‹ Anatomie comparée du système nerveuxChapitre 3 sur 74 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L II y a dans les animaux des nerfs ; je veux dire des conducteurs d'impressions centripètes» de stimulations centrifuges et d'excitations organiques. Ces nerfs sont des cordons composée de faisceaux plus grêles, formés de fils que composent à leur tour des filaments innombrables. Chacun de ces filaments est un nerf très-petit, un nerf élémentaire. L'œil armé du microscope découvre en chacun d'eux une organisation compliquée. On y distingue en effet : 1"* une gaine tubuleuse finement striée dans le sens de sa longueur ; 2"* un axe central que revêt, peut-être, une membrane pellucide. Cet axe, dans l'état de vie et dans l'état de mort, présente des aspects très-différents : dans l'état de mort, il semble formé de granules ; dans l'état de vie, c'est un tractus d'une matière diaphane sans organisation appréciable, et semblable à un fil de cristal* H. Dujardin a si bien décrit cet état des substances animales primitives, que je ne saurais mieux faire que d'employer son expression qui résumera ma pensée. Vaxe d*une Jibre rierveusê est un filament de sarcode primordial (1). m

(1) On a cm voir eouTent dans ces tubee nerveas une organi«aUoo bien II. 4

2 ANÀTOiai COHPAWB DU dYSTÉMB RBBYBUX

Un caractère bien remarquable des fibres nerveuses périphériques, c'est de ne jamais s'anastomoser dans les troncs nerveux avec les fibres voisines. Chaque fibre nerveuse est donc un fil simple, et chaque nerf est un faisceau ou tout au plus une tresse dans laquelle chaque fil, quelle que soit d'ailleurs la complication de son trajet ou de ses associations, garde son indépendance première. Ce fait est du plus haut intérêt pour la physiologie; disons que certains philosophes l'avaient prévu par induction (1). Mais la démonstration positive en est toute récente, et date seulement des travaux de Fontana.

Les fibres nerveuses animales se rangent, eu égard à leurs fonctions, en deux catégories. Les unes conduisent de la périphérie vers les centres, les impressions automatiques et les sensations ; les autres conduisent des centres vers la périphérie, les impulsions automatiques ou volontaires d*où la contraction musculaire résulte; de là cette distinction fameuse des nerfs en nerfs impressionnables et en nerfs excitants. Distinction que la pathologie a établie de tous temps (2) , et que Texpérience a confirmée de nos jours (3).

Un mouvement nécessaire succède à toute impression distincte. Il y a donc entre les fibres impressionnables et les fibres motrices certains rapports immédiats ou médiats, qui établissent cette relation. Suivant mon illustre maître, M. de Blainville, toute fibre nerveuse complète forme un arc, une des

plm oompliqiiteqM^eUe que je déerii id. Il ii*«si pM certain (|ae U qrUnderaxis de ParUnJe ne puisse èlre dans les terminaisons du nerf le point de départ de plusieurs fibres plus petites. Dans ces derniers temps, M. Stilling, Tati dei pl«s haMles teierographes de rBumye, a cru voir beaucoup plus

toin.

(1) VoyeEàcetégard.Malebranche, Becherehedela Vérité, li?. I^, ehap. x, $2.

(2) GaliBU, CEuvns anatomiques et physiologtquM^ traduites par Gh. Daremberg. Paris, 1856, 1. 11. Des lieux affectés. Ut. 1, ohap. th.

(3) Cil. Bell, Exposition du système naturel des nerfs du corps humain. Paris, 1S26.

UfnODUQTIOV. 8

branches de l'arc reçoit Timpression, l'autre la transmet au muscle. Telle est la théorie simple dans laquelle cet esprit puissant résumait l'histoire du système nerveux (1).

Cette ingénieuse conception est malheureusement iqeomplète. Si l'arc nerveux n'était qu'un simple conducteur, l'énergie de la réaction n'étant modifiée par l'intervention d'aueun agent particulier» serait nécessaiiBm^t proportionnelle à l'énergie de la stimulation. Maïs l'a^périence démcmtre qu'il n'en est point ainsi; une réaction forte peut suivre une stimulation faible, et réciproquement à une stimulation faible peut dans certains cas succéder un^ réaction puissante, Ainsi la théorie dont nous parlons ne peut suffire, et il faut aller au delà.

