FONCTIONS DES GAN&LIONS SUBÀJOUTÉS
mouvements de manège en deux sens opposés, et la volonté fait prédominer à son gré les unes ou les autres,
M. Hagbndie dans ses expériences ne poussa pas asses loin l'analyse ; il avait vu des mouvements de recul se produire à la suite de la section des corps restiformes, et dès lors il eût dû s'efforcer de distinguer dans ses expériences la part réelle du cervelet de celle de ces corps, mais il était pressé de conclure, et ce physiologiste aventureux ne se soumit jamais aux règles rigoureuses de la vraie méthode expérimentale. Ses expériences furent donc contestées, ou du moins les conclusions qu'il adopta. Ainsi mille théoriiss nouvelles brillent un instant et s'éteignent.
Les expériences de M. Flonrans, confirmées par ceHes d'Hertwig et de M. Bouillaud, ont donné des résultats plus précis; elles le conduisirent tout d'abord à cette conclusion nouvelle dans la science que le cervelet coordonne les mouvements qui ont été voulus dans le cerveau et que détermine la moelle épinièreparson action immédiate, 11 n'est point le principe du mouvement, mais il en est le régulateur; des animaux auxquels on a enlevé le cerveau en ménageant le cervelet, se meuvent avec une aisance admirable, bien qu'ils soient alors aveugles et sans instincts; le cervelet seul estpil détruit, tout subsiste, les sensations et les mouvements^ mais ces mouve* ments ne s'enchaînent plus, et le corps s'agite sous l'empire d'une volonté impuissante comme cda a lieu dans l'ivresse ; il suit en effet des expériences de U. Flourens, que c'est surtout sur le cervelet qu'agissent les causes de l'ivressoé
Telles étaient les propositions démontrées par M. Flourens, lorsqu'une découverte inattendue et sans précédent dans la science vint donner à ces démonstrations plus d'étendue eil'* core el plus de précision.
M. Flourens expérimentait sur les canaux demi-circulaires
368 DB L'SNCiPHALB.
deToreille, et pour découvrir leur rôle il les divisait successivement. Quelle fut sa surprise t coupait-il l'un ou l'autre, ranimai roulait sur lui-même en un sens déterminé pour chacun d'eux. L'habile observateur a résumé ainsi ces singuliers résultats. € Quand on coupe le canal horizontal, l'animal tourne sur lui* c même; quand on coupe le canal vertical antérieur y l'animal c fait une suite de culbutes en avant; et quand on coupe le « canal vertical postérieur^ l'animal fait une suite de culbutes
c en arrière. » Et U ajoute : < II y a donc un rapport
« donné, un rapport constant entre la direction de chaque « canal semi-circulaire, et la direction du mouvement produit « par la section (1). »
M. Flourens ne conclut point de ces expériences que la cause de ces mouvements est dans les canaux demi-circulaires, elle vient, dit-il, de plus loin, de l'encéphale; et dès lors il entreprend une foule d'expériences qui le conduisent aux résultats que je vais résumer.
Le cervelet' est attaché à l'encéphale par trois ordres de fibres, ou si l'on aime mieux par trois racines. L'un^ de ces racines (pont de varole) est composée de fibres transversales; une autre (pédoncule cérébelleux supérieur) va d'arrière en avant et se porte vers le cerveau. La troisième (pédoncules cérébelleux postérieurs, ou corps restiformes) se dirige en arrière vers la moelle épinière.
