DÉVELOPPEMENT DES CENTRES NERVEUX
$ 1. PvélégomèiiMU
La ligne que l'on observe dès le début de la formation de l'embryon dans l'axe de la partie claire de Varea germinattva^ est le point de départ des premiers linéaments du système nerveux. Suivant Baêr, cette ligne est l'indice d'un léger renflement. La plupart des observateurs n'y voient qu'une gouttière, dont les bords s'élèvent peu à peu, se recourbent l'un vers l'autre, se rencontrent et se soudent, en sorte qu'à la gouttière succède en définitive un tube parfaitement clos. Pendant que cette métam<Nrphose s'accomplit, la surface interne de la goût-
PROLÉGOMàNBS. 225
tière se modifie, et de cette modification résulte une lame distincte qui limitera immédiatement le canal central du tube. Ce tube est l'axe nerveux primitif; de toutes les parties du système nerveux central, celle-ci apparat la première et persiste, pendant toute la vie, sous un nom nouveau^ cdui de ventricule céphalorachidien.
Les diamètres du tube nerveux central ne sçmt point uniformes. Avant même que la gouttière primitive soit complètement fermée, elle se renfle dans sa partie céphalique en trois dilatations successives. Nous indiquerons ces dilatations, en partant du tube rachidien, c'est-à-dire en procédant d'arrière en avant.
La première comprend deux régions ; l'une postérieure, est Varrière^eerveau; l'autre vient ensuite, c'est le cerveau posté'-* rieur.
La deuxième dilatation a reçu des embryotomistes le nom de cerveau moyen.
La troisième est connue sous la dénomination de cerveau intermédiaire ; cette dilatation porte à sa partie antérieure deux excroissances symétriques ou lobes accessoires qui lui donnent un aspect cordiforme. Ces deux lobes, de plus en plus distincts, constituent une région spéciale désignée sous le nom de cerveau antérieur.
Ainsi, d'arrière en avant la portion céphalique du tube primitif comprend : 1* l'arrière-cerveau ; 2^ le cerveau postérieur; 3^ le cerveau moyen; 4» le cerveau intermédiaire; ô*" le cerveau antérieur , c'est-à-dire cinq régions groupées en trois dilatations successives.
On peut dès à présent dire ce que seront un jour ces différentes régions. L'arrière-cerveau correspond à ce qui sera plus tard l'angle postérieur du quatrième ventricule, c'est-àdire le bec du calamus. Le cerveau postérieur en sera Tangle n. «
Slll B^iOPPSHEUT DM CIRTBU NSBYEUX.
âoUrieur; le OMretu moyen sera l'aqueduc de SjrlvioB, l'in- Unnédiain dariendra troiàiiiM vealrioule; enfla le corean aDtérieur est le point ds départ des Teatriculai latéraux et des liéiniaphèns futuri.
Afin de os point «nbamsMr ceVa histoire d* détaili fastidieux, et de la rendre plus intelli^le pour iei oommeagaats obtie 1m aniBA debqiieli pourra tomber cet ouvraga , je laiaaerai de oAté iem lea détails auperflua dont ka Uvrea sobI •ncombrés, peur m'en lemr sorupuleusament au ofaoïH aa-
Pendant que les premières modifications dont nous tenons és pflflOT a'eBe«tuent, l'embryon subit dans sa partie oxalique une forte courbure, et le tnbe nerveux central se plie à ce mouvement général.
Cette IttflextoD de l'axe nerveux n'est point simple ; elle se compose d'une suite de courbures alternatives dont l'ensemble a été parfaitement représenté par Hedemann, à qui j'emprunte ici une figur« dont l'explication nous dispensera de quelque description rastidieuse.
j. La première courbure est en B, ce p(^t
répond dies l'adulte au bec du calamos, c'est-à-dire à l'angle postérieur du quatrième ventricule. La région qui s'étmd de B en C, est dans l'embryon VcarièreeerMou'; elle répond à cette partie du çvûtrtème venMcitlê qui, ohet l'adulte, est comprise entre les deux oorpa twtifwmes — de C en D, est le eervoam poilérieur. Cette région correspmd chez l'adulte Il l'angle antârieur du quatrième TenUicule. Ainsi, à cette époque (ffimitivs
Fit. T.
MODlVICATIOnS PBBMIJBM. 937
de la vie embryonnaire, le quatrième ventricule est composé de deux riions qui comprennent entre elles un angle presque droit — de D en E est le cen>eau moyem^ c'esUàslire la râgioa des lobes optiques ou tubercules quadrijun)eaiu. La cavité du cerveau moyen sera plus tard Voque^Mç de Sylvius *^ ea F, est le cerveau intermédiaire^ c'estrà-dîre le ttoiaièmé ventrip cule de Fadulte; enfin en G, est le cen^^u antérieur où l'on voit poindre déjà les vestif^ des ventcicoles latéraux, centoea des hémisphères fuiurs.
A partir du point D, Tensemble du centne narveu «aeépha* lique se recourbe assev régulièrement d'arrièce en avast et de haut en bas. Cette courbure persiste pemUnt tonte la vie; mais à mesiir0 que l'embryon se dévrioppe» l'extrémité aalé* rieure du cerveau intermédiaipe pousse en entraînant avec elle les lobes du cerveau aotériour et «e recourbe en seas Mnerae de sa première courJt^ure, c'est-à-dire de bas es haut ^t 4'avant en arrière. C'est ainsi que se iprodttit l'fincoulement en troisième venif iciAle auloNr de la oemmissure moUey dont la formation cei^tripète ooincide avec ce mouvement.
Ces déterminations une fois établies, il est évident, qu'au début de la vie embryonnaire, l'enaenible des diatations cephaliques de l'axe nerveux est réduit, du moins quant aux apporenees, aux parties qai, chezl'adtflte, composent l'ensemble des ventricules. Plus tard« leurs parojs s'épaississent, la configuration générale des eoBtces nerveux subira des modifica- > tiens pins ou moins grandes; mais ce tube nerveux, axe et point de départ des lormations futures, conservera son earaotelle originel, et les phis singulières métamorphoses n'arriveront jamais au point de le dissimuler d*une manière complète.
11 n'y a d'atHenrs, au début de la vie fœtale, aucune trace visible de ganglions surajoutés. Ceux-ci se développent plus
22S DBTBLOPPBMERT DBS CENTRBS mSRYEUX.
tard sous forme de stratifications qui s'épaississent graduellement, et se superposent aux parois des dilatations céphaliques du tube primitif. Le cervelet n'est d'abord qu'une lame transversale appliquée à la paroi dorsale du cerveau postérieur. Les tubercules quadrijumeaux ou lobes optiques se superposeront au cerveau moyen; les couches optiques au cerveau intermédiaire ; les hémisphères et les lobes olfactifs aux renflements primordiaux du cerveau antérieur; enfin les faisceaux de la moelle» les pédoncules cérébraux, et toutes les formations fibreuses de l'axe se dessineront successivement sur les parois épaissies du ventricule primitif (1).
On ne dirait pas grand'chose en enseignant avec Tièdemann que toutes ces parties sont successivement formées par des dépôts produits par la pie-mère. Loin de là ; cette théorie de sécrétions et de stratifications déposées l'une après l'autre a quelque chose de mécanique et de grossier, qui convient mal à l'idée qu'on doit se faire du mouvement vital dans les êtres organisés ; mais si l'on disait après cela, que ces formations sont le résultat d'une séparation histologique ^ on se payerait de mots plus que de choses... Il vaut mieux, à mon sens, ne point essayer des explications impossibles et se
(1) G*est Beulement yers le miiioa da troilième mois que le système nerveux commence à perdre 8a phyiionomie première, par Buite de raocrois* lement prodigieux du cervelet et des hémisphères cérébraux. Je dois faire remarquer toutefois que Jusque vers le milieu du quatrième mois le cer? elet demeure absolument lisse. Cela est d'autant plus nécessaire que Meckel, qui a donné une asses bonne figure de l'axe nerveux d*un Embryon âgé de 7 à 8 semaSnea, a mal à propos figuré sur le bord antérieur du cervelet de petites dentelures qu'on pourrait prendre pour des vesUges de plis. Ce détail est absolument faux. J'insiste d'autant plus sur cette figure, qu'elle a été reproduite par R. Wagner, et plus récemment par M. Longet, et qu'en conséquence elle a acquis une certaine célébrité. Voy. à ce sujet Meckel, Ârehiv, Bd. 1, tom. U, flg. 3 et S.— R. Wagner, Icônes, Tab. 22, f. xii, et Longet. Traité de physiologie, tom. II, deuxième parUe, de la génération, page 195, flg. 22, B.
PSBFlGTIOinmiBIlT SUCCS8SIT D38 VOBIIBS. 2S9
borner à une exposition empirique de faits, dont les causes de^ meureront sans doute éternellement cachées.
C'est là, en effet, une histoire semblable à celle des végétaux qni s'accroissent. Le système nerveux pousse non-seulement dans son ensemble, mais encore dans ses moindres détails. Or, de ce mouvement de développement qui transforme en même temps la masse de l'encéphale et ses plus petits éléments, résultent à la fois, et des changements dans la forme générale , et la distinction évidente de tissus dont les rudiments préexistaient sans doute, mais qu'une apparence de similitude originelle laissait pour ainsi dire confondus. Nul ne sait, en descendant de l'ensemble aux détails, à quels éléments ces modifications s'arrêtent. Les corps vivants, a dit Leibnitz, avec sa profondeur habituelle, sont machines à l'infini; si donc la machine vivante pousse, elle poussera et se transformera dans le moindre de ses rouages. De là, l'insuffisance de toutes les descriptions, de toutes les histoires qui ont été tracées dans ces derniers temps; insuffisance fatale, qui n'accuse point l'incapacité des observateurs, mais l'étemelle obscurité du problème.