II. En réalité, il y a deux fibres nerveuses : Vimpressionnable et Yexeitanie. Ces fibres sont distinotes l'une de l'autre par leurs propriétés, peut-être le sont^dles aussi par leur structure ; elles seraient séparées, si un organe intermédiaire ne les unissait en un même système. Cet organe intermédiaire est

une CELLULE CENTBALB.

Les cellules narveuses sont connues depuis longtemps des en.at(»nistes. Dutroohet les avait aperçues vaguement dans Y hélix pomaiiat^oiï elles ont une grandeur singulière. M. Hanoover les a depuis figurées avec l'ex^Utode qu'on lui eonnalt. Ces edlules que Will, Purkinje et ya)e^tjn, Todd et Bowman, Wagner, Cb. Robin, Kœlliker et cent autres hajnles anatomistes ont décrites avec un très-grand soiq, sont de véritables centres vers lesquels convergent les fibres seççitives, #t d'où rayonnent certaines filnres motrices (9}« Ainsi les eeliules peuvent être considérées cofmm 4e$ intermédiaires complétait

(t) Leçons profeuées au Muséum d'hteloire oakorella û» P«rU «a 184$.

(2) P. Gratiolet, sur la structure intime de la moelle épinière. VJnttUut, U XX, p. 272. — R. Wagner. Société des sciences de GotUngue, 16 janvttr 1S54.

4 ÀNATOIKIE COMPABÉE DU SYSTÈME NBBVSUX

les arcs nerveux; mais elles ne sont plus de simples conducteurs de stimulations : chacune d'elles est un centre générateur d'impulsions. En effet, la fibre sensitive agit sur la cellule centrale et la modifie de manière à réveiller en elle une activité particulière, propriété cachée qui dort, mais qu'une stimulation rend manifeste; de même rien ne vient du battant dans la cloche, sinon la stimulation ; c'est la vibration propre à la cloche qui produit le son; de même encore l'étoupille met le feu au canon, mais l'effet du canon lui est propre et dépend de sa charge. Telle est l'idée qu'il faut se faire des propriétés et des réactions des cellules nerveuses centrales.

III. Nous avons considéré un arc simple, mais jamais dans les corps vivants un arc nerveux n'existe seul. Les corps vivants sont des composés, et en conséquence le système nerveux qui les anime est lui-même composé en un très-haut degré.

De même que plusieurs fibres nerveuses fasciculées forment un nerf y de même un grand nombre de cellules nerveuses agrégées forment un ganglion. Les ganglions, eu égard à la forme et au groupement des cellules, sont de quatre ordres.

1*" Dans certains ganglions nerveux, les cellules sont accumulées comme des grains dans une masse de sable, sans paraître communiquer soit avec les fibres nerveuses qui traversent le ganglion, soit les unes avec les autres. On ignore complètement quel rôle jouent ces amas de cellules libres; peutêtre ont-elles avec les fibres des relations qu'on n'a point aperçues.

2<» Un second ordre comprend des cellules auxquelles ne se rattache qu'une seule fibre nerveuse, du moins en apparence.

S^ Souvent dans un ganglion une cellule reçoit une seule fibre nerveuse, et en émet une seule qui continue son trajet vers d'autres points. La cellule apparaît alors comme un renflement sur le trajet d'une fibre. On pourrait, à priori^ con-

INTBODUGTIOII. 5

cevoir ces cellules comme constituant un appareil de renforcement ou de transformation, chacune d'elles ajoutant ou substituant aux effets de la stimulation propre du nerf leà effets qui résultent des propriétés qui lui sont particulières. Ces cellules se* retrouvent surtout dans les ganglions excentriques, tels que les ganglions intervertébraux. On leur a donné le nom de cellules bipolaires. HH. Wagner, Ch. Robin, Ecker et quelques autres les ont observées dans certains poissons cartilagineux. M. le marquis de Corti les a retrouvées chez les mammifères dans le feuillet nerveux de la lame spirale du limaçon.