Or» si l'on coupe le pont de varole, l'animal tourne sur hiimême suivant son axe. Ainsi le faisait-il, après la section du canal semi-circulaire horizontal; la section du pédoncule cérébelleux supérieur détermine une suite de culbutes en avant celle du pédoncule postérieur une suite de culbutes en ar« rière ; on produit des effets semblables par la section des canaux
(1) Becherche* txpérimènt, Deutième édition. Paris, 1S42, p. 4S3.
poNcnons ï>b8 eARGuoNS suBAJOuris. S69
supérieur et inférieur. Il y a donc, dit M. Flourens, un rapport frappant entre la direction des ûbres ou des canaux tranchés» et la direction des mouyements produits. De nouvelles expériences faites sur le cervelet confirment ces résultats, et démontrent une pareille influence de l'ablation de ses parties antérieures sur les mouvements en avant, et de ses parties pos^ térieures sur les mouvements en arrière. M. Flourens conclut de tous ces faits que la direction des mouvements déterminés par la section des fibres de l'encéphale, est toujours parallèle à la direction de ces fibres. Quant aux effets singuliers qu'amène la section des canaux demi-circulaires, il les explique par le rapport qu'il découvre entre les nerfs de ces canaux et les trois ordres de fibres antérieures» postérieures, ou transverses, qui composent le pédoncule cérébelleux.
Quel est d'ailleurs le véritable rôle des canaux semi-circulaires dans les effets qui viennent d*ètre indiqués? H. Chevreul» remarquant que l'absence de ces canaux est la cause des phénomènes, en conclut qu'il faut les considérer, non comme des organes qui produisent les phénomènes en question, mais comme des organes qui les empêchent au contraire de se manifester (1). H. Flourens admet cette manière de voir. De là ridée si habilement présentée par lui de forces opposées qui contiennent et modèrent. Il y a, dit-il, autant de fibres modératrices distinctes qu'il y a de mouvements opposés possibles (2). Il admet donc trois ordres de fibres dans le système nerveux moteur : les unes excitent, d'autres modèrent, d'autres, enfin, régularisent et coordonnent.
M. Brov^n-Séquard, qui a répété les observations de M. Flourens, a été plus loin que lui, quant à l'importance du rôle qu'il
(1) Chemol. /ouni. det Swatus» 1831, p. 10.
(2) Rechereliiê cxpérimenlaUi* Deulème édlUoD. Paris, 1S43, p. 496.
tt. U
870 DB L'BRCOkPHAtB.
attribue aux nerfs des canaux demi-circulaires» et conelut de ses expériences que le nerf auditif est un véritable centre (1). Cette conclusion n'est peu^être pas à l'abri de toute objection. Le système nerveux est un tout harmonique. La destruction d'un seul point peut déranger l'équilibre de l'ensemble, sans que ee point puisse être considéré comme un centre véritable. Cette assertion do H. Brown-Séquard mérite donc un nouvel examen.
Quoi qu'il en soit, il résulte des expériences de M. Fiourens que le cervelet coordonne les mouvements du corps : j'entends |)arler ici des mouvements de locomotion. J'ai émis l'hypothèse >que les lobes moyens du cervelet présidaient surtout aux mouvements automatiques dont la moelle est le principe, et les lobes latéraux aux mouvements que le cerveau détermine; i'anatomie comparée est très-favorable à cette manière de voir, qui n'a pas, il faut l'avouer, été démontrée jusquici par l'expérience; mais peut-être n'est-il pas inutile de proposer les hypothèses qui découlent des observations premières, et qui ouvrent en toutes choses les portes de l'inconnu.
Une question importante se présente : les lobes cérébelleux ont-ils une action directe ou croisée; en d'autres twmes, cha* cun d eux agit-il sur le côté du corps qui lui correspond ou sur le côté opposé?
H. Fiourens, dans ses célèbres expériences, a admis l'action croisée des lobes cérébelleux, c Le cervelet d'un pigeon étant mis à nu, j^ai soumis à des piqûres superGcielles tout le côté droit du cen^elet ; il a paru sur-le-champ une faiblesse assex marquée du côté gauche (2). » Ces résultats sont positifs, et la question semblait tranchée, lorsqu'un travail très-important de M. Turner est venu imposer aux physiologistes le devoir de l'examiner sous un nouveau point de vue.
