SO
Diamètre bi. pariétal. .
Diamèt. front, (maxim.)-
Diamètre bi- temporal. .
Courbe transvers, inter-
auriculalre
DîBt. du bord alvéolaire
aa bord antérieur da
trou occipital
Ces mesures prises aussi exactement que possible sont loin toutefois d*aToi^la valeur qu'on pourrait supposer. En effet, si le crftne signifie quelque chose c'est eu égard au cerveau. Or, Fépaisseur des parois du crftne étant infiniment variable, on ne peut conclure exactement de son volume à sa capacité. C'est ainsi que le diamètre antéro^postérieur du crftne étant chez un Alfouroux australien égal à 0,183™», le plus grand diamètre de sa capacité était de O'^ylGS seulement; tandis que dans le Berber, ce dernier diamètre différait du diamètre extérieur de IQ*»" seulement ; de môme chez une femme blanche à tête fort petite, le diamètre longitudinal de la capacité du crftne était de 155"", 164** donnant la mesure du diamètre exlériew. En sorte que la difiérence était de 9"^"^ seulement, tandis que, dans une idiote également de race blanche, ce dernier diamètre étant de 162»™, le diamètre extérieur était de 143"" seulement, ce qui faisait une différence de 19"". Que conclure de là, sinon que les dimensions extérieures du crftne sont des indices infidèles de la capacité intérieure?
Peut-être pourra-t-on supposer qu'il est plus utile de mesurer a capacité du crftne ; c*est là une opinion fort juste, mais les
DBS DBfOBMATIONS BU GBARB. 815
occft^oiis de faire ce travail sur une vaste échelle m'ont manqué, et d'ailleurs, cette étude ne peut conduire qu'à desréBÛltaté peu certains.
$ s. De* dérormatloiM dv crâne.
Après avoir parlé des formes normales du crâne, disons quelques mots de ses déformations. Elles sont nombreuses et ont été poussées parfois si loin, qu'elles seraient inexplicables, si la folie humaine n'était là pour tout expliquer. Toutes les déformations ne sont pas artificielles. Je connais une petite fille, vive et intelligente d'ailleurs, dont le front offre au-dessus des sourcils un étranglement annulaire très-marqué. Ses parents sont parfaitement conformés, et jamais sa tête n'a subi de pressions anormales.
Dans ces derniers temps, M. le professeur Giraldès m'a per* mis d'examiner un jeune enfant dont le front était si atténué que la tètë, fort large en arrière, avait, vue d'en haut, la forme d'un cœur. Jamais cet enfant n'avait été soumis à aucune cause de déformation artificielle. Il y a donc des déformations spontanées, et elles sont fréquentes. C'est là un avis à ceux qui, sur l'inspection d'un seul crâne trouvé dans des tombeaux antiques , auraient la tentation de faire leur petit roman ethnologique.
Nous ne dirons rien des déformations que les maladies amènent , celles par exemple que produit Thydrocéphalie. Nous parlerons de celles qui dépendent de certaines compressions artificielles. M. le docteur Gosse, dans un ouvrage récent (1), a étudié cette question avec le plus grand soin. 11 distingue seize déformations principales. Mon but n'est pas de suivre pas à pas cet écrivain dans le développement du sujet qu'il a
(1) Essai sar les déformations artificielles da cràne {Annales d'hygiène pu^ èHqw. Paris, 1865, 2* série, tomes 1 et II).
316 DU GBÀHB, DB SA COMPOSITION, BTG*
si habilement traité. Il me suffira de signaler d*une manière générale les déformations qu'il a admises, et de renvoyer pour de plus amples détails à son beau mémoire.