La partie dominante de Yeneéphale^ pendant les premières époques de la vie fœtale, est le cerveau moyen de JBoér, c'estràdire la masse des tubercules quadrijumeaux ou lobes optiques de Serres. Vers la neuvième semaine, comme l'a fort bien vu Tiédemann, le cervelet n'est encore qu'une lame mince, tendue derrière la vésicule du cerveau postérieur ; quant aux hémi^ sphères du cerveau antérieur, semblables à deux petites am- à
poules oblongues, dont le grand diamètre est vertical , ils ne recouvrent encore, ni la région des lobes optiques, ni celle du cerveau inUrmidiaire. Le cerveau moyen, saillant et complé-
S80 DiTBLOWSMBlIt M9 CBimiSS fŒh^kUT.
tement découvert, domine êur toutes les autres parties de Tencéphale. On ne toit d'ailleurs aucune trace de commissure molle ni de corps calleux ; mais on peut reconnaître, avec Baér» on rudiment des piliers de la voûte ati fond des sillons semi-circulaires qui séparent du cerveau intermédiaire les vésicules du cerveau antérieur. Ils ont, en conséquence, un rapport essentiel avec la dépression médiane qui sépare en deux moitiés distinctes les deux lobes des hémisphères futurs.
11 paraît qu'au début de la vie il n*y a aucune adhérence entre l'infundibulum et le corps pituitaire. Ce corps, suivant Ratke, serait une excroissance du pharynx; mais TinAindibulum apparaît de fort bonne heure comme une dilatation du oMé inférieur de la vésicule du cerveau intermédiaire.
Dès la fin du deuxième mois, cette vésicule est ouverte en dessus par une fente médiane. Il est fort difficile de décider, comme l'a fort bien remarqué M. MûIIer, si cette ouverture résulte d'un défaut originel d'union eiitre les deux lames dorsales, fHi si elle reconnaît^ pour cause, utie déhiscence ultérieare. Baêr professe cette dernière manière de voir (1). Il pense qu'à une certaine époque la couverture du cerveau intermédiaire se soulève, s'atrophie, et ses résidus attachés à l'extrémité postérieure de la fente qui en résulte, donneraient, suivant lui, naissance à la glande pinéale. Mes propres observations m'obligent de me rattacher ft certains égards & cette opinion de Baôr. Pendant fort longtemps, l'orifice supérieur du cerveau intermédiaire présente les traces d'une déchirure dont les débris Irréguliers demeurent attachés aux couches optiques^ le long des lignes où Ton distinguera plus tard les habenm de la glande pinéale ; mais je ne puis décider ai la glande pinéale est un débris du couvercle primitif.
(1) tnimchetunçigetchickte, e^., Uifùe )f,
PB&FBOTtrâNBMtilIT SUQOBSêlV DIS fOttttM. SIt
II osl fort à remarquer que, du moment oA la division médiane du cerveau intermédiaire s'est effectuée^ on doit yoir , dans le bord des cellules ouTertes en dedans du oerveau an« térieur, les premiers rudiments des bandelettes de la ToAte. Or, dès cette époque» ces bords correspondeiit pfPéeiséffient aux sillons de démarcation qui séparaient lê cerveau f ntettné^ diaire d'avec les vésicules du cerveau antérieur. Dans i'adulté, ce rapport ne ciiange point ; les piliers de la votie suivent en eflet le sillon qui s'étend entre les couches optiques et lés corps striés internes, et distinguent, en conséquence, le ¥esti« bule du ventricule moyen d'avec les ventricules latéraux. Il n'y a donc, à cet égard, aucune différence essentielle entré les formés de l'adulte et celles du fcotus, et si nous assimilons les vésicules du cerveau antérieur, c'est-à-dire les ventricules latéraux à une bourse, ce ne sera point l'ouverture ou le bord de la bourse qui s'avancera graduellement au-dessus du cerveau intermédiaire et des lobes optiques, mais bien le fond de \9 poche elle-même, qui croîtra, deviendra de plus en plus profonde, et s'étendant ainsi d'avant en arrière, finira par recouvrir l'ensemble des régions postérieures de la masse encéphalique. Ces Inflexions m'ont peupii nécessaires, car certaines figures de Tiédenann, et en particulier les figures 1 et- 4 de la planche II de la traduction francise, pourraient, à cet ^ard, aisément induire en erreur.
Quoi qu'il en soit, à l'époque dont noua parlons, c*esl-àdire vers la neuvième semaine, les vésicules du cerveau antérieur en sont encore à leurs relations primitives, et le cerveau intermédiaire, bien que déjà divisé par une ouverture médiane , est encore complètement à découvert. Cependant les choses marchent vite, et dès la dousième semaine, les vésicules du cerveau anfériisur ont déjà recouvert le cerveau intermédiaire et Umchent au cerveau moyen, o'est^à^di^ aui
332 DBVBLOPPBMBEIT DES CERTBES HEBTXIIX.
lobes optiques. A partir de cette époque, leurs parois ont acquis assez d'épaisseur pour leur mériter le nom d'hémisphères cérébraux; les lobes olfactifs sont, dès avant ce temps, parfaitement distincts.
En même temps que les hémisphères grandissaient, le quatrième ventricule s'élargissait, et le cervelet, tendu transversalement au-dessus de lui, augmentait graduellement d'épaisseur. Une dépression médiane en divisait la surface en deux moitiés symétriques; toutes les parties de l'encéphale s'accroissaient, mais les Iches optiques plus lentement, si bien que le cerveau moyen perdait par degrés beaucoup de sa grandeur relative* A l'intérieur des ventricules on distinguait déjà des élévations correspondantes aux couches optiques et aur corps striés. Une petite lame transverse unissait en avant les deux hémisphères. Cette lame touchait aux bords de l'ouverture des deux ventricules latéraux et comprenait à la fois les rudiments de la commissure antérieure et du corps calleux. L'aqueduc de Sylvius était dilaté en une vaste ampoule sous la masse des lobes optiques.
Tiedemann a représenté un cerveau de cet âge. Malheureusement la figure qu'il donne est en plusieurs points fort incomplète ; immédiatement après celui-ci, il en décrit un autre flgé d'environ quatorze à quinze semaines. J'ai eu l'occasion d'étudier deux cerveaux qui présentaient un degré intermédiaire de développement : l'un d'eux pouvait avoir en conséquence treize semaines, et l'autre environ quatorze.
Dans le premier, les hémisphères étaient fort allongés et touchaient aux lobes optiques, mais sans les recouvrir. Le lobe sphénoïdal formait déjà une petite saillie qu'une dépression légère, rudiment de la scissure de Sylvius, séparait de la masse frontale. Les lobes olfactifs étaient grands, percés d'un ventricule et bien distincts dans toute leur étendue; quant aux
PEBFECTIORUBMSNT SUCCXSSIF DSS FOBlfBS. 33$
lobes optiques, ils étaient fort étendus avec une trace de division médiane 9 ils se prolongeaient en arrière et touchaient à la lame transversale du cervelet. Ainsi, l'espace qui, chez Fadulte, les sépare d'avec le cervelet et comprend, avec la valvule de Vieussens, la partie visible des pédoncules supérieurs du cervelet, n'existait point encore.
La région du bulbe, bien que fort développée et démesurément large, conservait encore ses inflexions primitives, en sorte que le plancher du quatrième ventricule était divisé en deux régions secondaires : l'une postérieure horizontale, l'autre antérieure presque verticale. Cette dernière région était recouverte par le cervelet étendu transversalement au-dessus d'elle, entre les deux corps restiformes. Celui-ci était divisé en deux moitiés symétriques, par une dépression médiane; en arrière, le quatrième ventricule était largement ouvert, et cette ouverture béante laissait apercevoir sa paroi grise et fort épaisse ; cette paroi faisait saillie sous la -lame transverse du cervelet, d'une part, et d^autre part, au-dessus des corps restiformes, une petite lamelle en bordait la marge et passant de la moelle au cervelet, semblait être un débris de la paroi propre du quatrième ventricule.
Cet ensemble, vu par derrière, avait un aspect singulier. Il rappelait fort exactement la forme d'un mufle de lion. Les lobes optiques formaient le nez de ce mufle; le cervelet représentait une lèvre supérieure divisée par un sillon médian, et les corps restiformes une lèvre inférieure. L'ouverture du quatrième ventricule, semblable à un large rictus , était la gueule béante de ce mufle, àont les bords gengivaux étaient représentés par la saillie de la paroi grise intérieure^ quant aux commissures de cette gueule, elles étaient fort dilatées et logeaient deux vésicules membraneuses dans l'intérieur desquelles étaient contenus les lobes latéraux des plexus cho-
284 DiVELOPPEMBNT DSS GfiNTBES NBfiVBUX.
roïdcs du ventricule. L*échancrure médiane de la lèvre inférieure troublait seule l'exaetitude parfaite de cette comparaison.
Dans le second cerveau, les choses étaient à peu près semblables, quant au développement général des hémisphères; toutefois les lobes sphénoldaux étaient un peu plus saillants. Les lobes optiques avaient nn peu perdu de leur grandeur relative , et les parties latérales du cervelet avaient une plus grande épaisseur; mais la ressemblance de cet ensemble avec un muile de lion était un peu moins frappante.
Eiamlné par sa base, cet encéphale présentait les particularités suivantes : le bulbe était très-grand, on y voyait déjà deux pyramides antérieures bien distinctes aux côtés desquelles étaient les rudiments des olives ; une petite bande trèsmince, étendue entre les deux extrémités du cervelet et divisée par un sillon médian en deux moitiés symétriques, représentait la protubérance annulaire, à la surfiice de laquelle s'étalaient, en s'infléchissant vers le sillon médian, deux plans fibreux émanés des faisceaux moyens. On distinguait, en outre, avec la plus grande évidence, les pédoncules cérébraux, le tuber cinereum et deux petits nerfs optiques avec leur ehiasma. Les nerfs olfactifs étaient creux et leur intérieur communiquait avec le ventricule latéral. Une coupe médiane de ce cerveau présentait les particularités suivantes :
La paroi infiSrieure du tube médullaire avait une grande épaisseur, surtout dans la région de la commissure des pédoncules ; les lobes optiques contenaient une vaste dilatation du ventricule et leurs parois étaient fort minces , mais le cervelet avait acquis tme plus grande épaisseur. Le cerveau intermédiaire avait déjà la forme qu'il conserve pendant toute la vie. Les deux moitiés de la commissure molle formaient, au centre des couche» optiques tressaillantes à cette époque, une
^B&FËCTtONNBMBNT SUCCESSIF DBS FOBHES. 235
élévation bien distincte; mais ces moitiés n'étaient point encore unies dans le plan médian du cerveau.