(1) Phyêiology and pathotogy. New-York, 1853, p. 99.
(2) Bwhircheif seconde édiUon. 1 842. Page 115.
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11 résulte des observations de cet habile médecin, et de celles qu'il a recueillies chez différents auteurs, qu'une atrophie qui porte sur l'hémisphère cérébral droit, par exemple, entraîne Tatrophie de l'hémisphère gauche du cervelet et de la partie gauche de la moelle. Il se croit donc fondé à repousser cette proposition de H. Ândral, que dans le cas d'atrophie le cerve* let s'isole du cerveau.
le dois dire ici que les cas de microcéphalie que j'ai eu l'heureuse occasion d'observer sont, en général, favorables à Topinion de M. Andral. Les hémisphères étaient atrophiés, et cependant le cervelet était énorme; cette observation ne détruit point celles de M. Turner, mais elle fait voir que la théorie des résultats qu'il annonce est, dans l'état de la science, incertaine et obscure; les faits ne s'accordent pas aisément entre eux, et de cette opposition résulte un paradoxe qu'il n'est pas facile de résoudre à priori (1).
Le cervelet est fort petit chez l'enfant nouveau-né, eu égard au cerveau, et l'enfant nouveau-né ne marche pas encore. 11 en est de même des animaux carnassiers au moment de la naissance. II est beaucoup plus développé chez les animaux herbivores, qui nuirchent et courent en naissant; mais il s'accroît par degrés et n'atteint à ses proportions définitives que lorsque le corps a toute sa grandeur et toute sa puissance ; aussi la forme de la région occipitale du crâne subit-elle des varia*» tions singulières. Ce développement du cervelet est d^ailleurs indépendant, quant à la masse, de celui du cerveau. Le cervelet suit le développement du corps, et le cerveau celui de l'intelligence.
(1) Tnmer, De l* atrophie partielle ou unilatérale du cervelet, de la moelU ullongie et de la moelle épinihre, consécutive aux destructione avec atrophie (fim d$$ hémisphères du cerveau. Tbèufl de Paris, 5 itavier 1856.
373 D£ l'bNGÉPHÀLB.
Ces observations pourraient paraître, au premier abord» aussi favorables à l'hypothèse de Gall qu'à la théorie de H. Flourens ; mais des observations précises ont décidé la question. Le cervelet ne se développe pas moins chez les animaux chfltrés que chez ceux qui n'ont point subi cette mutilation. Cette remarque n*est point combattue par les observations des au* teurs qui ont observé dans certains êtres» plus dignes du nom de satyres que de celui d*hommes» une très-grande prédominance des loges cérébelleuses du crâne. Cette prédominance prouvant en général que le cervelet et le corps ont acquis plus de force que le cerveau, organe de rintelligence, la faiblesse de celle-ci expliquerait aisément dans ces cas Tempire désordonné des instincts.
le viens de dire que, selon H. Flourens, les hémisphères du cerveau sont Torgane immédiat de Tintelligence. il n'y a rien de mieux démontré en physiologie que cette proposition.
L'ablation des deux hémisphères, chez un animal, ne trouble en rien la perfection de l'animal en tant qu'automate; mais toutes les sensations, toutes les perceptions, toutes les idées sont alors anéanties. L'animal n'a plus alors ni volonté, ni désirs, ni jugement. Il ne cherche plus sa nourriture, bien qu'il soit capable de l'avaler. S'il marche, il n'a pas de but, et ne sait plus éviter les obstacles, mais il respire et digère. Une poule ainsi mutilée obéit à l'instinct du caquetage, et quand elle dort, cache sa tète sous son aile; elle marche si on la pousse, et si on la jette en l'air, elle vole; la place-t-on sur le dos, elle se remet sur ses pattes; en un mot, toutes les forces d'où l'équilibre résulte sont intactes. Ainsi l'automate vit, mais l'âme, en tant que principe de sensations et de spontanéité, est absente. Quelques auteurs n'ont pas saisi le vrai sens de ces expériences en attribuant à un reste de sensibilité des actes automatiques coordonnés mais sans but extérieur^ et qui im-
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pliquent seulement la persistance d'une certaine impressionnabilité automatique.