Dans un premier cas on agissait à la fois sur le front et sur l'occiput <ju*on aplatissait tous deux, et la léte prenait la forme d'un coin : telle est la déformation euniiforme de Morton, dont il y a deux sortes, l'une couchée, l'autre relevée. La première était en usage chez les Américains , et en particulier chez les Caraïbes, les Covalitsk, les Guaranis septentrionaux et beaucoup d'autres. La seconde, dans laquelle le crftne était ramené en avant, était en particulier pratiquée chez les Natchez comme l'indique un crftne précieux figuré par Horton.
Dans un second cas, la forme du crftne, assez semblable à la disposition cunéiforme couchée, en différait en ceci que l'allongement était plus symétrique, en sorte que la tète prenait l'apparence d'un cylindre plutôt que d'un coin. Cette déformation était pratiquée chez les anciens Aymaras de Bolivie.
Une troisième déformation que Ton pourrait appeler oblique, résultait de pressions qui agissaient selAi une diagonale tirée du frontal d'un côté sur le pariétal du côté opposé. Elle donnait lieu à la tète irrégulièrement comprimée et dilatée.
Dans un quatrième cas, on donnait à la tète une forme carrée.
L'une des déformations les plus singulières est celle qu'ont présentée certains crftnes trouvés dans Vile de los Saerificios* Un système compliqué de bandes donnait ft la tète une forme trilobée. C'est là la cinquième déformation de M. Gosse.
La sixième consistait en ceci. La compression agissait exclusivement sur le frontal. Cette déformation est commune en France en plusieurs lieux.
La septième déformation admise par M. Gosse résulte d'un allongement ou d'un aplatissement du nez. Si, outre l'aplatissement du nez, la tète est obliquement comprimée sur le front
'DB8 DiFOBXÀTIONS DU CIUIIB. 317
et sur les côtés de manière à donner au crftne une forme pyra* midale, cette déformation produira la tête mongole^ qiA est la huitième forme anomale.
Outres ces déformations» M. Gosse admet :
90 La Me prognathe observée chez quelques Caraïbes et dont nous avons donné plus haut la raison.
lù^ Là tête aplatie sur les côtés. Forme dont les Abassîcnf; du Caucase offrent un exemple connu , et que M. le docteur Furnari a retrouvée chez les Arabes modernes.
Dans d*autres cas, la tète était à la fois déformée sur les côtés et sur le front. Les Turcs préféraient la forme sphérique. Ailleurs, un lien ceint étroitement la tète , Tétrangle en forme de sablier, et produit cette déformation annulaire si bien décrite (par M. le docteur Foville. Dans d'autres cas , le lien compresseur, noué sous le menton , divise les parties supérieures du crâne en deui lobes, comme M. le docteur Limier Fa observé dans le département des Deux-Sèvres. Quelques peuples, et les Incas en particulier, comprimaient Tocciput, et cette coutume était en faveur chez toutes les nations de race toltécane. Enfin, certains peuples donnaient à la tète la forme d'un eùne tronqué , comme Tont observé à Siam, MM. Rus» chenberg et Finlayson, ce qui porte à seize le nombre des déformations admises par M. Gosse%
Tel est, en résumé , le résultat des savantes recherches de cet habile auteur, dont le livre est à coup sûr le plus intéres* sant qu'on puisse consulter sur cette matière. Suivant lui, toules ceè déformations, sont, dans le principe, le résultat de pratiques artificielles , mais quelques-unes ont pu se transmettre par la génération. Telle était , au sujet des Haeroeéphalee, Topinion d*Hippocrate. Dans l'origine, dit-il, l'usage seul était la cause de rallongement de la tête, mais aujourd'hui la nature vient en aide à l'usage... En elîet, la liqueur sénunale provient
818 DD GKAN8, DB BA COIDNWITIOIV, ETC.
de toutee les parties du cmpe, saine des parties saines, altArfe des parties malades. Si donc de parents chaudes naissent souvent des enfants chauves ; de parents aux yenx biens , des enfants aux yeux bleus; de parents louches, des enfants louches, et ainsi du reste pour toutes les variétés de la forme, où est l'empècliement qu*un raacroeéphale n'engendre un macrocéphale(l)?