4» Dans d'autres ganglions, les cellules nerveuses émettent des prolongements multiples. De ces rayons les uns passent d'une cellule à une autre, unissant en un réseau très-compliqué > tous les éléments d'un même ganglion ; d'autres se conti-

nuent avec l'axe de certaines fibres nerveuses périphériques. On désigne ces cellules à rayons multiples sous le nom de cellules multipolaires.

Cette structure se retrouve surtout dans les centres nerveux proprement dits, et elle est évidemment très-propre au mécanisme des sympathies qui s'établissent par ces centres. En conséquence de ces anastomoses, il semble impossible qu'une cellule soit seule modifiée ; ses modifications doivent rayonner en quelque sorte vers les cellules voisines, et d'une stimulation simple peuvent ainsi résulter des effets multiples. Par là peuvent s'expliquer les sympathies confuses que révèle l'étude du mouvement réflexe.

Ces quatre ordres de ganglions sont les éléments de cet ensemble d'appareils connu sous le nom de centre ou d'axe nerveux, et des organes qui dans le crftne lui sont surajoutés.

IV. Le corps est formé de deux moitiés symétriques, mais ces deux parties d'un même tout sont inséparables et unies

6 AHÀTOMIE COMPÀBte DU STSTàllB NBBYBUX

suf un plan médiftn. De même, les centres nerveux qui animent les deux moitiés du eorps s'Uttissent enuu tout symétrique, et le plan ttiédian qui séparé Ces deux moitiés dû dystèihé nerveux eètithil coïncide avec le pl&ti médian du corps.

lOàns les animaux vertébrés les centres nerveux principaux sont logea au côté dorsal, dans le canal formé par la série des anneaux supérieurs des vertèbres.

La relation qui exiéte entre Ces centres nerveux et Taxe osseux vertébral est remarquable. Let vertèbres, comme chacun sait, sont à Tensemble du squelette ce que les anneaux sont au corps dc^ animaux articulés. Or, de même que la définition d*un cylindre se retrouve dans toutes les sections de ce cylindre qui sont parallèles à sa base, de même dans une seule vertèbre se retrouve Tidée du tronc tout entier ; en un mot, une Vertèbre est au tronc ce que Tunité est au nombre dans une quantité concrète homogène.

Ainsi, il y a des segments dans le squelette, il y a des segments dans les muscles. Les nerfs périphériques s^accommodent à leur tour à cette segmentation, et l'observation démontré qu'il y a également des segments dans le système nerveux central.

Cette proposition est certaine dans les animaux inférieurs. Dans certains annelès placés très-bas dans Téchelle, tantôt à chaque anneau correspond fun ganglion distinct (ex. le lombric terrestre), tantôt il y a un seal gan^ion pour un nombre déterminé d'anneaux (ex. les hiradînées bdelliennes).

Dans la plupart des animaux vertébrés, dans les ovipares surtout, tme longue tige) étendue de la tète à la queue se substftue à cette chaîne des annelés. Cette tige qu^enferme le canal rachidien est la moelle Minière. Il y a certainement pour chaque anneau du segment vertébral une certaine partie de cette tige nerveuse; mail^ cette partie, ce s^[ment idéal.

imODUCTtOlf. 7

41 un segment réel? y a-t-il pour chai{ue vertèbre un ganglion nerveux central? C'est là une question importante au point de vue de Tanatomie philoeophique et de la physiologie générale.

Gall a essayé Tun des premiers de la résoudre. Il pensait avoir vu dans la moelle des renflements successifs au niveau de chaque vertèbre. Cette proposition est surtout fort évidei^ dans la moelle épinière des oiseaux. « Dans Tinc térieur de la moelle» dit-il, il existe des amas de sub- « «tance pulpeuse sous la forme de renflements» lesquels « sont de la longueur de chaque vertèbre. C'est de ces c ganglions que tous les nerfs de la moelle épinière tirent « leur origine*.. Les renflements de la moelle épinière doic vent do«c être regardée e(Hnme autant de ganglions propres c à des eystèmee nerveux particuliers, qui ont des brandiee c de communication» pour les léunir entre eux et étairitr c «mai leur influence réciproque (1). »