Les hémisphères sont des organes d'intelligence partons les points de leur étendue. L'ftme n'est point ici où là, dans le cerveau, et ses facultés n'y sont pointéparpillées en cent foyers distincts. En un mot, de même que l'intelligence est une, de même son organe immédiat est homogène dans toutes ses parties. M. Flourens a démontré que les facultés premières de l'intelligence s'éteignent toutes à la fois à mesure qu'on détruit la masse des hémisphères. L'idée que l'âme réside dans un atome n'est donc point foildée. A cet égard, Duucan a critiqué très-flnement la manière de voir de Descartes : < où faut-il loger l'ftbe, dit-il; je réponds qu'elle est partout où elle agit, à la manière des esprits, et comme nous avons raison de dire que Dieu est partout parce qu'il n'y a point de lieu où il n'agisse, de même nous avons sujet de dire que l'ftme est dans les corps cannelés du cerveau parce qu'elle y fait les fonctions du sentiment et du sens commun ; qu'elle est dans le corps calleux parce qu'elle imagine les choses et qu'elle en juge, et enfin qu'elle est dans la partie cendrée du cerveau parce qu'elle y exerce les actes de la mémoire (1). »
Ces centres nerveux ont un effet croisé sur les yeux. En effet, après l'ablation de l'un d'eux, l'œil du côté opposé est frappé de cécité ; mais ils ont l'un et l'autre un double effet sur le corps, l'un direct, l'autre croisé; l'ablation d'un hémisphère affaiblit il est vrai le côté opposé du corps, mais ne le paralyse point, et une locomotion affaiblie y est encore possible ; cela est prouvé par les expériences que M. Flourens a faites sur des cochons d'Inde. L'observation conduit aux mêmes résultats. On a vu certains cas d'atrophie et de destruction d'un hémis-
(0 ExpUcoHonnouvêlU ei méùmtàque despnetiom (uiimakê, 167S, p. 27.
$74 DB l'UICBPHÀLB.
pbère, dans lesquels rintelligencei avait consenréy-mûis inéj^lement, son pouvoir sur les mouvements des deux côtés du corps (1).
Eu égard aux mouvements, plusieurs physiologistes ont pensé que les deux extrémités des hémisphères agissaient sur des parties différentes du corps. Les lobes postérieurs présideraient aux mouvements des bras, et les lobes antérieurs à ceux des membres pelviens. Saucerotte, MM. Serres et Loustau (2) et plus récemment M. Schiff, ont soutenu cette manière de voir qui est appuyée sur des observations anatomopathologiques, dont l'une, empruntée à de Lassonne est sur* tout fort remarquable; mais on oppose à ces observations une multitude de faits cliniques qui sont fort contraires à cette opinion, dont la démonstration serait d'un haut intérêt pour la physiologie du cen^eau.
Je ne sais si je me trompe, mais en tenant compte des causes en général diffuses qui déterminent Tapoplexie, de la multitude des réactions des parties malades sur les parties saines et réciproquement; en tenant compte d'autre part de l'influence qu'un seul hémisphère peut exercer sur le corps tout entier, il semble difficile d'accorder une valeur absolue à des objections essentiellement tirées de Tanatomie patliologique. Ce qui le prouve évidemment, c'est l'incertitude des résultats qui varient en quelque sorte sans règle. Dès lors, si en pareille question l'affirmation est douteuse, la négation ne l'est pas moins.