Le bord de la grande ouverture de rhémispbère ceignait fort exactement les couches optiques, et sa marge était formée par les bandelettes de la voûte qui méritent bien, dès Forigine, le nom de corps bordants, corpora fimbriata. Ces bandelettes touchaient, en avant, à un rudiment de corps calleux très-court et presque vertical à cette époque, en sorte qu'il représentait assez bien le degré de développement propre au corps calleux des Marsupiaux. Mais la commissure anté^ rieure était très-grèle et par conséquent fort différente de rénorme commissure de ces animaux ; disons ceci en passant, en nous réservant d'y revenir plus en détail par la suite : tous les nerfs cérébraux étaient distincts mais extrêmement grêles.
Dans les deux cerveaux que nous venons de décrire, les ]parois des hémisphères étaient fort minces, ce qui tenait sans doute au peu de développement des lames corticales et des plans fibreux rayonnants ; mais les ventricules latéraux étaient énormes et rendaient l'hémisphère semblable à une poche. Il n*y avait donc là rien de comparable à ce que Vieussens a désigné dans l'adulte sous le nom de centrum ovale. Cette vaste poche , que tapissait intérieurement une couche grise fort épaisse était remplie par une masse énorme hérissée d'inégalités et pareille à un corps spongieux , cette masse est le plexus choroïde. Un si grand volume oblige de supposer que cette partie a dans le foetus quelque rôle encore ignoré , mais très-important.
La surface des hémisphères était divisée, à partir de bi foaM de Sylvius encore rudimentaire à cette époque, par dé petites scissures rayonnantes. Ces scissures ne paraissent point être le résultat accidentel de certaines circonstances fortuites, telles que l'action de l'esprit-de-vin sur des tissus imbibés; elles
336 DBYBLOPPBMBRT OB8 CSRTBBS RBITSUZ.
n^ontd'ailleurs rien de commun avec les anfractuosités futures; à ces scissures correspondaient des replis saillants à l'intérieur des ventricules et rayonnants comme elles. Ils formaient de véritables circonvolutions internes revêtues d*une couche grise épaisse, dont l'existence coïncide avec l'expansion primitive du plexus choroïde. Cette couche grise interne et ses circonvolutions s'atrophient et s^efTacent quand apparaissent les cou* ches corticales et les circonvolutions externes. Il y a là une sut)stitution singulière qu'on n'a point assez remarquée et qui n'est pas l'un des moindres phénomènes parmi ceux qui se succèdent pendant l'évolution fœtale (1).
Les choses étaient les mêmes, ou peu s'en faut, dans un fœtus un peu plus âgé. Celui-ci avait environ quinze ou seize semaine. Les lobes du cerveau et ceux du cervelet avaient beaucoup grandi. Déjà les lobes optiques étaient en partie recouverts. Dès cette époque d'ailleurs, bien qu'absolument dépourvu de plis à sa surface , le cerveau avait acquis, sur toutes les autres parties de l'encéphale, une prédominance marquée, et ses lobes sphénoidaux faisaient une saillie bien distincte. Quant au cervelet, ses parties latérales prédomi* naient encore sur ses parties médianes, si bien qu'à la place du vermis médian et du culmen, il n'y avait qu'une gouttière. Ainsi, très-certainement dans le cervelet de l'honune, le développement des masses latérales devance celui des parties médianes.
A partir de ce moment, l'accroissement de l'encéphale se
(I) M. W. Vrolik a publié robserration eariense d*aa cas de mlcuH eéphalte eompliq«ée d'hjdrocéphalie. Lei paroU oérébrales étaient fort minées et préBeotalent des traces de plis du côté des yentricules énormément dilatés. Hais ces plis Internes répondaient aux anfractuosités externes, et en conséquence n'avaient rien de commun afec ces plis primitifs internes da cerveau du fœtus. — Cf. Besckr^wng van gebrMigai hersert' en whedel'Vorm^ door W. Vrolik, Amsterdam, 1S&4, PI. II.
' PEBFECTtONNEHBlfT SUCCESSIF DES FÔRltfiS. 23f
fait avec une incroyable rapidité» et c'est entre la seizième et la vingtième semaine que s'accomplissent les développements qui élèvent à leur forme typique la voûte et le corps calleux. Tiédemann a eu le bonheur d'observer un degré de cette période. Mais les figures qu'il en a données sont si incomplètes et si infidèles , qu'il est presque impossible d'en tirer aucun fait important y sinon que la formation du genou antérieur du cotps calleux et de la cloison transparente appartient à cette époque. La commissure antérieure est à peu près indiquée sur une de ces figures. Une autre représente le cervelet avec quelques plis ; mais ces plis, dessinés au hasard et semblables à des lignes transversales, n'ont aucune conformité avec la nature, et rien n'y saurait donner une idée des détails qui donnent à l'histoire du développement de l'encéphale de l'homme une physionomie toute particulière.
A partir de la dix-huitième semaine, les choses marchent avec une rapidité toujours croissante. Vers la fin du cinquième mois, bien que le corps calleux n'ait point encore recouveirt complètement le cerveau intermédiaire, sa courbure s'est développée; il s'est, vers son milieu, écarté du pilier de la voûte et les parois du septum lucidum se sont constituées. En même temps, des fibres transversales complètent l'opercule de la voûte. C'est aussi vers cette époque que les deux moitiés de la commissure molle s'unissent et se confondent dans le plan médian. Pendant que ces métamorphoses s'accomplissaient, les parois des hémisphères et des lobes optiques acquéraient une épaisseur de plus en plus grande. Les lobes olfactifs prenaient aussi un notable accroissement.
Les proportions réciproques des organes encéphaliques sont alors bien différentes de ce qu'elles étaient au début de la vie embryonnaire. Ce qui prédominait alors, c'étaient les tubercules quadrijumaux ou plutôt les lobes optiques; venaient
2aS BjSyBLOPPKMBNT des GBNTBBS IfBBYBUX.
ensuite les hémisphères cérébraux, puis le cervelet. A l'époque où nous sommes arrivés, les choses ont bien changé. La marche du développement s'étant effectuée dans ces parties d'une manière fort inégale^ maintenant c'est le cerveau qui l'emporte. Le cervelet occupe le second rang , et les lobes optiques sont désormais relégués au troisième. Je ne parle pas jci des lobes olfactifs, qui, pendant toute la vie fœtale, demeurent chez l'homme dans un état d'infériorité relative.
Les choses marchant toujours dans le même sens , le cerveau proprement dit a bientôt acquis une grandeur démesurée et dépassé en arrière les lobes optiques et le cervelet. Son caractère typique est désormais acquis. La scissure de Sylvius» lar|;e encore et béante^ enferme un lobe central. Les lobes frontaux sont grands; quant aux lobes sphénoidaux^ leur volume s'est accru, mais ils n'ont point encore atteint au sum^ mum de leur grandeur relative.
Malgré ce développement général» il n'y a encore sur toute la surface des hémisphères que des plis rudimentaires, semblables à des rides éparses; en certains points un piqueté irrégulier reiqplace ces rides, et la seule anfractuosité bien distincte est le sillon de Rolande , dont on aperj^oit un léger vestige. Or, pendant que les hémisphères s'accroissaient ainsi» le cervelet se modifiait dans un sens tout nouveau et digne d'une attention particulière.
Jusque vers la seizième semaine environ cet organe était parfaitement lisse. Ses parties latérales prédominaient sur les parties médianes, qui présentaient une dépression manifeste. Mais à partir de cette époque les choses changent rapidement. Ce développement des parties latérales, dont la marche avait tout devancé, se ralentit ; en revanche, celui des parties médianes s'accélère. Le culmen s'élève; le bord antérieur du ca*velet produit un lobe distinct où se dessinent trois ou quatre
PfiBFBCTIONNEMENT SUCCESSIF DfiS FOBIIBS. ^^9
plis transverses ; le vcrmis médian, très^-largo à celte époque» se divise en ses lobules constitutifs. Quant aux lobes ou au corps iies cervelets latéraux y ils demeurent , sous la forme d'une masse presque lisse» dans une sorte de repos et attendant, en quelque sort^, l'heure des développements ultérieurs. Ces lobes n'ont à aucune époque ces grands vermis latéraux qui distinguent le cervelet de la plupart des mammifères^et en particulier celui de tous les Primaies inférieurs. Deux petits tubercules sans plis, où Ton reconnaît à grande peine les touffes du cerveau adulte, les remplacent et communiquent par une lame transversale avec la luette du vermis médian, au-dessous des lobes latérauju
Tout cela est bien loin, comme on le voit, de ce qu*a décrit Tiedenwui. La marche du développement n'a point, en eOet, cette régularité qu'il avait supposée* Loin de là , c'est une marche saccadée, dont l'histoire est nécessairement lente et compliquée. La vérité est que les cervelets latéraux apparaissent les premiers; et toutefois ils n'acquièrent leurs derniers développements qu'après l'achèvement du cervelet médian et de son vermis. Quant aux vermis latéraux, ils sont, à toutes les époques de la vie fœtale, aussi simples, pour le moins, que dans l'âge adulte, et ne subissent par conséquent aucune réduction* On peut conclure de ces observations, comme notre savant ami M. Trécul l'a parfaitement établi de son côté par ses recherches d'organographie végétale , qu'il n'y a aucun parallélisme nécessaire entre l'ordre à* apparition et l'ordre de développement. Cette simple remarque renverse bien des Ibéoriès qui ont eu cours dans la science, et dont la domination est encore à peine contestée.
Quand on parle du cervelet, il ne faut jamais oublier la protubérance anxrulaire. Celle-ci était déjà parfaitement constituée àpartir du cinquième mois* Le sillon médianyétaitrigou-
2^40 D^VÉLO^JPEMBNT 1>ËS CfiNtBfiS NBHVEUX.
reusement tracé, et sa surface était revêtue par des expansions des faisceaux moyens du bulbe; quant aux pédoncules moyens du cervelet, ils étaient petits, mais bien formés, et donnaient, comme chez l'adulte, issue à la cinquième paire. Dans son ensemble, le volume de la protubérance était assez bien proportionné à celui du cervelet.
Elle a d'ailleurs dès le principe le caractère qui doit la distinguer toute la vie, c*es1rà-dlre que ses plans prof<mds sont complètement recouverts par ses plans superficiels; il n'y a donc, même au début de la vie fœtale, aucune trace de trapèze. Gela est naturel, puisque ces plans superficiels répondent aux cervelets latéraux, dont l'apparition précède, ainsi que taous Pavons vu plus haut^ celle du cervelet médian. Ces faits sont, je le répète, fort contraires aux opinions que les travaux de Tiedemann avaient popularisées dans la science.
