DU CRANB, DB SA COMPOSITION^ ETC
localisation? Le frontal ne loge pas tout le cerveau, loin de là, et dans rhomme certaines régions de la vertèbre pariétale s'accroissent au moins autant que la vertèbre frontale; or, ici le cerveau est tout, et non les tubercules quadrijumeaux qui s'amoindrissent évidemment quand les hémisphères grandissent. De même la vertèbre occipitale dans l'homme n'a pas seulement rapport au cervelet, mais encore au cerveau. Et s'il faut admettre avec M. Carus que le cervelet, les tubercules quadrijumeaux et les hémisphères cérébraux ont des fonctions distinctes, ce que H. Flourens a admirablement démontré, s'ensuivra-t-il que ce cerveau, qui occupe à la fois le domaine des trois vertèbres fondamentales du cr&ne, ait, en chacune d'elles, des propriétés distinctes? Gela n'est point prouvé, et à coup sûr n*a rien de probable.
Je puis d'ailleurs énoncer des faits qui détruisent cette idée. On n'accusera pas, je suppose, les singes de manquer d'instincts, de passions et de volonté; leur férocité, leur lubricité, leur violence démontrent assez le contraire. A cet égard, ils dépassent l'homme de beaucoup. Eh bien ! le cerveau occupe chez eux, dans la vertèbre occipitale, un espace relativement beaucoup moindre que dans le cerveau humain. Ce n'est pas tout, te cerveau est dans les chiens et les chats complètement hors de la vertèbre occipitale, s'ensuit-il qu'ils n'aient ni passions, ni instincts, ni volonté?
Ainsi donc la théorie de M. Carus ne peut s'appliquer au cerveau, et le cerveau humain remplissant pour ainsi dire le crftne, elle ne s'applique pas davantage à celui-ci. D'ailleurs, la vertèbre frontale n'est pas le premier point de départ du cerveau. C'est la vertèbre pariétale. Eh quoi! voici le cerveau, organe du jugement et de l'intelligence, enchaîné à cette vertèbre, centre des impressions dont on n'a point conscience? Que devient, hélas! cette méthode de
BBS DiFOBMAXIOnS BU CEANB. 335
diagnostic si simple» et dans la pensée de son auteur toute brillante de poésie?
Nous dirons plus bas ce qu*il faut penser des localisations ; mais, quant à présent, nous ne pouvons admettre celles qui ont été proposées; elles ne satisfont ni l'anatomiste, ni le psychologiste. A peine ce roman philosophique fait pour Thomme peut-il s'appliquer à l'homme. Les preuves qu'on demande à Tanatomie comparée en faveur du système, témoignent évidemment contre lui. Mais la phrénologie fûtrelle vraie, la crftr nioscopie ne l'est pas. C'est là une remarque que M. le docteur Guépin a faite fort heureusement selon nous. Il dirait volontiers ce que Porta disait de la physiognomonie : c Hœe scienr tia eonjeeturalis est, née semper optatum anequitur flnem. » Ce témoignage a bien son importance.
Quant à nous, nous le répétons, si le développement du frontal nous parait plus significatif en faveur de rintdligence que celui de l'occiput, c'est là un fait que nous acceptons, mais sans chercher pour le moment à l'expliquer. Toutefois, l'antagonisme qui existe entre la région frontale et l'occipitale, et qui ne leur permet pas de se développer simultaném^t, nous obligerait à priori de préférer le.développement de la vertèbre qui peut donner le plus grand espace à l'accroissement du cerveau. A cet égard, le développement du. fnmtal crée des conditions meilleures. Peut-on, k cause de cela, le considérer comme le centre d'une activité supérieure? A cela je répondrai que certaines parties de la région pariétale du cerveau caractérisent aussi bien l'encéphale humain que d'autres parties des lobes frontaux, et qu'en conséquence il serait difOciie d'opter entre elles. Hais nous reviendrons ailleurs sur ce sujet, l'un des plus importants à coup sûr parmi ceux que la physiologie considère.
Maintenant le crâne peut-il tout dire eu égard au cerveau?