(1) On peut penser avee un seul hémisphère. Rien n'est mieux prouvé. Gall en a été uo curieux exemple, que confirme une observation récente de M. Alph. de Saint-Germain, dans Annales médico-psyckohgiques. Troisième série, t. II, p. 613. Cf. Morgagni, Dé sed, et eam. viorborum, Ex. 9, 2S, et le mémoire de Eller, Acad. de Berlin, t. VIII, 1752, et Gruveilber, Ànaiomie pathologique avec plancher, huitième livraison, PI. V.
(2) Serres. Ànal€mU comparée du ceneau, T. U, p. 664.
FORCnOHS DB8 OANCH.I01I8 SU&iJOUliS. 87S
iM m&nes observations ppuiraioBt s'appliquer à tout ce que les médecins anatomopatholc^stes ont écrit sur la locali*sation des sensations et des facultés cérébrales. Il n*est point prouvé que la destruction des lobes antérieurs du cerveau anéantisse la faculté du langage comme l'avait cru H. Bouillaud ; aucune des localisations de Gall n'a résisté à la critique scientifique; quanta celles d'Âvicenne et des scolastiques, le temps en a fait justice. 11 résulte de tout cela qu'en dehors des résultats obtenus par H. Flourens, rien n'est certain dans la physiologie du cerveau. Nous savons que les hémisphères sont les organes immédiats du pouvoir réciproque du corps sur l'ftme et de l'Ame sur le corps. C'est par eux seuls que la pen* sée est possible, et l'on pourrait dire qu'ils sont les yeux de l'Ame, qui, sans eux, devient en effet aveugle. Nous savons encore qu'un seul hémisphère peut gouverner le corps entier bien qu'il agisse plus particulièrement sur une de ses moitiés. De là la nécessité d'admettre, soit pour le mouvement, soit pour la sensibilité une action directe de chaque hémisphère, et une action croisée prédominante. Cette dernière action dépend sans doute des entrecroisements qui se font, les uns dans la moelle épinière, les autres dans la moelle allongée, d'autres, enfin, dans le noyau de l'encéphale par le corps calleux. Hais dans cette inextricable complication de fibres et de cellules dont le noyau de l'encéphale se compose, qui pourra dire hoc s^/tï, hoc movetî Le physiologiste et l'anatomiste ne sont-ils pas arrêtés ici par le sentiment d'une impuissance presque absolue (1)?
Nous essayerons d'expliquer plus tard nos propres hypo-
(!) Lft panlyiie de la fiM eiffte qaelqoeroii sur le eèlé da corps oppwé à eelul lor laqael porte l'hémiplégie. Dani ce ru, selon M. Gabier, le siège deU létloD est la protabéranee annulaire. (Goseife hebdomadaire, U 111, pages 749,789,Sli.lS56.)
876 DE L^BRCiPHALB.
thèses sur le r61e qu'on pourrait attribuer aux différentes parties des hémisphères cérébraux. Nous ne résoudrons pas, sans doute, le problème; mais nous poserons du moins quelques questions, en attendant que la vérité apparaisse tout entière aux yeux de quelque observateur plus heureux.
Disons maintenant quelques mots des tubercules quadrijumeaux; évidemment ces tubercules si grands, si importants dans les vertébrés inférieurs, perdent une grande partie de cette importance dans les animaux les plus élevés de cette série, car leur développement est, en général, en raison inverse de celui des hémisphères cérébraux. Ils sont fort petits, en effet, dans Téléphant, dans les singes et dans Thomme dont le cerveau a un développement énorme, tandis qu*ils acquièrent une grandeur singulière dans les herbivores, les rongeurs et surtout les marsupiaux. On peut donc penser avec raison que ces appareils sont appelés à se suppléer réciproquement, et Ton pourrait considérer les tubercules quadrijumeaux comme le cerveau de l'automate, tandis que les hémisphères sont le cerveau de Tintelligence. Quoi qu'il en soit, ils ont sur la vision une influence qui n'a été contestée par personne. En eux réside le principe des mouvements de l'iris; et tant qu'ils persistent, un animal privé de son cerveau demeure impressionnable par Taction de la lumière. On doit à H. I^onget une expérience curieuse. Un pigeon privé de ses hémisphères cérébraux, suivait avec sa tète les mouvements d'une bougie à laquelle on donnait un mouvement circulaire. Je ne pense pas qu'on puisse conclure de ce fait, à l'existence d'un reste de sensibilité réelle^ après l'ablation des hémisphères cérébraux. Nous ne disons point que J* animal réduit à la condition d'automate n* éprouve rien, mais nous nions qu'il sente véritablement. Les raisons développées à cet égard par M. Flourens, me semblent victorieuses.