Cependant, tout en demeurant, quant à sa masse, fort inférieur au cerveau, le cervelet acquiert, avant celui-ci, tous les caractères de sa constitution définitive. Vers la fin du sixième mois, il n'a pas encore, il est vrai, toutes ses feuilles, mais sa surface est chargée de plis nombreux, et l'on peut dès lors compter tous ses lobules. A cette époque les parties médianes ont devancé les parties latérales et remporteront quelque temps sur elles. Le vermis latéral n'est encore qu'un petit tubercule étroit et sans plis.
Pendant les dernières périodes du développement fœtal , c'est-à-dire pendant tout l'intervalle qui sépare le commencement du septième mois de la fin du neuvième, ce développement du cervelet, dont la marche est si active pendant la période moyenne, se ralentit et le cède à celui du cerveau qui s'accélère avec une rapidité toujours croissante. Les parois de la vésicule primitive s'épaississent par suite du développement du centrum ovale. Le corps calleux s'avance au-dessus du
PBaFBGTIONNSMBnT SUCCESSIF DES FOBMBS. 241
cerveau intermédiaire, jusqu'aux lobes optiques divisés dès lors en quatre tubercules, et son épaisseur augmente de plus en plus, en même temps que sa courbe antéro-postérieure se développe. Les régions occipito-sphénoîdales s'étendent par degrés et font perdre aux parties frontales un peu de leur prédominance primitive. Tout cela est fort difflcile à exprimer, sinon par des figures, parce que toutes ces choses poussent à la fois. En même temps les parois du cerveau se plissent, et ces plis se développent chezT homme dans Tordre suivant : i La première scissure est la scissure de Sylvius^ d'abord très-large et béante ; elle se rétrécit peu à peu. La seconde est le sillon de Rolando. Celui-ci sépare nettement, dès le sixième mois, les masses pariétales d*avec le lobe frontal. Ce lobe n'a point encore les plis profonds qui le distingueront plus tard, mais il offre des rides nombreuses et disséminées. Il y a aussi quelques vestiges de plis vers l'extrémité occipitale, mais le lobe occipito-pariétal est encore absolument lisse. Vers la même époque, une scissure transverse sépare, vers l'extrémité antérieure du cerveau, le lobule orbitaire d^avec le lobule frontal.
Sur la face interne de l'hémisphère, la première scissure est celle des hippocampes ; le premier pli distinct est le pli unciforme. Le cerveau est vers cette époque beaucoup plus long que large, surtout dans ses parties frontales.
C'est seulement vers les derniers temps de la vie fœtale que les plis du lobe occipito-sphénoidal externe se développent. Souvent, alors que les masses principales des plis frontaux sont bien dessinées, la scissure parallèle qui distingue le pli marginal inférieur de la scissure de Sylvius, n'existe point encore. Ce fait est d'autant plus remarquable, que dans le cerveau des singes, sauf la scissure de Sylvius, la scissure parallèle préexiste à toutes les autres.
11 m'a semblé, par suite d^une série d'observations conscien* u. • 46
,jyu:<ju<^i^M ^^«1k^ que les deux hémiaphèros ne se àéy^hf>* .^v^*^ «f^ ^'^iM manière absolument symétrique» Ainsi, le dfr v»%vw<^^^''^ ^ P'^^ frontaux parait se faire plus vite & gauche ^ "i 4iV^INi Undis que Tinverse a lieu pour les plis du lobe ^^.^^g^^énoidal. Du moins, dans tous les cas que j'ai ob* ^^\Vi» ai^j^ ^tt Ift scissure parallèle qui distingue le pli marginal i;t AHMur se dessiner à droite avant de se montrer à gauche. l^'aiUeurs, ce développement des plis cérébraux va si vite, i^u'à la naissance le système de ces plis est complet et ne dif- !(^Kt de celui de Tadulte que par un peu moins de flexuosilés dans les détails* Toutefois leur substance n*a point encore acquis ses apparences définitives; la matière fibreuse du ^mtrê evafo n'a point cette couleur blanche qui la distingue dans Tadulte ; quant aux couches corticales, elles n'ont point acquis la teinte foncée qui doit les caractériser un jour. Cet état du centre ovale contrasta avec la couleur nacrée des pyramidea, et celle des faisceaux longitudinaux de la moelle qui, par leur apparence fibreuse et leur blancheur, diffèrent, au premier coup d'mil^ de la protubérance et des pédoncules cérébraux. FeuW 4tre y a*t-il là quelque indice d'une liaison plus intime entre l#s pyramides antérieures et la moelle ; mais il n'est pas facile d'expliquer clairement le sens de cette relation.
Les choses vont d'ailleurs de telle sorte dans les bémt» aphères du cerveau, que ces organes s'approchent de leur perfection dernière, bien plus rapidement que le cervelet. Celui-ci n'atteint & ses proportions définitives et ne se complète dans le système de ses pUs, que vers l'&ge adulte. Rien n'est plus singulier, en effet, que la petitesse du cervelet eu égard à celle du cerveau chez Tenfant nouveau-né. Ces faits semblent indiquer que le cerveau est un organe de l'enfance, aussi bien que de Tâge adulte et de la vieillesse ; mais que la plénitude des fonctions du cervelet correspond aux âges qui sui-
raBFBCXIONKBMSlIT SUCGBSSIF DES tOMHfS. f48
▼ent Tenfance, soit qu'il préside à la génération comme le voulait Gall, soit qu'il gouverne et régularise la distribution des mouvements volontaires, comme l'enseigne notre illustre I^ysiologiste H. Flourens.
D'ailleurs, bien qu'il y ait harmonie entre le cerveau et le cervelet, ces relations récriproques ne sont point si intimes et ai absolues, qu'elles fassent du développement de l'un, la condition nécessaire du développement de l'autre, du moins avant la naissance. Chez une idiote microcéphale au dernier degré, dont je figure dans mon atlas le moule encéphalique, le oei^ veau était réduit au volume d'un cerveau A'Orang ou plutôt de Gùrille^ c'est-à-dire que son volume était bien au-dessous de celui que présente un enfant nouveau-né; toutefois le cervelet avait acquis une certaine grandeur, inférieure sans doute à celle du cervelet d'une femme de vingt et un ans (Age qu'avait atteint notre idiote) ; mais bien supérieure à celle qu'aurait pu faire supposer un cerveau aussi réduit. Réciproquement, chez une fille observée par MM. Gombelte et Cruveilher (1), le cervelet manquait, et cependant le cerveau avait acquis un développement voisin des conditions moyennes; ainsi l'on peut dire que ces choses sont préordonnées, puisqu'elles doivent s'unir dans une harmonie définitive, mais le développement de l'une est jusqu'à un certain point indépendant de celui de l'autre. Aussi n'est-il pas rare de trouver des anencéphales, nés à ,terme et d^ailleurs bien constitués, chez lesquels, avec une absence presque complète du cerveau, coïncide une constitution normale du cervelet (2). Si donc, chez certains microcéphales, le cervelet grandit peu , cela
(1) CombeUe, JbvtM médicaU, t II, p. 57, 183 1, et GraTeUher, AnoL ftakêfogique du corps humain, t. I, zv* Ufraison, PI. V.
(3) P. GraUolet, dans Anit. franc, et étrang, d'anat, eidephys., t. Ul^ tS99. — Cf. GmvelUker, Anai, pathologique^ xv« iiyraiBon, PI. IV.
244 DBTBLOPPBXBNT DES GSIfTBBS HEBTBUX.
tient moins sans doute & l'imperfection du cerveau qu'à la faiblesse générale du mouvement vital, dans une organisation sans force originelle, idée que justifie sans doute cette exiguïté du corps qui semble être, dans tous les cas, la compagne presque inséparable de Tidiotisme*
La description détaillée des modifications que la forme de l'encéphale subit à partir de la fin du sixième mois, serait fastidieuse et ne suppléerait pas à des figures bien faites. Aussi me bomerai-je à représenter fidèlement dans mon atlas, des cerveaux et des cervelets de différents ftges. L'explication des planches complétera cet exposé succinct et cependant trop long, trop de paroles sont parfois comme trop de lumière ; elles aveuglent en éblouissant. Aussi ai-je pensé devoir m'en tenir ici aux choses indispensables. Ce que j'ai dit est l'expression de faits rigoureusement observés et poiurra servir de base à quelques considérations générales.
S 4. BzpMié de0 «pliitoiui de Vledi
Tiedemann, dans un livre très-renommé sur les développements de l'encéphale, a cru pouvoir déduire de ses observations que la série des formes transitoires qu'amènent ces développements, est parallèle à la série des formes typiques de l'échelle des vertébrés, c II est évident, dit-il , que les hémic sphères du cerveau se forment par les cdtés, et d'avant en c arrière; quHls constituent dans le principe une membrane c mince et médullaire réfléchie de dehors en dedans et de derc rière en devant ; qu'ils augmentent peu à peu de volume et c d'épaisseur, et qu'à mesure qu'ils font ainsi des progrès, ils < s'étendent sur les corps cannelés, les couches optiques, les c tubercules quadrijumeaux et le cervelet, de manière à couc vrir enfin toutes ces parties. On observe précisément le c même mode de formation dans les hémisphères du cerveau
BXPOSB DES OPINIONS DE TIBDEMÂNIf. 345
« des animaux ; seulement ils s'arrèlent pendant toute la vie c dans les différentes espèces aux divers degrés de dévelop- « pement que ceux du fœtus parcourent dans leur évolution c successive (1).' »
Il n'est pas moins afDrmatif, en ce qui touche le développement des autres parties de Tencéphale, du bplbe, du cervelet, des tubercules quadri jumeaux, etc., et beaucoup de personnes en onl conclu que l'encéphale du foetus humain éjtait tour à tour un encéphale de poisson, de reptile, de mammifère, car les oiseaux ne feraient pas aisément partie de cette série.
A bien considérer cette proposition de Tiedemann, elle est beaucoup moins absolue qu'on ne l'a généralement pensé ; cette sorte de parallélisme n'étant établi que pour chacune des masses encéphaliques prise en particulier, et nullement pour l'ensemble de Tencéphale. Quoi qu'il en soit, ce système a donné lieu à des méprises assez graves pour excuser les détails nouveaux dans lesquels nous allons entrer à oe sujet.
