans notre exposition des racines, ou si l'on aime mieux, des origines des nerfs céphaliques, nous suivrons l'ordre suivant :
1^ Nerfs moteurs;
2** Nerfs de sensibilité générale;
3* Nerfs de sensations spéciales.