M. de Slainville a^ait accepté cette opinîMi de <iaH, à la*

quelle les expérienees de Le GaUois» de MarshâH-Hall et de ifftUer semblent avoir donné beaucoup de force; et en «let» si l'on accepte les idées de ces deux derniers {Aiysioiogistes 8«ir la force excitonotriee de la modle, il semble que la distiaetion de TaiB médullaire en segments distincts s'ensuive néeeMtireraent. Ainsi, voyons-nous Le Gallois afiSrmer que la vie de chaque partie dépend spécialement de œtte portion de la moelle épinière dont elle reçoit des n&b (2).

H. MuUer parle à peu près de la même manière, il assure, en effet, que « toute excitation vive du pouvoir moteur de la c moelle épûaièi^ ne stimule d'abord et immédiatement de

(1) àmtame mphifnùloffU dm iffilème nerveux. FsriB, ISIO. (3) E^péntmêê wm U prmeip$ de la«i0.Psito, i#12.

8 ÀNÀTOKIB COXBABÉB DU STSTilMB ZISBTBDX

« manière à amener des convulsions, que la portion de cette c moelle qui donne naissance au nerf sensoriel , et que 1'^* € citation des autres parties de la moelle épinière et des jierfs. c qui en proviennent, diminue à mesure qu'elles s'éloignent € du point sur lequel a porté la stimulation occasionnée par € le nerf du sentiment (1). »

Il nous semble que M. Marshall-Hall a été trop loin quand il a affirmé que < la marche rétrograde de l'influence exdto- € motrice le long de la moelle épinière, telle qu'on l'observe c dans les expériences physiologiques et dans les maladies , « détruisait l'idée que les phénomènes excitomoteurs sont € limités à des segments de la moelle épinière. > Dans ce raisonnement, la conséquence, bien que juste en apparencoipeut conduire à «une erreur directe; et, en effet, la sympatUe des différents segments entre eux, dans un animal annelé, ne détruit point l'idée d'une vie propre dans chacun de ces segments. H. Hoquin-Tandon a mis ce grand fait hors de doute dans ses expériences touchant l'indépendance des zoonites(2). Il nous semble donc que chaque segment de la moelle peut être considéré comme un centre particulier d'action, tout en admetr tant qu'à l'occasion de Taxcitation d'un seul segment, la modification se prolonge dans toute retendue de la chaîne ou de la tige nerveuse, en avant et en arrière du point qui a reçu l'excitation. Il y a donc à la fois, dans l'axe nerveux, multiplicité et unité.

Toutefois, nous devons reconnaître qu'en distinguant trèsnettement les actions excitomotrices, d'avec celles qui ont l'in-

(1) Physiologie du systhne nerveux, traduite par Joardan. Paris, 1840,

(2) Monographie de la famiUe des Hirudinées, Monlpellier, 1837 , in-4*, p. 87. — Deuxième édition, 1846, p. 196. — Voyez aiissl Duges, Mémoire sur la con^ formUé organique dans f échelle animale. Montpellier, 1883, in-4*.

INTBODDGTION. 9

tellifeiice pour principe, qu'en suivant ainsi la voie tracée dans les expériences de M. Flourens, H. Harshall-Hall a rendu un grand service à la science; en effet, Fautomate est excité, il ne êent point. L'excitabilité appartient à la moelle, la sensibilité'dépend d'un autre appareil, du cerveau.

Le Gallois a rendu, par une comparaison très^pittoresqve, cette distinction et cette synergie de tous les segments de Taxe : < Que l'on suppose, dit-il, un assemblage de roues qui « s'engrènent les unes dans les autres; elles ne formeront « toutes qu'un seul système, et aucune ne pourra faire un c mouvement qu'il ne soit partagé par les autres. Mais que c les engrenages viennent à être détruits en un ou plusieurs « endroits, il en résultera plusieurs systèmes qui pourront « avoir du mouvement indépendamment les uns des autres. » On pourrait trouver dans un aimant un terme de compa« raison non moins heureux.