FONGTIORS DIS GAN0U098 SUBAJOUT^. S77
Comment Fablatioii des taburcuies quadrijumeaiix détermine-t-elle la cécité? Cela peut avoir lieu de deux manières : 19 chez les animaux quadrupèdes, en supprimant toutes les racines des nerfs optiques ; 2« chez l'homme et chez les singes, en détruisant le principe des mouvements de Tiris, et de cette accommodation automatique de Toeil, sans laquelle il ne peut y avoir de vision distincte.
En effet, il n*est pas absolument certain que les résultats qu'amène Tablation des tubercules quadrijumeaux chez les animaux dont les nerfs optiques se rendent en totalité à ces organes, soient absolument applicables à ceux chez lesquels la majeure partie des bandelettes optiques s'épanouissent directement dans les hémisphères cérébraux. Les observations de mon savant maître, H. le professeur Serres, donnent un grand appui à cette manière de voir. c»On aurait dû croire, dit-il, que la vision serait détruite par les altérations des tubercules quadrijumeaux : j'ai vu ces tubercules désorganisés, et je n'ai pas observé dans ces casla perte de la vue (1). » Chez un malade observé par H. Jobert (de Lamballe) la vue baissa graduellement, les pupilles se dilatèrent, et il n'y eut plus que la perception d'une simple lueur (2). Ainsi, chez l'homme, les impressions lumineuses arrivent directement au cerveau; mais la perception n'est parfaite qu'autant que l'automate est lui-même intéressé à cette élaboration.
Outre le rôle des tubei^ules quadrijumeaux dans la vision, tous les observateurs s'accordent sur la question de l'influence qu'ils exercent sur les mouvements. Quand on attaque leurs couches profondes, il se produit des convulsions, et l'animal tourne du côté du tubercule enlevé. Ce fait, constaté par
(1) Afidf. eomp. dtiterveau. T. H, p. 648.
{%) Étuda iur le «ytl. nerveux» Paris, ISSS, p. 446.
878 M l'BRCÉVSAU.
M. Flourens» t été attribué par MM« Lafargne et Longet à la Cécile dont Tun des yen estalors frappé. M. Flotirem n'admet pas complètement cette explication. « Je iroulus m^assorer, c dit-il, si ce tournoiement ne tenait pas à la perte de la vic sion dans un œil. Je bandai donc unœil à plusieurs pigeons, c Ces pigeons tournèrent» en effet, d*abord presque tous sur < le côté de Tœil non bandé , mais bien moins longtemps et c bien moias brusquement que le pigeon mutilé (1). » Les altérations profondes des tubercules quadrijumeaux sont accompagnées d*un trémoussement général et de couTulsions tariées. H. Serres a constaté chez les malades affectés de chorée, des altérations de ces organes. 11 est donc évident que l'influence des tubercules quadrijumeaux ne se borne point aux mouvements de riris, et s*étend au corps tout entier. Il laut» toutefois, faire la part de la difficulté de léser exclusivement dans les expériences les tubercules quadrijumeaux, dont las limites sont anatomiquement si difQciles à établir.
