‹ Anatomie comparée du système nerveuxChapitre 51 sur 74 · II · texte numérisé non relu

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434 DES SENSATIONS ET DBS 8ERTIVENT9 LOCALISES.

telligence ainsi conquise, qu'elle est pénétrée. Ainsi s'établissent ces échanges, ces liens invisit)les que Thabilude de parler un même langage crée entre les hoqf^mes d*une même nation, on disait autrefois d*une même langue; et en eflet, à parler des langues dirTérentes on communique si peu qu'on est ennemi, et cette ms^udite confusion des langues est, plus que les intérêts matériels peut-être, réternelle rs^ison de la guerre. C'est que la véritable patrie de Thomme n*est pas la terre qu'il foule aux pieds, ce n*est p^s, quoic|u*on en dise aujourd'hui, l'intérêt grossier du ventre ou de l'or, c'est rintelllgence éclairée par Tamour.

L'ouie est donc un sens admirable dans l'homme, mais par le parti qu'en tire l'esprit. Les animaux entendent aussi bien, sinon mieux que l'homme, mai& tout cela n'est rien sans l'intelligence. Nos idées prouvent plus la force de l'esprit que la valeur intrinsèque de nos sensations prises en ellesmê^eç.

D. De la Vue.

Il y a dans les sensations de la vue deux éléments bien distincts : l'un de ces éléments est la faculté de percevoir la lumière en géi^éral et les couleurs en particulier, le second est l0 pouvoir que la vue a de composer avec ces couleurs des images ressemblantes des choses. Ainsi l'œil est en luimèqfie un automate-peintre à la manière d'une chambre pbscure ou d'un daguerréotype. 11 est supérieur au tact en tant qu'il donne à l'esprit des images toutes faites. La vue n'indique pas seulement les objets par un signe; elle les représente à l'esprit par des peintures ressemblantes. Ainsi, comme escpression immédiate du monde, aucun sens ne donne davantage. A l'occasion de la vue T&me a des idées de l'espace, de la forme, du mouvement et du temps ; d'ailleurs la vue est

DBS SinSàTlOm. 435

comme l'ouïe ; Tesprit se complaît au milieu des sensations que ces sens élaborent) l'imagination les représentant à son gré* De tous les sens, la vue est celui par le({uel l'âme se repié* sente plus directement les objets, comme ei^istant |»ors d'ellemènie et du corps. Or, comme çji pq voit pa^ seulement ua objet, mais plusieurs, auoup autre sens n'est plus propre à nous donner une idée co^iplète des clioaes et dq leurs re« lations, soit entre elles, soit avec notre corps» Ç^ n*est paa dire, à coup sûr, qu'elle nous donne des idées toutes faites; mais ces idées seront toutes préparées, si je puis ainsi dire, et l'esprit n'aura plus qu'à les choisir, à les parfaire et à les mettre en œuvre. J'ai dit que par la vue nous avions, plus qu^ par tout autre sens, l'idée de l'extériorité des objets ; est-ce là un effet immédiat et naturel? Est-ce un résultat du jugement et de l'habitude? D'où vient que nous voyons les objets par les yeux, sans le^ Toir dans les yeu^? Ce prc^lème a de tout temps exercé l'esprit 4§s philosopheçu

Les uns opt snppo^ que les rayons visuels sortaient des yeux pour aller toucher les corps* Ces rayons étaient-ils ré- Oéchis par une surface pdie, l'honunci se voyait Ini-mème« C'était l'opinion d'^ristote, qu'il a clairement exprimée au sujet de cet AnU(^éron qui voyait ^]H:ûours ^ propre image venir à sa rencontre.

