‹ Anatomie comparée du système nerveuxChapitre 50 sur 74 · C. De I*ODte · texte numérisé non relu

C. De I*ODte

Les corps vibrants nous communiquent leurs vibrations, et elles sont perçues par le corps entier comme vibrations (1). Mais en tant qu'elles sont perçues par un certain organe et un certain nerf, elles le sont sous une forme spéciale et éveillent en nous Vidée de bruit ou de son. Les sons qu'on entend à l'occasion d'un petit nombre de vibrations dans un temps donné, sont graves; ceux qui résultent de vibrations plus rapides sont aigus, et d'autant plus aigus que celte rapidité

(1] Cette facalté que le toucher a de recevoir des impressions des corps vibrants peut aller très-loin, et l'on en a tiré dans ces derniers temps ua très-grand parti pour Tédocation des sourds et muets.

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est plus grande. Il suffit de rappeler en général ces faits, que les physiciens ont étudiés avec une sagacité admirable.

Les sons exercent sur Torganisation une influence singa-> lière. Ils sont essentiellement excitateurs de mouvements, et cette propriété est d*autant plus marquée qu'ils sont plus aigus. L'excitation dure en général autant que le son qui l'a produite, puis l'organisme rentre dans le repos jusqu'à ce qu'une excitation nouvelle l'en tire. Il résulte de là une conséquence assez évidente, c'est qu'avec des bruits ou des sons on peut cadencer des mouvements. La succession de ces mouvements étant a|ors réglée par la succession des bruits.

On n'a point aasez remarqué un fait qui résulte de la sy^ métrie des êtres animés, je veux parler de cette tendance naturelle et presque automatique des deux moitiés du corps à se mouvoir ou simultanément ou alternativement. Nonseulement, après une excitation qui détruit l'équilibre, on y revient par des oscillations du corps, mais encore la tendance au mouvement n'est pas satisfaite, le repos est presque forcé, quand les deux moitiés du corps n'ont pas exécuté la même somme d'action. La symétrie se retrouve donc non-seulement dans la forme mais dans la tendance des organes. 11 suit de là que la tendance du corps au mouvement se réglera d^autant plus facilement sur la succession des bruits ou des sons, qu'il y aura entre eux un certain ordre, une certaine symétrie, un certain rhylhme. Les muscles obéiront alors naturellement et sans effort. Ainsi l'art d'exciter par les sons suppose le rhyhtme.

Ces choses étant établies, imaginons que plusieurs hommes, prêts à se mouvoir, soient à la fois excités par les mêmes sons. Ayant tous à la fo:« de la tendance à se mouvoir, leurs mouvements coïncideront, ils marcheront, ils agiront à la fois ; et de cette simultanéité automatique résultera une unité

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artificielle mais inévitable. Qui n'a souvent admiré» en voyant des milliers d'hommes marcher du même pas, au bruit du tambour, comme si tous leurs corps étaient animés par une même âme. Au fond, il n*y a là rien de mystérieux. Mais Teffet en est immense, et quels heureia résultats Tbomme n'en a-t-il point tiré ! Hais ce n'est pas seulement sur les mouvements généraux du corps que la musique et le rbylbme agissent. Ils influent sur les mouvemenls respiratoires eux-mêmes, et les sym^pathies iimombrables qui existent entre l'oreille et le corps entier, en propagent les effets jusque dans la sphère des appareils viscéraux. 11 peut donc y avoir un art d'accélérer, de suspendre,.de régulariser, de troubler leurs mouvements, et d*éveiller par là des sentiments divers. Aussi rien de plus puissant sur Thomme que la musique; par elle un enchanteur mélodieux fera vibfer à son gré toutes les cordes de la lyre humaine, excitera la fureur ou liera par le sommeil, livrant tour à tour l'Jime aux angoisses de la douleur ou aux douces langueurs de la volupté, et les animaux eux-mêmes ne seront pas soustraits à son empire.

Ainsi les sensations de l'ouïe ont sur les sentiments une influence extrême. Hais s'ensuit-il qu'il en résulte directement pour l'esprit un grand nombre d'idées? Sont-elles les sources principales où puise l'intelligence? Quelques philosophes Tont pensé, et parmi eux je citerai plus particulièrement Joseph de Maistre et H. de Blainville.