Rappelons, en premier lieu, qu'un animal quelconque peut et doit être envisagé sous deux points de vue différents. En tant qu'animal vertébré, par exemple, il peut être considéré sous le point de vue des attributs généraux du type auquel il apparu tient, abstraction faite des caractères propres qui en font un poisson, un reptile, un mammifère, un homme; ce qu'il y a de commun en tous ces animaux se tonnant et s' achevant par des voies pareilles sous l'empire d'une loi commune et dlin plan universeL
A cet égard, le mammifère, le reptile, l'oiseau, le poisson, obéissent aux mêmes lois. S'il en était autrement, ils cesseraient d'appartenir au même groupe. On peut donc, en négligeant les difiérences de second ordre et en considérant exclu-
(1) AnoL du c€rv$au. Parti, 18U, page 29$.
346 OSTBLOPPBinnfT DIS CBMTIES IfBBTSUX»
sivement les analogies primordiales » s'élever à la conception idéale du Type des vertébrés et chercher, indépendamment des idées particulières de classe, d'ordre, de famille, de genre ou d'espèce, la formule générale dé ses développements.
Ge pcHnt de vue élevé est particulièrement cher aux philosophes. Hais il pour résumer la nature dans une idée simple, l'homme doii s'attacher surtout aux analogies des êtres, il n*en est plus de même quand, descendant au détail, il essaye de les distinguer les uns des autres et de les connaître dans leur essence propre. Il considérait d'abord les ressemblances ; il doit désormais s'enquérir surtout des différences, car toute espèce est distincte dans l'unité collective du type, et si chacune d'elles relève des lois universelles sous Tempire desquelles il est conçu, elle ne dépend en aucune façon des lois particulières qui régissent une autre espèce. Il y a donc deux lois : la loi commune et la loi individuelle , l'espèce étant considérée par abstraction comme un individu ; et sous le régime de ces deux lois tous les animaux vertébrés se ressemblent et difliferent à la (ois, à toutes les époques de leur développement, et dans les phases de leur évolution successive.
11 faut remarquer ici que les êtres s'élevant et se perfectionnant dans le sens d^une complication toujours croissante , ils paraîtront, en général, d'autant plus semblables au premier abord, qu'ils seront plus proches encore de leur point de dé* part. C*est sur ce fait capital que repose tout le système de Tiedemann ; mais porté à la recherche des analogies, il n'a pas tenu compte de l'histoire des différences initiales, différences qu'il importe d'autant plus de signaler, qu'elles distinguent peut-être mieux les Êtres que celles de l'âge adulte.
Ainsi les formes primitives de l'embryon humain rappellent par leur simplicité, la simplicité des vertébrés inférieurs; de là, des analogies transitoires. Mais ces analogies n'impliquent
DD DBVBLOPPSnRT DB CHÂGUNB BBS PÂBTIBS, ETC. à4f
aucune identité actuelle ou virtuelle » un animal réel et défini, différant dés le début de la vie embryonnaire de tout ce qui n'est pas lui.
Tiedemann a eu le tort de scinder la question et de prendra la partie pour le tout. 11 ne suffisait pas d'étudier le mode de développement de chaque organe eneéplialique pris m parti» eulier ; aucun de ces organes, en eflfet^ n'existe seul, et tout encéphale est une harmonie d'organes. Or, ee pahillélisme qu'il essaye d'établir entre la série des formes spécifiques et oelle des formes fbetales) révèle-t-il entre ces harmonie^ quielque similitude réelle? Prenons l'encéphale d'un foetus de trois mois avec ses vésicules et ses courbures complexes; trott* vera-i-on un seul encéphale de poisson ou de reptile qui lui soit semblable T que dis^je, trouvera*ton un seul encéphale de mammifère? Loin de là; il se distingue, en effet, par une physionomie particulière, par une forme spéciale, par un ensemble de caractères qui 'ne sont qu'à lui. L'homme vertébré est à toutes les époques de la vie embryonnaire un certain vertébré, qui s'élève par des voies spéciales, qui tend à une forme fu^ ture et ne ressemble absolument qu'à lui-même. Dans cette esquisse première qui se complète lentement et qui s'achève d'heure en heière, la perfection foture est déjà indiquée, et aucune assimilation absolue n'est possible entre des formes achevées qui ont leur but en eltes-mèmeS) et ces formes transi^ toires qui préparent une forme future.
g Ik ^« «évelep#emea« «é eteevae des pwrHe» «M
compôMeni rcmeéphale.
ie vais essayer d'étudier cette importante question en déler«> tat, 4veo la plus grande attention, les formes d*ensemMè que présente à ses différents degrés de développement» Tencé-* phale du fœtus humain.
348 BBVSLOPPBMBNT DES CENTHES NBBVEUX.
Faisons remarquer, en premier lieu, qu'une différence fondamentale distingue les formes primitives de Tencéphale de rbomme à Télat d*embryon, de celles que présentent les animaux inférieurs arrivés à leur terme définitif; elle consiste dans ces incurvations particulières à Taxe nerveux du capuchon céphalique de Tembryon, alors que son encéphale est composé d*ampoules résultant de la dilatation d*un tube central. Admettons que le cerveau vésiculeux d*un certain poisson adulte rappelle, à certains égards, cet encéphale primitif, le redressement complet de Taxe dans ce cerveau de poisson empêchera toute assimilation réelle. Ce redressement indique que chez le poisson Tàge fœtal est dépassé; chez Tembryon humain, au contraire, Texistence des courbures en indique la persistance. Quoi de plus simple? Ce caractère ne nous dit-il pas ici — ceci commence; et là — ceci est achevé? Ce que je dis ici du poisson pourrait être dit de tout ovipare, et même de tout mammifère quadrupède adulte.
Nous allons maintenant étudier le développement de chaque organe encéphalique pris à part. Après quoi nous parlerons de Tencéphale considéré dans son ensemble. Ces comparaisons, en laissant subsister Tunité du type, feront apparaître, entre l'homme et les animaux, des différences perpé^elles.
A, A partir de l'époque où les deux lames qui sont la base du cervelet futur se sont unies sur le plan médian, jamais cet organe ne ressemble chez Thomme à celui des Marsupiaux, des Monodelphes, et même parmi eux, des Primates.
Si nous partions, par exemple, de l'idée que le cervelet du Lion ne diOere d'avec celui de l'homme que pour s'être arrêté plus tôt dans son développement, il faudrait en conclure qu'à une certaine époque de l'âge fœtal, la forme du cervelet humain donne à peu de chose près Taspect d'un cervelet de Lion. Idée qui n'est pas un seul instant goutenable.
DU DB¥ELOFPBMENT DB CHACUNS DES PABTIB8, BTC. 349
Mais, dira-t*on, le champ de la comparaison n'a point ici àes limites assez précises, et Ton ne devrait point les pousser au delà de la circonscription naturelle des types ; — c'est beaucoup rabattre sans doute des prétentions premières; mais acceptons ces conditions nouvelles. A ne considérer que des êtres qui se ressemblent fort, nous pourrons comparer plus particulièrement FHomme aux Singes, aux Macaques, aux Papions, aux Ouistitis.
Dans tous ces singes, le culmen du cervelet est très-saillant, et ses versants ont une déclivité singulière. Ses grands lobes, tant le corps du cervelet médian que ceux des cervelets latéraux, et ces derniers surtout, sont beaucoup plus réduits que dans rhomme adulte: en revanche, les vermis, le médian et plus particulièrement les latéraux, ont une grandeur et une complication dont l'homme ne saurait donner aucune idée. Ces propositions sont d'autant plus vraies qu'on descend davantage dans la série des singes, les vermis latéraux atteignant chez les Ouistitis au summum de leur grandeur relative.
Tels sont les faits. Or, ces formes définitives du cervelet des singes ont-elles un moment, une heure d'existence transitoire dans la période des développements du cervelet humain? La réponse est aisée à faire; il est certain que non.
En efiet, dans la série des singes, en supposant par une abstraction permise, que le type se développe comme un individu, les vermis préexistent évidemment aux corps des lobes et surtout aux cervelets latéraux. Dans le foBtus humain, c'est l'inverse. Les lobes latéraux préexistent aux vermis : à la place du vermis médian, il n'y a en effet dans le principe qu'une dépression médiane, un sillon. Jamais d'ailleurs ce vermis n'atteint au degré de développement relatif qu'il présente dans les singes adultes.
De même , les vermis latéraux sont rudimentaires dans le
t$0 DSTBLOPPIMBHT DBS CERTRBS NBIYBUX..
eenrelet du fœtus humain et leur apparition est très-tanlive, Us prédominent au contraire dans les singes inférieurs. L'in* ▼«rse a lieu pour les grands lobes du cervelet latéral ; ils stnl au minimum dans ces singes; ces lobes caractérisaient m contraire les premiers âges du cervelet humain par leur prit dominance exclusive.
Cette prédominance des cervelets latéraux» dès le début de la vie fœtale, explique pourquoi à aucune époque la protubé-* ranee annulaire de l'homme n'est semblable à celle des singes inférieurs; à aucune époque, en effet, ses plans profonds no dépassent en arrière ses plans superficiels. Elle a moins d'épais» seur, sans aucun doute, que dans l'âge adulte, mais elle a dèa le début les caractères généraux qui la distingueront plus tard. Ainsi, les formes premières ont un rapport admirable avec iea formes futures; elles se compliquent, il est vrai, et marcbeni du simple au composé, mais elles se compliquent suivant un mode spécifique ; à toutes les époques, en un mot, l'homme futur se devine.
jB. De tous les organes encéphaliques, les tubercules qua* drijumeaux comparés dans le fœtus et dans les animaux mammifères offrent les moindres différences. Ghes tous, i la naissance, ces tubercules forment quatre masses distinctes) l'homme ne remporte sur aucun d'eux. Loin de là, il leur est inférieur sur ce point. Cette grande ressemblance indique, àprioriy que leur mode de développement doit être le même dans le fœtus et dans la série animale. A cet égard, leur étude présente un faible intérêt.