836 BU CBAHB, DB SA COMPOSITION, BTC.
Ouiy ai la table exterae est exactement moulée sur rinteme, si l'épaisseur de tous les crânes est la même; enfin, si pour une forme semblable, tous les cerveaux offrent à leur surface une complication pareille. Or, aucune de ces conditions n'est réalisée. On a déjà montré qu'il n'y a entre la taMe interne et la table externe des os du crâne aucune correspondance rigoureuse, et j'ai fait voir que la complication des circonvolutions variait beaucoup suivant les races et même suivant les individus d'un même peuple. Que dis-jef sur le même individu, un crâne, symétrique néanmoins, renfermera deux hémisphères qui différeront l'un de l'autre dans le détail de leurs circonvolutions : voici pour la forme ; mais, après avoir donné à la matière ce qui lui appartient, et tout en accordant que la forme visible du corps peut exprimer symboliqnemetit, dans certains cas, les formes invisibles de l'âme, le fera-t-elle jamais au point de traduire les subtiles différences matérielles qui corres- ^ndent aux différences mystérieuses des intelligences? Parmi les bétes elles-mêmes, des animaux d'une même espèce et presque en tout semblables, diflèrent par le caractère. A c6té de lionceaux hargneux et cruels, il en est de doux et d'innocents ; il y a des dogues caressants et des braques presque féroces; tel cheval est confiant, tel autre est ombrageux; expliquera-t-on tbut cela par le développement de telle ou telle partie du crânef Leis crâiiidbcopisies le prétendent; mais on a bien démontré que ce n'est là qu'une pt^tention.
En ce qulconcerne l'Homme, lagrandeur de son cerveau et le développement des plis de sa surface en font, au-dessus du groupe des primates, un être tout à fait exceptionnel. Toutefois, avons-nous dit, au milieu de ce développement général trois régions se distinguent plus pariiclilièrement put leur grandeur, savoir: 1* l'étage supérieur du lobe frontal; V le lobuie du deuxième pli ascendant; 3^ t^nfin, le développement
DBS DBrOBllATIONS DU CRAI9S. 327
simultané des deux plis supérieurs de passage et, en deux mots, de tous les plis composant la lai^e bande circonvolutionnaire qui longe la grande scissure cérébrale. Ainsi cette région nous paratt-elle mériter dé axer plus particulièrement l'attention des philosophes. Or l'étroitesse du crâne et la réduction de sa courbe occipito-frontale sont difficilement condliables avec un grand développement de cette région, dont une grande réduction de la vertèbre frontale implique Tappauvrissement. Or j'attache dans tout homme un grand prix au développement des caractères humains essentiels ; les présenter au maximum c'est atteindre au terme de la perfection possible. Il ne faut donc pas s'étonner si les races inférieures autochthones de certaines parties de l'Afrique, de l'Australie et de la Mélanésie, ces races aveugles à la lumière de la civî^ lisation, présentent ces caractères à un plus faible degré que la Circassienne, cette Reine des races humaines. Il est fort à regretter que jusqu'ici nulle étude sérieuse n'ait été faite sur Fenc^hale de ces races si curieuses ; quelques-unes d'entre elles sont au moment de disparaître de la terre et malheureusement les plis du cerveau laissent trop peu d'empreintes sur les os du crâne pour qu'on puisse suppléer à l'étude directe de leur cerveau. Il ne suffit pas d'en mesurer la masse; rien ne doit être négligé dans un problème de cette nature; alors même que tous les éléments possibles nous seraient acquis, ne resterait-il pas au fond de ces questions des problèmes insolubles? car toutes les races n'ont pas les mêmes aptitudes, ni la même dignité. Les unes sont plus nobles ; d'autres sont infimes, aussi une organisation inférieure sufûtrclie au développement complet de leurs facultés, et des formes cérébrales qui trahiraient l'intelligence d'un blanc suffisent à ces faibles natures. Celte svffisance d'une forme cérébrale inférieure dans ces hommes inférieurs s'explique en tant qu'elle répond aux