11 se passe certainement dans la moelle quelque chose d'analogue. Ainsi nous croyons, avec Gall, qu'en regard de chaque vertèbre est un segment nerveux particulier. Mais tous tes s^[ments s'enchaînent, et, chez les animaux vertébrés, leur individualité semble être absorbée dans l'unité du système. De tous les segments enchaînés et confondus résulte chez eux une tige unique, où n'apparaît aucune trace de segmentation, sinon peut^tre» suivant M. de Blainville, dans la région cervicale des oise%ux. Mais il suffit d'envisager la condensation excessive de tous les segments pour comprendre comment cette confusion doit avoir nécessairement lieu. Les lombrics, parmi les animaux annelés, présentent quelque chose d'analogue, par suite de la brièveté des anneaux; chaque segment pcnrtant un ganglion, et les segments étant très-eourts, il en résulte Tapparence d'une tige l^èrement renflée de distance en distance, si bien que, suivant l'expression de Dugès, < c'est

10 ANÂTOMIB COUPâUÉB W ftYSTÉMB NBBVBUX

f un cordon noueux plutôt qu^one chaîne. » Un rapprodie-ment plus grand eût amené une union plus intime encore, et ces inégalités de la chaîne se fussent complètement effacées.

Cet effacement est d'ailleurs dans les vertébrés une marque de perfection. M. de Blalnville a ihit sur ce sujet certaines remarques auxquelles on n'a pas donné toute l'attention qu'elles méritaient, à coup sûr. Suivant ce grand homme, en effet, les filets de communication entre deux ganglions ou centres nerveux sont d'autant plus nombreux, d'autant plus gros, et même d'autant plus courts, que les fonctions ont plus de rapports entre elles. Ainsi, dans les animaux qui offrent une masse centrale formée de ganglions distincts, plus les filets qui uniront ces ganglions seront nombreux, gros et courts, et plus on pourra concevoir de perfection dans l'action de cette masse centrale (1).

11 y a plus de véritable philosophie dans ce passage que dans beaucoup de gros livres publiés de nos jours; en effet, dans la plupart des animaux inférieurs, les ganglions sont épars, ou du moins très-distants. Ils se rapprochent les uns des autres dans les animaux qui sont plus élevés; dans la plupart des insectes, les ganglions de la chatne nerveuse, séparés dans l'origine, se confondent graduellement en masses communes pendant la métamorphose qui les conduit à l'état parfait. Cette fusion de plusieurs ganglions en un seul est donc un signe de supériorité, et ce signe ne saurait être mé* connu dans la tige nerveuse rachidienne des animaux ver^ tébrés.

Un autre fait très-remarquable a été énoncé par M. de Blalnville; c'est qu'en général, dans le cas où elles se confondent,

(I) CoDsidiratloBi généraloB smr le interne nerveux djuu : iàumal ée physique; reproduites en entier dans : AimaUê françaitçê f$ étrangères (f oiiafomtc et de pkifsiohf/ie, Par1t,^lia9, t lll, p. S4f ,

nmoDccnoR. Il

1 00 niasses nerveuses moindres sont attirées en quelque sorte, et absorbées par les plus grandes. Dans les vertébrés infé* rieurs et dans les jeunes fœtus de mammifères» la moelle épinière occupe toute la longueur du canal racbidien, de la tète à l'extrémité de la queue. Tous les poissons, sauf une ou deux exceptions, tous les amphibiens, tous les reptiles, tous les oiseaux, sont dans ce cas. Les segments excitomoteurs de la moelle sont alors placés en regard des vertèbres qm leur oor« ' reqpondent. Mais quand la masse encéphalique prend un plus grand accroissement, comme cela a lieu dans les mammifères, quand les segments nerveux antérieurs dominent. Taxe ner« veux tout entier se trouve en quelque sorte attiré et cond^sé vers la tète; et la tige se raccourcissant, les segments nerveux postérieurs sont souvMit placés très en «vant des segments vertébraux qui leur correspondit; de là une anomalie a^pareirte, qu'une analyse approfondie résout aisément

V. il convient d'aborder maintenant «ne question qn a jMTéoocupé un grand nombre d'anatomietes j^losopbea, «t qui de nos jours n'est pas encore complélement résolue.