Il est certain que les hommes de Toulouse ont one forme de tète qui les distingue» et qui se transmet par la génération. Hais nous ne saurions attribuer à des causes artificielles prochaines ou éloignées cette atténuation singulière du frontal particulière aux Mongols » mais surtout aux noirs de la race tasmanicsme. Cest là un fait naturel dans lequel l'homme n'est pour rien. D'ailleurs, alors même que ces modifications singuliers de la forme du crftne sont acquises, il y a une question à résoudre : quelle est la source première de ces usages bizarres? L'homme, fftt-il feu, ne fait rien au hasard. Les effets les plus désordonnés cmt un principe qu'on peut , avec Leibnitz, essayer de découvrir.
Morton nous Semble avmr envisagé œtle question sons son vrai jour; et, & dire toute notre pensée, l'orgueil a été ici comme ailleurs le père du mal. L'homme sauvage ou civilisé^ ignorant ou savant, hideux ou beau» l'homme, quel qu'il soili s'admire vobntters, caresse aussi bien ses défauts que ses qualités, et rit d*autrui. Un peuple de k>ssus se moquerait desT hommes droits. Ainsi les particularités qui les distinguent sont, aux yeux dea natiions, le ^iterium de la souveraine beauté. Or, ^tôt qu'il sera convena qu'un nez camus est beau, on voudra l'avoir plus camus encore. Un peuple a-tdl de grandes oreilles, ne sera*t«*il pas éotnnemment tatteur pour
(1) OEuvres (THippocrate : i)e« ûir$, de» eaux ei des lieux. Édition de Littré, tome II, page 61.
DIS BÉFOKVATIOIIS DU CRAHS. S 19
tout individu de cultiver et de porter à son comble cette gracieuse qualité? Le front est41 naturellement fuyant? on Taplatira jusqu'à Tanéantir. Réciproquement, à une certaine époque, les idées de Gall ayant réagi sur Tart, le moindre rimailleur prétendait à un front gigantesque. Ne pouvant agrandir le frontal, on le découvrait autant que possible en rasant les cheveux, et c'était une flatterie délicate chez un peintre que de gratifier un modèle illustre d'un front d'hydrocéphale; ainsi, voit-on certains nigauds, jaloux de la gloire d'hommes fameux, s'imaginer qu'ils s'élèvent à leur niveau en imitant leur démarche^et même leur travers? Donc l'opinion domine aussi dans l'empire de l'esthétique, mais la première opinion c'est 1 admiration de soi-même. Nous croyons en conséquence que la plupart des déformations artificielles du crâne ont pour but de rendre plus apparents certains caractères propres à la race, et par conséquent admirés par elle.
Je dis la plupart de ces déformations, car quelques autres pourraient avoir eu un autre principe. C'est ainsi que certains peuples guerriers et envahisseurs, JETtm^, BerbèreSy Carcùbefi hommes de carnage et de proie, prétendaient à l'allure de certains animaux dévorants. Ils s'aplatissaient le front. Leur tète basse et fuyante leur donnait quelque chose du tigre et du lion. Cette face sans crâne, et cependant expressive et vivante, avait un aspect terrible et fatal, comme toutes les choses actives, mais d'où l'intelligence est bannie. Mais les peuples qui se piquaient de civilisation, de sagesse et de bon conseil, tels que les Ygneris de Saint-Domingue, les Incas et les nations taîtiennes, cherchaient à exprimer cette tendance en ramenant en avant le frontal, signe du développement cérébral et de la puissance intellectuelle.
M. le docteur Gosse, qui est à la fois un savant et un homme de beaucoup d'esprit, genre de cumul malheureusement très-
3â0 DU CfilRE, DS SA COMPOSITION, STC.
rare et dont il faut le féliciter, pense» et son opinion est à coup sûr d*un grand poids, que ces déformations ne sont pas sans influence sur le moral des individus; il va même jusqu*à admettre qu'une légère déformation occipitale pourrait dans certains cas être avantageuse.