Le domaine de t'bypotbèsp e^( c^ui du caprice et de l'indéterminé. Aussi une théorie ahsohiment opposée à celle 4'Aristote a-t-eUe été préférée par d'^i^tres philosophes.

f( Nous ne pouvons avoir par le ^ns de h vue, 9 dit notre grand Buffon, % aucune idée des distances. Sans le loucher, c tous les objets nous paraîtraient être dans nos yeux, parce « que les images des objets y pont en e(&k, et ua enfant qui

< n'a encore rien toudié doît-étre affecté comme si tous ces

< objets étaient en lui-même. 11 les voit seulement ploa gros

436 DES SENS^TIOnS ET DES SENTIMENTS LOCALISES.

c OU plus petits selon qu*ils s*approchent ou qu'ils s'éloignent c de ses yeux (1). L'aveugle-né de Cheselden croyait que tous c les objets indifféremment lui touchaient les yeux. »

Cette manière de voir n'est pas prouvée. On peut admettre que ce jeune homme n*avait aucune idée des distances. Mais dire que tous les objets, indifféremment, lui touchaient les yeux, n'est-ce pas là une expression figurée, bien digne d'ailleurs d'un homme auparavant aveugle ? Comment, en effet, pourrait-il y avoir sur la rétine des impressions de contact, quand il est parfaitement démontré que cet ordre d'impressions est complètement étranger aux fibres nerveuses qui la composent? C'est précisément parce que nous jugeons par le contact seul de l'existence des objets que touchent nos surfaces cutanées, que, là où ces sensations de contact manquent, nous concevons aisément, comme loin de nous, les choses d'où nous viennent des idées d'une autre nature. Il est bien certain d'ailleurs que tout dépend d'une image peinte sur la rétine. Mais là n'est pas la question. Il s'agit seulement de savoir si nous concevons cette image comme une affection de la rétine, organe dont nous n'avons naturellement aucune idée, et dont la plupart des hommes ignorent l'existence, car il est fort i remarquer que nous n'avons une idée claire d'aucun de nos organes, sinon en tant que la sensation du toucher peut s'exercer sur eux ou par eux. C'est par le toucher seul que nous avons une idée de notre œil (2). Un aveugle-né sent aussi bien ses yeux qu'un homme clairvoyant, mais celui-ci ne sent pas sa rétine plus que l'aveugle. 11 serait donc plus exact de dire qu'à l'occasion des images peintes sur la rétine,

(1) msLnat,, T. m, de redit, in-4, p. 812.

(2) Les mouvements réciproques des paupières et du globe de ToBil, éyeHIaiit la sensibilité de la conjonctive, sont la cause principale de Tidée que nooi avons de notre oeil en tant qu'organe vivant.

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il se fait dans Tesprit une certaine représentation du monde. Quand nous voyons, nous avons une idée des choses extérieures, nous n'avons point l'idée de notre œil modifié. C'est là une sensation par excellence.

Si l'aveugle do Gheselden semble donner gain de cause à la théorie de Buffbn, l'observation des animaux ne lui est pas favorable. Qui n^a vu de petits chevreaux, de petits poulets, à peine nés et éloignés de leur mère, aller à elle par la voie la plus courte, avec une précision qui fait bien connaître qu'ils ont la vue distincte des corps extérieurs? Haller a fait bien valoir cette objection. Qu'ont à faire ici le jugement, le toucher et l'expérience? Ces théories, fondées sur de simples hypothèses, valent-elles ces souvenirs qui nous restent de l'enfance? Comme nous ne touchons qu'à mesure que nous pensons plus fortement, le toucher reste imparfait bien plus longtemps que la vue. L'enfant nouveau-né se sert de sa main beaucoup moins pour toucher que pour saisir. Ces mouvements, qui ne peuvent d'ailleurs lui donner aucune idée distincte des formes, sont indéterminés et indécis ; en un mot, la perfection de la vue précède celle du toucher; comment donc pourrait-elle en dépendre?