C. Mais si les tubercules quadrijumeaux offrent peu de dit> férences, il n'en est pas de même des hémisphères cérébraux. H n'y a par exemple aucun parallèle à établir entre le cerveau du fœtus, alors qu'il ne recouvrait point encore le cervelet, et le eèrveau d'un rongeur, d'un ruminant, d'un carnassier adulte.
DU DimoppAMSifr bb chacurs ois pahtibs, etc. 351
Chez ces animaux, le corps calleux et la voûte sont bien dév^ loppés; dans le fœlus dont nous parlons, ils existent à peine i l'état de vestige. Les ventricules de ce cerveau sont immenses et dilatés en ampoules; ils ont, dans les animaux dont nous parlons, lés dimensions réduites de l'âge adulte. Les couches corticales sont à peine distinctes dans le premier; elles sont distinctes et épaisses dans les seéonds. On retrouve, il est vrai, dans tous ces cerveaux les mêmes parties fondamentales; mais autrement disposées, autrement configurées et dans des pro» portions réciproques différentes. £n un mot, l'homme, en tant que mammifère, présente avec tous les arihnàux mammifères des analogies perpétuelles; mais en tant qu'il est un genre et une espèce, à aucune époque il ne ressemble à une autre espèce. Ces différences multipliées à l'infini prennent, quand on passe i la considération des détails intimes, des proportions telles, qu'elles éloignent l'idée de toute assimilation réelle. A toutes les époques de la vie foetale l'homme est homme en puissance, des caractères définis le distinguent, et s'il est sotH mis aux lois générales qui dominent le développement de tous les mammifères, il a, en tant q»'i) est une espèce distincte, un rang, des privilèges et des droits qui sont son partage exclusif. Cette proposition est plus apparente encore quand, laissant de côlé des êtres trop éloignés, on se borne à comparer l'homme au singe à cause des ressemblances plus grandes qui rapprochent, au point de vue de Toi^anlsation cérébrale, ces deux groupes naturels. En effet, à certains égards, le cerveau de l'homme est semblable à celui des singes. C'est la même forme générale, ce smit les mêmes groupes de plis. Or, les singes présentant dans ces plis moins de complication, quel* ques^uns ayant même des hémisphères presque absolument lisses, on pourrait s'attendre, d'une part, à trouver parmi les états fittocessîli du oervean humain, certaines formes voisines
352 DÉVBLOPPEMBNT DIS CBNTBBS RBBYEUX.
de celles que présentent certains singes et, d*autre part, à distinguer dans la suite de ses développements une série d*états intermédiaires, reproduisant toutes les formes que revêtent les hémisphères dans la série des Primates.
Une étude approfondie des faits ne permet point d'adopter cette manière de voir.
Chez le Ouistiti, par exemple, le cerveau n'a ni plis ni anfractuosités; mais les lèvres de la scissure de Sylvius se touchent et (alitèrent complètement la fosse de Sylvius. D'ailleurs
le centre ovale de Vieussens est constitué. Les ventricules sont réduits aux pr€fK>rtions de Tàge adulte et n'ont plus cette apparence vésiculeuse qui, chez tous les animaux, est propre à l'état fœtal. 11 en est de même, sauf une ou deux anfractuosités, des Pinches, des Sagouins, des Saïmiris et de tous les singes à cerveau très-simple. Ces choses sont connues de tous les anatomistes.
11 y a aussi un moment où le cerveau humain est à peu près lisse; mais les hémisphères sont alors dilatés par un ventricule énorme. Les lèvres de la fosse de Sylvius, encore béantes, en laissent ^voir le fond occupé par l'insula. Or, longtemps avant que le rapprochement de ces lèvres se soit effectué» des plis nombreux se dessinent sur la surface céré1>rale et à la naissance; alors même que leur système est complet, ce rapprochement des lèvres de la scissure n'est pas encore abso* lument achevé. Voyez PI. VII, VIII, IX.
Voilà une différence capitale. Dans la série des singes, l'achèvement de la forme générale précède les premiers vestiges des pKs. Dans l'homme, ils apparaissent et se multiplient longtemps auparavant. Mais du moins ces plis apparaitrontrils dans le même ordre ? La complication marchera-t-elle parallèlement dans les deux cas? En aucune manière. 11 y a à cet égard un ordre dans les singes rangés en sàie, et un autre
J>IT DivBLOBmailT DB CHACUNS DBS PABTIBS, BTC. 3.5S
ordre dans l'homme. Chose remarquable ! Les résultats sont semblables, mais ils sont obtenus par des voies inverses. Ici, qu'on me permette cette expression, l'alphabet est récité d'Alpha en Oméga ; là, il est récité d^Oméga en Alpha. En sorte qu'à tous les âges de la vie de l'homme la Nature semble prolester contre des similitudes spécieuses.
Le premier sillon qui* apparaît dans les singes est la scissure parallèle^ Cette scissure , nulle dans les Ouistitis , i peine indiquée dans le Pinche, acquiert chez les DouroucouliSy les Calliikriv, les Saimiris^ une profondeur singulière, alors que le reste du cerveau est presque absolument lisse. Ainsi, les premiers plis qui se distinguent ici sont inférieurs à la scissure de Sylvius*
Chez le fœtus humain, au contraire, la scissure parallèle apparaît en dernier lieu. Les premiers sillons qui se dessinent sont : 1<» le sillon de Rolande ; 2* un petit sillon qui distingue, dès cette époque, le lobe occipital. La scissure parallèle, qui est si profonde chez Tadulte, apparaît si tard que vers le septième mois elle est à peine indiquée, surtout à gauche, bien que les régions qui sont au-dessus'de la scissure de Sylvius soient déjà chargées de plis. Ainsi à aucune époque le cerveau du foetus humain n'est absolument semblable à celui d'aucun singe, loin de là; il en diffère d'autant plus qu'on se rapproche davantage du moment où ses premiers plis apparaissent.
Il résulte de ce fait une conséquence naturelle ; si le cerveau humain s'arrête à quelque étage inférieur de son développement, il a, même dans ce degré de réduction, des caractères propres à l'homme. Dans le microcéphale, dont je donne la figure dans mon atlas, la scissure parallèle existait à peine à gauche ; mais la scissure de Sylvius était encore béante, en revanche tous les plis de passage étaient superficiels. Dans rOrang et dans le Chimpanzé, avec un degré de complication
X44 BiTXLOrPBMBlIT Dit GBIITBBB HSITIUZ.
équÎTalenti k fosse de Syhius est fermée, la scissure parailèle est profonde; et le deuxième pli de passage est caché. Dans la petite négresse microcéphale de M. Baiilarger le type» réduit à un degré de développement inférieur, avait cependant conservé ses caractères humains. Ces nains microcéphales sont des Hommes amoindris, ce ne sont point des Singes.
D. Lûbeê olfaetifs. Jamais les lobes olfactifs du fœtus humain ne ressemblent à ceux des animaux mammifères qui sont au-dessous des singes; à aucune époque, en effet, leur base ne se continue dans le lobule du pli unciforme comme eela se voit ches la plupart des earfuts^iers (les phoques seuls sont exceptés), chez les Pachydermes^ les Ruminants^ les RwgeurSf les Marsupiaux^ etc. D'ailleurs il serait inutile d'insister ici sur des organes dont la réduction extrême daâs l'homme indique le peu d'importance.
Des différences non moins frappantes apparaissent quand on compare entre elles, non plus certaines parties détachées de cet ensemble, mais les harmonies qui résultent de Tunion de ces parties, telles que les montrent d'une part l'enoéphale du fœtus à ses différents âges, et de l'autre, l'encéphale des animaux mammifères parvenus à l'âge adulte.
Prenons, par exemple, le moment où les hémisphères cérébraux ne recouvraient point dans le fœtus les tubercules quadrijumeaux. Ils étaient alors absolument dépourvus de plis ; le corps calleux était encore à peine indiqué, la commissure antérieure était très-grële. La masse des tubercules quadrijumeaux était simplement divisée en deux moitiés par un sillon médian ; enQn le cervelet, partagé en deux masses latérales, n^olfirait encore aucune trace de vermis supérieur et
GOHPABÀisolis tTimiénQvni. ÈH
ne portail ni feuilles ni sillons. GompaitHis à cel encéphale rudimentaire d*un homme en voie de développement» Fen«eéphale achevé d'un Didelphe. Les hémisphères, il est vrai, eut à peine quelques rudiments de plis, mais deux lobes olfactifs énormes leur donnent une physionomie toute par* ticulière, les tubercules quadrijumeaux demeurent à décou* vert, mais leur division en quatre tubercules parfaitement distincts est complète. EnQn le cervelet, grand par ses parties médianes et réduit dans ses masses latérales, est sillonné de plis nombreux. Quant au corps calleux, il 'est rudimentaire, il est vrai, mais la commissure antérieure est énorme.
Chez tous les monodelphes qui sont au-dessous des singes, le cervelet demeure à découvert, et cependant les hémisphères peuvent être chargés de plis dont la complication peut dépasser celle des plis du cerveau humain (1); chez tous le corps calleux est grand, la voûte énormément développée, les quatre tubercules quadrijumeaux bien distincts. Enfin le cervelet est divisé en feuilles très-compliquées. Tels sont les Éléphants, les Ruminants, les Pachydermes, les Carnassiers, les Phoques, les Cétacés, etc. Dans les Rongeurs, les hémisphères, à peu près lisses, recouvrent incomplètement les tubercules quadrijumeaux ; mais le corps calleux, bien que fort mince, recouvre le ventricule intermédiaire, et le cervelet chargé de plis est remarquable par le développement de ses vermis latéraux.
Le fœtus humain présente à cet égard les plus grandes différences. Les plis du cerveau n'apparaissent qu'au moment où ses lobes postérieurs ont recouvert et même dépassé le cervelet; les plis de ce dernier organe se dessinent, il est vrai, en premier lieu sur le cervelet médian, mais des hémisphères,
(1) Ex. rÊléphant. Voy. PI. XUl et XIV.
d56 DiYKLOPPBMKirB DSS CSNTBBS IfBRYSUX.
OU plutdt des lobes latéraux Ibses, grands et très-apparenls attendent Theure de leurs développements ultérieurs; enfin les vermis latéraux sont à peine reconnaissables dans les légers rudiments qui préparent les Touffes. Le détail de ces différences considérées dans tous les mammifères remplirait de gros volumes.