On sait que dans lous les animanx înftrieurs œ ^ représente l'axe nerveux est une cbalne, logée au côté ventral du corps, et qêi fait suite à un anneau entourwit Toesoi^age. Dans les animaux vertébrés, au contraire, la chaîne, eu phtlèt la tige nerveuse, occupe, dtAs le plan médian de l'animal, le iMé dorsal du corps. Ainû , dans les invertébrés. Taxe nerveux est infkîeur au tube digestif; il est supérieur à ce tube dans les animaux vertébrés.

Hnsienrs naturalistes ont essayé de résoudre cette difEérence, en supposant que ranimai invertébré, mollusque ou articulé, comparé à un animal vertébré , marche sur le dos. En efiet, la moelle épinière d'un animal vertébré, placé de la M!%B^ serait inférieure au tube digestif; unis les organes^ies

13 ÀNÀTOMIE GOMPABEB DU SYSTEME NEBVBUX

sens supérieurs et le cerveau suivraient ce mouvement, ce qui n*a lieu dans aucun animal. Cette vue ne saurait donc être acceptée que comme un jeu plus ou moins ingénieux de Tesprit.

On a plus récemment donné de nouveau cette hypothèse, mais en la modiflant un peu. On admet qu'en effet, l'animal invertébré marche sur le dos; mais on ajoute, pour tout concilier, que le tube digestif, s'engageant entre les deux racines du cerveau, vient dans les invertébrés s'ouvrir au-dessous de lui ; on voudrait expliquer ainsi, pour les besoins de l'hypothèse, comment chez les insectes le cerveau se trouve au cAté dorsal du corps.

Dugès qui a le premier, je crois, proposé cette modification à la formule de H. Geoffroy, s'exprime ainsi :

€ Une objection très-spécieuse pourrait être tirée de la posi-

< tion ventrale ou inférieure de la chaîne ganglionnaire des c articulés, tandis que la moelle épinière est toujours à la c région dorsale ou supérieure des animaux à vertèbres. Cette

< objection tombe, si Ton admet avec Geoffroy Saint-Hilaire, c que le ventre de l'invertébré est le représentant du dos chez c le vertébré ; et en effet la position et les rapports mutuels du «r cœur ou vaisseau dorsal, du canal alimentaire et du système « nerveux autorisent cette comparaison... La seule difficulté € réelle qui subsiste, c'est d'expliquer comment l'œsophage c des animaux articulés et des mollusques traverse le collier

< susdit, et pourquoi le cerveau ne se trouve pas à la même

< face du corps que la moelle épinière. »

Dugès ne me parait pas avoir rempli sa promesse de résoudre cette difficulté par l'étude du développement; en sorte que le doute persiste ; et bien que M. le professeur Duvernoy ait depuis énoncé la même théorie dans ses cours, en se l'attribuant, elle ne me pajralt ni mieux conçue ni mieux établie. Ainsi, cette

lIIXaODUCTIOIl. 1 8

opinion de Tre^iranus et de Weber que la chaîne nerveuse des insectes représente par ses relations et par sa forme ce qu'on a appelé le nerf sympathique dans les animaux vertébrés, me parait avoir encore aujourd'hui toute sa force. En vain Dugès et Muller ont-ils cru voir le nerf sympathique des articulés dans le nerf récurrent de Lyonet, ce nerf étant bien plutôt l'analc^e d'un pneumogastrique. J'en dirai autant du système stomatogastrique des animaux mollusques.