Il faut encore ranger parmi les hypothèses les plus vaines cette autre proposition de Buffon, que naturellement nous voyons les objets doubles et renversés. Rien n'est plus singulier que de voir les philosophes et les physiciens, à l'envi les uns des autres, s'évertuer à démontrer une proposition qui choque manifestement l'expérience commune. Le chevreau, dont nous parlions tout à l'heure, ne se meut point en sens inverse des images qu'il voit; il les voit donc dans leur situation véritable. Il y a d'ailleurs bien longtemps que l'on a fait la remarque que les aveugles-nés auxquels on a pu rendre la vue par une opération ne jugent point immédiatement, il

438 DBS SBRSATIONS Et 1)BS SBIITIMBIITS LOGALIsis.

est vrai 9 les distances et les relations des objets» mais en re- Tanche ne les aperçoivent point dans une position renversée, en sorte qu'ils n'ont point à se corriger là-dessus. Lecat n'a pas réussi à résoudre cette objection. Si les objets sont peints sur la rétine dans une position renversée, ce qu'il est d'ailleurs assez difflcile de contester, comme ce n'est pas immédiatement par la rétine que nous voyons, mais par le cerveau, il ne s'ensuit aucunement qu'ils soient perçus dans cette position. Cette question n'est point du ressort de la physique ordinaire, et si elle peut être éclairée quelque jour, ce sera plutôt par les eflbrts d'une anatomie nouvelle et plus heureuse.

On peut d'ailleurs prouver par des observations précises que leà objets sont vus droits^ que leurs mouvements sont perçus dans leur èem véritable , et que nous voyons à cet égard comme noua touchons (1).

Le raisonnement que HM. Volkmann et MûUer ont invoqué en faveur de la théorie que nous combattons» nous parait plus spécieux que solide. Quand tout est renversé, disent-ils,

(1) La eélèbre «xj^rtenoe d« Lecàt ne pàratt point éonclaante, la void : « Mettes ane lumière à une médiocre distance d*an corps poli et trèsHsoDTexe, de façon qu'il vous revienne un petit point lumineux. Fermez ensuite un ttil et regardez le point lumlneùl eh rétant, è*eflt-à-dire, Tœil relâché on dilaté. Ce point tous paraîtra plus gros et rayonné t alors, si tons places totra doigt à droite de Tœil ouvert, et que tous l'approchiez de Taxe de l'œil de droite à gauche pour couvrir ce point lumineux, tous verrez distinctement l'ombre de votre doigt venir an contraire de gauche à droite, et passer sur le point himioeiix dans le sens opposé à la direction que vous tel donniei. k {TraiU des sensations, Paris, 1767, t. II, p. 419). — On peut modifier cette curieuse expérience et la rendre en même temps plus aisée, en considérant une feuille de papier blane fortement éclairée au travers d'un petit trou praliqdé dans une carte tenue à 6 ou 7 centimètres de l'OBil. Si Ton fait alors paastf un objet grêle, tel qu'une aiguille, entre rœil et la carte, on verra une ambre distincte traverser le champ lumineux de la petite ouverture en sens inverse du mouvement de l'objet. L'objet réel est vu d'ailleurs dans saposUHm véritable, ce qui prouve bien qu'il s'agit ici d'une ombra* L'expUcattoa de Lecst n'a donc aucune valeur.

DES SBII8ATIOR8. 489

tout est droit. Gela est vrai, sans doute, si on n'envisage que l'impression immédiate ou l*image totale qui se peint dans . Tœil; mais cela ne Test pas quant au jugement que l'esprit porte sur les attitudes et les mouvements du corps. L'homme posé sur ses pieds distingue fort bien le bas du haut, et de la même manière absolument par la vue et par le toucher. L'homme ne voit point à droite ce qu'il touche à gauche. S'il se meut vers sa droite, les yeux fermés, dans la direction d'une corde tendue vers un bâtiment éloigné, il arrive sur les objets qu'il avait vus à droite, et quelque effort qu'il fasse, il lui est impossible de les voir à gauche. Quand on regarde dans un microscope, où tous les objets sont renversés, on voit très-manifestement les images se mouvoir en sens inverse de la main qui les déplace, ce qui n'arriverait pas dans l'hypothèse que nous combattons ici. Hais il serait inutile d'insister d'avantage sur un sujet à l'égard duquel le sens commun de l'humanité a depuis longtemps décidé.