S V. €mmp9armim9m du fœta» knmalii «Tee \<tm nuMuintrères
en Tttto de déTeloppement.
Si Tencéphale du fœtus humain à toutes les époques diffère de celui de tous les mammifères adultes, ses formes ne diffèrent pas moins de celles que présentent ces animaux en voie de développement.
Prenons pour type du développement de Tencéphale d'un mammifère monodelphe celui d*un fœtus de vache par exemple. Choisissons toujours le moment où les hémisphères cérébraux touchent aux tubercules quadrijumeaux, mais sans ' les recouvrir. Déjà à cette époque leur surface offre des rudiments très-apparents des plis futurs; des lobes olfactifs énormes naissent de leur région inférieure; ce n'est pas tout, le système du corps calleux et de la voûte sont entièrement constitués. Quant aux tubercules quadrijumeaux, ils sont, dès cette époque, divisés en quatre masses parfaitement distinctes, et le cervelet, bien que fort petit encore, est construit suivant les conditions de son type futur et porte dans toutes ses parties des sillons et des plis fort apparents (1).
(1) A certains égards la marche da développement do cerveau diffère dans les animaux carnassiers (ciilens, ciiats,etc.). Au moment où, chez eux, les hémisphères touchent aux tubercules qiiadrijumcaux, I*axe présente encore de trèsfortes courbures, et le corps calleux eut encore rudlmenlaire à cette époque. Toutefois les tubercules quadrijumeaux offrent dès cette époque des indices trèsmarqués de d^ision en quatre lobes distincts. Le cervelet a d^à quelques plis, et les lobes olfacUfs ont un développement énorme; mais U n> a encore»
eOUPÂBAISON DU FOETUS HUM/LiN, ETC. 2ô7
Voici donc, sous une forme inférieure» des signes de perfection commençante ou, si Ton aime mieux, d*achèvement prochain. Ces faits sont dignes de la plus grande attention; ils font voir que tout, dans un embryon, est disposé, dès le commencement, en vue de Tétat futur. Tout animal a, dès ses premiers linéaments, des caractères qui lui sont propres, et tout proteste en faveur de la théorie scientifique qui admet des genres distincts et des espèces définies.
Ceci posé, condamnerons-nous la tendance des philosophes qui, laissant de côté les différences, s'attachent surtout à la considération des analogies qui rapprochent les êtres, analogies plus ou moins immédiates et qui ont donné lieu, en zoologie, à rétablissement de ces groupes coordonnés qu*on désigne sous le nom de genres, de familles, d'ordres, de classes, d'embranchements, de sous-règnes et de règnes? Contesteronanous le droit qu'a Tintelligence de s'élever de degrés en degrés à l'idée des Types en zoologie? Disons-le sans hésiter, sans ces abstractions hardies il n'y aurait pas de science possible en histoire naturelle. Ces larges formules sont des liens à l'aide desquels l'esprit soumet à sa puissance la Nature, ce Protée éternel. Faisons grande cette part de l'idéal ! mais du moins ne lui sacrifions pas la réalité. Tenons compte des ressemblances et des analogies, mais gardons-nous de négliger les différences; la vraie science, en élevant dans les cieux ses archétypes, doit s'appuyer sur les faits. Son destin est celui du fabuleux Antée, elle perd ses forces quand elle se détache absolument de la terre.
•or les hémUphèreB cérébraux, aucune trace de eirconvoluUons. Il y a donc là des harmonies nouvelles. 11 y aurait un grand travail à faire sur la comparaison du développement du cerveau dans tous les ordres de mammifères. Peut-être pourrai-Je un jour ressayer! Mais les occasions d'observer sont rares, tt le temps nous emporte.
368 DÉTELOPPSMSNT ]>£S CENTRES NEnYSUX.
Je borne ici ces réflexions que je résumerai ainsi. En tant que semblables, les animaux se développent en général d'une manière semblable; en tant que dtférents, ils se développent différemment. Tiedemann a eu te tort de négliger trop les différences, pour ne s'attacher qu'aux analogies. Toutefois ne méprisons point ces analogies. C*est par la considération de ces ressemblances, autrefois mal appréciées, que Thomme a pu embrasser de plus en plus, dans quelques formules simples, h multitude des faits que lui présente la nature, et proposer des synthèses légitimes; mais, je le répète, ces conceptions de Pesprit, vraies à certains égards, sont fondées sur des abstractions et par conséquent ne peuvent être prises pour des représentations complètes et absolues des choses (1), Il faut prendre ces formules pour ce qu'elles sont, pour des idées abstraites. Avec ces réserves, les études philosophiques, qui ont pour objet la recherche de rarchétype, deviennent pour Tesprit humain le principe d'un progrès nouveau, et sont un de ses plus beaux titres de gloire.
de 0«i pUm «érélnraiix mi rancart réelf
Ob pmtenoon tirer des fûtotur iesqnek Boasa^'ims appdé
FattoDikm du lecteur, un arguaient irréfragable contre eefte propoaition sîposiiivenieiit afBnnée, que le développement des plis du cerveau suit uniquement le développement de la taille dans on aaimaL
A. Cette proposition spécieuse est fondée sur une observation exacte. En général, a dit Leuret, les grands cerveaux ont plus de circonvolutions que les petits. Comme la plupart du temps les plus grands cerveaux appartiennent aux plus
(1) Cf. E. Ghevreul. Lettre à M. VilUmaîM swrhméikodê. Parte, 1866, tt Journal det SavanUt 1840, page 717.
s'il y à SnTBE Là TAILLE DE L* ANIMAL, ETC. 359
grands animam, on pourrait dire avec raison, qu'en général les grands animaux ont un cerveau plus plissé que les petits. Il est certain, par exemple, que les couches corticales du Bœuf sont plus plissées que celles du Mouton ; mais comme le cerveau du Bœuf est relativement beaucoup plus petit que celui du Mouton, il ne s*ensuit pas rigoureusement que les couches corticales de celui-ci soient, eu égard à sa taille, beaucoup moins étendues que celles du Bœuf. En sorte que, bien que dans ranimai le plus grand il y ait plus de plis, eu égard au volume de son cerveau, il ne s'ensuit pas évidemment qu*il y en ait davantage eu égard à sa taille. Je vais essayer de rendre ma pensée plus claire.
Supposons que deux animaux adultes étant donnés, Tun d*eux soit précisément une fois moins long que l'autre, toutes les parties gardant dans tous les deux les mômes proportions relatives. Dans cette hypothèse , si la longueur du cerveau est égale à 1 dans le premier, elle sera égale à deux dans le second ; en conséquence, les plis cérébraux étant semblables d^ns Tun et dans Tautre, l'étendue des couches corticales du premier serait à celle des couches corticales du second î : 1 : 4.
Mais il est très-certainement établi que dans les grands animaux la masse du cerveau ne croit pas en raison de la taille. Ainsi, la longueur du cerveau du plus petit animal étant 1, celle du cerveau du grand pourra être tout au plus 1 1/2. En conséquence, les plis cérébraux étant supposés semblables dans Tun et l'autre cerveau, les couches corticales du petit seraient à celles du grand : : 1 : 2 1/4. Si bien qu'en réalité le petit animal aurait, eu égard à sa taille, deux fois plus (ou peu s'en faut) de couches corticales que le plus grand. Ainsi, pour que la proposition que le grand animal a plus de circonvolutions que le plus petit fût rigoureusement exacte, il fau-
f60 DBVttOPPBMBNT DBS CBNTBBS HBBVBUX.
droit que les plis de son cerveau fussent au jnoins deux fois plus compliqués. Or, il est bien certain que dans les conditions où nous nous sommes placési cela n*a jamais lieu. En appliquant à un Chat et à un Lion, à un Fennec et à un Chien d'Albanie, à une Belette et au Danis le même raisonnement, on arriverait à des conséquences plus significatives encore.
Ainsi les plus grands cerveaux, dans un même genre, ont en général plus de circonvolutions que les petits; mais il ne s*ensuit pas évidemment que ce que Ton dit des grands cerveaux puisse être dit des grands animaux, au point de poser en principe que le développement des circonvolutions suit le développement de la taille de C animal.
B. Cette proposition» fondée sur une étude superficielle des formes de TAge adulte, est d'ailleurs peu conforme aux don* nées fournies par Tétude du développement. Un petit veau, à la naissance, a beaucoup plus de circonvolutions qu*un bouc adulte de la plus grande taille* De même pour Tenfant nouveau-né comparé aux plus grands singes. A une époque où le fœtus d*un Cervus porcinus était à peine aussi grand qu'un Chevrotain, il avait à son cerveau plus de circonvolutions que celui-ci ; ainsi, la quantité des circonvolutions dans un groupe naturel , correspondrait beaucoup moins à la taille acquise qu'à la taille à acquérir. On pourrait aller plus loin et dire que, si dans un même grand genre il y a de très-grands animaux et de fort petits, ceux-ci auront, quelle que soit d'ailleurs la petitesse de la taille, de véritables circonvolutions. C'est ce que Ton voit en général dans le groupe des ruminants qui contient le Cour gigantesque et le Chevrotain de Java, et en particulier dans la famille des antilopes qui nous montre, d'une part, ce magnifique Canna dont la taille surpasse celle d'un fort cheval, et d'autre part, ce gracieux petit animal, VAntilope pygmœa^ dont la hauteur égale à peine dix pouces. On
8*IL Y A ENTBB hk TÂILLB DB l'âNIMÂL, FfC. 361
peut observer la même chosa dans les carnassiers monodelphes, qui tous» sans exception, ont des circonvolutions, quelle que soit d'ailleurs Vexiguîté de leur taille. Or » cette série comprend, d*une part : TOtirs gigantesque de la Californie, et de Tautre, la Belette, qui est le pygroée de ce groupe.