Cette opinion est fort conforme aux principes de la crânioscopie moderne; or celle-ci ne nous parait pas beaucoup plus certaine que celle des anciens. Suivant Avicenne, les lésions de la partie antérieure du cerveau altéraient le sens commun ; celles de la partie moyenne, la raison ; celles de la postérieure, la mémoire. En effet l'imagination habitait les ventricules antérieurs ; la pensée les ventricules moyens, les postérieurs logeaient, la mémoire. Cette opinion était celle d'Àetius (1) du célèbre Arnaud de Villeneuve (2), et Jérôme Fracastor (3), qui l'adopte également, en donne une singulière preuve. Quand nous voulons imaginer, dit-il, le front se contracte ; cherchonsnous à nous remettre quelque chose en mémoire, nous nous frottons le derrière de la tète. Ainsi Gall n'a pas même imaginé les malheureux principes de sa mimique bizarre. C'est de l'erreur surtout qu'il faut dire, nil novum stib sole.
Si cette singulière localisation était prouvée, elle aurait du moins le mérite d^une grande simplicité; malheureusement sa certitude est fort contestée et par d'excellents auteurs, c On n'explique pas suffisamment, dit Daniel Sennert, pourquoi le sens commun a pour siège la partie antérieure du cerveau. Il est vrai que tous les organes des sens externes sont groupés autour d'elle. Hais leurs nerfs n'y aboutissent point. On n'a justifié par aucune bonne raison la séparation qu'on a faite de
* (I) Tetrab H, serm. 2, cap. n.
(2) De eonferentibus et noeemibus principalibus membris no9tri corpùrii.
(3)*HyeroD. Frac«8torl Turriut, nve de iniellectUme, lib. II, p. U7. Opéra omnia YeneUls, 15S4.
DBS J>BPOBlU.TIOEfS DU GBANE. 321
rimaginaiion et de la mémoire, de celle-ci et de la raison, logeant la raison dans la partie moyenne du cerveau, Timagination dans son extrémité antérieure et la mémoire dans celle qui est en arrière; car la mémoire et l'imagination ont les mêmes objets, quoique un peu différemment (1). » Ces remarques sont pleines do sens. Si cette loccUisatian était vraie, il s'ensuivrait que les singes, chez lesquels les cavités ancyroides l'emportent prodigieusement sur le reste des ventricules, ont infiniment plus de mémoire que l'homme ; mais, d'autre part, les autres animaux et même l'Éléphant qui sont dépourvus de cavités ancyroides en seraient absolument privés, conclusion évidemment ridicule. Enfin, comme en descendant la se* rie, les lobes frontaux se réduisent plus que les pariétaux, les animaux inférieurs devraient avoir plus de raison que d'ima* gination et de mémoire, ce qu'on n'accordera pas, je suppose. Voilà en quelques mots les premiers crftnioscopistes réduits au silence.
Toutefois la crftnioscopie ne s'est pas tenue pour battue, et le phénix a ressuscité mais sous une autre forme dans la nouvelle doctrine de Gall.
Cette doctrine peut être assez aisément résumée : le front loge les organes intellectuels; la région pariétale du crâne, les facultés affectives ; quant aux facultés instinctives, leurs organes occupent la région postérieure et inférieure de la tète. Chacune de ces facultés a d'ailleurs, dans la région qu'elle occupe, un département défini. Elle répond à un certain point d'une circonvolution ; cette faculté est-elle prononcée, son organe se tuméfie, et le crâne offre, dans un point correspondant, une saillie plus ou moins grande.
(1) DaaieJis Sennertl , fpicome mêtUutionum mecftcimv. Amstelodami, Jannon, 1655, cap. xiii, p. 47.