Hais, voyons-nous en effet les objets doubles? Cette question mérite d'être attentivement discutée.

Buffon ne l'a point mis en doute. Si nous voyons les objets simples, c'est que, dit-il, le toucher vient en aide au jugement, et corrige cette erreur de la sensation. J'ai démontré plus haut que le toucher n'est rien que par l'intelligence ; or^ bien longtemps avant que l'intelligence n'ait élevé le toucher à son usage, il est bien clair que l'enfant a une idée certaine de l'unité de l'objet qu'il considère, cependant il y a deux yeux et par conséquent deux images. Comment se fait-il que de ces deux images, il ne résuite qu'une seule idée?

Gall, et après lui M. de Blainville tranchaient la question en disant que dans la vision nelte un seul œil était employé. Il est certain que la vision avec un seul œil est plus distincte; quand au milieu d*une foule d'objets nous voulons en distin-

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guer un seul, nous fermons instinctivement l'un des yeux (1). Il en est de même quand nous cherchons à voir des images moléculaires quiy par leur petitesse, échappent à la vue et à Tac* tion simultanée des deux yeux : par un seul œil on voit donc plus nettement, mais il ne s'ensuit pas qu^avec deux yeux un seul objet soit vu double, une expérience très-simple en peut donner une idée.

Imaginons un prisme à quatre pans rectangulaires (2); ce prisme doit être placé sur un plan et compris entre deux lignes parallèles tracées à droite et à gauche, à deux millimètres environ de ses côtés; cela fait, regardons le prisme de manière à le voir distinctement entre ces deux lignes; on pourra ainsi constater un fait important, à savoir qu'on voit de la sorte trois faces du prisme, la face parallèle au plan sur lequel le prisme repose, et un raccourci de ses deux faces adjacentes.

Les choses étant ainsi disposées, fermons un œil, Tœil gauche, par exemple, on perdra à l'instant même la vue de la face gauche du prisme et de la bande parallèle du même côté ; fermons-nous Tœil droit au contraire? c'est la face droite qui disparaîtra, et avec elle la bande parallèle qui lui est juxtaposée.

On peut, lorsqu'on regarde avec un seul œil, disposer les choses de manière à n'apercevoir qu'une face du prisme, et jamais on n'en aperçoit plus de deux. Avec les deux yeux on peut voir à la fois trois faces, et il est impossible d'en voir moins de deux.

(1) 11 est intéressant de constater ici an fait relatif à remploi des nion?ements dans la physionomie. Les gens préoccupés par un choix difficile et qui pèsent alternativement les raisons pour et contre, ferment habituellement l'un des yeux. C'est là un geste très-signifleatif de doute et d'analyse.

(2) Cette curieuse expérience a été imaginée par M. le professeur Guérard.

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H est donc certain qu*on ne voit pas absolument de la même manière avec un seul œil ou avec deux yeux; mais en aucun cas on ne voit double l'objet qu'on regarde nettement. En répétant Texpérience de la vision du prisme par les deux yeux alternativement, on peut constater que, bien que chacun d'eux aperçoive une image distincte et différente à certains égards de l'autre, il y a cependant en chacune d'elles une partie semblable. Or, il est évident que dans la vision simultanée par les deux yeux, les parties dissemblables des deux images ne sont vues que par un seul œil, mais que les deux yeux voient à la fois les parties semblables, et que ces parties se supeqiosent dans l'image unique que perçoit Tesprit.

D'ailleurs, pour que cette superposition ait lieu, il est indispensable que les yeux soient dans certaines conditions d'adaptation harmonique. Cela est si vrai que lorsque les yeux sont accommodés sur un point de manière à le voir unique, tous les objets placés en deçà ou au delà de ce point paraissent doubles. L'accord physiologique des deux yeux est-il détruit, le même phénomène de duplicité s^observe. Ce fait, démontré par des expériences très-simples, a frappé un grand nombre d'observateurs, et tous, à l'envi, se sont demandé comment cela se pouvait faire.