Ces remarques ont une importance que certaines consé* quences rendent palpable. Si, dans un groupe naturel» les plus petits animaux n'ont pas de circonvolutions, on peut affirmer» par avance, que les plus grands en auront fort peu, et que ce groupe n'aura pas d'animaux remarquables par une grande taille. Ainsi l'absence de circonvolutions dans les peUts animaux d'un groupe indique dans ce groupe peu de tendance au développement; on ne connaît point de grands insectivores» de grandes chauves-souris» de grands makis. Les Sarigues^ les Péraméles n'ont point de circonvolutions, et le frfua grand animal de ce groupe» le Thylacine, Thylacinus ImrrisH (Temm.), ne dépasse pas la taille d'uo jeune loup; or la division des Kanguroos contient avec de petits animaux, les Bifpay^ primnus^ qui ont déjà quelques circonvolutions» les plus grands des marsupiaux. Le plus grand animal parmi les rongeurs aa^ guiculés»'est le Porc-épic ou le Castor; or les pins petits animaux de ce groupe ont le cerveau complètement lisse» mais les plus petits rongeurs ongulés ont quelques circonvolutions» et ce groupé comprend des animaux un peu plus grands que le premier» tels que l'est le Cabiai, qui est un pachyderme parmi les rongeurs. Enfin parmi les édentés nous voyons les Bradypes» qui» malgré la médiocrité de leur taille et la petitesse deleurcrflne» ont des circonvolutions assez compliquées. Eh bien» l'étude des animaux perdus a fait connaître des Bradypes gigantesques , tels que le Mylodon robusius et le Még^ ihëritim.
Une remarque parallèle i celle-ci est que» dan3 une ipèm»
M2 DXVSLOPJPBMKRT DB8 CKIITRB8 NBHVBDX.
espèce, les individus qui à la naissance ont peu de circonvolutjODS, ne grandissent pas. Ainsi les idiots, qui le plus son- ¥ent ont un cerveau très-pauvre en plis, demenrent-ils fort petits; c*est là une remarque que tous les psychiatres ont pu faire. Si je puis considérer la Vénus HoUentote comme représentant le type normal de sa race, je serais porté à supposer ^e dans cette race les plis sont, dès le principe, beaucoup moins compliqués, sous une taille égale, que ceux des indivi* dus normaux appartenant à la race blanche. A coup sûr les Hottentols bojesmans sont-ils de fort petits hommes (1).
On sait que, toutes choses égales d'ailleurs, les mammiâves aquatiques qui eont carnassiers ont un cerveau à pUs plua
(1) J*ai ea roccasion d'observer, grâce à rextrême obligeance de mon auttre H de non ami, M. le proferaetir Bailtarger, «ne petite négrette agte d'envinui 11 ou U ang« ei dent la taille n*excédalt pas 1»,10. Le crâne et la tète étaient d'une pelUe86e vraiment extraordinaire. D'ailleurs, la forme du corps était svelte et d*une rare élégance. Le cerveau était petit mais par- Mleneal s^méldiiuev Le oervelcl avait acquis ub grand dévelcftpemeut re« Utir. ii'état des circonvolulions cérébrales était remarquable^ elleâ ne dépa»- Mieot pas en complication celles d*un fœtus de sept mois. Cet enfant s'était aéveloppé cependant, mais sous des dimensions singulièrement inférieures à «elles île l'homme normal. La petitesse singulière de ces œerveilieux pgv* mées qu'on a montrés à Paris, il y a deux ans, et qui ont parcouru le monde sous le nom à'AziecSt tenait sans doute à une réduction congéniale du développement cérébral. Cette observation ne juslifle en rien ia prepoeilSea que le développenaeut des ciroenvolutions auit le développement de U taille» puisque l'enfant nais^^ant normal, bien que fort inférioiir en taille aux nains dont nous parlons, a des circonvolutions trèâ-cempliquces où tous les groupât de rftgo adulte sont parfaitement dessinés. D'ailleurs il y a de trèiifettli ualni àgros«e tête, et ces nains sont, qu'on me permette celle cxpreHloi^ des enfants normaux, mais dont le développement est suspendu par quelque cause maladive; or ceux-ci ont. comme les enfants de deux ans, iieaticoup de ekneenvolnttons. Le célèbre nain poleoals, BorirslBiki, qu'eu vit d«M le ^r* nlereiède à Paris, chez la comle&se Humie»ka, n'avait, à viugt-deux aos,qu« 28 pouces de hauteur. Il était admirablement proportionné, plein d'intelli- ^taee, et parlait couramment plosteurs langues; ce n'était pas là un mîcroe^ phale vrai. Le fameux Bébé, quoique à peu près imbécile, parlait counauBuat Sa tète était relativement fort grosse. — Voy. BulUiin de C Académie de uiM* fine, Paris, 18&6, t. XX, p. 1155.
s'il y a BNTfiE hk TAILLE DB l'aNIMAL, ETC. 268
compliqués que les animaux herbivores terrestres. Cgpz-ci à cet égard dépassent les carnivores et les frugivores qui remportent à leur tour sur les insectivores. Or les premiers compreiKnent les colosses du règne animsd. Les herbivores viennent ensuite» puis les carnivores et les insectivores en dernier lieu. Ainsi, de ce qu'un très-petit animal a d€^ circonvolutionsp on peut ooaclure» sans aucun autre indice avec uoe sorte de œr* titudet que le groupe auquel cet animal appartient |wii< con*^ nir des animaux gigantesques» que ces animaux d'ailleim soient vivants ou fossiles» l'époque n'y iait rien.
Jl est donc absolument faux de dire, soit qu'on étudie la série des formes de l'écbelle animale» soit qu'on envisag» lag développements de l'embryon d'un animal quelconque, qua la cora|)licaUon des circonvolutions suit le développement de la taille. Loin de là, elle semble l'annoncer; et peut-être iiu'eUa h prépare. Cest donc précisément l'inverse qu'il eût iisiUu dini.
Toutefois YkommeeiieH dehors de touiee ces règles. Jl n'ait point berbîvore, et cependant il a beaucoup de circcnvolii^ lions. Il en a même énormément, et pourtant à aucun âge dm jaoode» il n'y a eu à la surfaœ de la terre des races <le géants (1). V homme j à cet égard ^ est imf anomalie dans le règne animal. Dans Les singes qui, au poin^t de vue des cboaœ flaatérieUes^ ressemblent si fort à l'boiçme, les plus grandes espèces, ka Orange^ tes Chimpatusés^ les GoriUss^ ont des plia asiez simples, et d'ailleurs leur cerveau es\, eu égard à la masse du oorpa, extiêmement petit. Ainsi la quantité de plia que présente ia cerveau de l'homme supposerait cb^z un prioiate nue tailla supérieure à celle de TÉléphant, d*amant plus qw dans le groupe qui nous occupe, 1rs plis du cerveau ont moins
(1] Toutes les traditions relatives à des géants, 5oit dans VÂncien, soit dans le Nouveau Monde, sont évidemment fabaleuses. Voy. Zarate, Hist, de la conquête du Pérou,
204 DBVELOPPEMBNT DES GBNTBBS HEBVBnX.
de tendance à se développer que dans les herbivores. Or la taille de l'homme est médiocre. Il y a une sorte de paléontologie humaine (Serres) qui remonte fort loin et démontre que la grandeur moyenne de l'homme n'a point varié. Ainsi le développement des plis dans les hémisphères humains, n^est pas uniquement relatif au développement de la taille. Une quantité de plis double de celle que présente le cerveau d*un Gorille, supposerait, s*il s'agissait d'un singe, un animal de quinze pieds de haut. Or les plis du cerveau humain dépassent de beaucoup cette proportion; et cependant l'homme est absolument plus petit qu'un Gorille (1). Il est vrai que l'homme est aussi un géant prodigieux ; mais c'est dans l'ordre de Tintelligence.
Que conclure de ces choses? c*est que l'apparition et la grandeur précoce des circonvolutions implique une tendance originelle à un développement quelconque, intellectuel ou matériel ; qu*elle indique en d'autres termes, plus de virtualité, plus de puissance, en un mot, de plus hautes aptitudes dans l'ordre des manifestations du système nerveux. Non-seulement les animaux qui ont beaucoup de circonvolutions croissent davantage, mais ils sont souvent plus intelligents, malgré la petitesse relative de leur cerveau, et vivent plus longtemps que les animaux à cerVeau lisse. Les B?ileines, les Éléphants ont une vie si longue que ce qu'on en dit semble fabuleux. Le Boeuf vit plus longtemps que la Brebis. Parmi les hommes, les plus grandes races et les plus grands individus sont en général destinés par la nature à une plus longue vie. Serait-ce que la force de la moelle épiuière, s'éteignant avant celle du cerveau,
(1) Lesayant voyagear, M. Aubry-le-Comte, m*a dit arotr tu aa Gabon le corps d'un gorille haut de 6 pieds & pouces. A coup »ùr ce monstre avait des ciroonvolutlons infiniment moins compliquées qu'un Lapon, haut da 4 pieds.
s'il y à BrrrnB la taillb de l'âniual, btc. 365
elui-ci anime encore le corps à une époque où la vie automatique languit? Je ne sais ce qu*il faut penser de Thistoire de Démocrite, prolongeant par la force de sa volonté sa vie pendant trois jours, pour laisser à sa sœur le temps d'assister aux fêtes de Cérès ; mais combien de gens attendent pour mourir qu'un souhait ardent s'accomplisse, l'âme s'arrêtant un instant sur le seuil du corps pour recevoir un dernier et cher adieu! D'ailleurs une expérience quotidienne prouve que les longs sommeils nuisent aux vieillards, et que le repos tue ceux qu'une vie active aurait longtemps conservés ; Theure de la retraite est pour les vieux employés une étape de la mort; mais les hommes qui pensent beaucoup, non aux choses de la chair mais à celles de l'esprit, ceux en un mot qui agissent beaucoup par leur cerveau» vivent longtemps ; et voilà comment, dans les plus illustres académies, Ton admire tant de cheveux blancs.
J'ai beaucoup insisté sur ces choses parce qu'elles peuvent fournir des éléments à l'histoire de l'homme d'une part, et de l'autre à celle des espèces animales. Je me suis attaché surtout à démontrer que l'étude du développement conflrme, dès les premiers âges des germes, l'existence des espèces. J'aurais Toalu pouvoir donner ici l'histoire comparée du développement du cerveau dans les différentes races humaines, mais les éléments de cette histoire m'ont manqué. Il faut bien l'avouer ici, on est bien loin du moment où l'histoire naturelle de l'homme pourra être assise sur des bases positiveSi car il y a dans le monde plus de gens prêts à conclure que d'hommes disposés à observer patiemment. Voilà pourquoi, sans doute, les livres sont muets sur les questions qui nous occupent ici.
Mù DIS BNTXLOPPSS DXS CBHTaBS HSATSUX, ETC.