VI. Je me rattache donc d'une manière complète aux opinions de Treviranus, en me fondant sur les observations suivantes : si Ton considère par exemple un segment vertébral complet choisi dans cette partie de la région caudale qui porte des os en Y, on pourra se faire une idée trè&-exacte et trèssimple de la disposition élémentaire du système nerveux central dans un animal vertébré (1). Nous prendrons pour type un segment de la queue d'un crocodilien quelconque. Dans le Crocodilus lucius que nous avons sous les yeux, une première masse médiane et symétrique est logée dans l'anneau supérieur de la vertèbre. C'est là un ganglion supérieur qui n'est autre chose qu'un segment de la moelle épinière. Un deuxième ganglion également médian et symétrique est logé dans l'anneau inférieur, avec le système vasculaire : ce ganglion est l'un des éléments de la chaîne du sympathique. Enfin, deux com-

(1) Le célèbre auteur de la PfuloMphie anaunmque, Etienne Geoftrogr, homme doué essentiellement de Tetprit ditlnateur, avait parfaitement laiil de quelle importance est en anatomie comparée la conildération de la région caudale. Lorsqu'il aborde l*étude de ce grand problème de la décomposition du crâne en plusieurs Tertèbres diiUnctes, c*est une Tertèbre caudale de Jeune Plie qui loi sert de point de départ. Je crois qae cette région n'est pas moins intéressante, quand il s'agit du système nerveux, et les résultats que J'ai obtenus concordent si bien avec les Idées générales de Geofflroy sur le squelette, que Je ne doute pas que cet homme célèbre, qui avait autant d'indépendance réelle que de génie, n'eût approuvé la modifloation que J'apporte id à son idée première sur le sjrstème nerveux.

14 AHÂTOMIB GOlOABiB DU BTSTàMB WmVKUA

miMuros, Tune à droite, l'autre à gauche, unissent le ganglion supérieur au ganglion inférieur. Cet ensemble a la forme d*un anneau. Si maintenant nous comparons cet anneau à l'anneau QBSophagien d*un animal annelé, cette comparaison fera ressortir des ressemblances singulières. Le segment de la moelle occupera sur le premier anneau la place que le cerveau occupe dans le second; et le ganglion du sympathique. représentera dans le premier le ganglion qui, dans l'autre, est appelé ganglion pédieux. Les commissures latérales sont semblables de part et d'autre,

A chaque segment complet d'un animal vertébré, il y a donc un anneau nerveux, et le système nerveux de cet animal, considéré dans son ensemble, est composé d'une suite d'anneaux qui se succèdent dans toute la longueur du corps, et qu'unissent entre eux des commissures longitudinales. On peut exprimer ces faits k l'aide de figures schématiques très-simples.

Fig. 1.

Ut figure première représente la oompoi^ition du segment nerveux et ses rapports avec la vertèbre. La seconde

Kig, 2.

représenta dans la région caudale d*ua crooodilien la succession et l'enchaînement des segments.

DTCBODUGTIOH. 15

Dans quelques animaux privilégiés» les mammifères, les ganglions médullaires supérieurs condensés et attirés en quelque sorte vers Tencéphale, ne sont point situés en regard des vertèbres qui leur correspondent. Cette disposition a été constatée par tous les anatomistes, et mérite qu'on s'y arrête un instant.

Supposons la moelle très-oourte, par suite d'une condensation poussée à l'extrême. Il est évident que les paires nerveuses qui s'y relient par les espaces intervertébraux devront se rattacher aux segments postérieurs du corps par de plus longues racines. Ces racines seront dans ce cas disposées autour de la moelle, comme les crins de la queue d'un cheval sur l'appendice qui les supporte : de là le nom de queue de cheval sous lequel les anatomistes ont indiqué cette disposition.

Condensons de plus en plus cette moelle si courte, réduisons-la à un seul tubercule, et supprimons par la pensée toutes les vertèbres. Les racines nerveuses n'ayant plus rien qui règle leur distribution, pourront descendre à la fois au côté ventral du corps, et se confondre avec la chaîne du sympathique. Ceci pourra être d'autant plus aisément conçu, que la tête l'emportant fort peu chez les animaux articulés, sur les autres segments du corps, ceux-ci conserveront une plus grande indépendance relative, et communiqueront avec le cerveau par un plus petit nombre de filets. On peut s'expli-quer ainsi l'importance de l'anneau oesophagien, et la forme particulière au système nerveux des insectes. Telle était il y a quelques années ma manière de voir; mais en poursuivant avec attention cette étude et cette comparaison, on arrive à des résultats plus précis encore.