Le fameux cartésien Régis admettait que nous voyons hors de nous l'image que l'âme a perçue, et que la sensation qu'elle a de chaque point de l'objet est rapportée à la pointe de chaque pinceau optique. Dès lors, la simplicité de l'image vue avec les deux yeux, dépend, suivant lui, de ce que les axes de la vision d'un œil aboutissent au même point de l'objet auquel aboutissent les axes de la vision de l'autre (1). Cette opinion a été celle de plusieurs excellents physiciens, et le célèbre H. Ârago semblait la préférer.

(1) RégiB. Cour* de philosophie. Lib. Vlll, part, n, p. 221.

447 DES SENSATIONS ET DBS SBNTIXENTS LOCALISES.

D'autres savants sont plus satisfaits de celle-ci qui est celle de Rohault. Suivant ce célèbre physicien, chaque filet du nerf optique de Tun des yeux aboutit au même point du cerveau qu'un certain filet de Tautre œil. On peut ainsi considérer les fibres des deux nerfs optiques comme formant une multitude de fibres paires que Rohault désigne sous le nom de paires sympathiques. Si donc un même objet frappe à la fois les deux points sympathiques des deux rétines, les deux impressions semblables aboutissant à un même point du cerveau» on ne perçoit qu^une seule image, sinon il y en a deux (1).

Une idée à peu près semblable a conduit le célèbre M. Huiler à sa théorie des points homologues dans les deux rétines. Les objets que nous voyons par ces points homologues des deux yeux sont vus simples. Toutefois, comme l'image perçue résulte évidemment alors de la coïncidence de deux impressions, elle est plus éclairée et teinte de couleurs plus vigoureuses que dans le cas de la vision avec un seul œil.

A priori l'on pourrait croire que lorsque les yeux ont une égale énergie, l'impression qu'on reçoit des objets par ces deux yeux à la fois est deux fois plus intense. Hais il n'en est pas ainsi, elle Test seulement un peu davantage. Ce résultat n'est pas facile à expliquer; et il est permis de supposer que c'est là un phénomène purement cérébral et où les yeux ne sont pour rien.

Ainsi, avec deux yeux, on ne voit pas les objets doubles, parce que les points homologues des deux images se superposent, et ce fait résulte d'un certain accord de ces deux organes. De la même manière, un troisième œil pourrait s'accorder avec le second, un quatrième avec le troisième et ainsi de suite, et peut-être pourrait-on arriver par là à la con-

(1) Rohault. Traité de physique» Première partiOi chap.xxxi, art. 20.

DES 8XZISATI0RS. 44 S

ception dMiie vision simple, par les yeux composés des insecies*

Il y a donc en réalité dans la vision de Thomme deux images, produites pour uii senl objet. Mais de ces deux images il ne résulte quMne seule idée, parce qu'elles se superposent.

Ce fait de la superposition des deux images est Tun des plus intéressants parmi ceux que révèle Tétude physiologique de Toeil. On pourrait varier presque à Tinfini les expériences qui en démontrent la réalité.

t^armi ces expériences nous citerons plus particulièrement celle^, à cause des conséquences intéressantes qu'on en peut déduire :

rjg. s.

Soit AÊ un plan de verre transparent sur lequel on a ap* pliqué au pinceau deux points d'une couleur opaque a et 6. Si l'on considère avec les deux yeux un objet quelconque au travers de cette lame, le système des points a et 6 sera vu double et dans un degré d*écartement qu'on peut faire varier à son gré.