L'erreur de ces philosophes est spécieuse. L'homme tire un tel parti des sensations de Touîe dans le langage, qu'il peut avec justice les admirer dans sa reconnaissance. Mais on n'a pas remarqué que directement ces sensations fournissent peu d'idées, et qu'elles sont moins intéressantes par elles* mêmes que parce que l'esprit y met. Quelques réflexions le feront aisément comprendre.

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Supposons, à la manière de Condillac, un homme réduit à un seul sens, au sens de Touîe. Cet homme ne voit pas, il ne touche pas. Eh bien, nous affirmons qu*un pareil homme ne peut avoir ni de la forme, ni du mouvement des corps aucune idée possible. Quel rapport naturel Tesprit le plus hardi pourrait-il admettre entre un son quelconque et des idées de forme, d*étendue, de surface, de solidité, de mouvement et de résistance? Tout au plus Tâme pourrait-elle avoir par Toreille quelques idées de succession, de nombre et de temps; mais ces idées peuvent venir à Tesprit par toutes les voies de la sensation. Ainsi Touïe n*a rien en propre, sinon la faculté de percevoir des sons. D'ailleurs ces idées de succession, de nombre et de temps, n'enferment en aucune façon celle de substance. Tout cela pourrait être dans Tâme sans qu'il y eût hors d'elle aucune réalité. Par Touîe seule Tâme n'apprendrait directement rien du monde.

D'où vient donc l'inmiense parti que l'esprit tire de cette faculté d'entendre? Cela* vient de remploi qu'il en sait faire, et de l'art avec lequel il sait discerner, choisir, classer et arranger des sons, de manière à en faire les signes par excellence de toutes ses idées. Ainsi l'homme qui écoute un autre homme fait lui-même ses idées à l'occasion des sons qu'il entend, mais en général ces idées n'ont avec les sons qu'un rapport purement artificiel, les sons ne pouvant représenter que des sons. De là, l'arbitraire et la diversité des langues, de là la science de la signification des mots. Science que tout homme a besoin d'acquérir, et qu'il ne reçoit pas toute faite des mains de la nature.

L'ouïe n'a point le monopole des signes auquel l'esprit attache en quelque sorte ses idées. Toutes les sensations sont propres à cela; mais à des degrés divers, et un peu de ré* flexion fait voir comment l'ouie, s'exerçant à distance et

distinguant avec facilité des modifications instantanées^ se prête mieux que tout autre sens aux exigences des communications qui s'établissent entre les hommes. D'ailleurs Touïe est peu sujette au sommeil et son action ne subit aucune interruption nécessaire dans les alternatives du jour et de la nuit. Voilà pourquoi les sons et les voix sont, non pas l'essence, mats la forme la plus habituelle du langage ; enfin la faculté que l'âme a de se les représenter au gré des volontés les plus rapides, aide aux allures libres de la pensée, comme les signes algébriques à la promptitude des calculs du géomètre.

En cela tout est de convention. Mais ce qui ne Test point, ce sont ces influences qu'une voix modulée exeix^e irrésistiblement sur les sentiments qu'elle éveille; une langue, si je puis ainsi dire, est une algèbre chantée. Un orateur, par la musique de ses paroles, par les sentiments que cette musique éveille, ouvre à ses idées une large voie dans l'âme des hommes qui récoutent, car le langage n'est pas seulement une exposition de signes, il y a en lui un élément de persuasion si fort, qu'il fait, hélas ! passer jusqu'au mensonge, et sans lequel les idées les plus justes ont peu de prise sur les esprits. Un grand écrivain a quelque part écrit cette phrase : séduire à la vertu. Je ne connais pas d'expression plus vraie et plus profonde. Eh! que sont nos plus célèbres, nos plus nobles orateurs, sinon de grands séducteurs pour le bien, de grands charlatans de vérité? La raison seule est peu écoutée. Nous sommes ainsi faits. L'intelligence est égoïste; le principe des sociétés est dans des sentiments innés.

L'ouïe, par ce rapport intime qu'elle a avec les sentiments humains, est donc le sens social par excellence. Parler à un homme qui n'est ni sourd, ni prévenu, c'est envahir son Ame; de là cette expression si juste, par laquelle ont dit d^une in-

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