Il nous reste à parler des lobes ol/aetijs. Longtemps on les a pris pour des nerfs ; mais évidemment ils sont un diverticulum de l*écorce des hémisphères cérébraux. Us reçoivent, d'ailleurs, un grand nombre de nerfs, dont les uns. proviennent delà membrane de Schneider, et les autres de l'appareil île Jacob* son (2). Ce sont là des faits irrécusables et constatés par mille anatomistes éminents. Mais les systématiques n'en tiennent aucun compte, et il n*est pas d*idé^bixarre qui n*ait ses défenseurs. H. Hagendie mit en doute, en 1824, la fonction olfactive de ces lobes (3). Il se fondait sur ce que des aninuux
(1) ËeckÊTchei «d^plrimcttlaib*. Prenlère édition, p. 43-44.
(2) Guvier. Ann. du mutium dhin, ml. T. XVIll, p. 412.— Cr.GraUolet. Beehereheê iur l'organe de iacobson, Paris, 1845, p. 25.
(8) Voir la note inUtulée : « le nerf oifacûj $ihU Vmrfonê de CoifMim? Dani le Joum, de phffshlogk etep. T. IV, p. 169.
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privés de leurs lobes olfactifs deu lurent cependant sensibles à l'action des odeurs fortes. Quelles odeurs I Des vapeurs d'ammoniaque, d'acide acélique» d'Huile essentielle de Lavande ! Et il attribue au filet elhmoidal de la cinquième paire et aux autres branches du nerf trijumeau qui se distribuent dans le nez, le rôle dont les filets olfactifs sont déshérités par lui.
On peut s'étonner d'autant plus d'une pareille manière de raisonner et de conclure que, dans le même volume du Jour^ nal de Physiologie^ M. Chevreul avait donné un admirable exemple de la façon dont ces questions complexes doivent être discutées (1). Cet illustre physicien montrait la nécessité de distinguer dans les saveurs les eflîets produits sur le goût par les corps sapides, d'avec ceux qu'ils exercent sur le tact de la langue, et il indiquait le moyen de faire aisément celte distinction. Comment M. Magendie ne suivit-il pas cet exemple ? Comment ne vit-il pas que toutes les sensations pergues par la muqueuse nasale ne sont pas nécessairement des odeurs ? Si l'animal privé de ses lobes olfactifs sentait encore les effets de vapeurs irritantes sur la muqueuse nasale, c'est que la sensibilité tactile n'était pas éteinte. Mais l'analyse du scalpel fut toujours plus familière que l'analyse de l'esprit à ce médecin , et sa méthode fut empirique bien plus qu'expérimentale ; on conçoit dirficilemcnt comment les expériences qui lui avaient dévoilé la nature de l'influence que la cinquième paire exerce sur la vision, ne le mirent pas sur la voie delà vérité.
H. Longet a discuté fort au long cette question ; il a rappelé des cas nombreux iïanosmie coïncidant soit avec la destruction soit avec l'absence congéniale des lobes olfactifs, et insiste sur l'observation dont M. le docteur Preissat a fait le sujet de
(1) Des différentes manières dont les corps asissent sar Torgine dn soùt. Dans le Joum, de physiologie exp, T. IV, p. IIS.
$80 DE l'KNGÉPHÂUI.
sa thèse inaugurale. Il fait remarquer avec beaucoup de justesse que le développement du bulbe des nerfs ethmoîdaux est toujours en raison directe de Ténergie des facultés olfactives dans les animaux, et les raisons qu'il oppose à Topinion de H. Hagendie sont, à mon sens, des raisons victorieuses.
J*ai résumé rapidement, dans cette partie de mon livre, lliistoire physiologique du système nerveux central. Parmi les faits que j'ai rappelés, jMnsiterai plus particulièrement sur celui-ci : les hémisphères cérébraux sont les organes et le siège immédiat de Tintelligence en tant qu'elle perçoit, se souvient, juge, compare et se détermine à certaines volontés. Nous allons tracer maintenant Thistoire de l'intelligence, et nous essayerons de voir en quoi le jeu de ses facultés peut être expliqué par l'organisation du cerveau.