Il est à remarquer que les deux images, quand la direction du regard est perpendiculaire au plan sur lequel les deux points sont tracés, sont toujours l'une à l'égard de l'autre dans une direction parallèle à la ligne idéale qui unit les centres optiques des deux yeux. Ainsi, en inclinant la tête de côté et d'autre on peut faire varier la position relative des deux systèmes. Mais dans tous les cas, les quatre points, vus simultanément, détermineront les angles d'un parallélogramme, dont deux côtés seront variables comme Técartement des deux

444 DBS SENSATIOnS BT DBS SBltTIUBIfTS LOCàUSBS.

images» et dont les deux autres côtés sont fixes et égaux à la distance qui sépare les points a et 6 dans chaque image. Le maximum de hauteur de ce parallélogramme est égal à «6 et son minimum à 0. Dans ce cas les quatre points, résultant de la duplication de Timage, seront sur une même ligne droite. Cette situation est indispensable pour Texpérience que je vais exposer.

Nous venons de dire qu'on peut augmenter ou diminuer à volonté la distance des deux images ; soit AB la première et A'B' la seconde; il sera facile de les voir dans un tel degré de rapprochement que le point B coïncide avec le point A\ Dans cette position on ne voit plus quatre points, mais trois seulement. On peut aller plus loin et n'en plus voir qu'une seule. Il sufQt pour cela d'interposer au point a et au point t un plan qui rende le point « invisible pour l'œil droit, et le point 6 invisible pour l'œil gauche. On ne voit plus alors qu'une seule image résultant de la superposition de B et de A\

Ainsi avec deux yeux on peut voir un objet comme deux, et deux objets comme un seul. Cette confusion de deux images d'objets distincts, dont chacune est imprimée dans un œil différent, en même temps qu'elle justifie la théorie des points sympathiques ou homologues, permet d'établir d'autres propositions curieuses. Si, par exemple, on donne au point a et au point 6 des couleurs différentes, l'un étant rouge et l'autre bleu, l'image unique de ces deux points ne sera point violette, comme on aurait pu le penser, mais rouge ou bleue.

Ce résultat semble prouver que les yeux s'accommodent différemment pour la vision distincte de deux couleurs différentes. Tout au plus peut-on voir du rouge sali de bleu ou du bleu sali de rouge, jamais, quelque effort qu'on puisse faire, on n'obtient le violet pur. Ce fait nous conduit à supposer

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que nous ne sentons point les ovuleurs mixtes par une combinaison de deux impressions distinctes dans le cerveau, mais que ce phénomène du mélange se passe exclusivement dans la rétine.

Ainsi, pour qu'un objet soit vu distinctement, il faut : 1^ que les deux axes optiques convergent vers un même point; 2^ que chacun des deux yeux soit accommodé pour la même distance; S"" qu'aucun objet étranger ne se trouve sur le pro* longement des axes optiques d*un seul œil; 4* que l'esprit lui-même entre en jeu pour distinguer dans l'image totale ses parties constituantes. Vainement, en effet, tous les points de l'objet se peindraient simultanément sur la rétine ; si la volonté éclectique de l'esprit n'intervient pas, il ne résulte de toutes ces impressions dans l'œil qu'une idée confuse. Cette synthèse de la sensation ne peut donc être amenée à sa perfection que par l'attention de l'esprit, c'est-à-dire par l'analyse, car ces deux expressions sont synonymes.

On sait que l'ensemble des images qui se peignent dans l'œil peut être aisément représenté sur une surface plane, et l'on peut dire avec quelque raison que nos idées sont des tableaux du monde. Ainsi l'aveugle-né de Cheselden, quand il commençait à voir, n'appréciait pas les distances, tous les objetu lui paraissaient également rapprochés. C'est par un long usage de la vue, par une parfaite intelligence des objets, enfin par une série assez compliquée de jugements que l'habitude rend à la longue instinctifs, que nos sensations éveillent enfin des idées adéquates et parfaites. Ces jugements sont fondés sur des observations immédiates et très-simples.

C'est ainsi qu'une chose qui nous cache un autre objet, nous parait plus rapprochée de nous. Cette observation est une des bases de l'art de rendre les paysages par une simple esquisse.

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