Nous venons d'indiquer la oomposition du système nerveux propre i un segment complet d'animal vertébré ; dans la région caudale, l'anneau est fermé par une commissure qui unit les deux moitiés du ganglion inférieur;

16 AlfATOXn COMFAUE DU SYSliUB NSBTBUX

Fig. t.

mais du coccyx à la tète, ce ganglion du sympathique se divise; l'anneau s'ouvre, et s'ouvre en général d'autant plus que ses deux moitiés sont en regard de masses nerveuses supérieures plus puissantes.

Fig. 4.

Dans ce cas les commissures qui unissent les deux moitiés du ganglion inférieur paraissent manquer, el l'anneau est divisé par le milieu de son chaton inférieur.

On peut évidemment concevoir un cas inverse, attribuer la prédominance au système nerveux inférieur, et supposer que dans ce cas, au lieu du ganglion inférieur, ce ser^ le ganglion supérieur qui se divisera, l'anneau nerveux s'puvrant alors du côté de son chaton supérieur.

Fig. 5.

Cette division une fois admise, il sera facile de supposer un rapprochement plus ou moins grand entre ces moitiés du ganglion supérieur ainsi divisé, et les ganglions du système inférieur qui leur correspondent. Le système supérieur pourra descendre ainsi dans la sphère du sympathique et en accepta la distribution. Le premier anneau , l'anneau céphalique ,

INTHODUCXIOH. 17

conservera seul sa forme normale, dans tous les autres, les deux systèmes seront confondus en un seul (1).

Les considérations embryologiques viennent en aide à cette manière de voir. En effet, le ganglion inférieur est divisé diez les vertébrés et séparé en deux moitiés symétriques dans tous les points du corps qui répondaient dans Tembryon à la vésicule ombilicale. Or, dans les vertébrés, la vésicule ombilicale r^nd au côté ventral de l'animal ; dans les invertébrés l'inverse a lieu, la vésicule ombilicale est au côté dorsal. Ainsi donc cette division médiane qui, dans les vertébrés, affecte lar chaîne du sympathique , doit affecter chez les invertébrés le système nerveux supérieur.

Nous sommes conduits, en conséquence, à considérer le type du système nerveux [des animaux articulés comme modelé sur le type de la chaîne du sympa&ique des animaux vertébrés. Or, on démontre, en névrologie, que lorsque des nerfs émanés de Tun des deux systèmes nerveux passent à l'autre système, ils en suivent l'arrangement et la distribution. Par suite de cette loi , fondée sur l'observation , le système nerveux supérieur descendu dans la sphère du système nerveux inférieur en suivra la distribution, et sera absorbé dans son type. De là cette modification des pièces stemàles qui, dans les animaux articulés, se transforment en une sorte de rachis inférieur. De là encore cette métamorphose apparente qui résulte de la confusion des deux systèmes en un seul.

VIL Nous n^avons point à nous occuper ici des animaux inférieurs. Nous n'aborderons pas non plus l'étude du sympa-

(1) Les beUes recherehoi de mon tarant et à Jamais regretté ami M. 8oul^et, sur le système oenreax, et plus partiealièrement sur le eoIUer CBsophagien des moUusqnes, sont très-fayorables à cette manière de voir. Peut-dtre auflsf pourralt-Hm rappeler à ee sojet ce ftdt de l'existence de petits ganglion» eollatéranx aux ganglions médians de la duîne chex les ponbdelles. lï. 2

18 ANATOIOB COMPAIÉB DU SYSTEMS IfSBYEUX.

thique. Mais nous donnerons une attention toute particulière à cette série des ganglions supérieurs que les anatomistes ont désignée sous le nom d'axe nerveux céphalo-rachidien, Grftce au ciel, l'anatomie est aujourd'hui plus avancée sur ce point qu'au temps où écrivait H. Lauret. Aussi devons-nous revenir sur toutes les questions qui s'y rattachent; le lecteur nous pardcmno^ d'entrer parfois dans des détails fastidieux, mais que commande impérieusement l'importance du sujet que nous traitons ici«

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